CHAPITRE IX
« indiqué un changement dans les projets d’hérédité. On « croyait d'abord qu’elle serait portée sur le jeune Napoléon, « fils de Louis, qui fut créé, il y a quelques jours, général de « division et conseiller d’État attaché à la section de législation. « On croyait que le choix d'un enfant contre lequel il n’existe « aucun préjugé, sur lequel on n’a que des espérances et point « d’opinion à former, était le meilleur parti On dit maintenant « que l'hérédité sera déclarée en faveur de Joseph et de ses « mâles, et. à défaut, en faveur de Louis, à l’exclusion de « Lucien, ce qui, il me semble, jetterait dans la famille une « grande division. Au reste, il y a onze jours que Lucien est « parti avec sa femme et ses enfants pour Rome où il va, dit-on, « s’établir.
" Les conseillers d'Etat se sont assemblés plusieurs fois sans « présidence de Consul, et après en avoir demandé la permis- « sion, pour délibérer sur l’hérédité et sur les institutions qui « doivent l'accompagner. Le résultat de plusieurs conférences « a été que l’hérédité était bonne et nécessaire. (Juant aux ins- « titutions, on n’a pu s'accorder sur rien et l'on a fini par dire « qu’il fn liait s’en rapporter au gouvernement. Chaque conseil- « 1er d’État a rédigé son avis par écrit pour être remis au Fre- « mier Consul. Il ne paraît pas que le Premier Consul s’explique, « et tandis que tout s’agite autour de lui dans l’attente de ce « qui arrivera, il est calme et impénétrable. On dit que le nou- « veau titre serait celui d’empereur. Je continue personnelle- « ment à croire que ce ne serait qu’à la paix ou après un grand « succès militaire.
« M. de Talleyrand, qui n’est pas accusé de parler trop, par- « lait tout haut, l’autre jour à table, de la nécessité de l’héré- « dité et de sa prochaine publication.
« Je crains que cela ne soit trop précoce; il me semble que « l'opinion publique, quoi qu'en disent les llatteurs, ne va pas « aussi vite qu'eux. »
Regnaud de Saint-Jean-d'Angély m’écrivait d’une manière plus explicite sur l’hérédité dont il était partisan décidé, et sur ce qui s’était passé au Conseil d’État : « Le Sénat a présenté une « adresse au Premier Consul finissant par la demande d’une
« haute cour nationale et d'institulions propres à consolider « son ouvrage; de manière qu’après avoir réparé le passé, « il garantît l’avenir. Son vice-président, Lecouteux de Can- « teleu a annoncé que c’était l'hérédité que le Sénat demandait.
« Les présidents de sections ont exprimé au Consul leurs « regrets de ne pouvoir à leur tour exprimer un vœu. Il les a « autorisés à assembler secrètement le Conseil d’État pour avoir « son avis. On s’est réuni à la section de la marine. Cinq « séances ont été employées à discuter trois questions : L’héré- « dité vaut-elle mieux que le gouvernement électif? Le moment « est-il opportun pour l’établir? Comment faut-il l’établir? Un « seul a trouvé que l’hérédité n'était pas préférable. Quelques- « uns ont varié d’opinion sur la deuxième question. Sur la troi- « sième, il a été parlé de garanties pour le peuple, de « pacte, etc., etc. Les présidents avaient été chargés de rédiger « un avis. Il n’a pas passé unanimement. On a arrêté que cha- « cun donnerait son opinion individuelle. Hier, elles ont été « réunies. Ce matin, nous portons à Saint-Cloud l'opinion indi- « viduelle de chacun, ce qui est assez curieux. »
Au milieu de si graves intérêts, on s’occupait des réceptions à la cour. Siméon m’écrivait : « Le Premier Consul est à Saint- « Cloud pour huit mois, sauf les voyages aux camps. Il tra- « vaille le mercredi avec les ministres. Ce jour-là, il y a un « dîner de trente personnes, composé des Consuls, des minis- « très et de quelques personnes qu’on y invitera à tour de rôle. « Ce jour-là seulement dans toute la semaine, Mme Bonaparte « recevra, le soir, les ministres, les conseillers d'État, les séna- « teurs, le bureau et les questeurs du Corps législatif, le bureau « du Tribunat, et seulement les généraux attachés à la division « de Paris ou employés dans le ministère, et leurs femmes. « Tous les autres généraux, législateurs, tribuns et leurs « femmes sont exclus. Ainsi, Macdonald, Masséna, Nan- « souty, etc., etc. On se persuade qu’il y aura des exceptions. « Tous les mois, il y aura cercle à Saint-Cloud et comédie. On « y invitera quatre vingts femmes et à peu près le double « d’hommes. On dressera d’avance des listes, afin que dans le « cours des huit mois chacun puisse être invité à son tour. Ces