II
|>roi^ncé le serment; et rAssemblée.â unanime-ment repondu : « Nous le jurons et le promettons. » De nombreux applaudissemens ont succède à cet acte îvaposant et vraiment religieux^
L'Assemblée était très-pressée de passer à la discussion des motions faites sur la perception des impôts subsistans^sur la dette nationale ', sur les causes de la misère publique et de la cherté des grains. EUe a.yait des motifs d'utilité publique que je dé- Yielopperai en rapportant le/ résultat de la délibération* On mit une grande célérité dans la discussion , célérité qui était nécessaire par les circonstanccis.. Mirabeau en avait ouvert Fayis le premier d^i^ç la séance du. i5. M. Target le renouvela aujourd'hui ; M. Chapelier offrit Içs mêmes idées sous une forme différente. On nomma MM. Target et Chapelier pour rédiger le projet d'arrêté. ^
, L'Assemblée sentait bien que l'acte de sa cons- .titution y parfaitement sage, parfaitement juste et fondé sur les droits naturels des hommes, avait ce- |içndant une forme* extraordinaire et hardie qui , jau moment du réveil de la raison , et lorsque tops les yeux n'étaient pas encore faits à sa lumière > pouvait fournir aux préjugés et aux prétentions des moyen^ puissans de l'at'taquer. La cour et les deux ordres y avaiept un égal intérêt. On ne peut disconvenir que la de^ructipn de ces ordres était renf^ermée; dans les dispositions de cet acte : en établissant qu'on pouvait se passer d'eux , on démontrait Içur inutilité et leur abus. Le gouverne-
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ment ne pouvait s'empêcher de voîr que cet acte ressaisissait Tautonté , jusqu'alors et uniquement royale , pour la remettre dans^ les mains de la nation et denses légitimes représentans.
J'imagine ^ sansr l'avoir su précisément , quel eflfet â a du prcwluire , et les mesures qui ont puêtre proposées pour en arrêter les suites (i) f mais ces mesures n'étaient ni impossibles , ni même fort difficiles. L' Assemblée nationale n'avait d'autre défense qu'elle-même , et que ses* membres 'qui ^ comme individus , pouvaient être enlevés , sépwé^ par des ordres arbitraires. Sans doute ^ ces ordres auraient pu avoir des suites dangereuses pour leurs auteurs , mais un grand mal aurait été fait ; le trouble 9 peut'i-être des séditions et une guerre civile s'en seraient sui vis^ mais la régénération' du royaume aurait été suspendue ; et qui sait si elle aurait été jamais reprise ? Il était donc de la sagesse de l'As-^ semblée de fixer à cette époque cette régénération, de donner un puissant appui à l'acte solennel qui' émanait d'elle , de le consolider comme la base essentielle de la constitution future y et d'assuret* la suite de ses opérations , aussi-bien que sa sûrétë* personnelle : c'était le besoin d'argent qui avait forcé le jgouvernement à assembler lesétats-géné-' raux; c'était le défaut d'argent qui seul pouvait en
(i) On trouvera des détails sur ces divers points dans les Mémoires de M. Necker, qui doivent faire parlie.de cette collection. . *
{ T/ote (les noiii. êd'U. )
fftQUmg/dv )a Miwe. Lorsque le$ rois 4e France 4e hi if^i&Ame race faisaient ia giierre a^x dépens de leur donmioe^t avec le service^atoUdelanoUôsse ^ ils n'avaient pas besoin de dema^er de l'argent. ImQ i^uple 9 le tiers-état p n'étsnt pas appelé aux ^fse^oj^ées y aux pr^imers états. Il le fut loi^qa'îl fut afirau^hi ; il le fut soi^ Louis VU «& i i4S ^ maisseulemeut avec voix <K>iàsultatî:¥e« U acqiûtde la prépondérance lorsqu'on eut besoin de lui poui' payer les Groupes soldées ; on se rapprocha ded foQiXkss usitées 4\i temps 4e Cbarlemagne ^ et il eut yoit délibérativd sou$ Pbilipp^e-Bel en i5of • ( VilloFet y tem^ IX ^ pé^. l^5. ) Ainsi , c'est le besom des finances ^i la affranchi y qui a fait C0)[|^ter sa voix ^ qui 1'^ tapprocbé suocessivedienl de la justice ; c'était aujourd'hui au besoin d'angent à lui fournir le mOyeà de recouirrer aea droits imprestn*îiptibles et $a souveratnelé ; aussi tous les cahiers disaient^ls qu on ne devait eonsekitit à ait* Cuu subside avant que la constitution ne fut faite* Jje droit de i^ libre Consentement av^t été {dh»« siews f<)is reconnu par les rois eux-mêmes* C'est ai^x états de i355 que les communes avaient com*meucé à sentir leurs droits. Àlors^ presque comme aujourd'hui 9 non-seulement le roi prçmit de ne faire ni paix ni trêve sa6s le consentement des états-généraux y mais il y fut dit expressément que les subsides n'auraient lieu que pour l'année ^ et que, si la guerre continuait y les états se rassembleraient pour les continuer. ( Villaret , tom. IX ,
pag. 1^7 > 1449 ^4^ ) U f^diUît dont y potar asBuro rAdsembléô^ attacher à sa dvtée ja pârce^tkm des impots ; c^est ce qu'elle & dans l'arcèlë suitant :
te L'Asseioblée uatioûale , considérant que le » premier unige qu'îeUe doit faire dn ptoiiToir ») diaust la nation recouTre rexôr^ice^soùs les ims^ » pices d un monarque qui y jugeant la véniàAè » gloire des tx>is , à itÛ3 la siea^ie à reconnaittlre les » droits de soa peu^e y est, d'assuré ^ pendant la tt teiiu^ de la présente sesftion y la fone de Fad^ h minidlratioii publique ; .
)> y aâktit ptiévenir h» ^^fficuités. qui j>oufrraient » traverser la perception et l'acquit des ooniribu**- » tiotts ; difficultés d'autant plus dignes d'une at- « lenticm sérieuse qu'elles auraiè^nt poi»^ base un ^> principe constitutionniftl et à jamais sacre y au*^ )» tbetitiqaement reiîonnu par lé roi^ et solenî^U ^) leÉoent proclamé par toutes les assemblées de la 7) naUon.^. ^)
Il y a ici deux défauts de rédaction : ea disant que ce principe avait été reconnu parle roi, il ancrait fallift ajouter y et par plusieurs des rois ses prédécesseur^ y- et lorsqu'on dît qu'il a été proclahié par les assemblées de la nation ^ on ^e sait si on entend ou lès préoëdens étals^généraux , ou les as'semblées primaires qui vénaietxt d'élire les députés. L'inconvénient n'était pas grand y patkre que le fait était vrai des unes et des autres de ces assemblées. Mais ce qu'il y a d'admirable , c'est la marche que suivait l'Assemblée dans l'œuvre de la révolutîqti y
i6d Miiioiiuss
on voyait cette révolution amenée par les lumières, fondée sur la raison , conduite par elle , et marcher toujours d'une manière méthodique et égale. Après avoir établi le principe du consentement nécessaire aux impôts , l'Assemblée passe à une grande déclaration y qui en est la conséquence immédiate.
« CcMSsidérant qu'en effet les contributions , » telles qu'elles se perçoiv^ent actuellement dans » le royaume 9 n'ayant ppint été consenties par la » nation , sont toutes illégales y et par conséquent » nulles dans leur création y extension ou proro- » gation;
» Déclare y à l'unanimité des suffrages y consentir » provisoirement pour la nation y que les impôts » et contributions y quoique illégalement établis » et perçus y continuent d'être Içvés de la même » manière qu'ils l'ont été précédemment ; et ce ^ M jusqu'au jour seulement de la première sépara- » tion de cette Assemblée, de quelque cause qu'elle » puisse provenir.
» Passé lequel jour , l'Assemblée nationale en- » tend et décrète que toute levée d'impôts çt con- » tributions ^e toute nature y qui n'auraient pas » été nommément y formelleiifient et libremient » accordés par l'Assemblée y cessera entièrement » dans toutes les provinces du royaume , quelle » que soit la forme de leur administration. »
Au moyen de cette mesure sage et ferme , on ne pouvait y sans risquer d'accumuler sur la France
DB fiAiLLY. 169
des maux incalculables y et d'exciter des troubles dont personne ne pouvait prévoir Tissue y tenter de séparer FAssemblée y puisque la levée des impôts dépendait de sa durée. 11 n'y avait pas de doute que cette séparation n'indisposât les esprits dans la majeure partie du royaume ; il y aurait eu des séditions y et cet arrêté fournissait un motif légitime de serefuser au paiement de l'impôt. Alors la France conservait sa représentation nationalequ'elle avait le droit de maintenir.
La dette publique était un objet pressant d'in-* quiétude qui pouvait devenir une cause de fermenttation. Quoique cette dette n'intéressât pas directement le peuple, la banqueroute .opérerait un renversement général des fortunes dont le royaume entier se serait ressenti y et il était nécessaire de dissiper promptenient toute crainte à cet égard , et d'assurer le crédit public. La consolidation de la dette était un acte solennel de justice qui devait marquer les premiers pas des ci-devant communes ; l'assurance de la consolidation de cette dette était un honneur qu'elle ne devait laisser à personne. En conséquence ,
<c L'Assemblée s'empresse de déclarer qu'aussi- )) tôt qu'ellp aura , de concert avec Sa Majesté , » fixé les principes de la régénération nationale, » elle s'occupera de l'examen et de la consolida- Ji tion de la dette publique , mettant dès à présent » les créanciers de l'État sous la garde de l'hon- » neur et de la loyauté de la nation française. »
tfO UÈÊÊQÊMES
J« dois tenace nae ^tice à celte Asmmblé^y c'«dt ^'éUe AW&it dès lois, et en faisant ces |ire-^ tùi&$ actes tet C6S premiers essais de son pouvoir, les principeë salges qoe rAssemblée naliotiiJe a em depuis dam «es plus beaiuc «loiaàisiis ; assên forte pour penser dé|à comme rÂssemblée nationale dans les temps de sa plus grande paissante , a^e^ memt>je dans sou coutage pour i»e pas avoir éié plus loin qu^elle. L'Asswildtie dit ici qu'elle opé^ rera la regénération natironale de coueert avec Sa Majesté j elle ne pensait pas que la nation y ea re^ cottTraut ses ikmts ^ d&t faire perdre au roi Icb «ens. Le m<Hiarque a eu long^temps tonte Tauto^ rite; c'était une nsnrpatinn que les diiconslances ^ la nécessité et la succession des temps avaient amenée ) et pour idnsi.dire légitimée. Mais dan» une inonardiie ^ le prince ne pouvait même abiasive^ ment exercer le pouvoir législatif , que <:onu»e le représentant de la nation y et c'est nne qualité dont il ne pouvait être dépouillé i il avait droit de con-^ courir à la légblation > et lorsque TAssemblée na-* tionide a donné au roi le veto suspensif ^ lors*^ qu elle l'a déclaré le représentant héréditaire de la nation , elle a développé les idées dont les prin-çipes sont 4ans l'arrêté de ce jour, L'Assemblée le finit par u» objet qui lui était dber y le soin du soulagement du peuple.
<( Enfin TAissemblée, devenue active^ reconnak n aussi qu'elle doit ses premiers momens à l'exa-» » men des caifôes qui produisent dans les proyiu-
DE 1^11HJ.¥. t^t
» <^es4<i rof Bmnû la dâsetlé qist le^ afflige ^ et À iâ #) recherche des moyens qui peikreiit y rè»ié£>er n de la^xiûBière la ^lus efficace et ia|dii5ptain^e; n en oondéque^ce , elle a «[ï*ête de itoauner %sù, » <iOBoàié pour 's'oocupér de cet important objet ^ M etque Sa Mafesté ^era snpfiKM de liûrereiliettre \ k «8 cdmké toas ks reradeignemens doat il pocir«^ M raâ «rotir hemmt.
M La présente déHbératmn 6éra àmprimee et n envoyée datis tontes les province». ^
Je remarquerai les expressions^ Vjdssemblée en^ <«fi^02i/<^réâ9bL'A8sémMée^»teiuf:enVeKprksiànt ' 9km, elle s'apfHtiprie les e^xfH'essîosis jadis roya^ hs; ette paille 1» langage Mayeram, parce qn^idle dédare la vôhKitéde la nation. C'est la première £râs qu'elle use du naot décret ; jusque ^ là die n'avait pris que dbs arrêta. Mais les detnt pris dacns ce joar dîfiei^nt : le^ premier n'est téellement qu'un arrêté ,' c'est l'acte qui con^itue l'Assdm-»hlée y xpà lie «n corps les individus jisœqne^là séparés ; elle arrête pômr «e conatituer, elle décrète comme sotuveraioe dès qu'elle est constituée.
Cette délibération prise , il n'y avait rien de plus pressant que d'en faire foire l'impression et la dis-*" tributioii pour en assut^r l'effet. M. Cailras^ l'un des Bei^taires, fut chargé de ^e transporter à Paris, et à l'imprimerie de Baudouin ^ pour faire imprimer sous ses yeux , et faite ifistribuer sur^ le «-champ, et cette délibération et celle qui eta-* blissait ta constitution de i' Assemblée ; ce qui fut
172 MÉHOIRES
exëcatë avec zèle', et, dès le lendemain , l'Assemblée eut ses arrêtés imprimés.
Dans la séance du soir, M. le garde-des^sceàux me fît passer la réponse du roi , à fadresse que je lui avais présentée au nomde l'Assemblée ; la voici :
« Je ne refuserai jamais , Monsieur , de recevoir M aucun des présidens des trois ordres, lorsqu'ils » seront chargés d'une mission auprès de moi , et I) qu'ils m'auront demandé par l'organe usité de » mon garde-des^ceaux le mondent que je veux » leur indiquer. »
On voit combien on tenait à maintenir l'intermédiaire qui déplaisait à l'Assemblée , et qui em^ pêchait la libre conununication entre la nation et te prince. Tous ces refus qu'on faisait faire au roi , étaient xme grande maladresse nâinistérielle. On ne voyait pas qu'il faut faire de bonne grâce ce qui est naturel et nécessaire , et ne pas voulmr éviter ce qui est inévitable.
u Je désapprouve l'expression répétée de classes » privilégiées que le tiers-état emploie poiur dén signer les deux premiers ordres. Ces expressions » inusitées ne sont propres qu'à entretenir un » esprit de division absolument contraire à l'ayan- » cément du bien de l'État , puisque ce Hen ne » peut être effectué que par le concours des trois » t)rdres qui composent les états-généraux, soit » qu'ils délibèreiit séparément , soit qu'ils le fas* >» sent en commun. /)
Le roi avait raison de se plaindre d'une dénomi-
BE BAiLtY. 175
mtion qui était une source perpétuelle de division. Je pensais de même > et , toujours dans lesprit de conciliation^ j'étais fâché qu'on l'employât. Le roi était d'autant plus^porté à penser ainsi ^ qu'on lui disait sans cesse, vraisemblablement, que le clergé et la noblesse ayant renoncé à tout privilège pé*<cuniaire , il était injuste de les dénommer comme classes privilégiées. Mais n'était-ce pas un privi**lége y que de les dire les deux premiers ordres; ce qu on affectait de répéter , pour maintenir un usage , et pour faire vivre le passé que le présent repous* sait , et que l'avenir devait détruire? N'était-ce pas un privilège que de refuser de voter, et même de vérifier les pouvoirs en commun ? Les communes avaient donc été ifondées à présenter les deux ordres comme des classes privilégiées ; et s'il en résultait quelque division , c'était la faute du clergé et de la noblesse. J'observe que le ministère , h'i^ gnorant rien d& ce qui $e passait dans l'intérieur de l'Assemblée , était insjtruit des formes proposées dans les séances du 1 5 et du 16, pour sa constitution et pour qu'elle comimençât seule la régénération du royaume j il est évident qu'on a enrgagé le. roi à déclarer que le concours des trois ^ordres qui composent les états- généraux, était nécessaire pour effectuer le bien du royaume, afin de se préparer d'avance les moyens d'invalider et d'annuler tout ce qu'allait faire la chambre des conomune^. Cette phrase du 16 préparait la séance royale du 25.
H IjB rêêerfe qup Yopàte de k noblesse avait »^ niÎ8^ dan» son acqmestcemeiyt h Tauverture de H coociKatioii faîte d<Q ma paré y jie derait pas H empâch^r Tordre dit tiers» de me Anmer hh fé- 3r, moîgnajn^ ^ déférence. Lr'exeHsple d^ elei^^ ». 9um pap celui du tievs-^ aurait détermine, sans M doole y bordure de la noblesse à se désister de su M modification. Je 9iiis> persuadé çne plus fordre j». 4^^ tiere-élat me" donnera des mar<|if es dè< eon-* n; fimee «(( dTat^chem^nt, et miew& feurs dérnav* fsk cbea^ pspi^nten^n^ les sefttiniiens d'an peupte A que } aloie et dotal je ferai mon bonheur d'être u> aimé.. Marly^ i6 jkiPi^ w
Lanseription était à M. Bailly, doyen dutîers^ état^
Ce que dit le roi ki relativement à ht modîfica>ûfm n'mpait plus d^objet; c'était un privées vidé et une al&iiie finie dep^tis^ ta constit-utiofrde rAssem*- Uéef mais f j remarquerai liQs sentimens^ du roi pour Isi natîoa, qui étaient à lùi^et qui étaient bien waiff.
.Ou hit et on approw^a, dans )e veste dé la séiance^ leproj«fî dçp Fadresse au roi qui ne fut point prë^ wxAét y à cautô des évén^mens qui ont suivi.
J^udi uSi fuin. — Jfe fus, pour la seconde fois, à kl piïooeesioii' du St.-Sacrement avecune dî^putatibn deKA^semUéeet avec le même cëîré'moniaî. Le roi, la reine eè toute là famille royale y assistèrent. La veine et le» prîpces , en passant devant tes députations, saluèrent les présidens.
DG BAIULT. 175
Je dftim ce joor^là ehea^ M. le due de Nlvems^ ^ que \e connaissais aneiennemenl y et dont fêtais confrère à F Académie française. J'y trouvai une femme de la cour y ainaable et spirituelle y madame la comtesse d'Osmont , ayec c[ui je causai beaucoup , et pendant et après le diner y sur les affaires pré^ sentes y particulièrement sur la délibération en commun des troia ordres et le vote par tète que nou« demandions* Je lui ^ , et elle peut s'en sou^ Tenir: «r Madame, la délibération par tâte uèml Ueu eC deviendra une forme nécessaire y cela est insaianquable. Je ne puis pas vous ctire si oe seva dans cette législature ou dans la suivante : m«ûs désormais rien ne peut empêcher la raison de r faire céder les usages les plus anciens à ses lois, m Je dis cela le 18 fuin ; le 2 1. la réunion eut Heu, et le vote par tête fut universel le 16 juillet.
L'aprë»»midi je fus promener sur la terrasse du cfaâleau avec madame Bailly. J'y trouvai madame la comtesse do Tessé que je ne connaissais pas y mais qui vint à moi avec une nombreuse compa^ gniQ y et qui me prodig\;ia une infinité de marque$ ^estime. Je. fais Qiention de ce fait y qui à mon avis fait honneur à madame de Tessé y paixe que FAssemblée s^étant constituée la veille , et d'une manière qui à la cour n'avait ps» l'approbation générale , ces marques d'estime données exprès le lendemain à son président y étaient une déclaration de patriotisme et une sorte d'assentiment aux délibérations de l'Assemblée.
On a assure que la nobksse et le clergé , alarlkiés des arrêtés pris hier par lés communes et de leur constitution y en l'absence des deux autres ordres y sous le nom di Assemblée nationale y avaient dé-« puté secrètement au roi pour implorer son appui contre ces entreprises. Je n ai point de certitude du fait.
J^endredi 19 juin. — L'Assemblée forma les I premiers comités ; un des subsistances pour s'occuper des moyens de remédier à la rareté et à la cherté des grains ; un de vérification et de contentieux, pour achever de vérifier les pouvoirs et'examîner les difficultés ; un de rédaction pour les adresses ; enfin un de règlement , pour l'ordre et l'expédition des affaires. Je fus nonuné du comité de rédaction. Cette organisation et le mode à employer pour le choix ne se déterminèrent pas sans difficulté. Je crois que c'est dans ce moment que je reçus une marque bien touchante de l'affection de l'Àsseaiblée. 11 y eut beaucoup de bruit et de trouble. L'Assemblée n'avait point encore d'huissiers pour faire faire silence , quoique je les eusse proposés ; mais elle avait trop d'objets importapspour s'arrêter à ces détails. Je n'avais que ma sonnette qui manquait souvent son effet. Dans un moment où je n'étais pas entendu^ désespéré de ne pouvoir ramener l'ordre et le silence , je m'échappai à dire y a Messieurs 5 vous me tuerez. » Ce mot opéra surle-champ un profond silence , et fut suivi de preuves universelles de bonté. Nous vivions alors dans
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Tunion et dans les sentîmens les plus fraternels. Je n'ai jamais eu 9 éomme on Ta vu depuis y un démêlé ayec TAssemblée. Je n'ai reçu^, ni collectivement • ni individuellement ^ aucune marque de mécontentement; aussi je croi« avoir été le plus heureux , comme le premier des présidens de l'Assemblée nationale ; ses bontés sont gravées dans ma mémoire ; et ces premiers momens de ma carrière politique que yà n'ai retrouvés nulle part depuis ^ m'ont souvent consolé des momens bien difierens que j'ai eus dans les autres assemblées.
Depuis plusieurs,jours ^ c'est-à-dire les i5 , 16, 17 , 18 juin ,^et depuis le 10 , l'ordre* du clergé était occupéd une délibération grave et importante. Nous avions invité trois fois cet ordre , comme celui de la noblesse y à passer dans la salle générale pour là vérification commune des pouvoirs. Tout le despotisme des anciens préjugés n'avait pu empêcher de délibérer sur cette proposition. On fît bien tout ce qu'on pu<^our traîner la discussion en longueur. Fendant ce temps on intri]|nait , on séduisait et on citait un évêque qui mangeait tous les jours un curé. Beaucoup de meihbfes parlèrent y et longuement , quelques-uns plusieurs fois. M. de Couturier, abbé d'Abbécourt , s'y distingua. 11 éleva la voix en faveur de la patrie ; il est un de ceux à qui la réunion doit le plus. Enfin , malgré tous les retards, il faut bien qu'une discussion finisse. Elle fut terminée aujourd'hui. L'avis de se constituer en chambre particulière avait eu 1 57 voix ; l'avis de vérifier les I. 12
178 MÉMQIBES
pouvoirs ea commun ayçc h li^rs-état avait 129 voix 9 et neuf autres ayec apxendeaîient. Il anq[yait ici précise'ment ^a même chose qu'ai^x commuais, daasli^ délibérs^tipu du lo juin. Il était bien évident <jue ramendement devait compter s^vçc 1^ motion principale. La yérificalibu eu cou^^u^uu avait doue i3Q voi3(. La pluralité était légèrç y mais elle ét^it . acquise. La plupart des évêques se levèrent et pftrlir^,tjt sans prendre d'arï'^tG définitif. Oçi leur déclara qu'on allait continuer la séance. Les évêq^^s de Bordeaux , de Vieupe , de- Chartres perlèrent , et VAss^mblée étant ainsi en partie rompue „ on jugea convenable j pour réunir les opinions déjà données, d apposer le3 signaturesi au bas de Tarrêté ;. :|20 préjseas signèrent , 24 autres, qui aloi:s é^^^i^^ allé dlnçr y furent signer chez rarcheyêq\ie dç Bordeaux y comme on çn était convenu; cinq au^te& l,e lendemain y moyennant quoi la pluralité fut de i49 yot^uxs. Je dinais chez mon frèr^, précisément yisà-vis la. salle des. états. Vers ][es çinqheuses^jVp^i^Çus^ un grand mouvement ; J# yis que la foule s'y portait. Je traversai l'avenue pour en savoir des noijivelles , et j'appiris , avec une grande satisifaçtiou , que la réunion à la chambre des communes venait d'être décidée à la pluralité des opinions. Il y avait beaucoup de peuple dans la cour. On applaudissait ou l'on huait les membres du clergé qui paraissaient aux fenêtres , suiyant leurs opinions , qu'on savait déjà. L'archevêque de Bordeaux , l'évêque de. Chartres furent^, bien fêlés; i^n grand nomore de
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curés farenl embrassés par la foide des speciàteors. L'abbé Maury et quelques sr«^es furent poussés et assez maltraités. Je pensai qu'il n'était pas décent au président de l'Assemblée nationale de rester au milieu de cette foule dont on aurait pu croire qu'il partageait les écarts aussi-^bien que ta joie 9 et 4e rentrai Hen content de la bonne non-" yelte que favais appf^«
Cette manière de faire connaâire et k dessein ^ dans )e public ^ les o{^nion$ des diflét^itt inemlH*es d^ assemblées > avait bien quelque avantage ^ mak aussi de grands inconvéniew. Elle contenait par l'opinion publique ^ et lâilement toutes les foie qu'elle était*Saine ; mais ciie â été ta source et de tontes les calomnies qui ont été répandues pom^ décrier les meilleurs patriotes , et le commence-* ment de la guerre des sans-culottes ejt des armées payées dans Paiîs. Dans la délibération pour la constitution , ou avait déHbéré par oii#et par non* Le oid préférait la motion de l'abbé Sieyes : le noH annonçait qu'on eu préférait iin autre : ce qui était très-pertnis , très^légitime , et n'avait rie» de contraire aux' intérêts du peuple y puisque ces mo^ lions rentraient toutes lés upes dans les âuti^s et avaient toutes le même objet. Mais on 6t imprimer la liste de ceux qui avaient dit non ; on donna à croire qu'ils avaient voté contre la eonsti-^ tution; on indisposa le peuple contre eux, et ob Féchauffiai an point que quelques députés de Paris yinrent me trouver le soir^ et mé dirent qu'ils
l8o MÉMOIRES
étaient sur cette liste , et que Ton se proposait d'aller mettre le feu chez Tun d'eux , qui est un parfait boanête homme , bon patriote y et qui n'a jamais varie dans l'Assemblée. Ils désiraient que j'écrivisse une lettre qui pût leur servir de justification y en garantissant les faits vrais et en expliquant leurs motifs. Je heur observai que^ d'abord il était difficile de trouver quelqu'un à qui adresser cette lettre ; qu'ensuite le président de l'Assemblée avait une si haute dignité ^ que la moindre de ses démarches était importante; qu'il ne pouvait parler qu'au nom de l'Assemblée et paff son ordre , ou avec son consentement ; qu'il ne devait garantir que les faits qui pouvaient intéressei^l'Assemblée même , et qu'il se compromettrait en expliquant les motifs particuliers de ses membres. Je leur ajoutai que presque toujours ces menaces étaient sans effet. Ce qu'il y avait de vraiment inquiétant , c'est que la femme de ce député était rércemment en couche , et que le moindre bruit autour de sa maison aurait pu lui donner la mort. Mais je l'engageai à recourir à la protection de la police y ainsi que ses collègues,* et à faire mettre dans les journaux, en leur nom , l'explication qu'il ne convenait pas que je donnasse moi-même. Us goûtèrent mes raisons , et je déplorai avec eux que de pareilles manœuvres souillassent une révolution qui était l'ouvrage des lumières et de la raison.
Swnedi 20 juin. — Ce jour est le second jour mémoral^le qui doit être inscrit dans les fastes de
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la nation. Dès six heures et demie du matin , un de mes amis ^ le chevalier de Panges y qui y fort curieux des travaux de l'Assemblée et d'en suivre la marche , s était établi à Versailles et assistait à toute$ilf s séances, vint chez moi , et m'annonça qu'ayant été à la salle , comme il faisait tous les jours y on lui en avait refusé l'entrée. Il me demanda si j'avais donné des ordres ^ je lui dis que non. Depuis plusieurs youlb on nous annonçait une séance royale y mais ce ii'était qu'un bruit de Versailles , qui n'avait pas plus de consistance. J'envoyai à la salle : oçl m'apprit qu'elle était entourée de gardes-françaises. On me fit part d'une aflSche conçue en ces termes : De par le roi. Je ne doutai plus qu'il ne fût en effet question d'une séance royale* a Le roi ayant résolu de tenir une séance royale aux, états -généraux le 02 juin^ les préparatifs à faire dans les trois salles qui servent aux assemblées des ordres, exigent que ces assemblées soient suspendues jusqu'après la tenue de ladite séance. Sa Majesté fera connaître par une* nouvelle proclamation l'heure à laquelle elle se rendra lundi à l'Assemblée des états. » Ce n'était pas ainsi que la séance royale devait jn'étre notifiée. Cette conduite, dlu ministère était étrange )' et elle prouve combien il était inconsidéré, combien il avait peu d'idée du corps à qui il avait affaire y et de la manière dont on devait traiter avec lui. On ne conçoit point qu'il n'ait pas senti qu'une Assemblée qui représentait la ma—
iS» MÉXOIRBS
îeure partie de la nation , oevait être extrènieiliënt choquée d'apprendre ainsi qu'on eut fermé sa salle et suspendu ses séances y sans en avoir reçu une notification officielle. IJn quart d'heure après , je reçus la lettre suivante de M. l%ig|;|irquis de Btété^ grand^maitre des eërémonies.
Versailles , ao juin 1789.
H Lé if>i m'ayant ordonné y Monsieur ^ de faire A> publier par des hérauts l'intention dans laquelle >i Sa Majesté est de tenir lundi ^ 22 de ce mois , M une séance royale , et en même temps la suspen* >i sion des assemblées y que les préparatifs à faire » dans la salle des trois ordres nécessitent^ j'ai H l'honneur de vous en prévenir. Je suis , etc. »
Cette connaissance officielle venait trop tard, parce qu'on en avait été déjà instruit par le bruit public et par l'occupation de 4a salle. Elle n'était pas sufiisantie y parce que ce n'était pas seulement à moi qu elle devait être faite, mais à l'Assemblée; et la salle étant fermée et la séance suspendue , il ne me restait plus de moyen de la lui communi-^ quer. Était-rt décent que les membres de l'As* semblée nationale y même les députés des communes y comme Qn voulait encore les considérer y fussent instruits des intentions du roi y de la sus*- , pension de leurs séances et de la fermeture de i leurs salles y par des crieurs puUics et par des ! affiches, comme on instruit les habîtans d'une ville de la clôture d'un spectacle ? M fallait m'écrire la
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veille avant la fin de rAssehiblée, afin que je {lusse lui faire part et des intentions du roi et des raisohs qui nécessitaient la suspension des séances : mais ces raisons n existaient pas; on ne voulait pas livrer là chose à Texamen. Je me suis assuré depuis qu'il ne fallait que seize heures pour les changemens et le§ préparatifs nécessaires. L'Àssembléé pouvait donc tenir et ses séances du samedi 2a f et même, celle du dimanche matin 21; il restait un temps suffisant jusqu'au lundi ua. Mais il est évident qu'on voulait arrêter les opérations de l'Assemblée , et l'empêcher de prendre d'autres arrêtés à la suite de ceux du 17 ; il y a lieu de croire aussi qu'on voulait préve^iir et arrêter la réunion de la majorité du clergé dont on sentait toute l'importance , et qui immanquablement se serait effectuée sans cet obstacle le samedi matin. Eofia otif "voulait frapper un coup sur les communes seules , et sans leur laisser le temps d y penser ^ et dé prendre des mesures défensives contre ce qui pouvait se passer dans la séance royale. Cette séance était un véritable lit-dejusticé i mais l'Assemblée * nationale n'était pas le parlement émané de l'afttorité du roi et sujet à cette autorité créatrice , et d'ailleurs le temps des liliHle-jitstice était passé. Après avoir pesé toutes les difficultés 4^ la circonstance critique oii je me trouvais, je sentis que la lettre de M. de Brezé ne me dispensait ppint de mes devoirs envers l'Assemblée. Le vendredi au. soir
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l'avais indiqué la séance pour le lendemain huit heures. Bien ne pouvait me délier de cet engagement contracté avec elle , et la séance devait avoir lieu, sauf à T Assemblée , lorsqu'^elle aurait connaissance de la lettre y k prendre dans sa sagesse le parti qu'elle jugerait à propos. J'écrivis sur-leçbamp à M. de Brezé.
w Je n'ai encore reçu aucun ordre du roi , Mon- » sieur, pour la séance royale , ni pour la suspen- » sion des assemblées ; et mon devoir est de me » rendre à celle que j'ai indiquée pour ce matin à » huit heures. J'ai l'honneur d'être , etc. »
Je m'habillai en diligence , et je réunis MM. les secrétaires pour les consulter sur ce que nous avions à faire. Nous convînmes qu'il fallait ignorer la fermeture de la salle , nous y rendre comme à l'ordinaire, et dresser procès - verbal du refus de laisser entrer. En effet , nous nous sommes pressentes à l'entrée principale sur l'avenue de Paris , que nous avons trouvée entourée d'unegrandefoule, dans laquelle il y avait beaucoup de députés. La sentinelle nous a arrêtés et nous a interdit le passage. J'ai demandé l'officier de garde , M. le comte de Vossan , qui me dit fpae le roi étant dans l'intention de tenir lundi une séance royale , les dispositions, nécessaires avaient fait ordonner^a fermeture de la salle* Je lui répoqdis , suivant ce qui avait été convenu, que je protestais contre l'empêchement mis à l'ouverture de la séance indiquée le jour d'hier, et que je la déclarais tenante. Après
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celle précaution nécessaire pour la conservation des droits de TAssemblée légitimement constituée^ M, de Vossan nous fit entrer, MM. les. secrétaires et moi , dans la cour , pdlir nous tirer de la foule : en.tQut il se comporta à notre égard avec la plus grande honnéieté. Comme nous nous disposions à dresser procès- verbal et qu'il pleuvait un peu y il nous enj^gea à entrer dans le bâtiment et à voir la salle , où nous pourrions nous convaincre par nous-mêmes qu'occupée comme elle était , il était impossible d'y tenîr la séance. Comme nous allions y entrer, la foule des députés qui était hors la grille dans l'avenue, fit un mouvement pour nous suivre. M. de Vossaa fît prendre les armes, et courut après moi pour me demander d'interposer l'autorité du chef pour empêcher qu'on n'essayât de forcer : il m'observa l'embarras où il se trouvait entre les égards qui étaient dus aux députés , et sa consigne qui , suivant les lois militaires, ne lui permettait , dans aucun cas, de se laisser forcer. Je frémis du danger, je courus à la grille, et je conjurai les députés qui étaient dehors de ne faire aucune tentative pour forcer la garde et la porte; je les assurai que nous allions çortir pour les rejoindre: à ma voix, les efforts cessèrent, et tout resta tranquille. C'est dans ce moment qu'un jeune député me dit : « Pourquoi vous mêlez-vous de cela? laissez faire. » Je lui répondis : « Monsieur, vous me donnez un conseil de jeune homme. » El, en effet, que serait-il arrivé.
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si on avait opposé la fôi^e armée aux efforts des députés^ s'il y en avait eu de tués et de blessés ; mais seulement si on les avait maltraités . en usant de mam mise sur des personnes inviolables, et presque sacrées par leur caractère ? On allumait ttci incendie général ; on est parvenu au but , on a réussi par des moyens plus sages et plus légaux.
Nous entrâmes dans un cabinet; c*est là que je reçus une seconde lettre de M. de Brezé y qui y né m ayant pas compris, m^expliquait que sa lettre contenait les ordres du roi.
Yertailks , ao yaka 1789.
« Cest par un ordre positif du roi que j'ai eu » l'honneur de vous écrire ce matin. Monsieur, n et de vous mander que Sa Majesté , voulant tenir n une séance royale qui demande des préparatifs à » faire dans les trois salles d'assemblée des ordres, M son intention était qu'on n'y laissât entrer pern sonne \ et que les séances fussent stispêndues n jusqu'après celle que tiendra S. M. Je suis, etc. »
11 ne m'était pas possible de prendre seul un partî dur leà intentions manifestées du roi , ni même sur àes ordres, parce que je ne pouvais pas engager l'Assemblée : c'était à elle à délibérer sur ce qu'elle avait à faire; je lui répondais de mes démarches, comme elle répondait des siennes à la nation.
Nous étions dans ce cabinet avec MM. les secrétaires et une douzaine de députés qu'on avait
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laissé passer avec nous; M. de Vossan vint nom représenter qu'un plus long séjour dans.rintérieur pourrait le compromettre! INous vîmes qu'il avait réfléchi qu'un acte que nous dresserions et qui serait daté de Tintêrieur, serait en contradiction avec ses ordres , et démontrerait qu'il n'eu avait pas exactement rempli les dispositions ; -nous ne voulûmes pas risquer' de causer du chagrin h un homme qui s'était comporté avec autant d'égards et de politesse 9 et nous sortîmes. Nous rejoignîmes dans l'avenue un grand nombre dç députés : tous furent d'avis qu'il fallait former l'Assemblée pour qu'elle délibérât dans une conjoncture si délicate^ et chercher en conséquence un local convenable. 1 M. Guillotin proposa le jeu de paume : on arrêta de s'y rendre. Je marchai/à la tête de celte foule de députés; et ^ dans la crainte que quelque raison de politique ne nous en fit fermer l'entrée / je priai cinq ou six députés de se détacher et d'aller s'en emparer. Le maître du jeu de paume nous reçut avec joie^ et s'emwessa de nous y procurer le plus de commodités qu'il put; n'ayant point de garde, je priai deux députés de se placer a la porte pour empêcher «les étrangers d'entrer. Mais bientôt les gardes de la prévôté de l'Hôtel vinrent demander à y continuer leur service ordinaire comme a la salle ; ce qui leur fnt accordé avec plaisir.
Voilà donc l'Assemblée nationale de France dans un jeu de paume y dans un lieu témoin d'exer* cices et de jeux, et qui allait letre des destinées
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de l'empire ; dans uo lieu où les murs étaieal sombres et dépouillés, où il n'y avait pas un siège pour s'asseoir. On m'offbit un fauteuil, je le. rejetai , je ne devais pas être assis devant l'Assemblée debout : je restai ainsi toute cette journée pénible. Nous n'eûmes pendant toute la séance que cinq ou six bancs et une table pour écrire ; mais ce lieu s'agrandit par la majesté qu'il contenait ; les galeries se remplirent de spectateurs , la Ibule du peuple entoura la porte et dans les rues à une grande distance , et tout annonça que c'était la nation qui honorait un jeu de paume de sa pré* sence.
Les députés arrivaient successivement , et chacun sentan^ le coup que le ministère avait voulu porter, se félicitait de fe revoir et de se retrouver réunis. Aussitôt que l'Assemblée put se former et que le silence fut fait, je communiquai les deux lettres que j'avais reçues de M. de Brezé, et toutes les démarches que nous avions faites, MM. les secrétaires et moi. Notre conduite fut universellement approuvée. L'Assemblée pensa qu'une. lettre du grand-maltre des cérémonies n'était pas suffisante , et qu'il fallait une lettre du roi lui-même au président de FAssemblée , pour lui faire connaître diifectement ses intentions. En effet, quand le roi avait quelque cliose à faire savoir au parlement , il écrivait au premier président; il écrivait à l'archevêque de Paris pour des actes de piété. L'Assemblée même, dans ses commencemens, pouvait de-
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mander d être traitëe au moins comme le parlement. La maladresse du mmistère était alors inconcevable y mais il favorisait par4à F Assemblée nationale ^ et sa sagesse mettait à profit toutes les fausses mesures qu on prenait contre elle. On ne traita point ouvertement la question si le roi avait le droit de suspendre les séances de l'Assemblée^ mais les sentimens furent qu'il serait très-dangereux que le roi eût ce droit. On pensa que la séance ne pouvait pas être suspendue , au moins de cette ma-^ nière. La question principale et du fond n'était pas mûre ; il suffisait au moment présent d'avoir évité le danger de la séparation. Il fallait s'occuper des moyens d'empêcher qu'il ne pût renaître. Les esprits étaient échauffés ; il y en avait qui étaient portés à des partis extrêmes , et qui étaient d'avis que l'Assemblée transportât sa séance à Paris , et partit sur-le-champ et à pied et en corps. Un membre en écrivait la motion ; tout était perdu si on eût pris ce violent parti. Peut-être eût-on fait monter une troupe à cheval pour arrêter la* maiw che, au moins on se séparait du roi, et cette démarche eût été de grande conséquence. Si l'yis eût été proposé , il y avait à craindre que l'effervescence du moment ne le fit adopter par acclamation et sans examen. Un autre membre eut l'idée dû serment, il s'éleva à l'instant un cri génfpral, 4'approbation ; et, après une assez courte discussion , l'Assemblée prit l'arrêté suivant , si simple mais si ferme
tgo MéMOlBES
M L'AisemUee nationale^ cooridérant qu'apf* ^ pelm à fixer la constitutioa da royaume , opérer » la régénération de l'ordre public ^ et maintenir 3>' les vrais principes de la monarchie^ rien ne peut » empêcher qaelle ne continue ses délibérations, yk dans quelque lieu qu^elle soit ùxtcét de s'étaMir, jK et qu'enfin partout où ses membres sont réunis , » là est l'AssemUée nationale ;
M Arrête que tous les membres de cette Assem^ n Uée prêteront à l'instant serment solennel de M ne jamais se séparer , et de se rassembler par-* n tout où les circonstances l'exigeront , jusqu a çè » que la constitution du royaume soit établie et ifc afiermie sur des fondemens solides; et que ledit » serment étant prêté , tous les membres, et cha* >r cun d'eux en particulier^ confirmeront par leurs >i. signatures cette résolution inébranlable. »
L'arrêté pris, je demandai^ en ma qualité de président, à prêter le arment le premier; MM. le» secrétaires firent ta même demande. Lorsque nous eàmes^prêté ce serment solennel , l'Assemblée en* tière k prêta entre mes n^ains. J'en prononçai la fbrmulf à Toxx si haute 'et si intelligible, que mes paroles furent entendues de tout le peuple qui était dans la rue, et sur4e*-champ , au milieu tlesapplaudissemens, il partit de l'As^mblée et de la foaa^ des citoyens qui étaient dehors , dés cris réitérés et universels de vi{^ le roi I L'Assemblée , dans sa conduite ferme et courageuse , si elle prenait des précautions utiles contre le ministère , si .
DE BAIUY. igi
elle s*anmit contre son despotûipue , ëtait âtmù unie de cœur et d'esprit avec le roi^ et n'avait pas ii\tention de rien faire contre son autorit^légitimei elle avait ntiéme eu soin de déclarer dans son a^^té qu'un de ses devoirs était de maintenir les m^^ principes de la monarchie, afin de bien prouver à tous que ce qu'il pouvait y avoir d'hostile dans ses démarches 9 était dirigé contre le desfMUisme^ et noQ coutre la monarchie.
QeX arrêté ^st encore un des mq^umens de la sagesse de l'Assemblée nationale.. Il faisait $a su-* reté y. il mettait à couvert les intérêts de la France ^ et«il assurait la constitution à faire et non euQore commencée. Il n'y a pas à dou|er qu'on n'eût le désir et le projet de séparjer cette Assemblée qui s'annonçait comme trop redoutable ; on s'y pré-^ parait y et c'est sans . doute dans l'intention d'un grand changeaient dans le ministère ^^ et d'un coup à porter à l'Assiembléç > qu'on réunit des tix>upes en aç^:^ grand nombre autour de Paris et de Versailles* II. est certain, que, par l'acte que F Assemblée venait de faire , la séparation devenait igipossible. Quaud on eut osé l'or^fonner, elle n'ettt pas été exécutée* L'exemple du jour prouvait que, la salle feimée y on se fût formé ailleurs ; si on n'avait pas trouvé de local à Versailles y ou aurait été à Pa]?it on dans une autre ville. Ccunmejait l'en^écher? on eux bien pu arrêter quelques députi^s , mais comnicnt ^Q emprisonner six cents? ce qui serait resté aurait encore été et partout l'As^m-
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blee nationale y et la violence commise eût soulevé et armé le royaume.
Aussitôt apfts la prestation du serment , on fit l'appel des bailliages , sénéchaussées ^ provinces et vitlis ; et diacun des niembres présens y en répondant à l'appel , s'est approché du bureau et a signé* Un seul, M. Martin d'Auch , eut la témérité d'ajouter à sa signature le mot opposant. Dans l'instant il s'éleva un grand tuniulte : une grande douleur avait frappé FAssemUée de cette défection à l'unanimité de la délibération; l'indignation succéda k la douleur , et la- fureur s'empara de la plupart des. membres de l'Assemblée. A ce brmt ,'je m'élançai au mitièu de la foule et sur la table , pour dominer et être entendu. Après m'ètre fait expliquer le fait dont j'étais confulément insfruit , je fis approcher M. Martin d'Auch; il me répéta ce qu'il avait déjà dit , qu'il ne croyait pas pouvoir jurer d'exécuter des arrêtés qui n'étaient paS sanctionnés par le roi. Je lui ai répondu que l'Assemblé était dans ces principes , qu'elle reconnaîtrait touJGTttrs la nécessité' de la sanction du roi. {Point du jZur, tom. I, pag. ^5.) Je lui remontrai que les résolutions intérieures de l'Assemblée et celle di» serment actuel y n'étaient pas des acte^ qui parussent susceptibles de la sanction. 11 persista : je lui fis alors et les observations dont son opiaîàtreté était susceptible , et les reproches qu'il méritait; j'y mis même une très-grande sévérité pour satisfaire le mécontentement général* et calmer les esprits.
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Je lui dis que chaque député avait sa conscience et était iqaitre de son opinion y mais qu'il ne lui était pas permîs d'associer son opinion particulière à l'opinion de l'Assemblée; qu'il pouvait refuser sa signature à un avis qui n'était pas le sien , mais non le motiver èur l'acte du procès-verbal ; que la protestation d'un individu ne pouvait y être insérée qu'après une délibération expresse. Cela dit, je le fis retirer, pour, qu'il ne restât pas exposé aux suites d'une indignation bien légitime , et je ! le fis sortir par une porte de derrière , pour le dé- ! rober à une indignation bien plus redoutable,' celle du peuple , à qui la nouvelle était déjà parvenue. On délibéra sur l'espèce de protestation qu'il s'était permise , et le motôpposant qu'il avait osé insérer dans le procès -verbal. Quelques-uns voulaient que la signature et le mot fussent rayés; maïs les esprits étant plus calmes , l'Assemblée reprenant toute sa sagesse dans la délibération , arrêta que le mot opposant subsisterait , et que l'on mettrait à la. t^e de l'arrêté , qu'il avait été pris à l'unanimité des voix , moins une.
Si cette défection avait affligé l'Assemblée , elle fut bien consolée par l'empressement général de tous ceux qui demandèrent à ajouter leurs signatures à celles des députés admis et vérifiés. Les députés de Saint-Domingue supplièrent qu'on les admit sur-le-champ pour pouvoir signer ; ce qu'on leur accorda provisoirement. Les députés dont les pouvoirs n'étaient pas jugés , les suppléaus pré- I. ' i3
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sens sollicitèrent et obtini^ent cette même faveun Ainsi se termina cette grande et glorieilsé jouiS née ^ et l'Assemblée ajourna au lundi 22 sa séabce , qui devait être en même tettips la séance rojale.
Dimanche 2 1 juin. — Le matin , le malheureux M. Martin d'Auch m'qcrîvit ; je dî& le iiildbeureux^ parce que 5 sll était blâmable d'avoir abandonné son GOr^s, il était à plaindre. Je lui fis Aitè que s'il voulait venir me voir ^ notis bous éjtjïliquerions : il vint^ et la sincérité de âes disèours me convainquit de son honnêteté ; je vis que c'était un hotnme de bien y et je ne puâ me défendre d être touché de sa dôuletir. Ce n'était pas qu'il retractât son opinion ^ il n*y était pas moins affermi $ ce qu'il avait exprimé ^ il le pensait toujours t riiais il était au désespoir d'avoir manqué par la forme à l'Assemblée -y et de voir qu^on soupçonnât et son patriotisme et sa droiture* Il ne savait s'il devait se présenter aux séances : je. lui dis. que ni cette circonstance ^ nirieU au înônde ne pôUvàlt le dépouil^- 1er de sa qualité de représentant de là dation , et lui 6ter son droit de yôtet ; mais que là prudence exigeait qu'il «VbsUnI pendit quelques jcmt^ de paraître à la SàlIe ^ afin de laissée à la chalëUr des espite le temps de s'âUioftir, et que je me chikt^ geais de rexcuset auprès dé l'Asseixkblée , et éè lui ménager une rentrée facile et paisible: En èÛét , cinq ou six jours après y je ûë part dé élà dôtdéûr à l'Assemblée : j'observai qu'il fallait c[U'ii .tîût âtt* séances pour exercer ses droits et reitïpUr éés à^
Toirs ; que, ioébranlaMe datns êoû ù^tAôtt ^ il faisait preuve de probité et de coamge ; que éà faute et SOD erreur yenaiQut d'une conscience scrupuleuse et timide et d'un esprit peu éclairé qui croyait obéir à son mandat; et TAssanblée ayant témoi-*gné sa satisfaction ^ j'énonçai que ]e l'avertirais de revenir à l'Assemblée , après qu'il eut été bien convenu que |iersonne ne parlei^it dii {>assé , et qu'il n'épi^ouveraît aucun désagrément.
S* eus dans la matiôée, chçt tnoi, tin comité, où se tnnwèrent MM. Target, Babaud-de-Saint- Étienne , Barnave et plusieurs autres ; je ne m'en rappelle pas l'objet , à moins que ce ne fût pour la rédaction de l'adresse au roi, arrêtée le 17.
Ce tnéme jottr là noblesse fut àdttiise à l'au- ^nce du roi, et fui a adressé un discours, arrêté dans là ûêhttce an 19 (1).
DÉttè \tt nuit sirîVatité, }è fus réveillé à deùt heiure^ drt thatin par uu héraut cfarmés , qui tâ'appdftà un |iàqtiét de M. de firezé , renfermait ûtie lettre du ttA.
H Tài Yhtmtieiir dç tdtt$ envoyer, Mônsiëiir, une I) lettre qdt le roi rti'à ordonflé de vous fàîré tenir.
(i) On trouve ce discours au Jimmal de F'emaiUes, n^ 6 / sup* plëment , page 57, et dans le CourrUr de Provence y la^ lettre ^ et la protestation de 44 nïenibrês de la noblesse contre les principes de ce discpurg du même jour 1^ y dan» kdi( jotènial , ^ge 46 *.
^ V^ir â k fin da VddHke ktpîèovë et édbif éisaténeM (ft).
196 MÉBiQIRES
» Je VOUS prie de vouloir bien m'en accuser la ré- » cçption. Je suis 9 etc.
» J^ersaiUes ,21 juin à minuit. j)