CHAPITRE VI
Consul. Jourdan avait de l’esprit, de I nstruction ; sa conversation et ses écrits prouvaient de l’originalité ; son exaltation égarait parfois son jugement. C’était un contre-révolutionnaire ardent, passionné, haineux, le personnage le plus distingué du parti royaliste. Dévot, lié avec l’archevêque et les prêtres, il était leur conseil politique. Remuant, il se mêlait un peu de tout. On trouvait son influence à la municipalité, à l’académie, aux sacristies, aux hôpitaux. Sans influence auprès du gouvernement, il en avait beaucoup à Marseille. Le sénateur Barthélemy m’avait fort recommandé la conversion de son neveu ; je lui fis un bon accueil. Il s’établit entre nous autant d'intimité que pouvaient en comporter le souvenir de ses antécédents et sa situation suspecte.
La famille Bonaparte avait un patronage très étendu à Marseille où elle avait résidé assez longtemps en débarquant de Corse. Rien de plus commun que les gens qui se vantaient des rapports qu’ils avaient eus avec tous les membres de la famille, voire même des petits services qu’ils leur avaient rendus dans leur détresse, et qui s’en faisaient un titre à l’appui de leurs prétentions.
Une autre famille destinée à une fortune prodigieuse, nombreuse et déjà puissante, c’étaient les Clary. Quatre sœurs avaient fait de bons mariages, avec Joseph Bonaparte, le général Bernadotte, Anthoine, négociant à Marseille, Villeneuve, administrateur des postes. Le frère aîné était un riche capitaliste à Paris, l’autre membre du Corps législatif. Leur clientèle était considérable.