CHAPITRE XXVIII
tionale, il y eut peu d’acclamations. Elles éclatèrent de toutes parts quand il eut parlé. Son allocution dissipa la froideur et électrisa les âmes. Les alarmistes rendirent grâce à Dieu de ce que l'Empereur était sorti sain et sauf d'une aussi périlleuse épreuve. On crut devoir encore cimenter par des repas la bonne intelligence entre la garde nationale et la garde impériale. Cette succession rapide de démonstrations contraires imposées par la Restauration et l’Empire embarrassa un peu la haute bourgeoisie. Tout le reste de la population était hostile aux Bourbons; les vrais royalistes formaient une très petite minorité.
Ce n’était pas une secousse passagère que la révolution du 20 mars avait imprimée à la nation; son instinct lui en révélait les graves conséquences. Elle comprit que son assentiment, ses acclamations n’arrêteraient par les étrangers et les royalistes, et qu’il fallait se préparer à repousser leurs attaques. Des populations déployaient donc spontanément le drapeau tricolore et prenaient les armes. Ce mouvement ne s'accordait pas avec les principes et l’allure du gouvernement impérial; pour l’arrêter, il le régularisa. Un décret ordonna l'organisation des gardes nationales, mais conformément aux lois existantes. De nombreux bataillons d’élite se formèrent dans les villes et les places. Une grande partie de la population en état de porter les armes ne se trouvait pas comprise dans cette organisation; elle réclamait vivement l’honneur de combattre pour la patrie. On autorisa la formation de bataillons de volontaires fédérés. Au lieu d’une seule garde nationale bien compacte, on en lit deux, celle de la bourgeoisie et celle du peuple.
Un esprit général de fédération avait surgi comme au commencement de notre grande révolution. Il se montra d’abord à Nantes, qui, placée entre la Vendée et la chouannerie, avait à redouter la guerre civile. De jeunes citoyens de cette ville formèrent le projet de s’unir par un pacte avec les villes voisines pour se porter en cas de besoin des secours mutuels. Les villes de la Bretagne accueillirent cette idée avec enthousiasme et envoyèrent des députés à Rennes. Ils y rédigèrent le pacte fédératif. Le nom i^e l’Empereur n'y fut pas d’abord prononcé; c'était pour la défense de la patrie et le maintien de l’ordre que
MÉMOIRES DE A.-C. THÎBAUDEAU
l’on prenait les armes. On se ravisa, on y ajouta l’Empereur. Le pacte fut signé par quinze cents députés. 11 fut dénoncé à l'Empereur comme un attentat révolutionnaire. Il dit, après l'avoir lu : « Ce n’est pas bon pour moi, mais c’est bon pour la « France. » D’autres provinces se fédérèrent à l’exemple de la Bretagne et se mirent en relation avec elle. Les Bretons seuls formèrent une masse de vingt mille fédérés, dont des détachements se portèrent au secours des localités qu’essayaient de troubler les royalistes. Mais, loin d’encourager les fédérations, le Gouvernement, excepté Carnot, parut les redouter. Leur zèle se refroidit. Bien qu'on annonçât dans le Moniteur qu’elles n'étaient composées que d’hommes présentant par leur éducation et la consistance de leurs familles toutes les garanties, si on n’osa pas les interdire, on ne s’en servit pas, on les abandonna à elles-mêmes, elles furent très peu utiles.