‹ Mémoires de B. Barère, membre de la Constituante, de la Convention, du Comite de salut public, et de la Chambre des représentantsChapitre 23 sur 27 · II · texte numérisé non relu

II

4oa MÉ.MoiRi:s

But de la séance du 5 septembre. — Danton avait trop peu de mémoire pour un homme qui aCPecte la tyrannie.

Telle fut cette fameuse séance dont le but était de justifier, de compléter les exécrables journées du 3 1 mai et du i juin , et de consolider la double dictature de Danton et de Robespierre. Ce fut le complément de ces journées , qu'un nombreux attroupement vint faire sanctionner par la Convention; et c'est de là que sortit la tyrannie que ces deux hommes ne cessèrent d'exercer sous le nom du peuple et à l'ombre de sa représentation. On se rappelle les plaintes de Billaud sur l'inexécution des décrets , et sa motion tendant à faire nommer une commission particulière pour surveiller l'exécution des décrets. On n'a pas oublié non plus que Danton , appuyant cette motion, la convertit en une autre ayant pour but d'introduire trois nouveaux membres dans le Comité de salut public, ce qui devait en porter le nombre de neuf à douze (i ). Cette

(l) Les hommes qui veulent gouverner avec des mots el proscrire avec des dénominalions, chercheront inutilement à trouver le dccemvirat dans le nombre des membres du Comité de salut public ; car, par le décret qui l'institua le 5 avril 1793, il lut porté à neuf membres. Par le décret de renouvellement du Comité, renouvellcu)enl fait par appel nominal le 10 juillet 1703, il fut encore léduil à neuf. Ce n'est que le G se[)tembie, sur la motion de Danton, qu'il fut ajoulé trois membres de plus, ce qui en éleva le nombre à douze; nombre qui resla constamment le même

DK BARÈKE. :^o'6

proposition avait été , sur la demande de Danton, renvoyée au Comité. C'est ainsi que les directeurs de l'opinion, à l'Assemblée , exerçaient l'initiative, et proposaient ensuite au Comité les personnes qu'il fallait nommer à ces places nouvellement créées.

G septembre. — Nomination de Blilaud-Varennes et de Collotd'Herbois au Comité de salut public. Granet , également nommé , donne sa démission peu de temps après.

Le 6 septembre , je fus chargé par le Comité de présenter au choix de la Convention trois nouveaux membres dont la liste me fut donnée. Mon rapport fut très court. J'y disais : « Vous avez renvoyé à votre Comité de salut public la question deux fois agitée dans cette Assemblée, s'il ne serait pas

jusqu'au 9 Ihermidor. En exceptant Héraut de Séchelles, qui fui condamné en germinal, ami; Prieur (delà Marne) , qui alla plusieurs mois en mission par ordre du Comité, à Nanles , à I^orient et à Brest ; Jean Bon Saint-André , qui alla aussi par ordre du Comité en mission à Brest et à Toulon pour remonter !a marine, nous n'étions en réalité que neuf. Ni douzo ni neuf ne sont (//.r; mais il fallait aux orateurs les mots ûc fact'on décenniraie , hache décemvirale , lois déceiniirales , vandalisme dixemviral , crimes des décemvirs, for^ fails d'Àppius. Il fallait des mots généraux pour proscrire d'une manière générale; il fallait des noms odieux qui rappelassent les anciens crimesde dix Romains, pour faire périr tous ceux qui étaient membres du Comité do salut public. Comme si le crime de Catilina avait rendu tous les sénateurs coupables de conspiration ! Comme si la scélératesse ambitieuse de Cromwell avait rendu tous les membres du parlement complices de la perte de la République anglaise !

l\ol\ MÉMOIUES

nécessaire tic lui luljoindrc trois nouveaux membres qui seraient chargés spécialement de surveiller l'exécution ministérielle. En elTet, s'il y a quelque chose qui mérite de la surveillance , c'est l'exécution; car c'est du défaut d'exécution que vient tout le mal. f-'otre Comité demande pour adjuiuis les ciU))ens Billaud, Collât el Graiiet. » Cette demande est décrétée. {Moinieur, n° 25 1.)

Granct donna bientôt sa démission; Gollot et Biilaud furent attachés à la correspondance avec les représentants du peuple et avec les administrations des départements, ils étaient chargés de la correspondance générale, ce qui était une manière de surveiller l'exécution des lois.

Fatale jcurnée du 3 octobre IT;).". — I><4clsirement de la Convention nationale. — Violation de la liberté de pensée du législateur et des droits du représentant du peuple. — Arrestation de soixante-t'-e'ze déoutés.

... Pourquoi faut-il que cette époque de la justice solennelle rendue au père de la philosophie (Descaries) soit l'époque d'une injustice atroce exercée sur les législateurs de la République? Par quelle fatalité ces deux jours si différents se succèdentils? Oh! que n'est-il possible d'effacer avec des larmes celte horrible séance du 3 octobre , où l'on vit, d'un côté, renvoyer au tribunal révolutionnaire comme conspirateurs des députés célèbres qu'il fallait rendre au Corps législatif comme re-

DR RARÈRE. 4^5

présentants; de l'aulre, meltrc en état d'arrestation soixante-treize représentants, parce qu'ils avaient réclamé en faveur de la liberté de la Convention dans les journées du 3i mai et du 2 juin ! Ce jour-là fut un jour de deuil pour 1;\ patrie et de déchirement pour la Convention ; ce jour-là vit mutiler la représentation nationale, violer le principe sacré de son intégrité et de son inviolabilité morale; ce jour-là créa tous les maux, sépara plus fortement la Convention en deux partis , organisa le système des factions, et jeta les semences de toutes les divisions , de toutes les proscriptions , de toutes les vengeances qui se sont exercées jusqu'au moment où j'écris.

Quel appareil inquisitorial et effrayant se déploie dans la Convention? On lait fermer les portes du temple des lois ; les spectateurs cessent d'être libres et ne peuvent sortir des tribunes ; des députés dénoncent des députés ; des représentants font arrêter des représentants; on dénombre à la barre les accusés et les détenus comme un troupeau. Nul n'est entendu pour se justifier (1) : les principes de la défense naturelle sont méconnus ; les explications des dénoncés sont renvoyées au tribu-

Ci) Ainsi s'établissait au sein de la Convention celle effroyable jurisprudence d'envoyer les drpulés arrêtés ou accusés au tribunal révolutionnaire sans être entendus .. . Ils voulaient relever d<îs faits faux... . Plusieurs voix leur répondaient : « Vous les relèverez au tribunal révolutionnaire. » {Mouiieur.r)" 278.)

4o6 MÉMOIRKS

nal révolutionnaire. Rassemblés confusément à la barre , ils déclarent en vain qu'ils n'ont jamais conspiré contre la patrie. \JorcIre du jour repousse celte justification qui peutleur sauver lavie. L'inertie de la minorité de la Convention est regardée comme un nouveau plan de conspiration.

« Ceux-là sont des contre-révolutionnaires , s'écrie-t-on , qui ont signé des protestations lorsque la République était en feu. » Et l'un des auteurs exécrables de la journée du 3i mai, l'ennemi implacable de la représentation, applaudissait en dictateur à cette proscription nouvelle de soixantetreize représentants. Et il osa dire : « Le décret qui vient d'être rendu honore à jamais la Convention , et fera passer le nom de ses membres à la postérité ; la Convention a satisfait pour le moment à la justice nationale. Je demande que la Convention laisse les choses dans l'état où elles sont jusqu'après le rapport de son Comité ; et s'il se trouve encore de nouveaux coupables , on verra alors si je ne suis pas le premier à appeler sur leur tête la vengeance des lois. «

Un instant quelques membres altérés de sang parurent craindre que l'impression des pièces et du rapport ne retardât la condamnation des décrétés d'accusation. Robespierre parle encore pour les rassurer, et ses paroles méritent d'être recueillies par l'histoire , comme celles de Tibère et de Néron ont été recueillies par Tacite : « On semble craindre que cette impression ne relarde l'instruc-

tiondu procès. Citoyens, los preuves écrites sont les plus faibles. C'est l'hisloire qui les condamne ; c'est l'opinion publique qui a IVappé les conspirateurs que nous venons de décréter d'accusation.» Ainsi avait parlé Robespierre pour perdre trentedeux représentants en 1 793 ; ainsi parlèrent Legendre, Tallien, André Dumont et Clauzel pour me perdre en 1790 : tous les tyrans se ressemblent. Quand ils n'ont d'autre crime à imputer à leurs ennemis que la haine qu'ils leur portent, quand ils n'ont point de preuves à offrir, ils invoquent l'opinion publique qu'ils ont faite par la terreur, ils invoquent l'histoire du temps qu'ils ont corrompue. 0 justice injuste des contemporains, tu fus la même pour Aristide et pour Cicéron , pour P/wcion et pour Gracchus!

J'étais absent de la séance du 5 octobre.

Du moins ma présence ne souilla point cette séance , et mon nom est absent des pages de l'histoire qui raconteront ces faits à la postérité (i). M'opposeriez-vous mon silence ! ô vous qui formez

en ce moment la majorité de la Convention? Prej (1) J'ai eu la palience de faire un relevé sur le Moniteur, de toutes les dénonciations et de tous les décrets d'arrestation ou d'accusation d( s députés. Nnlle part vous ne trouverez mon nom ; je n'ai fait ni dénonciation , ni rapport , ni acte d'accusation contre aucun de mes collègues. Les plus violents dénonciateurs de la représentatiou sont eocore debout à la Convention '. .. .

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nez garde, je vous opposerai avec plus de raison le vôtre, lorsque, le 2 juin, seul avec mon courage et avec l'amour de la patrie, je voulus vous sauver, vous et la patrie , en dénonçant à la tribune la tyrannie en armes sur la place du Carrousel , les sicaires violant votre asile, et le scélérat Hen-

riot réclamant ses victimes Je vous opposerai

mes efforts pour vous-même le 3i mai, le 1", le 1 et le 6 juin, quand vous n'éliez qu'une minorité malheureuse et inerte , avilie sous le nom d'appelants, et accusée sous le nom de mandataires infidèles et de conspirateurs. Je vous défendis de tous mes moyens ; vous m'avez accusé avec toutes vos fureurs. J'ai neutralisé les accusations dirigées contre vous en masse : vous avez réveillé la menace de proscription cent fois suspendue contre moi isolément. Ah ! dites de quel côté sont la justice et la générosité ! Est-ce du vôtre ou du mien? Mais laissons là cette digression. La séance du 3 octobre est une dos plus tristes de ce temps. Ce jour-là , le coup le plus mortel fut porté à la représentation nationale. On a dit alors que les circonstances le commandaient. Les ministres des rois invoquaient toujours la raison d'État; les ministres des peuples ont invoqué la raison de la révolution. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'au milieu de nos malheurs nationaux, la direction de l'esprit public d'alors était telle qu'il n'y avait pas de puissance humaine qui put arrêter ni l'attentat du D. juin ni l'attentat du 3 octobre.' Ils étaient la

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conséquence fatale l'un de l'autre. H y a des points de correspondance dans les événements des révolutions comme dans la conduite des tyrans. Oh! combien de similitudes seront recueillies et rapprochées dans le cours de ces trois années !

Rapport de Saint-Just sur l'établissement du gouvernement révolutionnaire.— 10 cctcbre.

On oublie sans cesse ou l'on feint d'oublier les circonstances désastreuses de cette époque, où les malheurs publics exaspéraient les bons citoyens , alarmaient fortement la nation (les contre-révolutionnaires exceptés), effrayaient la Convention nationale, occupaient toutes les facultés du Comité de salut public et de son conseil exécutif, enfin, donnaient un libre cours à toutes les déclamations contre les ennemis de l'intérieur, à toutes les passions entre les diverses classes de citoyens. C'était le moment où , sur un mot , sur un signe , on était envoyé devant le tribunal révolutionnaire. Alors Albitte disait à la tribune : « S'il était permis à un bon patriote d'être avide de sang humain , ce serait celui du i^é lier al Brune t dont je voudrais nie rassasier. Tout le Midi , témoin de ses crimes, demande vengeance à grands cris. Je demande que le monstre soit traduit au tribunal révolutionnaire sans délai. » (Décrété. Moniteur, n° 21 , an 11.) C'était le moment où l'on recevait à la Convention nationale des adresses véhémentes pour faire conserver

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dans les départements les représentants en mission les plus >t2aratisies ; le temps où la commission révolu lionnaire du déparlement de la Somme demandait qu'André Dumont demeurât dans ce département , parce qu'il y était XAtlila de tous les aristocrates et de tous les modérés. ( Renvoyé au Comité de salut public. — Moniteur^ n° 22.)

Cette disposition des esprits n'échappa point à la vue perspicace et despotique de Saint-Just. Nous étions alors bien loin de soupçonner ses projets d'ambition et l'intimité secrète qui existait entre lui et Robespierre, 11 parla au Comité d'un rapport qu'il préparait sur l'inexécution des décrets , sur les abus auxquels donnaient lieu les approvisionnements de la République , sur la lenteur du gouvernement , sur les finances et sur les subsistances en général comme sur l'approvisionnement particulier de Paris. Tel était le plan dont il parla; mais, dans l'exécution de son projet, on vit bien qu'il n'oubliait pas les trois points principaux d'où les fauteurs d'anarchie et les partisans de la dictature ne s'écartaient jamais dans toutes leurs motions. Saint-Just s'empara habilement du décret rendu sur la motion de Bazire , et portant que le gouvernement était révolutionnaire jusqu'à la paix. Il n'oublia point l'armée révolutionnaire , dont il espérait, de concert avec ses amis, régler la direction et l'emploi [i). Il oublia encore moins de

(1) Carnot, soutenu par la majorité du Comité, résista

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dire que la constitution ne pouvait , sans danger, être mise h exécution.

J'insiste sur ces observations, parce qu'elles prouvent à quels membres du Comité reviennent certaines mesures révolutionnaires , certains excès de l'opinion publique et certains écarts de la législation nationale.

Voyons maintenant quelles maximes Saint- Just jeta dans la nation , quels principes il fit adopter par les représentants , quelle morale politique il voulut former ; les événements nous en désigneront les suites. Soit honte ou honneur, soit vertu ou crime , il faut donner le titre de révolutionnaire à celui qui Ta voulu , à celui qui l'a mérité.

Apopbtbegmes de Saint- Just^ tirés de son rapport.

« Les lois sont révolutionnaires ; ceux qui les exécutent ne le sont pas.

» La Republique ne sera fondée que quand la volonté du souverain comprimera la minorité mo-

aux essais de direction violenlc et désordonnée que les créateurs de celte armée et surtout les généraux voulaient lui ddnner. Ts'ous refusâmes constamment les tribunaux ambulants, les grands états majors, le taux excessif de la solde et le nombres considérable d'hommes que les Konsin, les Boulanger et même lesbuieaux de la guerre, ne cessaient de demander et faisaient demander par le club des Cordeliers el le club des Jacobins.

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narcllique , et régnera sur elle par droit de conquête.

» Vous n'avez plus rien à ménager contre les ennemis du nouvel ordre de choses , et la liberté doit vaincre à tel prix que ce soit.

» Il faut consolider la révolution , abattre le fédéralisme, soulager le peuple, et lui procurer l'abondance, fortifier les armées, et nettoyer l'État des conjurations qui l'infestent. — Point de prospérité à espérer tant que ce dernier ennemi de la liberté respirera.

» Vous avez à punir les traîtres , et quiconque est pass/yéans la République, ou ne fait rien pour elle. Tout ce qui lui est opposé est hors le souverain ; tout ce qui est hors le souverain est ennemi.

w Les maximes de paix et de justice naturelle sont bonnes entre les amis de la liberté ; mais , entre le peuple et ses ennemis , il n'y a rien de commun que le glaive. — Il faut 'gouverner par le fer ceux qui ne peuvent V être par la justice. 11 faut opprimer les tyrans.

Administration et gouvernement.

« L'administration publique est sans énergie ; tout le monde a pillé l'État. Les généraux ont fait la guerre à leur armée. Tous les vices de la monarchie se sont ligués contre le peuple et la Convention. — Un peuple n'a qu'un ennemi dange

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reux, c'est son gouvernement. Vous avez eu peu de ministres patriotes. — Le généralat appartient encore à la nature de la monarchie. 11 faut itlentilier les gens de guerre au peuple et à la patrie. — Les intrigants se perpétuent dans les places de l'administration et du gouvernement. — Les ministres avouent qu'ils ne trouvent qu'inertie et insouciance au-delà de leurs premiers et seconds subordonnés. — En vain vous faites des lois , en vain le Comité de salut public et quelques ministres vous secondent, tout conspire contre eux et nous. — Des agents des hôpitaux de la République ont fourni depuis six mois des farines aux rebelles de la Vendée. Les hommes opulents soutiennent cette guerre. — Vous poursuivez les accapareurs, vous ne pouvez poursuivre ceux qui achètent en apparence pour les armées.

Finances , commerce , taxes , réquisitions.

» La dissipation du trésor public a contribué au renchérissement des denrées et au succès des conjurations. — Le patriotisme est un commerce de lèvres.

» Il est nécessaire que vous chargiez l'opulence de tributs , et que vous établissiez un tribunal pour que tous ceux qui ont manié depuis quatre ans les deniers publics , rendent compte de leur fortune. — Il faut appauvrir les eiineims du peuple, pour qu'ils n'entrent pas en concurrence avec

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lui. — Le pain que donne le riche est amer, il compromet la liberté : le pain appartient de droit au peuple , dans un Élat sagement réglé.

)) Les taxes sont nécessaires à cause des circonstances. Lorsqu'on a taxé les denrées au tiers , au quart , à la moitié du prix où elles étaient auparavant, il faut, non seulement ne pas faire des émissions d'assignats qui enrichissent le riche , mais, au contraire, ôter de la circulation le tiers, le quart, la moitié du signe ou de la monnaie. — Il faut diminuer l'excès des fortunes , imposer les riches, et examiner les comptables. — Dans une République, il n'y a point de considération qui doive prévaloir sur l'utilité commune : il serait juste que le peuple régnât à son tour sur ses oppresseurs , et que la sueur baignât l'orgueil de leur front. — Votre Comité (i) avait eu l'idée d'em-

(1) Le Comité, loin d'avoir eu cette pensée, di^ne de Louis XI , a plusieurs fois repoussé le projet que Saint- Just énonçait vaguement et de loin , pour faire attacher aux travaux publics les détenus jugés suspects. Sairit-Just nous vit toujours indignés contre celte atroce injustice. « Les détenus , lui dit-on , sont des olafjes et non des criminels; ils sont .arrêtés pour sùrctc générale et non condamnés pour crimes. » Saini-Jusl n'osa plus reproduire une idée proscrile unanimement; mais ce qu'il y a de certain , cVst qu'il ne rêvait qu'aux prisonsdos détenus, et Robespierre qu'à son tribunal révolulionnairc. — Ils étaient bien dignes do s'aimer et de s'entendre. Sainl-Just a sans cesse fail la guerre aux détenus, aux incarcérés, aux suspects : il a lail tous les rapports sur celle matiire;il a fait un rapport sur les Incarcérés, il a fait établir la commission populaire pour les juger et les dé-

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ployer les hommes justement suspects à rétablir les chemins , à percer les canaux de Saint-Quentin et d'Orléans , à transporter les bois de marine, et à nettoyer les fleuves. — Nos ennemis ont tiré parti de la loi du maximum pour eux : des commissaires achetaient avec des guinées pour l'armée du duc d'York. 11 faut soumettre les réquisitions à un visa, pour reconnaître les agents malintentionnés.

lia Constitution.

w Da/îs les circonstances où se troiwe la République^ la Constitution ne peut être établie; on (^immolerait par elle-même ; elle deviendrait la garantie des attentats contre sa liberté , parce quelle manquerait de la violence nécessaire pour les réprimer.

porter ; il a fait établir, parun décret, le bureau de la police générale pour les poursuivre; il a fait autoriser le Comité à renvoyer au tribunal révolutionnaire pour faire des lisles de détenus à juf^er. lia renvoyéà ce tribunal un grand nombre de détenus; il a même arbitrairement disposé de cet objet sacré; il a signé seul une liste de 159 détenus qu'il a renvoyés au tribunal révolutionnaire. Celte liste est dans le procès de la commission des 21. — Voilà la main qui a frapj'é, qui a tyrannisé lesdétenus, comme T. cuis XI proscrivait les quatre mille nobles qu'il fit périr. Saint-Just s'est montré seul dans les listes; il s'est montré seul à la tribune. Pourquoi donc frapper ceux qui n'ont pas parlé son langage?

4lG MÉMOIRES

Gouvernement révolutionnaire.

»Le gouvernement présent est aussi trop embarrassé : vous êtes trop loin de tous les attentats. Il faut que le glaive des lois se promène partout avec rapidité , et que votre bras soit partout présent pour arrêter le crime. — 11 est impossible que les lois révolutionnaires soient exécutées, si le gouvernement lui-même n'est constitué révolutionnairement. — Toute injustice envers les citoyens, toute trahison, tout acte d'indifférence envers la patrie, toute mollesse doit être sévèrement réprimée. — Il faut placer le glaive à côté de l'abus. — Il faut approvisionner Paris comme s'il était en état de siège , juqu'à la paix; vous devez tout remplir d'activité, et rallier les armées au peuple et à la Convention nationale. — Les représentants du peuple près les armées doivent être les pères et les amis du soldat, qui doit les trouver jour et nuit prêts à renlendrc. — Ils doivent coucher sous la tente et dans les camps. — Ceux qui font des révohitions dans le monde , ceux qui veulent faire le bien y NE DOIVENT DORMIR QUE DANS LE TOMBEAU.

Années.

» Il nous a manqué jusqu'aujourd'hui des institutions, et des lois militaires conformes au système de la République qu'il s'agit de fonder. — Tout

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ce qui n'est pas nouveau dans un temps d'innovation est pernicieux. — L'art militaire de la monarchie ne nous convient plus , il faut une grande et forte institution. Chez les Grecs, la phalange vainquit les autres troupes ; à Rome , la légion triompha de la phalange : c'était une véritable constitution militaire. — L'administration des armées est pleine de brigands ; tout le monde se vole et se méprise. — Le gouvernement ne doit pas être seulement révolutionnaire contre l'aristocratie; il doit l'être contre ceux qui volent le soldat , qui dépravent l'armée par leur insolence.

Crouvernement nouveau. — Projets de ses ennemis.

V Le gouvernement nouveau s'établit avec difficulté , et ce n'est qu'avec peine qu'il forme son plan et ses maximes. 11 demeure long-temps sans résolutions bien décidées. — La liberté a son enfance. On II ose gouverner ni avec vigueur ni avec fai' blesse , parce que la libellé vient par une salutaire anarchie, et que ï! esclavage rentre avec l ordre absolu,

» Cependant l'ennemi redouble d'efforts et d'activité. Il ne nous fait pas la guerre dans l'espérance de nous vaincre par les armes; mais il nous la fait pour énerver le gouvernement et empêcher qu'il ne s'établisse ; il nous la fait pour verser le sang des défenseurs de la liberté et en diminuer le nombre, afin qu'après la mort de tous les hommes ar- II. Q7

4i8 Mi^.îvioim.î^

ih'/tfs^i/A rapituU'/tt avec U'slâcficsqui hsiUteiKlciit. Il a péri cent mille palrioles depuis un an; plaie épouvantable pour la liberté, car notre ennemi n'a perdu que des esclaves. Les épidémies et les guerres fortifiaient l'autorité des Rois. — Notre gouvernement doit mettre tous les ennemis de la liberté dans l'impossibilité de nuire , à mesure que les gens de bien périssent. Il faut faire la guerre avec prudence , et ménager le sang républicain , car on n'en veut qu'à lui; l'Europe en a soif. Vous avez cent mille hommes dans le tombeau qui ne

défendent plus la liberté

» Les bureaux ont remplacé le monarchisme : le démon d'écrire nous fait la guerre, et l'on ne gouverne point. — Le service public tel qu'on le fait n'est pas x't^/'/'^/, il est méiier. — Tout, enfin, a concouru aux malheurs du peuple et à la disette : l'aristocratie, l'avarice, l'inertie, les voleurs et la mauvaise méthode. Il faut donc rectifier le gouvernement tout entier pour cirrêter lifnpulsion que nos ennemis s'efforcent de lui donner vers la tyrannie. Quand tous les abus seront corrigés, la correction de tout mal amènera le bien; on verra renaître l'abondance d'elle-même. »

lie gouvernement révolutionnaire jusqu'à la paix est établi sur le rapport de Saint- Just et la motion précédente de Bazirc, décrétée par la Convention nationale.

Après le rapport , la Convention décrète

DE BAUÈIIE. 4l<j

i" Le gouvernement provisoire de la France sera révolutionnaire jusqu'à la paix.

îï° Le conseil exécutif provisoire, les ministres, les généraux , les corps constitués , sont placés sous la surveillance du Comité de salut public.

3° Toute mesure décrétée doit être prise par le conseil exécutif, sous l'autorisation du Comité de salut public , qui en rend compte à la Convention.

4° Les lois révolutionnaires doivent être exécutées rapidement. Le gouvernement correspondra immédiatement avec les districts pour les mesures de salut public.

5° Les généraux en chef seront nommés par la Convention , sur la présentation du Comité de salut public.

6° L'inertie du gouvernement étant la cause des revers , les délais pour l'exécution des lois et des mesures de salut public seront fixés : la violation des délais sera puni comme un attentat à la liberté.

Les articles 7, 8, 9 et lo, sont relatifs aux subsistances et aux modes de réquisitions.

Par l'art. 1 1 , Paris sera approvisionné pour une année.

Art. 12. La direction et l'emploi de l'armée révolutionnaire seront incessamment réglés de manière à comprimer les contre-révolutionnaires. Le Comité en présentera le plan. ( Art. 12. ) Le conseil exécutif enverra garnison dans les villes où il

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se sera élevé des mouvements conlre-rcvolulionnaires. Les garnisons seront payées et entretenues par les riches des villes jusqu'à la paix.

Art. dernier. Il sera créé un tribunal et un juré de comptabilité, nommés par la Convention. Ce tribunal sera chargé de poursuivre tous ceux qui ont manié les deniers publics depuis la révolution , et de leur demander compte de leur fortune. — Le Comité de législation organisera ce tribunal.

Mes observations politiques sur les moyens des meneurs du ôl mai, Sic, ) Sic.

L'établissement du gouvernement révolutionnaire fut comme un cinquième jalon posé par les auteurs du système de l'anarchie organisée. A travers quelques grandes vérités et des principes très évidents, on aperçoit, dans les événements politiques de cette époque , la marche rapide et terrible des ambitieux vers la dictature.

Premier jaloji. — Le triumvirat Mnrat., Danton et Robespierre fit la journée du 3i mai, qui viola les droits du peuple et la dignité de la représentation nationale. Cette journée fut brutale et violente comme ses auteurs.

Deuxième jalon. — Danton et Robespierre voulurent faire sanctionner le coup d'état du 3i mai et du a juin , à l'époque de l'acceptation de la Constitution (fin d'août). Huit mille députés des

DE «AilÈlŒ. 4^1

collèges électoraux approuvèrent tacitement ces journées, et réclamèrent tacitement des mesures sévères contre les conspirateurs et l'arrestation subite des gens suspects. Cette époque fut terrible comme les malheurs publics , et imposante comme la colère et la volonté du peuple. Danton appela celte époque \ initiative de la terreur.

Troisième jalon. — La terreur vint le 5 septembre. Les sections demandèrent des prisons ; les Jacobins et les sections voulurent que la terreur fût mise à Vordre du jour; Danton voulut des armées révolutionnaires ; les Jacobins et les sections voulurent la proscription des députés arrêtés illégalement le 2 juin; Robespierre la voulut aussi. Cette journée fut tumultueuse et anarchique, comme le génie infernal des deux députés qui l'inspirèrent.

Quatrième jalon. — Le 3 octobre éclaira une nouvelle violation de la représentation nationale. Celte violation partait du môme système que le 3i mai : elle en était la suite, elle en fut le complément; les mômes hommes l'inspirèrent. Le Comité de sûreté générale en fut l'instrument le jour mônic , comme le Comité de législation en avait été l'instrument quelques jours plus tôt en proposant la loi du 1 7 septembre sur les gens suspects. Celte journée fut triste et funèbre comme les décrets qu'elle vit adopter.

Cinquième jalon. — Bazire avait fait décréter que la France était en révolution jusqu'à la paix !

/{Il MÉMOIRES

l'opinion de Bazire ne fut pas slérilo dans les mains des auteurs du 3i mai. Il l'aut consacrer l'anarchie et notre despotisme , dirent-ils, sous le titre neuf et imposant de gouvernement révolutionnaire jusqu'à la paix; et aussitôt, le lo octobre, Saint- Just employa son talent à légitimer, à développer, •ci coni'e/ifio/tnaliser cette idée.

Le gouvernement révolutionnaire une fois décrété, je crus, avec la majorité de l'Assemblée, que c'était uniquement pour assurer l'exécution prompte et sévère des lois ; mais les pères du 3i mai n'y virent que la sanction donnée à leur despotisme révolutionnaire. Ils agirent en conséquence , et une tyrannie s'organisa sous les couleurs du patriotisme; l'oppression naquit des lois faites pour la détruire, et un nouveau triumvirat put se former et s'emparer des décrets pour étendre sa domination partout. Cette journée du lo octobre fut astucieuse et hypocrite , comme ceux qui devaient en recueillir les fruits empoisonnés.

Mais il existait une impulsion générale et irrésistible donnée à tous les esprits. Tout était alors révolutionnaire , le costume , les mœurs , le langage, les sociétés, les clubs, les lois, les arrêtés, le gouvernement, les comités, les théâtres, les physionomies môme. Tout paraissait sévère ou effrayé ; tous étaient ou révolutionnaires ardents , ou spectateurs comprimés. Le peuple seul jouissait de son calme respectable ; il voyait ses oppresseurs punis ou paralysés ; il n'éprouvait ni injures

ni mépris. Mais plusieurs fonctionnaires étaient insolents, cruels, despoles, brutaux, prévaricateurs en invoquant la vcriu, persécuteurs en invoquant les lois, et vindicatifs en parlant de justice. Voilà le bagage des révolutions.

t!0 octobre. — Augmentation de pouvoir pour le Comité de salut pubiic ) provoquée par Gossuin et Merlin de Douai.

Déjà le 12 septembre (Moniteur, n° 268 ) , Danton avait fait décréter que le Comité de salut public nommerait les membres de tous les Comités de la Convention. Comme si cette usurpation de pouvoir ne suffisait pas à ceux qui cberchaient à rendre le Comité odieux par sa puissance ou par les abus qui en sont inséparables , on vit le citoyen Gossuin chercher à augmenter encore cette puissance du Comité. «Jamais, dit-il, la République n'a eu plus besoin des travaux de ses enfants et surtout du zèle des représentants du peuple ; cependant les Comités sont quelquefois déserts. Je demande que les députés, membres d'un Comité, qui s'en absenteront pendant huit jours soient remplacés parle Comité de salut public. » — Merlin de Douai ajoute , par voie d'amendement, que le nom des députés ainsi remplacés sera envoyé aux départements. Ces propositions sont adoptées (1).

(1) Les accusateurs ou les ennemis du Comité sont ceux même qui ont travaillé à exagérer son pouvoir. Clauzel qui a tant frappé contre ce Comité est celui qui ,

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Ce jour-là même on ^oil venir à la barre une députation des Jacobins postulant une loi qui autorise les jurés du tribunal extraordinaire à demander que les débats cessent lorsque leur conscience sera assez éclairée. Les pétitionnaires se plaignent on même temps de ce que les trente-deux députés ne sont pas encore jugés, tant il leur tarde que leurs victimes soient immolées. C'est ainsi qu'on a vu à plusieurs époques la faction triomphante s'étonner et se plaindre à la Convention de ce que les tribunaux ne la délivraient pas assez vite des victimes qu'elle leur avait envoyées. — C'est ainsi qu'après la Constitution de 1795, acceptée presque à l'unanimité par le peuple Français , au mois de fructidor an m , on a vu le scélérat Fréron, qui a eu l'art d'échapper à toutes les épurations de la représentation nationale, s'étonner, dans la séance du deuxième jour complémentaire, de ce que Barère n'était pas encore jugé ou déporté. Tout bon républicain, tout représentant fidèle devrait bien plutôt s'étonner et se plaindre de voir siéger à l'Assemblée nationale Fréron , ce lieutenant de Danton , cet anarchiste , cet esclave de Robespierre puissant , ce disciple du sanguinaire Marat , ce terroriste éhonté du Midi, ce grand révolutionnaire de l'armée d'ita-

dansla séance du 14 brumaire, afaildécrélerquelcComllc de salut public nommerait la commission chargée de revoir le code'civil et la|commission chargée de refaire le code surrinstruction publique. (¥onîïmr, n» 40, ann.)

lui BAREUË. /\'26

lie (i) , ce démolisseur de Toulon , cq fus il leur de huitccnts citoyens sans jugementpréalable, ce fléau de Marseille , ce persécuteur atroce des victimes du 3 1 mai (2). Oui , tout bon républicain , tout représentant tîdèle doit s'étonner de voir au milieu des vengeurs du 3 1 mai , ce Fréron qui faisait célébrer dans le Midi une fétc civique pour le supplice des vingt-deux victimes du 3 1 mai, et qui, dans son enthousiasme de cannibale , écrivait à Hérault de

Séclielles : « Ces b de Girondins ont donc enfin

dansé la carmagnoleln (Lettre imprimée par Moïse Bayle.) Oui, tout patriote doit se plaindre de ce

(I) Dans la séance des Jacobins du 6 brumaire, l'orateur de ladéputalion de quatre cents sociétés populaires du midi se plaint des représentants du peuple, excepté Barras et Fréron qui sont à la hauteur des principes et agissent révolutionnairement. Ce fut cet orateur qui ne rougit pas de proposer dans cette séance de fusiller Brissot et ses complices, au lieu de les juger. — « Je demande, ajoute l'orateur envoyé par Fréron , qu'une députalion soit envoyée au tribunal révolutionnaire pour lui demander de hàler le jugement des grands coupables qu'il a dans ce moment dans les mains; car enfin il faut le savoir et ne plus s'abuser; nousensommeslà avec les fédéralisles, qu'il faut que nous les tuions ou qu'il nous tuent. » (On applaudit.) Moniteur, n" 09, an II. C'est ainsi que Fréron , dans VOraieur de l'hiver dernier, s'écriait en prêchant l'assassinat contre moi et les autres membres du Comité : « Tuez-les , ou ils vvus tueront. »

Voilà le style de Fréron, de ce modèle de justice et de douceur en révolution.

(2) Fréron , dans le département du Var, fil mettre à prix la tête du député Despinassy, décrété d'accusation à celte époque. Fréron fit incendier sa retraite, dans une forêt près de TouloD.

que le diffamateur périodique des représentants, l'avilisscur de la Convention nationale , le chef de la jeunesse aux cravates vertes et le trompette de l'armée royaliste , soit encore dans le sein de la première assemblée du monde. C'est à moi surtout de me plaindre de ce que ce monstre , le plus cruel ennemi des patriotes , ne soit pas encore accusé et déporté , non à Madagascar, dont le peuple est trop doux et trop pur pour ses mœurs, mais dans les d éser Is de l'Afrique où il trouvera ses pareils !

Note finale .

Ici (i) l'heure fatale de la déportation la plus arbitraire sonne pour moi une seconde fois, à la voix scélérate et royaliste d'André Dumont, de Legendre, de Sieyès et de Fréron , qui bientôt , je l'espère , seront connus et démasqués. L'histoire a bien vengé d'autres attentats. Les contemporains ne sont jamais justes; la postérité l'est toujours. Où que j'aille, dans quelques lieux que l'injustice et la tyrannie me déportent , sur les rochers de l'Afrique ou sur les côtes de Madagascar, partout je tra-

(1) Le compte-rendu dont nous venons de citer plusieurs fragments épars s'arrôlc aux événements de la fin d'oclobre 1793. Barère avait encore beaucoup de failsà raconter, entre autres sa première condamnation ; mais vers le commencement du mois de novembre 1795, peu de temps après le 13 vendémiaire, il se vit forcé d'interrompre ce travail justificatif. {Note de l'Éditeur.)

cerai mes vœux pour la République et pour sa prospérité.

Je n'ai d'autre regret que d'affliger, par mes malheurs , ma famille, une des plus patriotes et des plus honnêtes de France.

Je suis également affligé de ne pouvoir continuer ce travail de ma justification civique : il me tenait tant au cœur ! Mais, depuis deux mois , le chagrin d'être exhérédé de la patrie , et les peines de la détention ont affaibli ma santé et m'ont enlevé presque l'usage de mes yeux. Ah ! quand pourrai-je reposer dans les lieux où les scélérats et les calomniateurs sont impuissants ! Quand y aura-t-il une tombe entre l'envie et moi , entre les Fréron , les André Dumont, les Sieyès , les Legendre, et le malheureux objet de leur haine ! . . . . vive la frange !

VIVE LA liberté !

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