CHAPITRE IX
« invitations s’étendront aux géne'raux, aux législateurs et aux « tribuns. »
« L’affaire de l'hérédité et vraisemblablement du titre d’Em- « pereur marche beaucoup plus vite que je ne pensais, me « mandait Siméon. C’est M. de Talleyrand qui en est le grand « promoteur. Il est public à Lyon que c’est lui qui a concerté « avec Bureaux de Puzy (1), arrivé ici récemment, une adresse « des trois municipalités de cette ville demandant l’hérédité du « pouvoir dans la famille du Premier Consul. Cette adresse a « été apportée dimanche dernier, 2 de ce mois, à Saint-Cloud. « et présentée par un des maires de Lyon et six ou sept dépu- « tés. Les officiers généraux, supérieurs et autres de la garni- « son en ont fait une aussi qui a été présentée le même jour. « Je me hâte de vous en avertir afin que vous voyiez si vous « n’imiterez pas l’exemple du préfet de Lyon. Je n’ai pas vu « cette Adresse, mais je la crois au nom du préfet, des maires « et adjoints et des citoyens du département du Rhône et de la « commune de Lyon. Comme vous n’êtes pas bien avec Cer- « voni. à votre place je ne lui dirais rien et je ferais mon affaire « tout seul, sauf à lui d’être averti par ses amis ou par les « papiers publics. Ce qui est essentiel surtout, c’est qu’il ne « vous prévienne pas. D’ailleurs, le Premier Consul aime « mieux que le mouvement des civils précède celui des mili- « taires qu’on peut soupçonner de moins de liberté. Je ne sais « pas si les deux Adresses dont je viens de vous parler seront « aujourd’hui dans le Moniteur .
« Je viens de voir les députés de Lyon. Leur Adresse n'a « point été présentée comme on me l’avait dit. Elle est entre « les mains du ministre de l'Intérieur et la députation attend « les ordres du Premier Consul, ce qui n’empêche pas que « vous puissiez et deviez peut-être faire la même chose. Il y a « eu hier à Saint-Cloud un conseil privé auquel des ministres, « au moins M. de Talleyrand. ont été appelés, ainsi que le pré-
(1) Ex-député à la Constituante. II émigra avec Lafayette en 4792, partagea sa captivité à Olrnütz, fut remis en liberté après le traité de Campo- Fortnio, approuva le 18 Brumaire et fut préfet de l'Ailier, du Rhône et de Gênes.
« sident du Corps lé^itslatif. On croil que c’était pour préparer « le sénatus-consulte. »
— « Le Conseil d’hier était un conseil extraordinaire. Quatre « sénateurs y étaient : Fouché qui, le premier, fit au Sénat la « proposition de l’hérédité; François de Neufchâteau, rappor- « teur de la commission pour l’examen du rapport du grand « juge sur ce qui concerne M. Drake; Lecouteux, chargé par « le Sénat de faire part de son Adresse à ce sujet au Premier « Consul et de prendre son jour pour la présentation, et « Rœderer, client de Joseph Bonaparte. Le résultat de ce con- « seil n'est pas encore connu.
« Le Tribunat a arrêté hier en conférence particulière que « son président demanderait au Premier Consul une audience « pour lui dire que le vœu du Tribunat est pour l’hérédité, mais « qu’avant de l’émettre publiquement on désire savoir quel est « le moment où il lui paraîtra plus convenable que ce vœu lui « soit apporté. »
En effet, Curée avaitfait sa fameuse motion. Par suite de cette communication, il fut convenu qu'il en développerait les motifs. Les rôles furent distribués pour l'appuyer. Le Premier Consul désigna quelques orateurs, entre autres Siméon dont le suffrage devait avoir d’autant plus de poids qu’il avait été proscrit au 18 fructidor comme bourhonnien. C’est ce que me fitentendre Mme Devaines en m'écrivant : 9 Quand vous lirez les opi- 9 nions du Tribunat, celle de notre ami vous prouvera qu’il y a « des circonstances où il est commandé de s’exprimer forte- 9 ment. »
Siméon continuait à me tenir au courant; il m’écrivait : « En « revenant sur mon opinion qu’on ne précipiterait rien, je vous « ai engagé à suivre le mouvement de Lyon. Déjà la flotte de 9 Toulon s’est prononcée ; le feu qui brûlait chez vos voisins 9 vous aura gagné.
« Paris n'avait pas fait d’Adresse, parce que Paris est très 9 froid. Il a accouché pourtant, mais non sans effort et sans 9 art. Le conseil général du département avait pris une très 9 ridicule délibération où il disait que ce n’était pas à lui à 9 émettre de tels vœux et où il s’en rapportait au Tribunat. La