Mémoires de B. Barère, membre de la Constituante, de la Convention, du Comite de salut public, et de la Chambre des représentants
A la Constituante succéda l'Assemblée législative , formée de députés nouveaux qui, profitant du discrédit que les Jacobins avaient jeté sur l'acte constitutionnel, après la révision , mirent en avant quelques idées de réformation. Ces idées ne firent qu'augmenter la désaffection du peuple pour le seul palladium de la liberté conquise le 1 4 juillet J789.
L'Assemblée législative fut bientôt divisée en Royalistes constitutionnels et en Girondins réformistes. De là ces séances tumultueuses, et ces serments à la Constitution , et ces hypocrisies de bien public et de liberté qui se produisirent , au milieu des déclarations de guerre à l'Autriche, et des nom- II. 1
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hi'cux vefo apposés par Louis XVI aux mesures défensives de la nation et de la liberté.
La catastrophe du lo août vint renverser l'ouvrage national de l'Assemblée constituante , et cliiuîger subitement les destinées du peuple français.
Note très précieuse sur les préliminaires du traité de Filnitz ; d'où il résulte que Iiéopold , empereur d'Autriche , résistait à faire la guerre contre la France en 17111 , que l'Angleterre voulait cette guerre , qu'elle l'a provoquée , qu'elle l'a nourrie (l).
Léopold ne voulait pas la guerre avec la France; il voulait seulement sauver un membre de sa famille qui avait de grands ennemis à Coblentz. M. le comte d'Artois s'était retiré à Turin avec ses enfants, ainsi que M. le prince de Condé avec les siens. Ils déplurent au roi de Sardaigne , et cela ne pouvait être autrement auprès d'une cour sage et économe. M. le prince de Condé engagea le comte d'Artois d'appeler près de lui M. de Galonné, qui lui avait rendu de très grands services. Entre autres choses , M.deCalonne lui avait fait acheter par le Roi le comté deClermontois , valant 3oo,ooo livres de rente , pour le pri\ de 1 2 millions , une fois payés , et 600,000 livres de rente viagère ; contrat déprédateur qui fut cassé par l'Assemblée constituante.
(1) Passage intercalé.
DE BARÊRE. 3
M. do Galonné arriva , en effet , à Turin , déplut fort à celle cour, ainsi que le prince de Condé, à qui l'on insinua de se retirer, et qu'il ferait mieux de se rapprocher de la France. Il se retira, en effet, d'abord, lui et toute sa famille , dans une mauvaise auberge à Stuttgart , jusqu'à ce qu'il obtint de l'électeur de Mayence la faculté de résider à Worms.
M. le comte d'Artois écrivit, le 1 5 janvier 1 791 , à Léopold pour lui demander la permission de se rendre à Vienne avec M. de Galonné. L'empereur regardait ce ministre comme un fou et comme l'être le plus dangereux auprès du comte d'Artois. Il connaissait à fond toute sa conduite, et il avait un état exact de ses dilapidations. Il répondit à M. le comte d'Artois une lettre très honnête , mais contenant un refus formel, sous le prétexte que le moment n'était pas propice.
Malgré cette défense, M. de Galonné fut assez imprudent pour se rendre à Vienne , le 26 janvier, à sept heures du soir. Il reçut, à neuf heures, l'ordre de l'empereur de sortir de Vienne , le lendemain, portes ouvrantes. Il détermina le comte d'Artois à se rendre à Goblentz , éloigné d'environ vingt-cinq à trente lieues de Worms , où était le prince de Gondé.
Léopold était complètement opposé à la guerre. M. de Galonné , méprisé de lui et du roi de Sardaigne, engagea M. le comte d'Artois à serelourner vers une autre cour, celle de Berlin , où il fut reçu , mais qui, avant de donner des secours , désira con-
sulter l'Angleterre , alors son alliée. M. Pitt répondit : « Nous donnerons des secours ; mais, dans ce cas-là , nous pouvons faire un coup de deux : nous pouvons abattre la maison d'Autriche en même temps que celle de Bourbon. 11 faut avoir l'air de venir au secours des princes français , et dire que la cour de Berlin donnera 00,000 hommes; que le roi de Prusse commandera en chef, ayant sous lui le duc de Brunswick , son général ; qu'à ces 5o,ooo hommes, le roi de Prusse joindra 20,000 émigrés , en ayant soin de les mettre en plusieurs pelotons éloignés les uns des autres. » Pitt ajoutait que ce qu'il y avait de plus difficile c'était d'amorcer Léopold qui ne voulait pas la guerre , et que , pour l'y jeter, il fallait lui demander seulement 1 5,000 hommes.
Voilà les combinaisons et les arrière-pensées qui firent conclure le traité de Pilnitz. En le lisant attentivement , on y voit la répugnance de Léopold, répugnance dans laquelle il persista toujours jusqu'au moment de sa mort, qui fut très prompte.
François II , son successeur , avait à peine vingt ans. Sous prétexte qu'il devait venir au secours de sa malheureuse tante , on arracha de lui l'engagement de servir d'auxUiaire à l'un de ses électeurs , auquel il fournirait i5 à 18,000 hommes.
La guerre fut donc déclarée , en 1 792 , par le roi de Prusî>e ; et c'est le seul souverain qui ait déclaré formellement la guerre à la France.
L'armôo autricliionno (Mail commandée par le comto deClairlait. Ilso Irouvail déjà à une jouniéo de cavalerie de Reims , quand il reçut ordre du duc de Brunswick de porter son corps d'armée à dixsept lieues à gauche, à Sonnotourbe.
M. de Clairfait répondit que , dans le cas où S. M. le roi de Prusse ne voudrait pas se réserver le poste des grandes lllettes, il le suppliait de lui permettre de les occuper, parce que Dumouriez , qui devait en sentir l'importance , ne manquerait pas de s'en emparer (i). Personne n'ignore qu'en vingt -deux jours il est arrivé dix-sept courriers anglais a»i camp prussien (îi Verdun). On s'attendait à une bataille décisive; les préparatifsétaient faits. La veille , le comte de Clairfait reçoit une lettre du roi de Prusse qui lui mandait que son armée était trop fatiguée ; qu'il ne pouvait pas livrer bataille ; qu'il en avertissait le comte de Clairfait afin qu'il prît ses mesures. Ce général lui répondit : Sire , si votre armée est fatiguée, comme je ne peux en douter d'après la lettre de votre majesté, je vous supplie de me donner les émigrés, je ne vous demande que de mettre votre armée en panne , j'attaquerai les Français , et je réponds de la victoire ('i).
Le comte de Mercy, qui était à Bruxelles et qui n'avait jamais été de l'avis de la coalition, s'aperçut
(1) Onavu les lettresdans les mainsduducde Brunswick.
{Note de Barère.)
(2) Lettres vues à Maiiheîm. {Idem.)
bien qu'il était déjoué par ses ennemis d'Angleterre et de Prusse ; il songea sérieusement à faire la paix ; mais le cabinet de Saint- James , qui craignait pour rAngletcrre les suites de tette mesure, écrivit au cabinet de Vienne que ce qui s'était passé était l'effet d'un malentendu. Pour prouver qu'il agissait avec toute la loyauté anglaise , Pitt s'engageait à fournir à l'Autriche pour la /^/'ot7z«/We campagne de 1798 un contingent déterminé de Hessois , d'Hanovriens et d'Anglais. Mais , comme on le verra par la suite , cette armée ♦ au lieu d'être utile aux Autrichiens . était destinée à retarder leurs progrès s'ils dirigeaient leur marche d'une manière trop rapide vers Paris.
Dès que Valenciennes fut tombée , en 1 798 , au pouvoir des Autrichiens , la municipalité de Cambrai s'assembla, et elle prit le parti d'ouvrir ses portes à M. de Sa\e-Cobourg qui commandait l'armée autrichienne. Celui-ci se préparait à se diriger sur Cambrai lorsque le duc d'York , qui avait ses ordres secrets , lui dit très formellement qu'il ne le suivrait pas. Ses instructions , disait-il , portaient qu'on commencerait par faire le siège de Dunkerque , qui devait être plus long et plus difficile à cause de ses fortifications. Agir autrement, suivant lui , c'était s'exposer à perdre le fruit de toute celte campagne.
Le duc d'York doit se souvenir de la manière prompte et solennelle avec laquelle il fut chassé des dunes de Dunkerque vers la fin de 1 798 ; ce
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fut la juslo punilioli (le toutes ces finesses britanniques.
Au printemps de 1794» Mack arrive de Vienne à l'armée autrichienne avec un grand plan bien combiné. M. Mack ayant parcouru le front de l'armée, trouve un déficit de 5o,ooo hommes dans toutes les armes hessoises , hanovriennes , anglaises. Il se plaint de ce déficit à larchiduc Charles qui va à Vienne et ramène l'empereur avec lui à Bruxelles où ce dernier fît d'abord son inauguration. L'attaque eut lieu sur la frontière de Belgique ; la bataille de Tournai dura seize heui es et finit à l'avantage des Autrichiens ; mais comme l'armée anglaise restait toujours en arrière des succès, l'empereur alla lui-même trouver le duc d'York le jour de l'Ascension à Tournay, à neuf heures du matin. Cette entrevue eut pour résultat de convaincre l'empereur que le Duc avait des ordres exprès de sa cour qui lui prescrivaient de rester toujours en arrière si l'armée autrichienne obtenait des succès. C'est ce qui fit prendre à l'empereur la résolution de quitter son armée, d'aller faire ses adieux à celle de M. Clairfait et à celle de Sambre-et-Meuse , et de s'en retourner à Bruxelles. Dans cette ville , il manda les Etats et leur dit qu'il lui était impossible de pouvoir compter sur la fidélité de ses alliés ; qu'il était prêt à défendre leurs propriétés comme il en avait fait le serment lors de son inauguration , mais qu'il leur demandait 4o»ooo hommes. Ce chiffre
pouvait componsor à peu près les forces qu'enlevait la défection des Anglais , dont le secours aurait cessé d'être indispensable.
Les Etats s'assemblent , accordent les 4^^000 hommes , mais ils s obstinent à vouloir les enrégimenter eux-mêmes ; ils sortaient d'une insurrection et ils paraissaient vouloir en organiser une autre. L'empereur se refusa avec raison à leurs prétentions ; il prit alors le parti d'évacuer la Flandre et le Brabant , donnant par là à la France ce ({ue quarante ans de victoires de Louis XIV n'avaient pu lui donner. L'empereur châtia ainsi l'Angleterre de sa déloyauté , et punit l'avarice des deu\ ordres du clergé et de la noblesse dans la Belgique.
Entrée au tribunal de cassation.
Quant à moi , rentré dans la classe des fidèles sujets de la Constitution et des observateurs politiques, j'allai prendre, au Palais-de-Justice , possession de ma place de magistrat au tribunal de cassation.
En 1791, l'Assemblée avait institué le tribunal de cassation ; dans la suite , elle décréta que ce vribunal serait composé d'un membre par chaque département. Le déparlement des Hautes- Pyrénées , qui m'a toujours honoré de sa confiance, m'en donna une nouvelle preuve en me nommant membre du tribunal de cassation. J'en exerçai les
fonctions depuis lo mois d'octol»re 1791 jusqu'à l'époque où se forma la Convention nationale , le 21 septembre 1792. J'avais demandé un congé , au mois de janvier de cette année, pour aller régler les affaires de la succession de mon père avec ma famille.
lie duc de Iiarochefoucauld veut me faire ministre.
Ce qui avait hâté mon départ, était le projet très prochain qu'avait conçu l'homme le plus vertueux, le plus français, le plus respectable que j'aie connu de ma vie , le duc de Lnrochefoucauld. Ce seigneur m'avait accueilli chez lui et chez madame Danville , sa respectable mère , amie du célèbre ministre Turgot. Le duc et sa mère voulaient se charger, disaient-ils, de mon avancement; ils m'offrirent de me faire nommer au ministère de l'intérieur. Le duc était alors en grande influence auprès du Roi depuis l'acceptation de la Constitution. Je m'excusai sur ma jeunesse et mon inexpérience administrative; je crus que le seul moyen honnête de refuser était de partir pour les Pyrénées. J'allai prendre congé de madame Danville et de son fils , qui m'engagèrent avec tant de bonté à revenir bientôt à Paris.
Année 170':2. — Départ.
Je partis au mois de janvier 1 792. Mes affaires
domestiques , nt''^lig«k^s pendanî Irois années, me forcèrent de chercher à conserver la portion de mon patrimoine que les lois de la révolution avaient épargnée. Marié depuis 1 7^0 à une jeuhe femme très aimable , très riche , mais très entichée de royalisme et de dévotion , je la retrouvai avec son amabilité et ses préjugés. J'eus beaucoup à souffrir des fureurs qu'avait sa mère contre les Jacobins, et des préjugés religieux qu'avait la fille contre les députés de l'Assemblée constituante. Mais je respectai l'âge de l'une et la vertu de l'autre ; je supportai ces inconvénients inséparables des révolutions qui divisent les familles et brouillent les meilleurs amis.
Quand j'arrivai à Tarbes, la garde nationale vint au-devant de moi pour me féliciter de l'heureuse terminaison des travaux de l'Assemblée constituante. J'ai toujours été peu touché des démonstrations honorifiques qui peuvent amuser la vanité ou flatter l'orgueil; cependant j'apprécie au-dessus de toutes choses l'opinion publique et l'approbation honorable de mes concitoyens des Pyrénées. Je passai six mois très agréables loin du trouble et des passions politiques de Paris.
Pendant mon séjour à Tarbes , j'engageai les patriotes ( et ce mot-là , prononcé dans mon pays natal , rappelle la probité , l'amour de la patrie et le désintéressement) à célébrer l'anniversaire de la mort de l'illustre Mirabeau , que j'ai toujours regardé comme le seul et véritable orateur poli-
tique qu'ait eu la France. J'ai toujours honoré sa mémoire; c'est moi qui lui fis rendre les honneurs funèbres et qui fis payer ses dettes , en vertu d'un décret que j'obtins à l'Assemblée constituante.
Dans un discours prononcé à ïarbes , pendant la cérémonie que j'avais provoquée , je rendis hommage à son génie transcendant, à sa politique profonde , à son patriotisme courageux , à sa perspicacité énergique, et à ses nobles efforts, à l'Assemblée Constituante, pour la défense des droits des hommes et de la liberté publique. Aussi, j'ai toujours dans ma chambre, à Paris, le buste en marbre de ce grand écrivain , de ce sublime citoyen. C'est le ciseau du célèbre Houdon qui a ordonné au marbre de Carrare de reproduire pour la postérité reconnaissante les traits de cette célèbre victime du despotisme royal.
Le patriotisme des habitants de nos montagnes est sincère, désintéressé et à l'épreuve des vicissitudes du pouvoir et de la fortune. L'esprit public était excellent à Tarbes comme dans tout le département, c'est-à-dire qu'il était constitutionnel, qu'il ne voulait pas la guerre, sans cependant la craindre. Je fus obligé de partir de cette ville, le 2 du mois d'août, en vertu d'une proclamation du Roi , qui , prévoyant les orages politiques préparés par sa cour, appelait tous les fonctionnaires publics à leur poste avant le lo de ce mois , sous peine de destitution.
1 s MÉMOIRES
Manifeste du duc de Brunswick , -JO juillet 1702 (1).
Cet insolent Prusso-Germanique outrage la nation française dans son écrit insolent. Il attaque de front la révolution, ses principes , ses appuis, ses auteurs, ses défenseurs. 11 menace la liberté, il vient effacer la souveraineté du peuple et punir la représentation nationale. Il ne dissimule aucun des mauvais desseins des rois absolus du Nord. L'étranger se déclare l'ennemi des Français et l'ami de leur roi, qui ne paraît plus dès lors à tous les esprits que l'ami des ennemis de la France. Le manifeste de Brunswick éclaire la nation, et la décide à la plus énergique résistance.
Déclaration de guerre à l'Autriche (2).
Les Jacobins s'opposaient à la guerre avec fermeté; les Girondins de l'Assemblée Législative la demandaient avec instance. Brissot , député , et Dumouriez , alors ministre des affaires étrangères , furent les premiers à demander la guerre contre l'Autriche. Robespierre et les Jacobins leur répondaient : «Avant de déclarer la guerre à l'Europe, abattez la cour, remplacez vos généraux. » Que nous répondait-on ? on excusait la cour, on objec-
(1; Passage intercalé.
(2) Idem.
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tait que dire du mal de Lal'ayette et des généraux, c'était troubler la discipline militaire , c'était servir les ennemis de la patrie. On nous montrait tous les peuples, et surtout la Belgique, disposés à venir au-devant des Français, et on nous faisait voir l'étendard de la liberté flottant sur les palais des rois. La guerre commença par des revers, et, après le lo août, nos frontières furent envahies par les Autrichiens , en Belgique , et par les Prussiens , cà Longwi et à Verdun , jusqu'au centre de la Champagne. Les ministres girondins proposèrent alors à l'Assemblée législative d'abandonner Paris , et d'emmener le Roi et sa famille , détenus au Temple. Danton seul s'y opposa.
Retour à Paris.
J'arrivai à Paris le S août. Tout était en grande fermentation : le château des Tuileries ressemblait à une place forte menacée de siège; tout Paris était un camp armé de toutes pièces par l'opinion ; les esprits étaient exaspérés par les premiers eff'ets de la déclaration de guerre. La guerre civile n'était pas encore dans les bras , mais elle était dans tous les cœurs : elle brûlait déjà dans tous les yeux. Les nobles et châtelains étaient accourus de toutes les provinces, et
remplissaient les Tuileries jusqu'aux combles de l'édifice.
Je laisse à l'histoire à décider de quel côté fut l'agression, ou du côté du peuple ou du côté du Roi ? Ce qu'il y a de certain , c'est que la grande el très grande majorité de l'Assemblée législative était royaliste , et qu elle favorisait toutes les opinions et tous les projets de la cour contre la minorité qu'on appelait patriote. On a dit , dans ce temps-là , que les principaux députés de cette minorité, les Girondins, avaient l'ambition d'être minisires, et voulaient ainsi forcer le Roi à les appeler dans son conseil. Était-ce une vérité ou une calomnie ? C'est encore à l'histoire à démêler ces faits , à travers les nuages dont les partis les ont couverts.
Il est hors de doute que dès le 8 août on parlait à Paris d'en finir avec le parti du Roi , et de savoir s'il y avait ou s'il n'y avait pas une patrie et une Constitution.
m août i7<.i>2 (i).
Pour masquer la conspiration de la Cour contre la Constitution et l'Assemblée législative, on tramait aux Tuileries le complot de transférer le Roi
1) Fragments intercalés.
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et le Corps législatif à Rouen , où il y avait une réunion de troupes suisses ; mais les députés s'y opposèrent. Pour les y forcer , on faisait dire à l'Assemblée législative que la vie de ses membres n'était pas en sûreté à Paris. La peur a toujours été le moyen du gouvernement pour obtenir toutes les lois de circonstances nécessaires pour son despotisme.
Louis XYI fut insensible à la honte de paraître le complice des émigrés, des Prussiens et des Autrichiens. L'étranger lui avait annoncé son insolente prétention de l'affermir sur son ancien trône de droit divin ; le Roi n'aurait pas désavoué les intentions de l'étranger , lui qui avait été le premier à solliciter son secours , d'après les mémoires du ministre prussien Hardemberg.
Le Roi se déclarait ainsi indigne du trône relevé ou raffermi par des baïonnettes étrangères ou par l'épée des émigrés assassins de leur pays. En acquiesçant au\ sollicitations d'un prince aussi immoral que le comte de Provence , ou aussi absolutiste et atroce que le comte d'Artois, il s'était jugé lui-même. La nation ne pouvait pas attendre tranquillement la honte et les calamités de l'iavasion étrangère. La France n'avait pas le droit d'abdiquer sa nationalité et de faire l'ignominieux aban-
don de son existence à des hordes barbares et à des bandes de Bourboniens.
Situation de Xouis XVI en 17!)^.
Les hommes les plus dévoués au pays parlaient de la trahison des ministres et des généraux; les faibles ou les hypocrites prenaient la trahison pour prétexte de servir mollement la patrie ou de lui faire défection. Louis XVI était trop dévoilé luimême pour dissiper les soupçons d'intelligence avec l'étranger, et l'esprit de malveillance qui s'était justement élevé contre lui dès le commencement de la révolution, le 23 juin 1789. Aucun Français ne croyait à sa bonne volonté depuis sa déclaration ou sa protestation du 20 juin, lors de sa fuite vers la frontière. Il passait pour imposteur, ayant donné d'abord son adhésion à la Constitution et l'ayant ensuite désavouée. H passait pour être en correspondance suivie avec ses frères , qui marchaient au milieu des émigrés et qui excitaient les étrangers contre la France. Aucun département ne voulait plus croire à la parole d'un roi à qui les manifestes et les proclamations d'un Brunswick venaient parler de dévouement , tout on déclarant une guerre à mort à la nation. Nulle partie de la France ne voulait confier des forces nouvelles à un tel Roi, dont les préjugés et le despotisme étaient le prétexte de l'agression étrangère. Il s'agissait de
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la liberté des Français et de l'indépendance de la nation. Tout fut contre le Roi ; tout fut pour la patrie. Aussi , on ne donna point à Louis XVI , suspecté de trahison , des forces pour résister à l'étranger qui s'avançait dès les premiers jours d'août. Ce ne fut qu'après le i o août , quand on fut débarrassé du Roi et de sa funeste influence , que le dévouement national fournit en un instant cent mille volontaires , pleins de courage et d'enthousiasme pour la sainte cause de la liberté. La France s'était trouvée tout-à-coup dans la triste alternative d'être envahie et partagée , ou de détrôner un monarque parjure. Cet acte de justice fut une nécessité pour V existence de In nation.
lie général Dumouriez nommé ministre des aflaires étrangères en 1792.
C'est Marie-Antoinette qui lit cette nomination et qui imposa ce ministre à Louis XVI. Bonne- Carrère, intrigant diplomatique, constamment employé par le ministère des affaires étrangères comme espion ou observateur, selon le langage de la bonne société , se donna beaucoup de mouvement et de soins pour faire adopter par les Jacobins la promotion de Dumouriez à ce ministère. Bonne-Carrère était un des chefs du comité de correspondance des Jacobins. Ce fait do l'influence de