‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 176 sur 325 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

avait, à la nuit, fait renforcer les postes des autorités et des établissements publics. Les rapports qu’il me communiqua ne portaient que sur des ouï-dire. Je restai néanmoins persuadé que le dimanche avait été réellement indiqué pour un mouvement, mais que quelque circonstance imprévue avait amené un contreordre.

J’instruisis le ministre de la Police de cette alerte et je lui répétai que le parti menaçait toujours d’une explosion prochaine qui aurait lieu d’après des ordres que l’on attendait de la capitale.

Bientôt après, on apprit la tentative faite à Paris, le 23 octobre, par les généraux Malet, Lahorie et Guidai. On sait qu’il s’en fallut de bien peu qu’elle ne réussît. Le ministre eut beau faire publier que celte équipée avait été uniquement renfermée entre ces trois personnages et qu’aucun indice ne faisait soupçonner de complicité parmi les citoyens de Paris ou des départements, le public s’obstina à croire que cette conspiration devait avoir de grandes ramifications. Quant à moi, je ne doutai plus, d’après tous les antécédents, que le général Guidai n’eût continué d’entretenir à Paris des relations avec son parti à Marseille, et il me fut démontré que, si le triumvirat avait réussi dans la capitale, ses nombreux adhérents eussent, à sa voix, levé le masque à Marseille et dans tout le Midi.

ün y répandait que les trois généraux, en allant à la mort, avaient annoncé que l’Empereur n’existait plus ; qu’il avait dû être tué le 25. On racontait les détails de cet événement : « C’était dans le Kremlin même qu’il avait été assiégé par ses « propres troupes. L'armée se retirait en désordre, les Busses « étaient déjà à Varsovie, les fonds publics étaient en baisse, « l’argent se resserrait. » Les nouvelles les plus sinistres arrivaient de toutes parts. Ces bruits étaient prématurés; mais lorsqu'on apprit officiellement, quelques jours après, la retraite d eMoseou et la ruine de l’armée, on attribua toutes ces rumeurs à un pressentiment qui, chez les nations comme chez les individus, précède toujours les grandes catastrophes.

L’Empereur n’était pas mort, il s’était sauvé, mais seul avec Caulaincourt, sur un simple traîneau, fugitif, survivant à son

armée, à sa gloire, pour ainsi dire à sa puissance, et présentant sur sa route à ses gouverneurs, à ses alliés, à ses tributaires, une espèce de fantôme qu'un souffle pouvait anéantir, mais dont le nom seul imprimait encore la terreur et commandait le respect.

Cependant on se disait : « Comment, dans la capitale, au « centre du gouvernement, sous les yeux d'une police fortement « organisée, un seul homme, sans renommée, sans autorité,

« prisonnier, a disposé des troupes, arrêté le préfet et le « ministre de la police, et a eu pendant quelques heures dans « ses mains les destinées de l’Empire I » Ces réflexions, jointes aux déplorables résultats de la campagne, étaient propres à ébranler la confiance et la fidélité des citoyens. Elles donnaient de l’espoir aux mécontents et de l’audace aux conspirateurs ; elles redoublaient les sollicitudes des autorités locales. Elles craignaient surtout la honte d’une arrestation et elles n’avaient pas envie de faire le pendant du duc de Rovigo et du baron Pasquier, dont la piteuse mésaventure amusait le public à leurs dépens.

Le commissaire général, ayant ordonné beaucoup de recherches sur les causes de l’alerte du 4 octobre, me lit un long rapport pour établir qu’en effet les conjurés avaient eu le projet d’éclater; qu’ils s’étaient rassemblés sur plusieurs points ; qu’ils avaient fait des dispositions pour s’emparer du général Dumuy et de moi dans nos campagnes; que le mouvement n’avait pas eu lieu parce qu’il avait été contremandé au moment de l’exécution ; que le contre-ordre était probablement venu de Paris, parce que Malet avait retardé son entreprise jusqu’au 23. Enfin, le commissaire général ne doutait pas que, si Malet eût réussi à Paris, les conjurés n’eussent bientôt éclaté dans le Midi. Ce rapport était une analyse de beaucoup de déclarations que le commissaire général avait reçues; ses assertions et ses conjectures avaient un degré de vraisemblance et de probabilité propre à frapper les esprits les plus incrédules. Sur le compte qui en fut rendu au ministère, il se borna à recommander de suivre cette affaire et de tâcher de trouver des preuves.

L’existence et le but de la conspiration anarchique du Midi

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