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est résulté de notre manière fausse d'envisager les hommes que, jusqu'à présent , on na poursuivi que les nobles, et qu'on a laissé dans les sections les agitateurs, les hurleurs, qui égarent le peuple, et qui causent les maux de la disette factice. — Il faut, pour que tous ceux qui se sont montrés notoirement ennemis de la révolution soient arrêtés , commencer par une opération préliminaire , laquelle consiste à épurer les comités révolutionnaires des sections (i). Il faut que le conseil géné-
(1) C'est avec le mot épvrer que les ambilieux ont tout délruit.... Danton, Robespierre et Marat parlaient d'épurer la Convention le 31 mai. Us en parlaient encore six mois après, pour n'y laisser que leurs partisans. Bazire, Danton et Robespierre parlaient , le 5 septembre , d'épurer les sections et les comités révolutionnaires, pour n'y [laisser que leurs instruments. Le 3 thermidor, Robespierre et Couthon parlaient d'épurer encore la Convention ; et ils voulaient faire périr les membres du Comité de salut public et de sûreté générale , qui leur résistaient ; ils voulaient épurer pour que leur dictature triumvirale ne trouvât plus d'obstacle. Depuis le supplice de Robespierre, les Legendre, les Dumont, les Tallien , les Fréron , ont parlé d'épurer la Convention; ils voulaient rétablir la mémoire de Danton et gouverner-,ilsvoulaientépurerpour qu'il n'y eûtpasd'obslacles à leurs projets ultérieurs. On n'a cessé de faire des arrestations et des accusations depuis le l*"" germinal \ c'est pire que du temps de Robespierre. Depuis le mois de messidor, on parle encorede faire des épurations dans la Convention: c'est la noblesse , ce sont les journalistes, ce sont les royalistes qui veulent épurer, c'est-ù dire chasser los républicains , pour qu'on rétablisse la royauté et on parle d'épurer encore Si c'est par un comité inquisilorial , c'est
tyrannie ; si c'est par la Convention , c'est invasion , usur- [talion des droits du peuple. Si c'est par les assenablées pri-
1)K BARÈIIE. 387
rai de la Commune épure les comités , et que les comités recomposés fassent les listes des suspects, des motionnaires incendiaires des sections, fassent arrêter les gens suspects. Il ne faut pas de phrases oratoires contre les ennemis du peuple ; il faut les saisir, les garrotter, et non s'amuser à crier contre eux.
Léonard Bourdon veut appliquer ces mesures aux départements , et que les commissaires de la Convention rendent compte de ce qu'ils ont fait pour l'épuration des administrations. Bientôt , la la chaleur des propositions fait dire au président d'attendre le rapport du Comité, avant d'y donner autre suite. « iMais, dit Billaud , nous n'avons pas besoin de passer par la filière du Comité, pour les mesures relatives aux comités révolutionnaires.... Je demande qu'il soit donné une indemnité, semblable à celle des électeurs, pour les membres de ces comités. » (Décrété.) Les propositions de Bazire sont également décrétées.
Et l'on s'étonne ensuite du nombre des arrestations arbitraires qui ont été faites; — et l'on s'é tonne de rinflucnce du conseil généraKle la Commune, à qui la Convention avait remis la formation
niairesou parles assemblées électorales , qui en sont l'image, et qui sont la voix et la pensée du peuple , c'est légitime , c'est inévitable , car c'est la véritable et honorable censure du peuple sur ses représentants. Voilà celle qu'il aurait fallu établir par la constitution, pour faire choisir tous les cinq
ans parles assemblées électorales ceux qui resteraient
VoxpopuU
;i88 ' MKMOlUtS
arbitraire des coniilés révolulionnaires; — et loii s'étonne que les créatures de la Commune aient obéi aux impulsions incarcératrices et vexatoires des Hébert , des Chaumette , des Danton et des Robespierre ; — et Ton ne rougit pas d'attribuer au Comité de salut public des mesures prises spontanément par la Convention , sur la motion môme des dictateurs ou de leurs lieutenants , en l'absence et sans la participation du Comité de salut public!
Après les mesures générales , viennent les passions particulières. Il eût été étonnant qu'on eût parié d'arrestation et de révolution , sans dédier un mot à Brissot, et aux autres députés arrêtés le 2 juin. C'était, depuis le 3i mai, le refrain des motions révolutionnaires; comme on l'a vu depuis le 1 '1 germinal , époque où l'on mit en refrain les noms de quelques autres représentants.
Pendant tout cet intervalle de temps, le Comité de salut public était obstrué de pétitionnaires. Robespierre, qui avait cédé le fauteuil à Thuriot , était venu annoncer que les sections de Paris réclamaient le jugement des Brissotins long-temps éludé. Il s'obstina à ce qu'il fût parlé de Brissot et de Marie- Antoinette dans le rapport, quoique le Comité n'en voulût rien dire dans le projet de décret que j'allais porter à la Convention. Robespierre, plus effrayé qu'il n'était ému de toute cette séance qu'il venait de présider, dit que la Montagne était menacée par les pièges que lui dressait
i)i: lîAuÈiii:. 389
Brissot dans sa prison ; qu'il y avait un complot Iramé pour sauver la Reine et les Brissolins , et pour égorjifer tous les députés du côté gauche. Quand on a vu Robespierre deux ou trois fois, on peut se faire une idée de la cruelle lâcheté de cet homme, et de l'empire que les bruits de conspiration et les terreurs publiques exerçaient sur son cerveau de tyran. La tyrannie fut toujours cruelle, lâche et peureuse
Même séance. — Pétition lue à la Convention. — "La terreur mise à Tordre du jour.
Pendant que , sous les yeux du Comité , je rédigeais mon rapport, les quarante-huit sections et les Jacobins étaient admis à la barre de la Convention. « Mandataires du peuple, disait leur orateur, les dangers de la patrie sont extrêmes, les remèdes doivent l'être également. Vous avez décrété que les Français se lèveraient en masse pour repou.'^ser du territoire les ennemis : mais ceux-là ne sont pas les plus dangereux , ce sont les traîtres qui nous divisent dans l'intérieur; l'impunité les enhardit, le peuple se décourage en voyant échapper à la vengeance nationale les grands coupables. Tous les amis de la liberté s'indignent de voir que les fauteurs du/cV/m//w7/2e ( 1 ) n'ont pas encore subi la peine de leurs forfaits. Dans les places publi-
(1) Les Jacobins proscrivaient sous le nom de fédéralistes en 1793 ; les Jacobins sont proscrits sons le nom de terroristes en 1795. Voilà la justice des temps de révolution.
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qiies^ les républicains parlent avec indignation des forfaits de Brissot; on se rappelle que ce monstre a été vomi par TAnglelerre en 1 789, pour troubler
notre révolution et entraver sa marche Nous
demandons qu'il soit jugé ainsi que ses complices. ( On applaudit. ) Le peuple s'indigne de voir encore des privilèges au milieu de la République. — Quoi ! les Vergniaud, les Gensonné, et autres scélérats dégradés, parleur trahison , de la dignité de représentants du peuple , auraient pour prison un palais (le Luxembourg) ; tandis que des sans-culottes gémissent dans des cachots , sous les poignards des fédéralistes !
>; Il est temps que l'égalité promène sa faux sur toutes les têtes ; il est temps d'épouvanter tous les conspirateurs. Eh bien, législateurs , placez la terreur à Cordre du jour! (11 s'élève de vifs applaudissements.— Moniteur^W' 'i5o, page io63, 3" col.) Sofons en ré^'oluùon , puisque la contre-révolution est partout tramée par nos ennemis. ( Mêmes applaudissements). Que le glaive de la loi plane sur toutes les têtes coupables ! — Nous demandons qu'il soit établi une armée révolutionnaire ; qu'elle soit divisée en plusieurs sections ; que chacune ait à sa suite un tribunal redoutable et l'instrument terrible de la vengeance des lois ; que cette armée et ces tribunaux restent en fonctions jusqu'à ce que le sol de la Képublique soit purgé des traîtres, et jusqu'à la mort du dernier des conspirateurs. (Applaudissements nombreux de tous côtés.)
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>) Avant tout bannissez celte classe orgueilleuse, chargée de crimes, qui occupe encore insolemment les premières places de nos armées , où , depuis le commencement de la guerre , elle ne s'est signalée que par des trahisons. Les nobles furent toujours les ennemis irréconciliables de l'égalité et de l'humanité entière. Pour leur ôter tout moyen de grossir les hordes de nos ennemis , nous demandons qu'ils soient mis en prison jusqu'à la paix. Cette race altérée de sang ne doit voir couler désormais que le sien. Les mânes des victimes entassées par les trahisons vous demandent une vengeance éclatante , et la voix du peuple vous en impose la loi. w (Nombreux applaudissements.)
Que répond le président de la Convention ? « Citoyens , c'est le peuple qui a fait la révolution ; c'est à vous qu'il appartient surtout d'assurer l'exécution des promptes mesures qui doivent sauver la patrie. Vous sollicitez l'établissement d'une armée révolutionnaire; votre vœu est couronné. Déjà la Convention, attentive à tout ce qui peut intimider et déjouer les puissances étrangères et leurs agents, a arrêté que cette armée serait bientôt formée. Oui , le courage et la justice sont à Tordre du jour. Tous les bons citoyens, au lieu de trembler, béniront le moment où la Convention aura pris des mesures pour fixer enfin le sort de la révolution. Tous les Français béniront la société à laquelle vous appartenez , et au nom de laquelle , ainsi qu'au nom de la ville de Paris , vous venez solliciter ces
mesures impérieuses et définitives. Tous les scélérats périront sur l'échafaud; la Convention Ta juré solennellement : déjà elle a pris les moyens de donner une plus grande activité au tribunal révolutionnaire. Demain elle s'occupera d'augmenter le nombre des juges et celui des jurés. La Convention applaudit à votre patriotisme.» Les députations des sections et du club des Jacobins défilent dans la salle au bruit des applaudissements. Il a été d'usage , dans les mouvements populaires qui ont eu lieu pendant les révolutions de Paris, que l'aristocratie se soit toujours mêlée aux mouvements du peuple , et ait épié le moment de s'en emparer ou recherché les moyens , soit de dénaturer le mouvement , soit de le tourner contre le peuple lui-même, soit enfin de faire commettre des excès et des horreurs pour en accuser ensuite la liberté. Cette tactique a été bien plus savamment exécutée dans les mouvements de prairial , de germinal et de messidor an m ; mais heureusement aucun n'a réussi contre la République impérissable. Le 5 septembre , cette tactique fut essayée par trois jeunes pétitionnaires, se présentant comme députés d'une société populaire. Ils se plaignirent de ce que la levée en masse n'avait pas été adoptée en son entier, puisqu'on ne faisait partir que la première classe. « Cette distinction des classes est injuste autant que dangereuse, disentils ; nous vous demandons que les trois classes de réquisition , c'est-à-dire que tous les citoyens soient
requis à l'instant pour marcher. » Des murmures interrompent ces jeunes contre-révolutionnaires hasardés à la barre par l'aristocratie. — Le président leur répond : «La Convention ne permettra pas que les jeunes citoyens qui ont de l'âme soient déshonorés par ceux qui n'en ont pas. » — On applaudissait encore ces paroles , et déjà les pétitionnaires avaient fui , comme si l'ennemi les eût poursuivis.
Le rapport du Comité de salut public n'était pas encore prêt , quoique la séance avançât vers sa fin. Merlin de Douai proposa la peine de mort contre ceux qui vendraient ou achèteraient des assignats ; qui proposeraient divers prix en numéraire ou en assignats ; qui tiendraientdes discours pour discréditer les assignats ; qui les refuseraient en paiement ou qui les accepteraient à perte. Pendant que Merlin proposait ces dispositions draconiennes, Robespierre venait du Comité et reprenait le fauteuil. Une députalion de la section de l'Unité présenta une adresse énergique contre les nobles placés dans les armées ; contre l'agiotage et l'accaparement ; pour le jugement prompt de la veuve Capet, de Brissot et des députés détenus ; pour l'armée révolutionnaire etl'établissement de douze tribunaux (ifjihulants, autorisés à j uger sur-le-champ sans autres formes que celles qui leur paraîtraient nécessaires pour leur propre conviction (i). Telle fut la
(1) Ce sont les mêmes secUoDS de Paris qui, après avoir créé le terrorisme , \iennent accuser les terroristes Ce
violence des discours, et la chaleur exagérée des orateurs pendant cette séance du 5 septembre, que ceux qui la liront dans ces Mémoires en douteront; tel est le malheureux privilège de notre brûlante et terrible révolution , que le vrai s'y trouve au-dessus même du vraisemblable. — Drouet ajouta à la folie des pétitionnaires, et le législateur sage disparut devant l'orateur forcené. « Vous venez d'ordonner, dit-il , que les gens suspects seraient arrêtés : je voudrais que vous déclarassiez à ces hommes coupables que si, par impossible , la liberté était en péril , vous les massacreriez impitoyablement ( de grands murmures couvrent la voix de l'orateur) ; que vous ne rendriez aux tyrans la terre de la liberté que couverte de cadavres. Faites cette déclaration solennelle , que les hommes impurs répondront sur leur tête des malheurs de l'État. . . Je demande que le syndicrapporteur de la Commune de Paris, ou tout Comité révolutionnaire , en déclarant un homme sussent les mêmes sections qui , après avoir demandé un plus grand nombre de prisons , viennentseplaindredesbaslilles; ce sont les mômes sections qui, après avoir demandé des armées révolutionnaires , viennent se plaindre des abus des révolutionnaires.... Ce sont les mêmes sections qui, après avoir demandé douze tribunaux ambulants pour juger sans forme de procès, viennent s'élever contre la tyrannie qu'elles ont bàlie de leurs propres mains. O glroueltesde la révolution qui avez si souvent tourné au vent de tous les crimes , de toutes les intrigues, de toutes les passions violentes ou vénales, de tous les crimes, quand est-ce que la Constitution viendra vous fixer ou vous briser ?
pect , n'ait pas besoin de donner ses motifs. Je demande que les représentants en mission dans les départements usent avec la plus grande rigueur du plein pouvoir qui leur a été donné pour épurer les administrations fédéralistes , malveillantes ou faibles. »
Pour riionneur de la Convention entière , Thuriot, s'élançant à la tribune, mit l'Assemblée en garde contre ces calculs criminels et ces propositions féroces. « Nous travaillons pour l'humanité, s'écria-t-il ; loin de nous Vidée que la France soit altérée de sang; elle n est altérée que de justice. (On ne cesse d'applaudir.) Aucun événement ne doit être transmis dans les annales de la révolution , auquel on ne puisse assigner un motif louable.,» Thuriot réfuta Drouet avec une sensibilité touchante; et du moins les esprits, exaltés par le cours de cette séance , furent-ils un peu disposés à recevoir des mesures moins violentes.
Même séance. — Mon rapport.
Voilà le moment où je vins faire le rapport du Comité de salut public. Que ceux qui veulent en accuser les expressions jettent auparavant les yeux sur le cours orageux et volcanique des débats de cette séance , débats qui ont précédé pendant cinq heures mon rapport. Que ceux qui voudront en accuser les résultats réfléchissent qu'avant mon rapport l'Assemblée avait décrété des mesures telles que la formation de l'armée révolutionnaire,
l'allocation de 4o sous par sectionnaire , l'arrestation des suspects , la terreur mise à l'ordre du jour, un redoublement d'activité de la part du tribunal révolutionnaire, l'épuration des Comités révolutionnaires par la Commune de Paris. Je ne venais donc empirer aucune loi ni rien proposer de nouveau. Le Comité de salut public, dont j'étais l'organe, était déjà accusé de modérantisme : on se plaignait de sa lenteur, on délibérait sans lui et sans savoir ses projets. Je n'étais donc dans cette circonstance essentielle que l'exécuteur forcé, l'instrument passif et involontaire des volontés émanées du sein de la Convention et venues de son propre mouvement : personnellement, je cherchais à effrayer les ennemis de l'intérieur par des menaces qui épargnent la peine de sévir. Je m'exprimai ainsi :
« Depuis plusieurs jours tout semblait annoncer un mouvement dans Paris; des lettres interceptées, soit pour l'étranger, soit pour des aristocrates de l'intérieur, annonçaient les efforts constants que faisaient leurs agents pour qu'il y eût incessamment un mouvement dans ce qu'ils appellent la grande ville. Eh bien ! ils auront ce mouvement (il s'élève de vifs applaudissements ); mais ils l'auront organisé , régularisé par une armée révolutionnaire , qui exécutera ce grand mot de la Commune de Paris : « Plaçons la terreur à l'ordre du jour. » C'est ainsi que disparaîtront en un instant, et les royalistes, et les modérés, et la
tourbe clos contre-révolutionnaires qui vous agitent. Les royalistes veulent du sang ; eh bien ! ils auront celui des conspirateurs , de Brissot et de Marie-Antoinette. Ils veulent préparer un mouvement; eh bien ! ils vont en éprouver les effets ; ce ne sont pas des vengeances illégales , ce sont les tribunaux extraordinaires qui vont l'opérer. Vous ne serez pas étonnés des moyens que nous vous présenterons, lorsque vous saurez que, du fond de leurs prisons, les scélérats conspirent encore , et qu'ils sont les points de ralliement de nos ennemis. Brissot a dit et imprimé qu'avant que sa tête tombe une partie de la Convention ne serait plus , et que la Montagne serait anéantie. C'est ainsi qu'ils cherchent à vous arrêter par la terreur dans votre marche révolutionnaire. Les royalistes veulent troubler les travaux de la Convention!.... Conspirateurs , la Convention troublera les vôtres ! (Vifs applaudissements.) Ils veulent faire périr la Montagne ! ... La Montagne les écrasera. Dès demain le Comité vous présentera les moyens d'organisation d'une armée révolutionnaire de six mille hommes dans Paris avec douze cents canonniers. (On applaudit.) Les royalistes disent qu'ils voudraient égorger Pache et les municipaux !... Pache vivra pour servir le peuple et pour déjouer leurs infâmes manœuvres sur les subsistances. Je l'ai vu constamment occupé des subsistances et de leurs arrivages , qu'on cherche à retarder, à intercepter. Un fait vous prouvera l'existence des complots que
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VOUS aurez à déjouer. — Hier un homme , connu par son patriotisme , passait dans le palais dit Royal , repaire des agioteurs. 11 entendit six jeunes muscadins , ce nom qu'une jeunesse orgueilleuse s'est fait donner, et qui attestera à la postérité qu'il a existé en France , au milieu de la révolution , des jeunes gens sans courage et sans patrie (on applaudit à plusieurs reprises) ; il les entendit prononcer ces paroles : « Tout ira bien. : lesjemmes sont choisies et les muscadins sont bien déterminés. « Les femmes sont donc leur ressource! Sans doute on peut les égarer un moment; mais ce sexe sensible et spirituel n'est pas par essence la conquête du fanatisme ; le génie de la liberté ne lui est pas étranger, et il ne se fera pas l'instrument du crime. Quant aux muscadins , il est facile de leur ôter les moyens d'être dangereux.
» Les royalistes crient tous les jours à la République une et indivisible... et ils veulent la détruire. Les royalistes accaparent les subsistances
ou empêchent les marchés et ils en accusent
la Convention. Ils agiotent, ils avilissent les assi
gnats et ils se rejettent sur la Conventiont. Ils
font resserrer la circulation des subsistances près de Paris.... et les voilà qui déclament contre la Convention , qui , tous les jours , prend des mesures pour faciliter ou accélérer leur arrivage. Les royalistes livrent nos ports aux Anglais et ils font
dire par les traîtres, et ils publient dans le Midi que la Convention veut livrer les ports. Les roya-
DE HAKÈUK. 899
listes font des mouvements autour de Paris ; ils égarent les citoyens peu fortunés ; ils en empruntent le nom et le costume et ils calomnient le
peuple et la Convention.
» Que faut-il pour mettre un terme à tant do crimes et de complots? Il faut une armée révolutionnaire qui balaye les conspirateurs ; une armée qui, organisée comme les bataillons de garde nationale, puisse aujourd'hui se rassembler, et dès demain se mettre en mouvement. Il faut une armée qui exécute les mesures de salut public que la Con^ veiition décrétera. Il faut une armée, non pour Paris seulement, mais partout où des mouvements de contre-révolution se feront sentir. Depuis quatre ans , l'aristocratie cherche , soit par l'or , soit par l'intrigue, les fausses terreurs et les calomnies, à s'établir sur le territoire immense de cette cité immense qui vit naître la liberté. Depuis quatre ans aussi son sol l'a repoussé; mais les contre-révolutionnaires ont fait une ceinture autour de Paris. On est allé se rassembler dans les châteaux que l'orgueil et la féodalité ont élevés. C'est là que les contre-révolutionnaires se rassemblent : on y a trouvé des signes de ralliement et de royauté ; on alarme le peuple des campagnes; on l'excite à venir faire à la Convention des pétitions sur les subsistances , malgré l'abondance de ses récoltes. — Quel moment ont-ils choisi pour semer ces terreurs ? Celui où les arrivages sont plus difficiles et plus rares. Vous avez décrété un maximum réclamé par
le peuple , c'est le moment où l'on veut en empêcher l'exécution.
w Vous avez déjà pris plusieurs mesures dans celte séance ; nous nous bornerons à vous proposer la levée de l'armée révolutionnaire créée par vous. Nous vous proposons aussi un moyen utile et urgent de faire disparaître de Paris cette foule énorme de militaires qui sc sont absentés de leur poste ou qui ne sont point en activité. Il importe de faire mettre en état de surveillance par leurs municipalités respectives tous ceux qui sont ici par cause de suspension ou de destitution. Je dois vous dire que pendant qu'on prend ici des mesures contre les aristocrates , on en prend dans le département de la Somme de bien bonnes contre les Autrichiens et les Anglais.
» Mais ce n'est rien que de former des bataillons , il faut avoir de bons guides pour les armées. Elles renferment des traîtres , d'autres hommes prêts à trahir ou écrasés de soupçons ; je parle des ci-devant nobles. Pour cette caste, voici ce qu'a fait le Comité (l'Assemblée pourra prendre des mesures plus fortes) : il a fait dresser chez le ministre la liste de tous les nobles qui sont dans les armées. Quand elle vous sera soumise , vous statuerez ce qui vous paraîtra convenable. — Pour moi personnellement , j'ai toujours pensé que , quand une démocratie s'établit, quand un peuple fait une révolution pour lui , ce qui n'a jamais été vu , il ne faut admettre que la démocratie au moins
DE DAUfcUË. 4oi
dans les fonctions publiques. C'est organiser et non désorganiser que de chasser des emplois, au moins des emplois militaires (plusieurs voi\ : De tous), ceux dont les habitudes, les préjuges, l'esprit de corps , l'ont justement suspecter les intentions.
» Au commencement de la révolution , il a été établi dans Paris une force armée soldée par le trésor national. Eh bien , la destinée de la force publique est d'achever la révolution par le même moyen,
» Nous vous proposons de réduire celte armée à six mille hommes et douze cents canonniers , dont le patriotisme est connu. La destinée des contre -révolutionnaires semble écrite; tout fait présager leur sort. Le ministre de la justice vient de nous écrire qu'à Dinan , le neveu do Pitt a été trouvé caché dans le château de Caminet, et mis
en état d'arrestation Nous proposons de le
faire transférer à Paris. »
Je présentai, à la suite de ce rapport, deux projets de décret : le premier sur l'armée révolutionnaire, déjà décrétée par la Convention ; le second sur la sortie des militaires se trouvant à Paris. Ils furent adoptés.
A la fin de la séance, sur la motion de Billaud- Varennes, Clavière et Lebrun furent envoyés au tribunal révolutionnaire.