‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 39 sur 325 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

« lumières par la liberté de la presse. Je protégerais la sûreté « personnelle contre les abus du pouvoir. Je voudrais que le « citoyen ne dépendît que de la loi et des juges qui en seraient « les organes indépendants. En un mot, je ferais de la France « un Etat tout à fait nouveau dans le monde et qui linirait par « servir de modèle aux autres peuples.

« Pour fonder un tel ordre de choses, il laut, je le sens, une « volonté forte et un bras puissant. Mais quel homme eût « jamais dans ses mains, comme Bonaparte, les destinées du « premier peuple du monde et celles de l’humanité tout « entière? Quel homme a jamais réuni à plus de circonstances « favorables plus de qualités éminentes? Quelle plus belle car- « rière de gloire s’est jamais offerte au génie?

« Mais quel est le moyen de réaliser ce grand but ? Il est tout « entier, j'ose le dire, dans une bonne représentation des inté- « rêts nationaux. Il ne faut pas se le dissimuler, on ne peut « plus gouverner autrement un peuple éclairé et qui a été com- « plètement révolutionné. Le temps de la foi, des prestiges et « des miracles est passé, en France surtout plus qu’ailleurs. « Toute organisation sociale qui n’y sera pas fondée sur les « intérêts moraux et matériels et sur les nouvelles opinions, sera « factice et n’aura pas de durée.

« Sous le rapport de la représentation, la Constitution « actuelle est extrêmement défectueuse. 11 n’y a point de repré- « sentants là où ils ne sont pas nommés par le peuple. Ce vice « est radical. Le Corps législatif a une attitude ridicule, et le « Tribunat n’est plus que la doublure du Conseil d’Etat; c’est « son écho dans l'antre du silence. Le Sénat ressemble à un « chapitre de chanoines; ce sont de riches bénéficiers sans « charge d’âmes. Ce sont certainement bien moins les hommes « que les institutions elles-mêmes qu’il faut accuser. Et cepen- « dant on trouve que cela ne va pas encore assez bien, et l’on a veut réformer! Si c’est pour effacer tout à fait cette ombre « expirante de représentation, je n’ai rien à dire; si c’est pour « la rappeler à la vie, il faut en revenir aux principes et éta- » hlir une représentation nationale digne de ce nom. Peut-être « notre Constitution de l’an III laissait-elle à cet égard peu de

« choses à désirer. Si un Bonaparte avait été à la place du « Directoire, elle existerait encore. Il n’y avait qu'une grande « lacune, c'était peut-être de donner au pouvoir exécutif le « droit de convoquer, de proroger et de dissoudre les Conseils « législatifs, de leur proposer des lois et de les sanctionner. On « peut facilement s’accorder sur la nomination des représen- « tants, sur leur renouvellement, leurs attributions et sur le « plus ou moins d'étendue à donner au droit d’élection.

« Les deux Chambres seront-elles composées des mêmes élé- « ments et formées de la même manière? L'une sera-t-elle « démocratique et l'autre aristocratique? C’est un point très « important, il est vrai; mais ce n’est pas ici le lieu d’examiner « toutes ces questions. Je ferai cependant observer en passant « qu'il ne faut plus penser à une aristocratie telle qu’on l'a « entendue jusqu’à présent. Ce serait rétrograder vers la féoda- « lité, et heureusement il n’en existe plus la moindre trace. « L’aristocratie possible ne peut plus être que la sommité des « intérêts nés de l'ordre social actuel en général et, en partiel culier. de la Révolution. Dès lors, les deux Chambres ont au « fond le même intérêt. Par conséquent, la division du pouvoir « législatif est moins une représentation d’intérêts différents « qu’un moyen presque mécanique d’assurer le calme et la « sagesse des délibérations. Je me borne, du reste, aux princi- « pales pièces de la charpente. Quoi que l’on décide et que l’on « fasse, l’édifice bâti d’après ce croquis serait toujours meilleur « que tout ce qui existe actuellement. Voilà pour la législa- « tion !

« La représentation serait imparfaite si elle n’était pas « admise aussi dans l’administration des intérêts locaux. Elle « est la base essentielle d’un bon système municipal et dépar- « temental. Le gouvernement peut et doit y participer pour en « tempérer et en diriger l’action. Nos constitutions précédentes « fournissent à cet égard des dispositions auxquelles il y a peu « de choses à changer.

« Une fois la hiérarchie représentative établie, le peuple et le « gouvernement ont leurs garanties et la nation est véritable- « ment organisée. Tout le reste en découle naturellement. Il

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