‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 180 sur 325 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

prit des mesures pour la sûrete' de la place et des forts. Cette nouvelle tentative était en connexion avec les projets du parti dans le département des Bouches-du-Rhône. Je dus en écrire au ministre, qui me répondit : « Je n’ai point encore de rapports « assez circonstanciés sur la conspiration de Toulon pour juger « de son importance, mais j’ai remarqué que dans le Var et à « Marseille on donnait trop d'importance et surtout trop de « publicité aux découvertes que Ton faisait. Cette marche peut « faire croire qu’il y a encore en France des partis assez forts « pour inquiéter le gouvernement, elle entretient les coupables « espérances des malveillants. 11 serait à désirer que ces affaires « fussent traitées avec discrétion et réserve; on éviterait par ce « moyen l’inconvénient dont je parle et on s’assurerait plus « facilement des coupables. »

Siméon m’écrivit, le 22 juin 1813 : « Les projets anarchiques, « surtout à Toulon, ne m’étonnent pas. Barras. Fréron et com- « pagnie peuplèrent cette ville de Jacobins, et elle était autre- « fois si monarchique 1 Le temps et les institutions militaires « de terre et de mer qui la font subsister, ramèneront cet an- « cien esprit. »

11 n’était pas possible d’arrêter à la fois huit ou dix individus, de les interroger, d’ouvrir des correspondances pour suivre les ramifications de leurs manœuvres, sans faire une sorte d’éclat. Du reste, il était à remarquer que le ministre qui doutait toujours de l’importance des découvertes et qui ne pouvait pas croire à l’existence de partis assez forts pour inquiéter le gouvernement, était le même qui, en 1812, au milieu de la capitale, entouré de toute son armée, avait été poliment enlevé de son lit par une poignée de conspirateurs. Après une telle expérience, l’incrédulité du ministre était réellement admirable, et si au ministère de la Police on avait traité toutes les affaires de ce département avec autant de bénignité, on ne concevrait pas les cris qui se sont élevés contre Fouché et Savary. Car, c’est une justice qu’il faut leur rendre, ils ne profitèrent point des occasions que leur offrirent les autorités locales dans le Midi, de déployer le pouvoir discrétionnaire dont ils étaient investis.

L’Empereur ne fut pas si confiant. 11 envoya le conseiller

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d'État. Pelet (de la Lozèi'e) à Marseille, pour y prendre connaissance de toutes ces agitations. Il y arriva en avril et se mit de suite à l’ouvrage. Sa présence ne déconcerta point les conjurés. Après avoir échoué à Toulon, ils reportèrent leurs vues sur Marseille. Pendant tout ce mois, il fallut être sur le qui-vive. Le 30 au matin, je reçus une révélation portant que dans la nuit les conjurés devaient se réunir sur plusieurs points autour de la ville et y faire une irruption. Je me concertai avec le capitaine de gendarmerie et le commandant de la place pour faire observer les points de réunion indiqués et pour tenir secrètement des forces prêtes à marcher. La journée fut tranquille; à minuit, je n'avais encore aucun avis qui pût donner de l’inquiétude, lorsque le procureur impérial Guillibert et son substitut Laget, ce dernier armé jusqu’aux dents, en trèrent à la préfecture amenant un espion qu’ils avaient parmi les anarchistes (car tout le monde faisait la police). Cet homme déclara qu’il sortait à l’instant même d’un rassemblement de quatre-vingts individus armés; que, dans une demi-heure, ils seraient aux portes de la ville et qu’il s’offrait pour conduire la force armée vers ce rassemblement, pour le surprendre. Il n’y avait pas à délibérer, le capitaine de gendarmerie était à la préfecture; il alla avec les deux magistrats chez le commandant de place pour le prévenir et faire demander un détachement de troupes. On le mit de suite en marche; il était composé d’environ cinquante conscrits qui ne savaient pas encore faire le coup de fusil. Dans l'obscurité de la nuit et à très peu de distance de la ville, on entendit les pas de quelques hommes; un sous-officier cria : Qui vive ? Les conscrits, sans attendre le commandement, firent une décharge et se sauvèrent en désordre. On eut de la peine à les rallier et on attendit le reste de la nuit. Au point du jour, on se hasarda d’aller à la découverte et on trouva un cordonnier d’Aubagne blessé, ayant à côté de lui un fusil. On se mit en devoir de le porter à l’hôpital; il mourut pendant le trajet sans qu’on l’eût interrogé. Un peu plus loin, on arrêta un journalier de la même commune également blessé, qui avait des cartouches dans ses poches, et l’on ramassa quatre fusils. Interrogé, il déclara qu’un de ses amis était venu le chercher à

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