‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 71 sur 325 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

« Vous me demandez où en est la question du divorce. Mme Bo- « naparte est défendue par l’habitude et parle besoin qu’en a le « Premier Consul, par le respect qu’il a pour les mœurs, par la « grandeur dont il l’a environnée, par l’amitié qu’il a pour le « petit Napoléon. Il y a bien une faction qui travaille contre « elle, qui prétend même que si elle aimait Bonaparte pour lui- « même et si elle était attachée à la chose publique, elle se reti- « rerait pour qu’il eût des enfants. Je ne pense pas qu elle doive « avoir ce sublime dévouement. Elle n’est pas mariée à l’église ( \ ), « mais elle l'est dans la forme régulière qui constitue l’état civil. « 11 n’y aurait de moyen de divorce que le consentement mutuel ; « elle ne donnera pas le sien, outre que les formalités sont bien « longues. Les frères ne seraient point intéressés au divorce. « Leurs clients, et ils en ont beaucoup, devraient se réunir à ceux « de Mme Bonaparte. Je ne crois point au divorce, et le « défaut des descendants directs sera une chance que courront « nos enfants. »

La question de l’hérédité marchait à grands pas vers son dénouement. Regnaud m’écrivait : « Tu auras lu dans les « journaux le vœu émis par le Trihunat. Il fut porté hier au « Sénat, et le Sénat, représenté par sa commission, a dû aller, « hier, chez le Premier Consul pour lui donner connaissance « de sa délibération. Les changements, à ce qu’il paraît, ne « porteront que sur les points indispensables pour coordonner « le nouveau système avec l'ancien. Le Sénat aura quelques « attributions relatives à la liberté individuelle et à la liberté « de la presse. Il y aura une haute cour nationale pour le « jugement de certains délits et de certaines personnes. Le « Tribunat restera vraisemblablement comme corps séparé, et « amalgamé sous d’autres rapports avec le Corps législatif. On « présume qu'il sera établi un certain nombre de grands « officiers de l’Empire, et dans la distribution de ces éminentes « dignités les Consuls, si leur titre n’est pas conservé, en trou- « veront un nouveau. Le Conseil d'Etat n'aura rien à gagner,

(1) La situation fut régularisée la veille du sacre, le 1er décembre 1 80 4 , joui' où le cardinal Fesch donna la bénédiction nuptiale à l’Empereur et à Joséphine.

« peut-être aura-t-il à perdre à ces changements. Cependant « j’aime mieux encore être au Conseil d’Etat qu’au Sénat, et, « quoique candidat, je n’ai pas demandé à y être envoyé. Je « crois que la seule chose utile qui sera faite pour le Conseil, « et dont j’ai présenté l’idée qui a été accueillie, ce sera de « trouver le moyen de rendre le titre viager, même si on a « cessé d’être en service ordinaire ou extraordinaire, avec « moitié des appointements seulement.

« L'usage établi par Mme Devaines d’une pension de « 6 000 francs pour les veuves sera sans doute confirmé ; « c’est un motif de sécurité pour les gens mariés. Les points « dont je ne t’entretiens pas sont encore dans les nuages; mais « l’émission du sénatus-consulte est prochaine. L’acceptation « suivra, puis une solennité dont l’époque probable est le « 14 juillet prochain. »

En me transmettant les dispositions du sénatus-consulte au moment où elles venaient d’être arrêtées, Regnaud ajoutait : « Sous peu de jours, tout ceci sera envoyé à la sanction du « peuple. Prépare les esprits et ménage les votes »

De son côté, Siméon m’écrivait : « Dans la première délibé- « ration du Sénat sur l’hérédité, il y a eu trois bulletins néga- « tifs et deux blancs. Deux des premiers sont connus; ils sont « de Lambrechts et de Grégoire ; ils ne s’en sont pas cachés . « Le troisième est resté anonyme. On attribue l’un des billets « blancs à Sieyès. Lanjuinais est malade et n’y était pas. On « travaille à force à tout reconstituer conformément au nouveau « titre. Le sénatus-consulte paraîtra dans la semaine. Le Sénat « cherche à augmenter, tant qu’il peut, les attributions et à se « donner une grande consistance. Il aurait bien voulu de l’hé- « rédité pour lui, mais ce n’est pas pour cette fois. Plus de « Consuls. Depuis mercredi, Cambacérès a réformé la garde à « cheval qui le suivait. 11 sera archi-chancelier. Lebrun aura « une autre grande dignité. Talleyrand et deux des frères sont « désignés pour en avoir aussi. Quant à l’hérédité, la loi en « disposera sans doute à l’avenir. Mais pour la première fois « sera-t-elle au choix de l’Empereur! Adoptera-t-il le petit « Napoléon qu’il paraît aimer tendrement? Ou ses frères

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