N° VIII
Discours à l'Assemblée nationale (i).
7 janvier 1790.
11 est revenu à M. de La Fayette et à moi , qu'il avait été dit dans l'Assemblée que nous avions donné à M. l'archevêque de Paris le conseil de sortir du royaume ; mais nous pouvons assurer , et c'est un fait incontestable , que nous n'avons rien dit qui ait rapport à cela.
(1) D'Éprémesnil , dans la séance du 5 janvier, combattant une motion tendant à mettre le séquestre sur les biens des députés absens , avait assuré , d'après le bruit public , que l'archevêque de Paris ne s'était éloigné de Paris que d'après les conseils de Bailly et de La Fayette , alarmés pour sa sûreté. La fausseté de cette assertion donna lieu à ce discours.
( Note des nouv. édit.) m. 11
NoIX.
Discours à V Assemblée des représentans de la Commune.
ier février 1790.
Messieurs ,
Nous venons rendre aujourd'hui nos comptes à la commune que vous représentez. Cet acte du pouvoir , d'une part, et de la fidélité de l'autre , est une cérémonie auguste et imposante qui doit exciter un grand intérêt. La commune n'existait plus depuis plus de deux siècles ; elle était presque inconnue , ses propres affaires lui étaient étrangères. Aujourd'hui , après avoir reconquis sa liberté , après avoir administré la ville par un droit nouveau , elle s'arrête pour se juger elle - même et pour examiner la conduite de ses mandataires par ses représentans. La confiance de nos concitoyens nous a conféré cet honneur ; nous avons été choisis dans la plus mémorable des époques ; nous avons réuni tous les avantages. On n'oubliera jamais que le premier usage de la liberté dans l'administration , nous a été confié ; que nous avons fait bénir les premiers drapeaux , reçu le serment des premiers soldats-citoyens , celui des premiers juges élus librement ; enfin , les premiers comptes des premiers administrateurs.
Lorsque le choix et la confiance de mes concitoyens m'ont porté a la place dont je suis honoré, j'étais le seul administrateur revêtu des pouvoirs de
la commune ; et j'aurais été seul , en effet, avec mon expérience , si je n'avais pas trouvé à l'Hôtelde-Ville ces braves électeurs qui ont défendu Paris, et administré la chose publique , au moment où il y avait le plus de danger.
Alors deux parties de l'administration , le soin des subsistances et celui de la police , absorbaient toutes les autres. Je me suis partagé , autant que je l'ai pu , dans les différens comités qui ont été successivement composés de différens membres choisis dans votre assemblée , et que vous y avez nommés. Mais j'avoue que le fardeau de l'approvisionnement de Paris , alors si difficile , alors presque impossible , a suffi à mes forces et a occupé toute mon attention. La ville entière n'était nourrie que par des blés étrangers , que la prévoyance du roi et de son ministre avait fait venir à grands frais; les convois étaient souvent attendus, souvent pillés ; il fallait suppléer à ces attentes et à ces pertes ; il fallait multiplier les soins et les veilles ; il fallait dévorer , dans le silence , une inquiétude déchirante ; jamais , pendant trois mois, la subsistance du lendemain n'a été parfaitement assurée la veille. Voilà comment j'ai administré avec mes coopérateurs au comité des subsistances; telle est la vie douloureuse que nous avons menée pendant trois mois. Au reste, on peut, Messieurs, se rappeler ces temps sans amertume et même avec consolation , en pensant que , dans ce moment , les demandes que nous avions faites dans le nord,
une moisson abondante , et les soins assidus de M. Vauvilliers et de son département ont assuré la subsistance de Paris pendant plusieurs mois. La prétendue disette de la denrée de première nécessité ne servira donc plus de prétexte pour exciter le peuple et pour troubler la capitale.
La police , confiée à un comité particulier , offrait d'autres difficultés : la révolution avait nécessairement entraîné des désordres ; les lois étaient sans force , les règlemens oubliés. Il fallait donc, d'un côté , arrêter la licence qui accompagne d'abord la liberté ; et , de l'autre , veiller sur les ennemis du bien public qui avaient causé le désordre , qui favorisaient la licence , et qui , cherchant par leurs manœuvres à tromper notre vigilance , tentaient de détruire la chose publique par la continuation du désordre. Dans cet état de choses , si nous n'avons pas toujours fait le bien qu'on pouvait désirer , nous avons particulièrement travaillé à empêcher le mal ; et, soit sagesse ou bonheur , l'événement nous permet de dire que nous avons réussi , et que la chose publique n'a pas péri entre nos mains.
Vous avez , Messieurs , établi depuis une municipalité provisoire ; l'administration a été partagée entre huit département. Le compte qui vous est dû, n'est plus que celui de ces huit départemens ; et les huit lieutenans qui y président vont vous le rendre.
Ces comptes ne peuvent pas être tels qu'ils se-
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ront un jour ; l'administration est à peine commencée ; les comptes ne peuvent être ni plus complets ni plus étendus que l'administration. Nous dirons ce que nous avons fait , et nous savons qu'il nous reste plus à faire ; établir , ordonner , perfectionner , puis enfin , conserver l'état des choses perfectionné : voilà la marche que nous et nos successeurs devons suivre. Dans ce moment , nous en sommes encore à établir. Un jour , et sans doule bientôt , vous aurez une administration municipale , solidement fondée , sagement mesurée , et dont tous les agens auront des pouvoirs définis ; mais , aujourd'hui , votre administration n'est que provisoire ; la forme en sera changée ou modifiée. Chacun de vos agens est incertain de ses pouvoirs, il en ignore souvent les limites. L;es objets même de l'administration ne sont pas mieux connus ; car, dans ce grand amas de débris où vous reprenez les matériaux d'un nouvel édifice , ceux que vous devez choisir , ceux qu'on doit \ous confier ne sont pas encore déterminés. Non-seulement l'édifice n'est pas achevé; mais le plan n'en est pas encore entièrement tracé. Et cette considération me conduit au dernier objet du compte que j'ai à vous rendre , Messieurs , au résultat de l'expérience que j'ai acquise dans les six mois d'une administration pénible. C'est peu , sans doute , que six mois pour l'expérience ; mais les affaires ont été si nombreuses , si compliquées ; les difficultés , les événemens ont été tellement accumulés et si pressés , que les cir-
constances ont multiplié les leçons. Je puis donc vous dire , Messieurs , que rien n'est plus contraire au bien des affaires et à la chose publique que l'état provisoire où nous vivons. Les pouvoirs restent confondus, parce qu'ils ne sont pas définis. Les réformes ne peuvent pas être commencées ; les grandes difficultés ne peuvent pas être attaquées, parce qu'il n'appartient pas à une administration provisoire de rien établir de définitif.
Cependant , comme il faut que les affaires marchent , leur cours entraîne , il s'établit des habitudes ; et , à côté des habitudes , il y a presque toujours des abus. On ne peut pas se dissimuler que des administrateurs provisoires ne peuvent et ne doivent pas entreprendre tout ce qu'ils pourraient ; ils n'ont que le pouvoir du moment , ils n'ont pas celui de l'avenir ; et l'inquiétude d'être démentis , repris , îa crainte d'avoir outre-passé leurs pouvoirs , arrête sans cesse leur zèle , et les borne absolument aux affaires ordinaires et aux soins journaliers.
Cet état de choses où nous vivons , je dirai même où nous languissons depuis six mois , ne peut pas subsister encore long-temps , sans un grand détriment de la chose publique ; il demande , et il demande de la manière la plus pressante, le plan de la municipalité que votre sagesse prépare, et que l'autorité de l'Assemblée nationale doit sanctionner. 11 demande de vous , Messieurs , un plan simple y où vous donnerez à la partie consultative
tout le poids et toute la maturité que comporte la décision des importantes affaires , et où vous resserrerez en même temps , le plus possible , la partie executive pour lui donner l'activité qu'exigent les affaires toujours multipliées et toujours pressantes dune grande ville et d'une immense population.
Quand vous aurez , Messieurs , achevé votre plan , quand vous le verrez établi , et que la chose publique prospérera , vous vous souviendrez que cette prospérité est votre ouvrage ; que la confiance de vos concitoyens dans la plus belle époque de notre histoire , dans les temps les plus orageux et les plus difficiles , vous a choisis pour donner les premières lois à la première ville dé l'Univers , et pour assurer la base de son bonheur.
Discours à rassemblée des représentans de là Commune ( 1 ) .
4 février 1790.
Messieurs ,
Le Roi s'est rendu ce matin à l'Assemblée nationale ; il y a développé tous les sentimens de son amour pour son peuple ; il a renouvelé la sanction qi^'il a donnée à tous les décrets de l'Assemblée.
(1) Ce discours et les suivans furent prononcés à la suite de la séance royale du 4 février 1790, dans laquelle le roi accepta les bases de la constitution.
( Note des nouu. édit. \
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Il s'est déclare , conjointement avec elle , Fauteur du nouvel ordre de choses qui va s'établir , et de la constitution qui sera la base de votre bonheur. Il a annoncé que la reine et lui élevaient monseigneur le Dauphin dans ces principes , et lui apprendraient qu'il doit être un jour le gardien et le défenseur des lois constitutionnelles. Le roi a montré combien l'union était nécessaire , que la paix pouvait seule favoriser ce qui reste à faire de la constitution , et nous faire jouir des fruits de ce grand ouvrage. Il a invité ceux qui ne sont pas dans les principes de la révolution , à se réunir et à reconnaître que la division ne peut produire que des maux ; que leurs efforts contre l'Assemblée nationale et contre le roi ne changeront point l'état actuel des choses ? et ne prévaudront point contre la constitution , déjà inébranlablement fondée , déjà jurée dans le cœur de tous les Français , et qui a, dans ce moment , pour appui l'Assemblée nationale et le roi lui-même. A l'effet qu'a produit ce discours , vous reconnaîtrez , -Messieurs , les cœurs français. Jamais l'amour de la nation pour le roi n'a éclaté d'une manière plus vive; jamais l'enthousiasme de ses vertus et de sa bonté n'a été plus grand. Il a été reçu , interrompu plusieurs fois , et reconduit par les cris de vive le roi ! et par les acclamations d'un peuple sensible. Le roi s'est retiré ; l'Assemblée a arrêté que chacun de ses membres ferait individuellement le serment d'être fidèle à la nation , à la loi et au roi , et de
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maintenir la constitution décrétée par V Assemblée nationale et sanctionnée par le roi ! et le serment a été fait.
Je crois , Messieurs , que dans ces circonstances heureuses la commune de Paris doit être empressée y et la première à offrir au roi l'hommage de la reconnaissance de tout ce qu'il fait pour son peuple. Je prends donc la liberté , Messieurs , de vous proposer de faire au roi , dès demain, une députation pour remercier Sa Majesté de ses soins paternels , de sa bonté , et de cette constitution désirée , qui sera en partie son ouvrage ; pour lui demander de se montrer à son peuple , de venir recevoir lui-même , et de près , toutes les adora~ tions qui lui sont prodiguées. Les monumens des arts, les grands étabiissemens lui fournissent des occasions de multiplier ses voyages dans l'intérieur de la capitale ; il y portera et sur les arts et sur les étabiissemens de bienfaisance des regards vivifians et consolateurs. Nous lui demanderons, pour compléter notre satisfaction , que la reine se montre à ce même peuple avec l'illustre rejeton de la race royale, et avec la grâce dont elle est ornée et la bonté qui l'accompagne toujours ; et, en même temps que le roi et son auguste famille répandront par leur présence le calme dans les esprits et la joie dans les cœurs , ils recueilleront partout des témoignages de respect et d'admiration et des tributs d'amour.
N° xi.
Discours au Roi.
5 février 1790.
SlRE ,
La commune de Paris vient apportera Votre Majesté l'hommage de sa reconnaissance pour lout ce que vous faites pour votre peuple ; elle est heureuse d'être la première de vos villes à déposer à vos pieds ce tribut des sentiinens de son respect et de son admiration ; elle sait tous les détails de la séance qui sera nommée du 4 février , et qui sera à jamais mémorable. Les cœurs rediront toutes vos expressions. Votre Majesté s'est associée aux représentai de la nation et au succès de ce qu'ils ont concerté pour l'avantage de la France. Ceux qui tenteraient d'en affaiblir l'heureuse influence, travailleraient contre votre peuple et contre vous.Vousdéfendrez la liberté constitutionnelle, d'accord avec notre auguste reine. Vous élèverez M. le dauphin dans ces principes , et vous l'instruirez à fonder, comme vous,son bonheur sur le bonheur de tous. Ali ! Sire , toutes ces paroles sont ineffaçables; tous ces traits de justice et de bonté ont un caractère de grandeur qui frappe et qui touche. Vous réunirez, Sire , tous les titres des monarques chéris. Vous serez Louis-le- Juste , Louis-le-Bon , Louis-le-Sage; vous serez vraiment Louis-le-Grand ; car la justice et la bonté font la véritable grandeur. Vous ferez une époque mémorable dans l'histoire de la France
et du monde , celle du règne des lois établies sous le vôtre et par le vôtre. Combien vous serez grand, en effet, en régnant par les lois constitutionnelles, par les lois que vous aurez acceptées ou sanctionnées , en joignant à la couronne héréditaire qui repose sur votre tête , la couronne de vos vertus ï Sire , ce n'est point ici l'adulation des flatteurs ; c'est le langage pur et vrai d'un peuple libre. Ah! Sire , montrez-vous à ce peuple ; venez recevoir , et vous-même , et de près , toutes les adorations , toutes les bénédictions qui vous sont prodiguées î Vous êtes le Restaurateur de la Liberté , le père du peuple que vous rendez heureux , l'ami des pauvres que vous nourrissez. Votre présence répandra la consolation parmi eux , et séchera les larmes de l'indigence ; vous verrez ce bon peuple, Sire , en visitant en détail l'intérieur de votre capitale; ces détails ne vous sont connus que par les soins paternels qui vous occupent sans cesse. Vous verrez les monumens des arts , les grands élablissemens publics, et surtout les établissemens de bienfaisance qui plaisent à votre cœur. Que la reine, qui partage avec vous nos hommages; que l'auguste rejeton dune race royale et chérie , vous accompagnent î En même temps que vous recueillerez des témoignages de respect et d'admiration , des tributs d'amour , vous remplirez un de vos projets les plus chers ; votre présence portera le calme dans les esprits , comme la joie dans les cœurs, et vous établirez dans Paris , comme dans les pro-
vinces , la paix et l'union que Votre Majesté désire.