CHAPITRE XI
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« pôt n’est pas aussi avantageux au commerce en général, et « que Marseille ne peut se relever qu’avec un port franc diffé- « rent de ceux de Gênes et d’Anvers. »
Quelques jours après, il m’écrivit encore : » Je ne crois qu’en « partie ce qu’on vous a écrit de Gênes qu’il y aurait eu de « l’affectation à éloigner le voyage à Marseille; que les députés « auraient fait de la bouillie toute pure, et que leur arrivée « aurait été vue avec indifférence. Il ne paraît pas que l'Empe- « reur ait jamais pensé à aller vous visiter. Ce voyage n’était « que dans les conjectures des spéculateurs. J’entends par ce « mot ceux qui cherchent à deviner les vues et la marche de i l’Empereur. 11 avait à faire trop de choses en Italie et ensuite « sur la côte, où il veut tenir perpétuellement les Anglais en « échec, pour qu’il eût le temps d’aller à Marseille. Il n’y a donc « point eu d’affectation à éloigner un voyage dont on n’avait « pas manifesté le dessein, pour lequel aucun ordre n’avait été « donné. Je ne crois point qu'il eût vu vos députés avec indiffé- « rence; il n’en a pas pour qui lui montre de l’attachement; il « en a encore moins pour les affaires ; et c’en est une grande « que de rassurer ou de consoler Marseille sur la réunion de « Gênes. Il eût volontiers causé du port franc; la preuve, c’est « qu’il m’en a parlé à Fontainebleau. Sans doute, les députés « auraient fait de la bouillie, si c’en est que de ne pas obtenir « tout de suite l’ancienne franchise; mais la question aurait été « traitée, ou du moins entamée. »
Comme j’avais eu le mot de l’Empereur à l’époque du couronnement, ainsi que je l’ai rapporté, je me gardai bien de revenir sur le port franc. M. Anthoine, nommé maire de Marseille, allait bientôt entrer en fonctions. J’étais sûr que, targuant de son crédit, il ne manquerait pas cette occasion de se populariser parmi ses concitoyens et qu’il y perdrait sa peine. Je le laissai donc faire.
Pendant l’absence de l’Empereur, l’archichancelier fut assez gravement malade d’un violent catharre. Ne pouvant sortir pour présider le Conseil d’Etat, il le réunissait chez lui. Tous les soirs, Portalis, Siméon, Jaubert, Séguier et des Languedociens lui tenaient fidèle compagnie. Mme Devaines, homme pour l’esprit et le caractère, était de ces soirées.
Je lui avais écrit par plaisanterie qu’on disait Talleyrand mort en Italie. Elle me répondit : « M. de Talleyrand mort à Milan ! « Ah ! bien oui ! 11 n’en avait nulle envie. Il la faisait courte et « bonne avec des Italiennes, entre autres une ancienne maîtresse « de Pétiet à qui il a donné force argent. Puis, brochant sur « le tout, Mme Simon Lange qui le suivait ou le précédait « dans chaque ville. De mauvaises langues, qui ne le croient « pas un foudre de guerre, prétendent que c’était encore pour « plaire qu’il prenait ce maintien. Il est maintenant aux eaux à « se reposer à côté de sa chaste moitié. Je compte, à son retour, « le bien tourmenter sur sa vie galante pendant son voyage en « Italie. »
Je refusai d’autoriser des mesures de rigueur proposées par la police contre plusieurs nobles d’Aix pour des motifs frivoles. Mme Devaines en eut connaissance et m’écrivit : « Bien fait à « vous d’avoir méprisé les dénonciations contre ces pauvres « bêtes de ci-devants ; encore mieux fait de les plaisanter. Ils « ont une maladie incurable de vanité. A propos de leurs plati- « tudes, vous aurez été charmé comme moi de la note du Moni- « leur sur la généalogie de Bonaparte ; elle est charmante. J’ai « beaucoup ri du sot ami. Voilà parler en vrai grand homme. « Cette note, qui nous fait plaisir à nous qui l’aimons, déplaira « beaucoup aux ci-devants. Tant mieux ! »
C’était cet article du 25 messidor où il était dit que la maison Bonaparte datait du 18 Brumaire (1).
(1) Reproduisant une information d'origine anglaise relative à un prétendu projet de mariage entre la reine d’Étrurie et le prince Eugène Beauharnais, le Moniteur du 25 messidor au XIII (14 juillet 1805) démentit, en note, cette nouvelle et ajouta :
« On a bien aussi mis dans nos propres journaux une généalogie aussi « ridicule que plate de la maison Bonaparte, ces recherches sont bien pué- « riles ; et à tous ceux qui demanderaient de quel temps date la maison « Bonaparte, la réponse est bien facile : elle date du 18 Brumaire. Com- ■> ment dans le siècle où nous sommes, peut-on être assez ridicule pour « amuser le public de pareilles balivernes? Et comment peut-on avoir assez « peu de sentiment des convenances et de ce qu’on doit à l’Empereur pour « aller attacher de l’importance à savoir ce qu’étaient ses ancêtres? « Soldat, magistrat et souverain, il doit tout à son épée et à l’amour de « son peuple. Nous ne voulons pas voir de la malveillance dans cette « espèce de comparaison avec la maison de Suède, maison souveraine