‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 195 sur 325 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

« les motifs de cette nouvelle disgrâce. Le ministre de la Police « est triomphant d’ètre délivré des inquiétudes que lui donnait « la présence de Fouché. Plus de deux cents jacobins ont été « ou enlevés ou éloignés. »

Plus tard, Mme Devaines me manda : « Le duc est à Dresde « parfaitement traité. On croyait qu’il allait avoir un gouverne- « ment des nouvelles conquêtes. Apparemment, l’armistice a « changé sa destination. Quelle qu'elle soit, il y a eu et il y a « une enveloppe mystérieuse qui a désolé le duc de Itovigo. « L’archichancelier lui a été utile dans cette circonstance et il « y a eu de la part du duc des lettres de remerciement et de « reconnaissance. Des gens très fins prétendent que Fouché a « été signalé par des puissances comme étant toujours à la tète i d’un parti; que, faute de preuves qui sont difficiles à avoir, < l’Empereur a voulu qu’il fût sous sa main, comptant bien par « ce moyen lui faire tort vis-à-vis de tous ceux qui croyaient « qu’il était à eux. Mon opinion à moi est qu’il a bavardé, ce « qui arrive parfois, et qu'on s’est servi de ce qu’il a dit pour « en faire un épouvantail. » (Lettre du 15 juillet.)

L'Empereur se défiant de Fouché n’avait pas voulu le laisser à Paris pendant son absence. Était-ce le parti de Fouché que Savary avait voulu frapper en faisant une rafle de deux cents jacobins? L’Empereur blâma vivement cette mesure par une lettre du 8 juillet (1) à l’archichancelier, dans laquelle il traita comme deux réactionnaires stupides son ministre et son préfet de police Pasquier. Je n’eus plus aucun rapport avec Fouché jusqu’à la Restauration. Après la chute de l’Empire, il se vanta, comme d’autres grands politiques, de l’avoir prévue plusieurs années d’avance et même d’y avoir contribué. Les uns lui en ont fait un mérite, les autres l’ont accusé de trahison. Le ton de ses lettres, les intérêts qu'il y traitait, n'annonçaient pas un homme qui désespérât de l’Empire, qui doutât de l’étoile de l’Empereur, ou qui conspirât alors contre lui.

Portalis était toujours à Aix, disgracié depuis trois ans, fai-

(1) Lettre reproduite par Thibaüiieau, Empire, t. VI, p. 330.

MÉMOIRES DE A.-C. THTBAUDEAU

sant triste figure. Il sollicitait son retour à Paris, sa rentrée en grâce. Je le désirais aussi à cause de mon ami Siméon, son oncle. J’en écrivis à Mme Devaines. Elle me répondit (13 janvier) qu’elle n’y prenait aucun intérêt, qu'elle n’estimait ni les ingrats, ni les ambitieux, ni les avares, et qu’elle détestait les dévots.

Portalis fut enfin autorisé à venir à Paris. J’en fus informé, ie l’en prévins. Il me répondit: « C’est avec les sentiments d’une « juste reconnaissance que j’ai reçu la preuve d’intérêt que « vous m’avez accordée en voulant bien m’annoncer la décision « de Son Excellence le ministre de la police générale. J’en étais « déjà instruit. Je me propose d’aller vous renouveler en per- « sonne mes remerciements à Marseille dans le courant de la « semaine prochaine et de demander à Mme la comtesse Thi- « baudeau ses commissions pour Paris. M. le sous-préfet, ainsi « que M. le maire d'Aix, ont eu la bonté de me communiquer « les ordres que vous leur avez transmis àmon égard. Recevez, « je vous prie, les assurances de mon attachement et de ma « haute considération. » (Lettre du 12 juin.)

Et, peu après : « Un enchaînement d’affaires et de contrariétés « que je n’avais pas pu prévoir me prive d’aller prendre en « personne congé de vous et de Madame, ainsi que je m’en « étais flatté. La santé de Mme la comtesse Portalis m’a retenu « une partie du temps, car elle voulait m’accompagner, bien « moins par la curiosité de voir Marseille que par le désir « de vous remercier des preuves d’intérêt que vous nous avez « données et dont nous sommes très reconnaissants (1). Les « embarras inséparables des préparatifs d’un long voyage, « d’un déménagement et des dispositions à faire, à la veille « d’une absence, pour l’administration et la surveillance de « mes propriétés ne m’ont ensuite laissé aucune liberté. Je me « fais un devoir de vous offrir l’expression de mes regrets, et je « me flatte que vous voudrez bien apprécier leur sincérité et « agréer l’hommage du véritable attachement et de la haute « considération. » (Lettre du 2 juillet.)

(i) On verra comment lorsque, pendant mon exil, M. Portalis était ministre. (Note de Thibaudeau.)

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