‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 277 sur 325 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Assemblée des bureaux des Chambres et de la Commission de gouvernement. — Davout propose de recevoir les Bourbons. — Nouvelles des plénipotentiaires. — Envoi de commissaires aux généraux ennemis. — Fouché accusé de trahison. — Mon entretien avec lui. — Adresse des représentants à l’armée. — J’exprime mon opinion à la Chambre des Pairs le 28 juin. — Paris en état de siège.

J’insistais sur une bonne attitude militaire ne'cessaire dans tous les cas, parce que je ne voyais que froideur, découragement, défection, et des militaires qui abandonnaient l’armée pour flâner à Paris, comme si tout était fini. Je savais qu’on travaillait mollement et pour la forme aux. fortifications. Le maréchal Lefèvre en était indigné. « Mon cher, me dit-il, on « nous trahit, on nous livre, nous sommes f. .. » La conduite du maréchal Masséna était désespérante. Dans l’ordre du jour par lequel il annonçait sa nomination, il se bornait à dire froidement, en présence des ennemis qui s’approchaient de la capitale, que l’institution des gardes nationales avait pour objet de maintenir l’ordre dans l’intérieur et de faire respecter les personnes et les propriétés. Ce n’était pas tout. Accompagné de mon fils, qui avait été nommé, le 30 mai. sous-lieutenant dans la garde nationale, j’abordai le maréchal dans les salons de la Chambre des Pairs. Il lui dit des choses aimables et qu’il le prenait pour aide de camp. Mon fils accepta. Étant de service, il assista à la réception de députations de la garde nationale qui demandaient à sortir des murs pour entrer en ligne. Le maréchal éluda poliment, leur promettant que, lorsque le moment serait venu, on utiliserait leur zèle. Lorsqu’elles furent sorties : « Ah bien oui, dit-il, on se battra pour leur faire plaisir, et je m’exposerai à faire brûler mon château et mon hôtel! »

Tous les maréchaux à peu près en étaient là. A la Chambre des Pairs, l'opposition qui s’était montrée le plus vivement contre Napoléon II, résistait par ménagement pour les royalistes et les Bourbons à une loi de police proposée par le gouvernement et adoptée par l’autre Chambre. On entendit le pair d’Aubusson s’écrier que, si la loi passait sans être amendée, il demanderait un passeport pour Constantinople. Cette touchante sollicitude d’un chambellan impérial pour la liberté individuelle n’était-elle pas édifiante et d’un à-propos heureux?

Le 27, la Commission de gouvernement convoqua aux Tuileries les bureaux des deux Chambres. J’ignorais le but de cette convocation, elle me parut de mauvais augure. Je m’y rendis avec Cambacérès et Valence. Après un exposé très peu rassurant de notre situation, Fouché dit que la Commission avait jugé convenable de nous réunir pour s’aider de nos conseils et de nos lumières. La discussion s’ouvrit, on divagua longtemps sans résultat.

Davout prit la parole et, d’un ton en apparence pénétré, dit que, d’après la connaissance qu’il avait des ressources disponibles, il était intimement persuadé qu’il n’y avait pas moyen de résister à l’ennemi et que, pour éviter de plus grands malheurs, il fallait nécessairement recevoir les Bourbons et envoyer proposer au roi : 1° d’entrer à Paris sans troupes étrangères ; 2° de prendre la cocarde tricolore; 3° de garantir les propriétés et les personnes, quels qu’eussent été leurs fonctions, places, votes et opinions; 4° de maintenir les deux Chambres, d’assurer aux fonctionnaires la conservation de leurs places, et à l’armée celle de ses grades, honneurs, pensions et prérogatives; 5° de maintenir la Légion d’honneur.

A ces conditions, la majorité de la réunion serait allée très volontiers chercher les Bourbons; mais elle les croyait trop irrités et trop fiers pour qu’ils voulussent s’y soumettre. La proposition de Davout, après le départ des plénipotentiaires et avant qu’on eût de leurs nouvelles, jeta l’étonnement et la consternation dans la réunion. Elle fut vivement combattue. On insista pour laisser les négociations suivre leur cours, pour réorganiser fortement l’armée et faire bonne contenance.

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