‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 87 sur 325 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Ilochebrun, imprimeur, désigné dans un cadre d’organisation trouvé chez Babeuf comme propre à l’un des premiers emplois à Marseille et comme ayant été pendant deux ans en correspondance intime avec lui.

11 y avait beaucoup d’agents secondaires, petits bourgeois, artisans, ouvriers, anciens militaires, ou qui avaient occupé des places sous la Terreur, tous hommes d’expérience et d’audace. Guidai, Bergier et Moisson étaient pour le commandement et l’exécution; Giraud, Jaume et Ricord pour le conseil et les plans. Le parti se distinguait par l’activité, la fidélité, la persévérance et une organisation hiérarchique telle qu’une indiscrétion ne pût le compromettre. Depuis l’élévation de Bonaparte jusqu’à sa chute, rien ne put l’ébranler. Poursuivi sans relâche par le commissaire général de police, Permon, il résista à la prison, à l’exil, à la mort. 11 avait pour but le renversement de Bonaparte et le rétablissement d’un gouvernement populaire. Ses moyens étaient de s’emparer des principales autorités, des caisses publiques, la suppression des droits réunis et de la conscription. Pour réussir, tout lui était bon, môme l’intervention de l’étranger.

Vers la fin de l’an XIII, le commissaire général de police prit des mesures de répression contre ce parti dont il avait observé longtemps les menées. Il fit arrêter dix-sept individus, dont les principaux étaient Bergier et Jaume. Sur le premier avis qu'il en donna au ministre de la Police, Fouché, celui-ci blâma ces arrestations et l’importance qu’on avait donnée à une conspiration qui n’était rien moins que prouvée et que le caractère et le défaut de moyens des personnages arrêtés ne permettaient pas de croire dangereuse. Étonné de ce que je n’eusse pas prévenu l’éclat de cette affaire, le ministre me demanda ce que j’en pensais. Ce reproche était d’autant moins fondé que le commissaire général de police, usant de son droit, avait correspondu directement avec le ministre et avait fait des arrestations sans m’en prévenir. 11 m’adressa, en même temps qu'au ministre, un rapport détaillé sur l’immense procédure qu’il avait faite. Après examen, je ne doutai pas de l’existence du complot; mais il me parut aussi que les conjurés n’avaient pas les moyens de l’exé-

enter. D’ailleurs, on ne voyait pas de projets bien arrêtés et de preuves suffisantes. Il résultait de l’instruction que les prévenus, presque tous sans places, sans industrie, n’ayant que de faibles moyens d’existence, exaspérés contre le gouvernement, voulaient le renverser et se vantaient d’en venir à bout. Je ne croyais donc pas qu'il y eût lieu à commencer des poursuites judiciaires. J’en écrivis dans ces termes au ministre. Du reste, le système du gouvernement était alors de juger les délits politiques administrativement, par mesure de haute police, aün d’éviter l’éclat devant les tribunaux, et pour qu’on ne pût pas môme soupçonner en France ni à l’étranger que personne osât concevoir la pensée de renverser un colosse qui paraissait inébranlable.

Le ministre décida que six des prévenus seraient détenus au château de Corte, en Corse, que six seraient mis en liberté et sous la surveillance de la police, et que les autres, parmi lesquels se trouvaient Jaume etBergier, seraient tout simplement relâchés.

J’informai Siméon de cette affaire. Il m’écrivit : « La conspi- « ration que vous me racontez est certainement bien incroyable, « mais si deux des accusés l'avouent, il faut bien tenir pour « vrai ce qui, sans leur aveu, serait invraisemblable. « D’ailleurs, les hommes que vous me nommez sont des anar- « chistes si distingués que leurs principes diminuent beaucoup « l'invraisemblance de leurs projets. Je finis par en être « convaincu lorsque je pense aux circonstances où nous « sommes. Les Anglais s’estimeraient heureux d’exciter un <t mouvement dans le Midi et ils sont habiles à profiter indiffé- « remment des anarchistes ou des royalistes (1). »

A mesure que le gouvernement consulaire rétrogradait vers les hommes et les choses de la monarchie, les Marseillais rêvaient le rétablissement de leurs anciens privilèges. Il y en avait un qui leur était cher par-dessus tous les autres, la franchise de leur port. C’était chez eux une véritable monomanie. Ils croyaient que ce régime, sous lequel leur commerce avait prospéré, lui rendrait toute sa splendeur. La franchise du port

'1 Lettre du 22 fructidor an XIII.

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