ÉCLAIRCISSEMENTS HISTORIQUES
liberté j mais, depuis le jour où le roi est venu au milieu cle vous, vous auriez dû quitter les armes , ne conserver d'autres forces militaires que celles qui étaient indispensables pour défendre l'empire des lois. Vous auriez dû, surtout, tenir la paix que votre prince vous avait demandée et que vous aviez promise. Tout ce que vous avez fait depuis lors , bien loin d'être favorable à la liberté, en a retardé l'établissement. Il ne fallait pas agir comme si vous seuls y aviez des droits ; il fallait , surtout, ne pas oublier que les premiers efforts pour la liberté éi aient venus des provinces.
Et vous, Dauphinois ! vous qui avez eu le courage de donner de si grands exemples , c'est encore en vous qu'espèrent tous les vrais amis de la liberté ; vous qui les premiers l'avez désirée , qui les premiers avez fait des efforts pour l'obtenir, vous n'y renoncerez jamais; et même si une malheureuse destinée « ne permettait pas » aux états-généraux de prendre les résolutions salutaires que » vous avez droitd'cn attendre (1) , "» la liberté ne serait pas perdue. Vous seiez toujours convaincus qu'un grand peuple ne peut pas être libre sans respecter les principes du gouvernement monarchique. Vous n'écouterez pas ces hommes vils qui , pour calomnier la liberté , affectent de la confondre avec la licence. Jamais il ne sera possible de vous replacer sous le joug du despotisme , ni sous le joug avilissant de l'aristocratie. Par haine pour l'anarchie , par amour pour la liberté , vous résisterez à l'esprit de discorde que les émissaires des factieux sont parvenus à répan Ire au milieu de vous.
Lorsque j'ai pris la résolution de revenir en Dauphiné , et celle de publier ce Mémoire , je me suis attendu aux nouvelles injures des journalistes, à de nouvelles calomnies. Les qualifications que pourraient renfermer certaines délibérations , ne me causent aucune inquiétude; j'en connais les moteurs : les personnes qui les signent sont trompées. D'ailleurs ceux qui m'ont nommé sont les seuls qui puissent prononcer sur ma conduite. La vérité va me susciter de nouvelles persécutions , peut-être même.... Mais que m'impoitc ce que , dans un temps de trouble , des factieux irrités pourraient faire décider contre moi? S'ils trouvaient des juges capables de leur obéir, ces juges ne pourraient plus être les arbitres de
; \) expressions du mandat de Dauphiné.
ET PIÈCES OFFICIELLES. fô5
l'honneur. D'ailleurs , les personnes dont j'ambitionne les suffrages apprécient les hommes d'après leurs propres lumières , et non d'après les devisions des autres. Aucune puissance sur la terre ne saurait les empêcher d'estimer celui qu'elles ont jugé digne d'estime.
Signé Mounier.
N° II. — Lettre de M. de Lally-Tollendal à un de ses amis , contenant les motifs de sa retraite de V Assemblée nationale.
a Parlons du parti que j'ai pris , il est bien justifié dans ma » conscience. Ni cette ville coupable, ni cette Assemblée plus cou- » pable encore , ne méritent que je me justifie ; mais j'ai à cœur » que vous , et les personnes qui pensent comme vous , ne me » condamnent pas. Ma santé , je vous jure , me rendait mes fonc- » tions impossibles ; mais , même en les mettant de côté , il a été » au-dessus de mes forces de supporter plus long-temps l'horreur » que me causaient ce sang , ces têtes , cette reine presque égor- » gée, ce roi amené esclave, entrant à Paris au milieu de ses assas- » sins , et précédé des têtes de ses malheureux gardes (1) , cesper- » fides janissaires , ces assassins , ces femmes cannibales , ce cri » de tous les éuéques à la lanterne ! dans le moment où le roi entre » dans sa capitale avec deux évêques de son conseil dans sa voi- » ture, un coup de fusil que j'ai vu tirer dans un des carrosses de » la reine; M. Bailly appelant cela un beau jour; l'Assemblée » ayant déclaré froidement, le matin , qu'il n'était pas de sa di- » gnité d'aller tout entière environner le roi ; M. Mirabeau disant » impunément dans cette Assemblée que le vaisseau de l'Etat, bien » loin d'être arrêté dans sa course, s'élancerait avec plus de rapi- » dite que jamais vers sa régénération ; M. Bainave riant avec lui » quand des flots de sang coulaient autour de nous ; le vertueux » Mounier échappant comme par miracle à vingt assassins qui » avaient voulu faire de sa tête un trophée de plus :
» Voilà ce qui me fit jurer de ne plus mettre le pied dans cette » caverne d? anthropophages ( l'Assemblée nationale ), où je n'avais » plus la force d'élever la voix : où depuis six semaines je l'avais » élevée en vain, moi, Mounier et tous les Honnêtes gens. Le
fi) Ce fait, n'est point exact. Voyez ci-dessus la note de la page 1 18.