CHAPITRE XX
Tl fut arrêté que Vernet, pharmacien, qui était aussi de la réunion, et Giraud porteraient le plan à l’amiral anglais. Charabot fds les y mena en effet. Le plan était écrit de la main de Jaume sur des petits morceaux de papier. Vernet les recopia et les remit à l’amiral. Il répondit qu’il allait faire des dispositions pour exécuter ce qu’ils désiraient ; il compta deux cents louis à Giraud et les invita à revenir le plus tôt possible pour recevoir de nouveaux fonds et apprendre le résultat des mesures qu’il allait prendre. Les deux cents louis furent partagés ainsi qu'il suit : cinquante à Charabot fds, cinquante à Jaume. Giraud paya les dépenses de son parti et garda le reste. Charabot fds ayant été arrêté le 21 août, sa révélation n’allait pas plus loin.
Que pouvait avoir de commun Charles IV avec ce parti? II résultait des révélations des Charabot que le prince de la Paix avait conçu le projet de faire évader le roi et sa famille en Angleterre, et qu’il avait ouvert des négociations à cet égard avec les amiraux anglais, par le moyen de Guidai, auquel le prince avait compté 60 000 francs. Cette somme avait été une source de divisions entre les conspirés. Giraud et Charabot père accusaient Guidai d'avoir gardé toute la somme, de n’avoir pas tenu ses engagements avec eux, et Paban de s’être aussi approprié une somme de cent louis par lui reçue pour l’évasion de trois prisonniers espagnols.
D’après toutes les données antérieures, il y avait assez des révélations de Charabot pour arrêter les personnages qui y étaient inculpés. Il était évident qu’ils avaient fait beaucoup de restrictions; cependant ces révélations méritaient d’autant plus de confiance qu’elles mentionnaient des faits sur lesquels l'autorité avait, à différentes époques, acquis des renseignements formels. Mais le secret ne fut gardé ni sur ces révélations, ni sur leur contenu. Dès que le parti sut qu’il avait été sursis à l’exécution de Charabot, les plus marquants, tels que Jaume, Bergier et Giraud, prirent la fuite, et Charabot père s’étant lui-même constitué prisonnier, il y eut une déroute générale parmi les conjurés.
Le ministre de la Police envoya à Marseille un de ses chefs de division, M. Pagès, avec la mission spéciale de continuer
l’instruction de cette affaire. Il se mit en rapport avec toutes les autorités, mais principalement avec le commissaire général de police; dès ce moment, je me regardai comme étranger à tout ce qui se faisait et j’en prévins le ministre de la Police. M. Pagès avait l'habitude des affaires, de la finesse, des manières douces, un caractère conciliant. Il arriva avec une opinion toute faite et n’en changea point. C’était celle du ministère depuis sept à huit ans, qu'il n’y avait point de conspiration et que le commissaire général avait fait mousser des billevesées pour se donner de l’importance. M. Pagès se décida à interroger Barras, dont le valet de chambre Courtaut avait été arrêté pour avoir porté chez Jaume des fonds qu’on soupçonnait avoir été employés aux affaires du parti ; mais Barras fut traité avec les égards dus à un ancien directeur. M. Pagès voulait que cet interrogatoire eût lieu chez moi; je m’y refusai parce que cette manière de procéder me parut ridicule. Il rédigea d’avance une note des points sur lesquels il désirait des explications et, Barras ayant été invité à se rendre chez le commissaire général, M. Pagès lui donna lecture de cette note qui fut le texte d’une conversation d’une heure, et consentit même à ce que Barras emportât la note pour y faire réponse par écrit. Deux jours après, il apporta cette réponse, remit en même temps à M. Pagès une lettre pour le ministre, dans laquelle il le remerciait de ses bons procédés et dit : « Une garantie de ma conduite, c’est « que j’ai des fonds placés chez le receveur général. Quel est « le bon Français qui, dans ces circonstances, n’est pas sincère- « ment dévoué au gouvernement? Sa Majesté sait combien « j’étais fatigué du pouvoir. Elle a connu mon désir de rentrer « dans la classe des simples citoyens. » Courtaut fut mis en liberté et Barras laissé tranquille chez lui. M. Pagès retourna à Paris.
Les con jurés dispersés et en fuite ne perdaient pas leur temps ; ils se rassemblaient toujours et ils formèrent le projet de s’emparer de Toulon par surprise. Ils se réunissaient la nuit au Beausset chez Bevest. ex-maire de cette commune. Un nommé Blanchard était un des principaux conspirés. Le commissaire général de police à Toulon, informé de ce projet, fit arrêter plusieurs individus du département du Yar, l’autorité militaire