CHAPITRE XI
une convention signée de l’amiral llood et publiée dans le Moniteur de l’époque. Le plénipotentiaire britannique opposait que ce document n’avait aucune authenticité et qu’il faudrait avant tout en représenter l’original.
La guerre s’étant rallumée, le ministre de la Police m’écrivit de faire des recherches pour me procurer l’original de cette convention. J’avais sous la main plusieurs commissaires des sections de Marseille qui avaient concouru à la reddition de Toulon. Je préférai m’adresser directement à la lumière du parti. IJn jour que Jourdan vint me voir, je lui dis sans préambule : « L’amiral llood a signé en 1793 une convention. « J'ai besoin de l’original. Je vous prie de me le procurer. » Un peu déconcerté de cette apostrophe, il rougit, balbutia, se mit à rire et répondit : « Je m’en informerai. » Quelques jours après, il m’apporta la pièce; il exigea pour toute condition que je ne fisse pas connaître au gouvernement le nom de celui qui en était possesseur. C’était Esprit Caire, de Marseille, chargé à Paris de la police secrète de Puyvert, Willot et d’André, agents du prétendant. Arreté en 1804 et mis ensuite en liberté, il vivait retiré dans sa propriété près d’Aubagne. J’eus occasion de le voir. A la différence du commun de ses compatriotes, c’était un homme froid, prudent, discret. Il me parut mécontent du parti royaliste, mais décidé cependant à n’en pas servir d’autre. Sans fiel, sans demander, sans attendre de récompense, il me confirma des faits que je connaissais déjà, il me raconta des intrigues que j’ignorais. Je fis mon profit de ses confidences sans tourmenter personne. Les royalistes qu’elles concernaient vinrent presque tous à moi et ne s’aperçurent jamais que je les avais pénétrés. J’en plaçai dans divers emplois, j’en eus dans ma société et jusque dans mes bureaux. J’aimais mieux cela que de les traiter en suspects et de les entretenir dans leur opposition pour avoir la triste gloire de les tourmenter, de les combattre. Fatigue de ses défaites et paraissant satisfait de la marche du gouvernement, le royalisme m’occupa très peu pendant tout le cours de mon administration.
A la fin de 1812, quand nos désastres en Russie semblaient devoir réveiller tous les partis, les royalistes ne bougèrent pas
plus en Provence qu’à Paris. En 1813, lorsque le territoire était envahi, le royalisme se borna à intriguer, à répandre sous main des pamphlets, de faux bulletins. En général, les royalistes en place se montrèrent jusqu’à la dernière extrémité fidèles à l'Empire.
En Provence, le parti anarchiste fut au contraire toujours en état de conspiration. Sans plan bien arrêté, suivant ses anciens errements, il était prêt à éclater avec violence dans une occasion favorable et à tout culbuter sans s’inquiéter de ce qui arriverait le lendemain. 11 n’y avait pas dans le parti un homme très marquant, mais il ne manquait pas de gens audacieux et entreprenants. Il se vantait d’avoir pour chef [Barras. Originaire et député du département du Var à la Convention, ensuite membre du Directoire, il avait été le patron des hommes de la Révolution et des Jacobins. Détrôné au 18 Brumaire par Bonaparte dont il avait commencé la fortune au 13 vendémiaire, il avait disparu de la scène politique, ennemi mortel du Premier Consul et l’accusant d’ingratitude et d’usurpation.
Les principaux du parti étaient :
Le général Guidai, natif de Grasse. Commandant à Alençon, il avait livré Frotté, réfugié chez lui. Son caractère violent lui avait suscité des démêlés avec les ministres de la Guerre et il était disgracié pour des propos menaçants tenus par lui contre l’Empereur. On le retrouvera dans la conspiration de Malet.
Bergier, ex-adjudant commandant.
Moisson, commandant de bataillon des Marseillais au 10 août.
Giraud, ex-commissaire du Directoire près le bureau central à Marseille.
Jaunie, avocat, ex-membre du tribunal de cassation, excommissaire du Directoire près le tribunal criminel d’Aix, défenseur de Babeuf à la haute cour de Vendôme; instruit, adroit, astucieux.
Iticord d’Allauch, administrateur du département des Bouchesdu-Rhône, accusateur public près d’un tribunal militaire à l’armée d’Espagne, banquier à Paris, directeur du théâtre de Nicolet, littérateur, écrivain, esprit inquiet et remuant qui n’avait réussi à rien.