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la Heiue et des intrigues deBonne-Carrèrefut dévoilé par Brissot à la Convention, dans la séance du soir du 3 avril 1 798 , en répondant à une accusation formée contre lui par Robespierre. ( Monileur, n<» 96, 6 avril 1793) (1).
Journée du 10 août.
La journée du 9 fut orageuse, semée de défiance et de noirs pressentiments : les nobles s'armaient, les patriotes s'attroupaii nt. — Le tocsin retentit à minuit. Je fus éveillé en sursaut dans mon logement , rue de Richelieu , d'oij je pouvais entendre (au troisième sur le boulevard) toutes les cloches de Paris. Le tocsin sonna toute la nuit. Le bataillon des Brestois et des Marseillais se mit en mouvement dès le point du jour. Les habitants des faubourgs étaient armés de piques et de courage. — Les divers partis sont en présence depuis neuf heures : Farlillerie est dressée de part et d'autre; les régiments suisses sont en armes devant les grilles et les échoppes qui leur servaient de corps de-gardes. A dix heures le canon se fait entendre, la fusillade s'engage, la mêlée commence. Tl n'était pas midi que tout élail
i Fin des fragments intercalés.
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terminé: les Suisses «Paient exlerniinés, les nobles et les chevaliers fuyaient les Tuileries par les galeries du Muséum et s'échappaient par les cours du Louvre. Les Brcstois, les Marseillais et les Parisiens entrèrent pêle-mêle dans le château. Le Roi était déjà parti et s'était rendu dans la salle de l'Assemblée législative avec M. Rœderer, procureur-général du département, et avec deux officiers-généraux suisses. Quand le Roi quitta les Tuileries, on était dans le fort de l'action. Le Roi fut placé dans la loge du logographe , laquelle était derrière le fauteuil du président. Lorsqu'il est entré dans cette loge, les officiers-généraux suisses demandent à S. M. quels ordres elle veut leur donner : Retournez à votre poste et Jattes votre devoir, répond froidement Louis XVL Les délibérations de l'Assemblée continuent avec les députés de la minorité : la majorité avait été insultée lorsqu'elle fuyait. Tout le monde connaît les mélancoliques événements de cette terrible journée du 10 août, qui détruisit à la fois la monarchie, la constitution et la prospérité de la France pour bien des années.
Le soir de cette triste journée, leRoi et sa famille furent conduits au Temple. Un rapport fait à l'Assemblée fut suivi de la tiéchéance de Louis XVI ; le peuple, dans sa colère, abattit les quatre statues équestres de Louis XIH, Louis XIV, Louis XV et Henri IV. La haine de la royauté était portée à son comble, et l'opinion publique ne savait
Qo MÉMOIRES
plus oii reposer ses espérances , où porter ses conseils.
]Le tribunal de cassation prête serment de fidélité à la nation.
(i) Lorsque la loi du lo août, relative à la suspension du pouvoir exécutif, fut présentée au tribunal de cassation , enregistrée et publiée par lui , je m'empressai de demander que , sans autre délai, le tribunal tout entier allât prêter à l'Assemblée législative le serment que cette assemblée venait de prêter elle-même à la nation. Ma motion fut accueillie à l'unanimité, et tous les juges se réunirent pour aller remplir le plus saint des devoirs, celui de jurer fidélité à la nation et à ses libertés. Le tribunal ordonna qu'il me serait remis une copie ou expédition des deux procès-verbaux de l'Assemblée Nationale qui constataient ces faits. Voici ces pièces :
Extrait du procès-verbal de l'Assemblée.
Paris, le li août 1792.
Les membres du tribunal de cassation sont admis à la barre ; le président du tribunal prononce le discours suivant : (>Ce malin, la loi du lo août, )' relative à la suspension du pouvoir exécutif, a
il) Passage intcrciilé.
DE BARÈRE. Ql
» été présentée au tribunal de cassation. Sur-le- » champ , il l'a fait publier et consigner dans ses » registres ; et , au même instant , il vient , dans » le sein du Corps législatif, prêter le même serw ment que vous avez fait. Il vient jurer , dans vos » mains, de maintenir la liberté , l'égalité, et de » mourir à son poste pour les défendre. »
Le président de l'Assemblée nationale a répondu :
« Lorsque le peuple vous a investis de sa con- » fiance , il a compté sur votre dévouement à » sa cause. Vous remplissez ses espérances; sa w bienveillance et son estime feront votre récom- « pense. L'Assemblée vous invite à sa séance. »
L'Assemblée décrète que le discours du président du tribunal de cassation et la réponse de son président seront imprimés et envoyés à tous les tribunaux.
CoUationné à l'original , par nous , secrétaire de l'Assemblée nationale, à Paris, le ii septembre 1 792 , l'an IV de la Liberté.
Signé Tautaïval, président.
Signé Henry Larivikre, secrétaire.
Remis , par ordre du tribunal de cassation , à M. Barère ^ Vun de ses mend)ies , par moi, greffier soussig/ié.
Signé G. HoMS.
QQ MÉMOIRF.S
Extrait du procès-verbal de l'Asseinblée nationale. Paris, le G septembre 1795.
Les membres du tribunal de cassation et du tribunal criminel sont admis à la barre; ils prêtent leur serment de maintenir la liberté et l'égalité et de protéger les propriétés et le droit personnel.
L'Assemblée nationale accepte leur serment et les invite aux honneurs de la séance.
Collalionné à l'original , par nous , secrétaire de l'Assemblée nationale, à Paris , le 12 septembre 1 792 , l'an IV de la Liberté.
Signé P.-H.-Ch.-Ad. Goupillaux, secrétaire.
Remis , par ordre du tribunal de cassation , à M. Barère , lun de ses membres^ par moi, gf^^f-fier soussigné.
Signé G. HoMS.
Deux lettres de Danton.
Quatre jours après le 10 août , je reçus la lettre ci-jointe de Danton , nommé ministre de la justice :
Paris, le 14 aoùl 1792 (l'an iv de la Liberté).
« Je vous prie , monsieur, d'accepter une place de membre du conseil de justice , à laquelle je viens de vous nommer ; elle n'est point incompati-
DE KAUÈRE. q3
ble avec vos fonctions ; elle n'est point assujettissante , puisqu'il ne s'agit que de quelques heures par semaine.
» Vos talents , et surtout votre patriotisme, vous imposent la loi d'ajouter cette tâche à toutes celles que vous remplissez si bien.
» La liberté et les malheureux me sauront gré de mon choix , et à vous de votre acceptation.
)) Le Ministre de la justice ,
» Signé Danton. »
M. Barère de Fieuzac.
Je refusai d'abord cette nomination , comme incompatible avec les fonctions de juge au tribunal de cassation. Danton m'écrivit une seconde lettre qui me décida à accepter le travail qu'il me proposait. Ce travail ne dura que jusqu'au qi septembre, époque où je fus nommé membre de la Convention nationale.
Paris, ce 30 septembre 1792 (l'an iv de la Liberté et li i" de l'Égalité).
« Je crois , monsieur, que les observations qui vous ont été faites par votre tribunal , quoique louables au fond , ne sont cependant que scrupuleuses, je dirai môme dénuées de fondement : la qualité de membre du conseil judiciaire n'offre rien qui ressemble à une fonction publique , puisque le Ministre de la justice n'est point tenu de s'en référer à la décision de son conseil : vous n'éles sjm-
plemeiil que des amis qu'il consulte au besoin , et, certes, un semblable conseil , fût-ce sur affaire qui doit passer au tribunal , ne peut , en aucun cas , vous rendre récusable partant qu'il n'y a pas d'incompatibilité, même d'opinions.
» Voilà , du moins , comme j'envisage les choses, et en supposant que les membres du tribunal de cassation insistassent, je vous prie toujours de continuer à me rendre vos services jusqu'à ce que j'aie pu vous donner un successeur capable de vous remplacer à ma satisfaction.
» Le Ministre de la justice , •>y Signé Danton. »
A M. Darère de Fieuzac , juge au tribunal de cassation.
Visite chez Danton, rencontre de M. de Talleyrand. Danton laisse périr l'abbé Bousquet que Barère croyait avoir sauvé.
Des actes arbitraires se commettaient de toutes parts, à Paris comme dans les départements. La haine contre les agents du Roi était extrême ; la haine contre les prêtres était atroce. La commune de Paris secondait ces mouvements de violence publique, ou du moins elle ne s'y opposait pas. En un instant les prêtres sont arrêtés dans Paris, et amoncelés dans l'église et le couvent des Carmes.
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Des vociférations et des menaces proférées autour de celte prison inspirent de justes craintes aux détenus. L'un d'entre eux, l'abbé Bousquet, deNarbonne , que j'avais beaucoup connu à Toulouse , et qui avait été attiré à Paris comme savant canonisle par M. le cardinal de Brienne , avait été saisi par les satellites de la commune dans le séminaire des Eudistes où il logeait. Il se souvint de moi , et il m'écrivit pour m'engager à lui faire obtenir sa liberté. Le 3 1 août , je reçus sa lettre qui me fit frémir par les détails de sa situation.
Je me rendis le soir même chez Danton , ministre de la justice , que je ne connaissais que faiblement. M. Fabre d'Églantine , son secrétaire, à qui je parlai , me dit de revenir le soir à onze heures , et qu'alors je pourrais le trouver seul et lui parler de l'abbé Bousquet.
A onze heures sonnant j'étais à la place Vendôme ; j'arrive jusque dans la bibliothèque du ministre de la justice ; j'y trouve M. Fabre-d'Églantine, avec qui je cause en attendant le ministre. Minuit sonne , je ne vois arriver que des gardes nationales de Melun , qui viennent demander des passeports pour M. Adrien Duport , ancien Constituant, qu'on avait mis dans les prisons de Melun. M. Fabre-d'Églantine me fit signe de passer dans le salon qui précède la bibliothèque pour y attendre l'arrivée prochaine de Danton. Je trouvai dans ce salon M. l'évêque Talleyrand , en culotte de peau , avec des bottes , un chapeau rond , un petit
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frac et une petite queue. J'avais été fort lié avec lui pendant les trois années de l'Assemblée constituante. Il m'aborda avec amitié; je lui parus étonné de le voir à cette heure-là chez le ministre de la justice. « Ccst , me dit-il, que je vais partir pour Londres , ce matin , avec une mission du pouvoir exécutif; je viens chercher mes passeports que Danton doit me rapporter du conseil exécutif, qui tient séance chez le ministre Servan. » — « Danton n'est pas encore revenu , je l'attends aussi , lui dis-je , pour sauver un malheureux abbé détenu aux Carmes. »
Nous attendons patiemment jusqu'à une heure et demie après minuit. 11 n'est jamais trop tard pour faire une bonne action , ni pour sauver son ami ou son semblable.
Enfin Danton arrive. 11 me fait entrer dans son cabinet, en attendant qu'il parle dans le salon avec M. de Talleyrand. Un quart d'heure après, il vient à moi , et me demande l'objet de ma visite si tard. Fabre répond que je l'attends depuis onze heures. Alors je lui présente la lettre de l'abbé Bousquet, duquel je réponds sur moimême pour les bons principes et pour le patriotisme. " Eh bien ! c'est bon , me dit-il avec un ton de franchise qui ne permettait pas le moindre doute, votre ami sera mis demain en liberté. » Je lui répète son nom, ma demande, et je lui fais observer que je lui remets la lettre de M. Bous-
DR BARÈRE. a 7
qiiet pour mémoire. Il me promet de nouveau sa liberté, et je me retire.
Je n'ai jamais si bien dormi. Je croyais mon ami sauvé , et je l'attendais le lendemain ou le surlendemain.
Mais bientôt (le 2 septembre) les horribles assassinats des prisons jettent le deuil et la consternation dans Paris. A cette nouvelle atroce, mes inquiétudes renaissent plus fortes que jamais : je n'osais aller aux Eudistes réclamer l'abbé Bousquet; je croyais qu'il se cachait encore pendant ces barbaries déshonorantes pour le nom français. Hélas \je ne l' ai pins janiais rei'u.... Il a dû être oublié par le ministre de la Révolution
Esprit de l'armée française en 1793.
(i) Après le lo août, M. Lafayette improuva cette journée du peuple de Paris résistant au despotisme armé d'un Roi perfide et parjure , et qui ne répondait à la confiance de la Nation que par l'explosion de la guerre civile ; M. Lafayette commandait l'armée des Ardennes. 60,000 hommes repoussent les ordres liberticides de leur général, et refusent de marclier contre les auteurs courageux de la victoire du 10 août, qui avait renversé le trône. Cette défection honora l'armée française, et
(1) Passage intercalé.
fut bientôt après avouée etlégilimée par les adresses des autres armées , alors disséminées sur les frontières et dans toutes les places fortes. Cet abandon d'un Roi parjure par l'armée française était la seconde défection légitime et nationale depuis 1 789. Et tel sera toujours , dans les grandes et périlleuses occasions , l'esprit et la conduite de l'armée française. Tel il a été , cet esprit militaire, au 20 mars i8i5, lorsque l'armée abandonna le parjure et fugitif Louis XYIII , pour se ranger sous le glorieux drapeau tricolore et sous le commandement de ?sapoléon.
En France , le soldat est citoyen , et le citoyen est soldat. ?sul n'abandonne la patrie pour un Roi ni pour l'Etranger; mais chacun abandonne toujours tous les princes, quels qu'ils soient, pour ne servir que la patrie.
Après le 10 août 1792.
Ce fut Latour-Maubourg , de l'Assemblée constituante , qui émigra de l'armée des Ardennes avec le général Lafayette et un officier du génie , Bureaux de Pusy, tous trois ex -Constituants. L'Etranger les arrêta et leur donna une hospitalité digne des barbares du Nord , en les renfermant dans la citadelle d'Olmûtz.
Xia législative convoque une Convention Nationale.
L'Assemblée législative , réduite à une minorité impuissante pour guérir les calamités qu'elle avait appelées par ses divisions et par ses attaques perpétuelles contre la Constitution , se vit forcée d'appeler le peuple Français à de nouvelles élections. Elle renvoya le jugement du Roi devant la nouvelle assemblée qui allait être convoquée. Elle établit les motifs de la déchéance et les chefs d'accusation. Elle demanda des députés qui , formés en Convention Nationale , eussent tous les pouvoirs et le mandat de juger le Roi détenu au Temple, et d'aviser aux moyens de saiivei- la patrie en danger.
En effet , l'armée prussienne marchait à fortes journées dans les plaines de Champagne ; Verdun , Longwi étaient au pouvoir de Frédéric-Guillaume. L'audace des volontaires de Paris et de plusieurs autres départements, commandés par les généraux Dumouriez, KellermannetBeurnonville, opposa une résistance assez forte pour pouvoir attendre l'arrivée des nouveaux bataillons. La maladie épidémiquc qui régnait dans l'armée prussienne acheva sa défaite , et bientôt la France fut délivrée de ces hordes du Nord , attirées par des intelligences secrètes depuis long-temps eiilrelenues en France.
3o MÉMOIKES
Hymne des Sîarseillais.
(i ) Si quelque chose peut rappeler les chants de Tyrtée à Lacédémone, c'est le chant des combats de Rouget de Liste. Cet hymne, appelé des AJarseillais , a présidé à la formation de nos armées , à nos batailles , à nos victoires.
Eh ! qui de nous ne se souviendra pas avec transport, jusqu'au dernier souffle de sa vie, de ces impressions ravissantes qui firent tressaillir tous les cœurs, lorsaue le bel hvmne des Marseillais se fit entendre ! Les rois , armés pour la cause d'un roi perfide , pénétraient dans le cœur de la France , qui n'avait point d'armée , et pour ainsi dire pas d'autres armes que son courage et la sainteté de sa cause. Les plus hardis , en courant à la défense de la patrie , doutaient de son triomphe, et les âmes timides avaient perdu tout espoir.
Un guerrier poète s'indigne de ces mouvements de faiblesse; il prend sa lyre , il appelle les Enfanl s delà patrie^ il leur indique \q Jour de gloire, il leur montre levé V Etendard sanglant de la tyrannie-, ces féroces soldats que vous entendez mugir dans les campagnes , ils viennent fondre sur nosfdles , sur nos compagnes et les égorger dans nos bras.
«Aux armes, citoyens, jormez vos bataillons ! »
(1) Passage intercalé.
Elles citoyens s'arment en foule , et les bataillons
se forment et se pressent. « Marchez , i/inrchcz. » Et ils marchent ; ils volent déjà vainqueurs et triomphants en espérance. « Qituii sang impur abreuve nos sUloiis. » Et le sang des ennemis de la liberté a coulé ; il a vengé celui de ses défenseurs et de ses martyrs.
De Strasbourg, où a^ait paru d'abord ce chefd'œuvre , ce phénomène lyrique , il parvient jusqu'à Paris. 11 commence à circuler parmi les patriotes ; bientôt les rues , les places publiques , les spectacles en retentissent. Sur ce théâtre pompeux , où tous les arts se disputent le privilège de séduire et dont on devrait plus souvent tourner les séductions au profit de l'esprit public , tout-à-coup un artiste à la voix mâle et sonore entonne l'hymne des Marseillais. Le chœur répète après lui le refrain belliqueux ; les citoyens transportés mêlent leurs accents à ceux du chœur ; les applaudissements, les cris de vive la RcpiibUque éclatent de toutes paris. 11 faut , après chaque couplet , attendre que l'ivresse qu'il a excitée permeîte de commencer le couplet qui suit.
Rappelons-nous quelle douce émotion , au milieu de ces mouvements énergiques , firent naître ces quatre vers nobles et touchants :
Français, en guerriers magnanimes, Portez ou retenez vos coups ; Epargnez ces tristes victimes, A regret s'armant contre vous.
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Rappelons-nous comme tous les sentiments redevinrent terribles à ces mots de la même strophe :
Mais le despote sanguinaire , Mais les complices de Bouille, Tous ces tigres qui, sans pitié.
Déchirent le sein de leur mère !
yeux armes , citoyens ^ etc.
Rappelons-nous surtout, — eh ! pourrions-nous jamais l'oublier ? — quel fut , sur une si nombreuse assemblée , l'effet magique de cette invocation religieuse , lorsque , se précipilant à genoux et ralentissant le mouvement de la musique, le coryphée et le chœur chantèrent avec l'émotion du sentiment :
Amour sacré de la Patrie , Conduis, soutiens nos bras vengeurs Liberté, liberté chérie, Combats avec tes défenseurs.
Au parterre , dans les loges , les spectateurs aussi étaient à genoux ; de douces larmes coulaient de tous les yeux ; les femmes, et, à leur exemple, les enfants levaient les mains au ciel; tous les cœurs étaient d'accord , et semblaient se pénétrer à l'envi de Yamour de la patrie.
Qui peut donc avoir enlevé à ce chant sublime sa vogue, son intérêt et son cliarme? D'abord, les circonstances ne sont pas les mêmes : une paix honorable et conquise par la victoire a désarmé la plupart des puissances qui se coalisèrent alors
ItE l!A.llîsRE. 33
[)uur iiouscuuibaUrc. L'ennemi qui nous rcslo, loin do menacer le cœur de la France , lui a cédé plusieurs belles provinces ; les besoins d'une paix générale s'augmentent tous les jours. 11 n'est pas étonnant que les citoyens se plaisent moins à des chants guerriers qui les appellent aux armes. Mais, sans compter toutes les raisons qu'on n'avoue pas, on allègue une autre raison. On dit : pendant l'exécrable règne de la Terreur , des scélérats ont profané cet hymne, et en ont fait un signal de carnage. — Prétexte vain, ou plutôt perfide! Eh tpioi ! lorsqu'au nom d'une religion de paix , de misérables fanatiques ont égorgé des milliers de leurs frères, ne s'armaient-ils pas des signes les plus révérés de la religion même? N'en aA aientils pas à la bouclio les mots liturgiques et sacramentaux?Et, pour cela, les âmes pieuses ontelles abjuré ces signes et ces liturgies? Il suffirait donc au mal de se servir de ce qui est bien, pour que ce qui est bien cessât de l'être !
Mais le piège est plus profond et plus dangereux qu'on ne le pense. C'est par un semblable moyen qu'on fait tomber en discrédit les mots Ixépuhlique et Républicains , le titre si doux de cifojen , la nouvelle division du temps ^ celle des mesures, les fêtes mitionales , enfin tout ce qu'il commençait à y avoir de républicain dans nos usages. Mais, diton encore , des tyrans ont décrété l'établissement de ces coutumes et de ces institutions ; donc il faut les rejeter, les abolir, comme on a détruit les ty- II. 3
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raiiï^. Eh! que ne. renoncez- nous aussi au climat qu'ils ont habite , à Tair qu'ils ont respiré?
Nous présageons à Rouget de Lisle qu^ , si jamais la patrie se trouvait dans les mêmes dangers, ou dans d'autres , plus imminent^ peut-être , qui forçassent les amis de la liberté, et d^ la Constitution à s'armer pour la défendre, il verrait son Chant marseillais reprendre tout son empire, parce que les cœurs reprendraient tout leur enthousiasme. Il a donc eu raison de choisir pour épigraphe \exegi moiiumentum d'Horace. Oui , son hymne est un monument qui honorera sa mémoire, et qui vivra dans le souvenir des hommes aussi long-temps que les immortelles journées de la guerre de la liberté (ij.
Élections de Tannée 179^.
Les élections se font avec une rapidité semblable aux événements de ce temps-là. Je suis nommé membre de la Convention à la fois par le département de Seine-et-Oise (Versailles) et par le département des Hautes-Pyrénées. Quelque flatteur
ii) La note suivante de Barère se trouve en marge d'un feuillet : « Le chant homicide du Réveil du peuple a divisé les citoyens, a fait fiapper ceux qui aimaient l'hymne des lyiarseiliais. Le royalisme, triomphant trois années, a ôté le charme jPl la vogue au chant des combats républicains : 1 assassinat avait remplacé la victoire.»
DE BAKÈRE. 35
que lYil pour moi le choix des électeurs de Versailles , ville où j'avais séjourné la première année des Élats-Généraux , j,e dus fjiire mon option pour le département des Hautes-Pyrénées , mon pays natal et le lieu qui m'avait déjà nommé député aux États -Généraux et membre de la Cour de cassation. Je fis cette option avec d'autant plus de plaisir qu'en laissant vacante jua place de député de Seinc-et-Oise , je faisais entrer à la Convention ^. Chénier , auteur célèbre de plusieurs tragédies, et dont on vantait le patriotisme . la sagesse et les lumières.
[ Du reste, c'était un poëte très prétentieux^ et très irascible. Il ne pardonna point au Comité de Salut Public d'avoir iinprouvé sa tragédie de T'^molco/i, très applaudie au Théâl,re-Français par les royalistes. Lorsque, après le 9 tlierm,idor, il vil le Comité de Salut Public dénoncé à la Gonvent^ion , par Lecointre de Versailles , il se réunit à Tallien, à Fi'érpn , et surtout à Sieyès , pour faire proscrire ceux des décemvirs qu'avait frappés la .dénonciation. Ainsi que Sieyès, il fut un membre violemment partial de la, Conuaission ,des 21, (jui proposa l'accusation et l'arrestation des individus dénoncés. ]
Des élections de Paris.
À Paris, les élections furent faites après les
•jh MKMoir.i.s
jouriioos'lu i cl (lu .) stîpleiiibru , it'iiouvclécs du règne de l'insensé Charles VI et de la lanieuse reine Isabeau de Bavière. On nomma Robespierre, Tallien, Fréron , Marat , Panis , Sergent , Danton, etc. ; le dernier des élus fut le duc d'Orléans , sous le nom d'Egalité Plusieursdépulésdes départements regardèrent celte nomination comme l'effet des ordres donnés par ceux qui espéraient partager le protectorat qui lui était destiné. On le regardait encore , malgré le vernis populaire dont l'avait couvert cette élection , comme conservant des droits à la domination , tant les habitudes monarchiques sont fortement enracinées dans le caractère français. On signala dès lors dans la Convention quelques hommes qui voulaient la royauté, parce qu'ils avaient un intérêt réel à l'avoir, plutôt que la sévère république. On en signala d'autres qui étaient à la tête des armées, et qui tenaient de plus près et plus directement à la famille de celui qu'on voulait établir sur les premières ruines de la liberté. Ces dernières espérances de la tyrannie , qu'on supposait être nourries par quelques ambitieux et par quelcjnes hommes audacieux, qui n'avaient pas reculé devant le massacre des prisons , finirent par diviser la Convention en deux camps bi( n distincts : ceux qui voulaient franchement la Uépublique, et ceux qui tendaient hypocritement vers la monarchie.
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