‹ Mémoires de BaillyChapitre 16 sur 20 · LETTRE DU ROI · texte numérisé non relu

LETTRE DU ROI

w Je vous préviens , Monsieur , que la séance » que j'avais indiquée pour demain lundi , n'aura » lieu que mardi à dix heures du matin , et que >i la salle ne sera ouverte que pour ce moment.

)) 21 juin 1789.

» Je charge lé grand-maître des cérémonies de » vous faire tenir ma lettre. »

Et au dos était écrit : ji Monsieur BaiUjy président de Tordre du tiers -état : sur quoi il est bon de remarquer que par cette suscription le roi reconnaissait la constitution de l'Assemblée, et par conséquent l'arrêté du 17, dont cependant la connaissance officielle n'avait pas , je crois , encore été (donnée. Mais l'explication en était facile; c'est que les écrits ordinaires étaient l'ouvrage des ministres y et que ce billet de la main du roi était de sa dictée , et de son esprit porté à satisfaire, et qui voulait surtout la paix du royaume. Mais cette lettre même du roî pour notifier la remise de la séance , au lieu d'une lettre du grandmaitre des cérémonies, prouve qu'on avait été instruit du mécontentement de l'Assemblée sur la forme de la notification ; et si cette attention

marque un désir de la satisfaire , du moins dans les. formes, elle découvre une incertitude dans la marche du ministère , qui dévoilait el sa faiblesse et son inexpérience. Quand on traite avec les représentans de la nation , je dirai même ceux des communes, on doit calculer d'avance ce qu'on leur doit , et ne pas s'exposer à recevoir des leçons. Des leçons reçues font perdre toute supériorité. Il n'était pas difficile de voir que l'évéhement de ma prédiction à M. de Barentin s'avançait. Quand le pilote laisse touchfer son navire sur des écueils connus , il n'est pas propre à le conduire. Ce qui a assuré , hâté la révolution , ce que les ministres n'ont jamais voulu voir, c'est que l'état des hommes et leurs relations avaient changé. Jadis on menait facilement les peuples", parce que les cabinets avaient une grande supériorité de lumières ; cette supériorité a perdu , à mesure que le niveau des connaissances s'est élevé , et enfin le temps est venu oii les nations ont été plus éclairées que les cabinets. Il est évident qu'il fallait alors une tout autre manière de gouverner ; c'est ce que les ministres n'ont point senti.

J'observerai encore que par la date de la lettre du roi , à minuit , on voit qu'elle a été écrite à l'issue d'un grand conseil , prolongé fort tard j et alors il est remarquable que le roi n'y témoigne point de mécontentement de la séance du samedi, dont son conseil devait bien connaître et la tenue et les détails. Le roi , en annonçant que la salle ne

s^T^it point a^yerte }e l^ndemaia » ne dit point qu'il m àpii, pa$ y avoir, ôe saAOce. Les mi-r tiislres^ fr^^ppés des coup ^uccefisifs.que portaient les ar|*^^s 4e .l'Assemîïlé^ , n'osèrent pas «ans d^ute le Ji^i pftnseijler , ou peut-être pensèrent-ils qi^ç 0ut é\?àt prévu l^t pi^t^é par 1q coup qu'ils se proposaient de porter k la séance royale.

Limdi 22 jufn* — L* salle étant toujours fermée *> jf réuni$ chez moi MM. les secrétaires et ^^, uombre 4e députés pour savoir ce c[ue nous jiyious ^ fair#* Il fut décidé que la séance que j'ayaîs in4iqué^ le samedi ppur ce matin , devait liypif IwiXf On avait pour ce jour l'espérance de }^. r^l^ulon 4e la majorité du clergé : réunion arré- ^§ p^r ^a délibération du vendredi 19. On jugea q^p \§ )ei| 4e paunGie n'f ta(it pas un lieu convenable pour ^§ li clerjgé vint nous y trouver y et comme il ^tsiit du plus grand intérêt que rien ne retardât pette i^unîon importante ^ on diercba un autre h^^. li'église des Récollets fut d'abord proposée : OU s'y rendit ^mais elle était trop petite et inoomxao4e» D'ailleurs nous aperçûmes que les religieux n'étaient pas frappés ni touchés^ comme l'avait ^'té le maître du jeu de paume , de Thonneur que l6U4? faisait l'Assemblée y et qu41s craignaient que la tenuç de cette séance dans leur maison ne p^it leur n^ire ; nous i^e voul^imes pas les chagriner H encore moins les exposer. On proposa l'élise 4$ la paroisse de Saint-Louis^ et nous fàmes nous y liiahUr daw |a nef. On établit ie président devant

une table | les secrétaires préside lui : on disposa a la droite un nombre de cbaisef qui représentaient les places que le clergé avait dans les états-générau:^^ ; les places de la gauche étaient belles d^ la noblesse ; tous les autres députés étai(^Qt en fao^. On arrêta d'abord qu'on laisserait entrer 1^ publiq y et leglise fut bientôt refiiplie. Je dpis dire que M. le curé de Saint^Louis ni penso^ne ne fît la moindre difficulté à notre établissement. L'Assemblée formée , je rendis compte et de la lettre de M. de Brezé y doût ye lui avais acçi|$é la réception y et de celle du roi.

Quelqi]ies-uns dea députés absens à la s^nce du jeu de paume 9 et des suppléans, den^andèrent à signer la délibération : ils ont déclaré y adhérer ; et ayant prêté serment y ils ont signé.

Pendant ce temps y la majorité du clergé se fpr^ qiait dans le chœur de l'église* ]Bientpt on annonça ^ dépiitation y présidée par M. Yé^^qae de Chartrç^ , et où je vis avec plaisir ce digne abbé d'Abb^ourt y qui a eu grande part à ce|te démarche si utile et si décisive y et qui a perdu sa fortune avec tant de douceur et de rosignation. M. l'évêque de Chartres a dît : « Mes^urs, la maforité de l'ordre » du clergé ayant pris la délibération de se i^unir » pour la vérification dea pouvoirs , nous venons 4> vouf en prévenir y et vous demander sa place M dans VA^embJée. jo J'ai répondu 2

« Messieurs les représenlans dfe Tordre du w dei^ aux étals ^généiraux sei^otrt reçus avec

» tout rempressement et le respect qui leur est » dû : leur place ordinaire de préséance est prête ^ . pour les recevoir. »

Bientôt après, on annonça MM. du clergé: seize députés furent les recevoir. Le clergé se* plaça à la droite dans les places qui lui étaient destinées. Le respectable archevêque de Vienne , qui était l'ancien d âge de cette majorité , sur l'invitation de l'Assemblée , prit séance immédiatement à coté du président. L'archevêque de Vienne dit :

« Messieurs, nous venons avec joie exécuter l'ar-

A) rêté pris par la majorité des députés de l'ordre

>) du clergé aux états-généraux. Cette réunion ,

» qui n'a aujourd'hui pour objet que la vérification

» des pouvoirs, est le signal , et je puis dire , le pré-

» lude de lunion constante qu'ils désirent avec tous

M les ordres , et particulièrement avec celui de

» MM. les députés des communes. » J'ai répondu :

«Messieurs, vous voyez la joie et les accla-

» mations que votre présence fait naître dans

» l'Assemblée : c'est l'effet d'un sentiment bien

» pur , l'amour de l'union et du bien public.

» Vous sortez du sanctuaire , Messieurs , pour

» vous rendre dans cette Assemblée nationale,

» où nous vous attendions avec tant d'impa-

» tience I Par une délibération où a présidé

» l'esprit de justice et de paix , vous avez voté

» cette réunion désirée. La France bénira ce

» jour mémorable j elle inscrira vos noms dans

» les fastes de la patrie , et elle n'oubliera point » ceux des dignes pasteurs qui vous ont prë- » cédés , et qui vous avaient annonces et pro- »• mis à notre empressement. Quelle satisfac- » tion pour nous , Messieurs l le bien , dont le » désir est dans nos cœurs , le bien auquel nous » allons travailler avec courage et avec persévé- }} rance^ nous le ferons avec vous, nous le ferons » en votre présence ; il sera l'ouvrage de la paix » et de l'amour fraterneh

» Il noys reste encore des vœux à former. Je » vois avec peine que des frères d'un autre ordre » manquent à cette auguste famille. Mais ce jour » est un jour de bonheur pour l'Assemblée natio- » nale ; ets'il pa'est permis d'exprimer un sentiment » personnel , le plus beau jour de ma vie sera celui » ' où j'ai vu s'opérer cette réunion , où j'ai eu » rhonneur de répondre au nom de cette auguste » Assemblée , et de vous adresser ses senlimens » et ses félicitations. »

Rien en effet n'était plus important xjue cette réunioir.Nul doute-que les communes , composant les g6 centièmes y ou la presque totalité de la nation , ne dussent tout déterminer par le poids de leur volonté et de leur force. Les communes où le tiers-état, c'était la nation; mais ceux qui voulaient envisager la chose autren^ent , ceux qui y avaient intérêt, tous les faibles qui se laissaient entraîner , tous les aveugles qui ne savent point voir et qui ont besoin des yeux d'autrui , pouvaient dire : « De temps

202 MÉMOlHEfl

immémorial ^ il y a eu trois ordres ; je n'en vob qu'un y où sont les deux autres ? et depuis quand et par quelle loi les trois volontés qui opt tout décide dans ces assemblées ^ sont^elles réduites à une ? » La raison répond qu'elle ne connaît poipt trois volontés dans les représentans de la nation y pi qu'il y a autant de volontés que de représentans. Mais il y avait de l'avantage à une forme qui repoussait même cette olqection. C'est ce qu'opéraijtla réunion . La majorité du clergé , en arrivant à l'Assemblée nationale ^ y amenait l'ordre du clergé ) car. ce n'est pas l'unanimité , mais la ipajorité , qui constitue la détermiiiation de l'ordre entier. Lq clergé réuni aux communes faisait la pluralité aux étatsgénéraux ; iet l'on pouvait répondre aux défenseurs des ordres et des vieux usages, et pour lo^s les actes postérieurs de l'Assemblée : « Ici soni deux ordres , ici est la pluralité des élaCs-^généraux y et la volonté de cette AssemUée est la volonté nationale. » Et la preuve , c'est qu'aussitôt après cette importante réunion y nous vîmes entrer M. le marquis de Blacon$ et M. le comte Antoine d'Agchist, qoembres de la noblesse du Dauphiné y députés par les trois ordres de cette province | et M. de Biacons a dit : H Messieurs y la majorité du clergé ayant M levé toutes les difficultés que présentait notre » mandat y nous venons vous soumettre la vérifi- » cation de nos pouvoirs et vous demander eomn munication des vôtres. » Ces M^essieurs , les premiers de tous les nobles réunis^ étaient une conquête

Di^itized

DE BÀILLY. 20$

pr6<ûeuS0 ; iU ont reçu de graoïds appUudissemens , H ils oui pris séance aux places de la noblesse.

Oh peut remarquer que la réunion des membres du clergé et des deux nobles n'avait que le seul objet 4e la vérification des pouvoirs. Je l'observais et î'ea étais fàdié , dans la crainte que le vote p^r téie , les travaux subséquens n'élevassent de nou-^ Vislles difficultés 9 et une perte de temps aussi triste que les divisions qui en sont la cause. Dans ma réponse ^ je supposai que la réunion était pour tout et pour toujours; mais la vérité est que la délibésatioo du clergé n'avait rien décidé que pour 1|l 9én6c^liaaea commun. Oa verra bientôt comment le gouvernement a précipité les événemens qu'il redoutait 9 et comment il a lui-même opéré la réuiiionxom{^e.

Il y avait dans cette inajorité du clergé y composée de 148 membpes 9 i34 curés; ainsi il est bien clair que c'est à eux que la réunion est due. Il y avait dnq pvélats , les archevêques de Vienne et de Bordeaux , 1^ évèques de Chartres y de Rhodez ^ de Coutances y deux grands-vicaires y six cfaa*^ mûnes , et un seul abbé commandataire y celui d'i4>becourt. On remit cette liste sur le bnreau ; oift proposa de l'imprimer ; et dans la sensibilité dont j^étais afiecté y je dis : cr il faut l'imprimer en letk^es d'or. » *

J^ai proposé à l'Assemblée d'admettre au comité de véfifipatio^ seize membres du clergé dont les pouvoirs seraient v^érifiés sur-le-ckamp , pour cou-

20j^ Mémoires

courir à la vérification des pouvoirs , tant de ceux , des communes qui restaient à juger y que des pouvoirs des membres du clergé. Je fis demander à * M. l'archevêque de Vienne de me faire passer les noms des seize que le clergé pouvait désirer , afin que je les proposasse à l'Assemblée. M. l'archevêque de Vienne a requis la communication du procèsverbal de la tarification ; ce qui a été sur-le-champ accordé , et j'ai levé la séance , emportant la satisfaction d'avoir vu un acte de paix et d'union , qui avait depuis long-temps tous mes vœux y et dç pouvoir penser que l'Assemblée nationale renfermait dans son sein la majorité des représentans de la nation.

Il avait été agité dans l'Assemblée même y si je m'en souviens bien y ou au moins, dans quelques conférences particulières , de ce qu'on devait faire dans la séance royale. 11 fut convenu que, le président ne ferait aucun discours. L'Assemblée n'avait rien à dire au roi dans ce moment , c'était au contraire le roi qui avait à lui parler. 11 fut décidé qu'on resterait dans un profond silence y et avant et après la manifestation des intentions du roi y quelles qu'elles fussent. Le soir^ infiniment fatigué^ je m^étais couché de bonne heure. J'avais déjà tr^is semaines de présidence , le poSte était difficile , pénible , et l'enrouement ne m'a jfas quitté un seul jour. A dix heures, M. le garde-des-sceaux me fit prier de passer chez lui. Depuis long-temps je n'étais pas content du cérémonial pratiqué avec le

^oyen ou le président. Je trouvais bien peu convenable , entre autres formes, celle du garde-dessceaux , d'envoyer ainsi chercher le président de l'Assemblée nationale. Cependant , comme cette qualité n'était pas encore officiellement reconnue par la cour , et surtout comme on agitait les plus grands intérêts , je croyais qu'il n'était pas à propos d'élever des difficultés d'égards personnels et de cé-f rémonial y et que ce n'était pas le moment de com^ battre pour des formes. Dans cette occasion , je fus tenté pourtant de lui faire dire^ue j'irais le lendemain matin. Mais ce matin même était la séance royale ; ce qu'il avait à me dire pouvait exiger des mesures pour lesquelles le temps serait précieu:);:. Je me levai et je me rendis chez lui. Il me dit que le roi désirait qu'il ne lui fût point adressé de discours par les communes , que les deux autres ordres n'en feraîent pas. Il me demanda si l'intention de l'Assemblée était que son président parlât. Je lui dis ce qui avait été convenu , et je l'assurai que les intentions de l'Assemblée étaient parfaitement conformes aux désirs du roi.

Au milieu de la nuit, je m'éveillai et je m'entendis appeler dans la rue. Je doutai un moment , mais je fus bientôt appelé une seconde fois. Je me levai et j'ouvris la fenêtre; je vis trois hommes, dont l'un me dit qu'ils étaient députés et qu'ils avaient à me parler pour affaire de conséquence. Je couchais seul au premier, ainsi que madame Bailly. A Paris^ on aurait eu de l'inquiétude d'in-^

Irodatre dbei %oï trois iticanntiâ à ube betire si kidtie : l'idée m'en vînl ; itictis je sonnai , et on létii^ ouvrit la p0rte. Ils me dirent ^'ils étaient MM. lé baron de MeûoU (i), lé duc d'Aiguillon et le comte Mathieu de Motiimorenci ; qu'ils étaient iiistruitâ c]u'il y avait eu beaudoup de débats au conseil tenu le soir; que Mi Neeker n'approùTait pôifit lès lîietores qtii ataient été prises ; qu'il avait Ôé*^ ehré qu'il n'asfi;istei!'âit point à là sé^ce roj'âdè, et que toutes les âp^iàrences aânonçaienl qu'il sèf^t rentoyédans la {oÂrtiée^ Ikàjotttèrèrit qu'ils avaient oru devoir prévenir le Jifésidënt de l'AssèÉibléé dé ees faits et de ees dispositions^^ Ils se retirèrent. Le londemain je leur fis accroire qtie }e les avais pt^ pour des vcfleurs ^ et nortÉs eti rifnes beaucoup.

Mardi M5fêéin (ô). -^Cè Jcft*!" èfet ùti de ceux qui furent mwqués à l'Assemblée MMiônale y pour faire un pas dé fiiÉé ei pour S'à^andir eueore. On notis^ atait fait firévefiif ^ qtië 1^ dent pféiïniefs («rdré^ entreraient put U pc^te de ra^VënUe , les communes par une porté apposée donUant sut* la rue âes Chantiers 9 et qu'elles Se r^Uhit*àieni dans Une ga- \etie de bois ^ qui sertàit de vestibule à cette potte ,

(i) Lé même qui depuis a commande , en qualité de général^ dai^é Ua àtiaéé» Â-aitçaîsé», et <^1 û fart partie dé Tei^ë^tion d'Egypte. ' ^ {Noie des noûp.ééii,)

(a)Oa adëjà vu dan» If» Mëmeirts de Férrière» (T.ï^f. §7), et on Terra encore ^ dans les Mémoires de M. Neck^r, des détails sur cette séance.

{TMettesnoup.édit,)

et oîi il y avait ordinairemeat un café. Il n^y avait paç à (Jélibërer sur cette idconveuancé ; tnais ou îa selitaita On s'y réunît donc. J'y arrivai de bonne heure: On y attendit très^long-temps. Lds rtiùr*mures commencèrent. Cette galerîe était trop petite pour contenir tous les déjmtés^ auxquels^ à la vérité 9 slétaient joints ud nombre dé curieux en petit» nianteaux^ imitant le costume de dé|)utés. Beaucoup de.députés étaient dehors et à la pltiie^ Le knuNiiurt redoubla. Je fus frâppef à la porte : les gardes- du -coi^ps de poste iti'ouvrirêiit , et tût dirent cfu'on allait bientôt entrer 4 Gepetidaùt^ lés esprits/s'écbauffdient. On (larlait.de se retirer. Je refrappai y et je demandai M» le grâtid^maitre des cérémonies : On me répondit qu'on ne devait pas ou il étaili J'étais très^-inquiet) je Voyais qu'il étkil possible et mèm€i||aturel que les communes blessées se retirassent « Et alors quelle inôôtiàéquence au n>inistere d'exposer le roi , oti à tenir la séance en leur absence ^ ou à la rompre, par le défaut de leur présence I*Bient6»ti'iûtentipti dé la retraite fut maniftetée k grands cris. Le isôin de la dignité téposait en moii Je refrappai dé nouveau,' je démandai l'officier commandant. Le capitaine des gardes ^ M/ le duc de Giiiohe ^ partit < Je lid 6&s : M<nisieur , vous pouvez circuler dans Tiptériéuir i je ifoné prie de joindre M. de Bre^é , et de lé pféténii' que les représentatis de la nation ne peuvent pad l'ester ah ilg sont ; Qu'ils n'atteûdront pas plus long^temps y et qM si 0h n'entre pas dans l'itf stant , ib VdUt Se

retirer. Un moment après , on ouvrit la porte : M. de Brezé vint nous prendre , et nous entrâmes. Je précédais , marchant entre le grand-maître et le maître des cérémonies , efsuiyi de tous les membres de l'Assemblée nationale , deux à deux , et dans le plus profond silence. Je fis sentir en chemin , à M. de Brezé , toute rînconsidératioki.et le danger des mesures qui avaient été prises. Il m'apprit qu'un événement , la mort subite de, M. Paporet , l'un des secrétaires du roi , et auquel ^n a^v^ait tenté d'administrer des secours , avait retardé l'entrée ; ce qui était assez naturel. Mais, en entraat , nous trouvâmes les deux autres ordres en place j et j'ai toujours été persuadé qu'on nous avait fait attendre ainsi , pour leur laisser le temps de prendre leur rang, dans la crainte que les communes, constituées en Assemblée nationale , ne ^|pulussent prendre les premières places. Ce n'était pas là l'esprit des communes : on voit que le clergé avait eu la préséance à l'assemblée de la veille. Je ne sais si ma conjecture était fondée ; mais c'est avec ces vaines pijérili tés qu'on a souvent jeté des germes d'aigreur, qui ne pouvaient mancjuer d'avoir une grande influence.

Le roi n'a pas tardé à arriver : il a ôté son chapeau , a salué et a dit :

« Messieurs , je croyais avoir assez fait tout ce » qui était en mon pouvoir pour le bien de mes » peuples , lorsque j'avais pris la résolution de vous » rassembler ;* lorsque j'avais surmonté toutes les

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M difficultés dojit votre convocation était entourée; » lorsque j'étais allé , pour ainsi dire , au-devant M des vœux de la nation , en manifestant à l'avance » ce que je voulais faire pour son bonheur.

» Il semblait que vous n'aviez qu a finir mon » ouvrage ; et la nation attendait avec impatience M le moment où , par le concours des vues bienfai- » santés de son souverain et du zèle éclairé de » ses représentans y elle allait jouir des prospérités » que cette union devait lui procurer.

M Lefe états-généraux sont ouverts depuis près » de deux mois , et ils n'ont point encore pu s'ea- » tendre sur les préliminaires de leurs opérations. » Une parfaite intelligence aurait dû naître du seul n amour de la patrie I et une funeste division jette » l'alarme dans tous les esprits ! Je veux le croire , » et j'ainip à le penser ^ les Français ne sont point » changés. Mais pour éviter de faire à aucun de » vous des reproches , je considère que le renou- M vellement des états-généraux , après un si long . » terme 9 l'agitation qui l'a précédé , le but de cette » convocation^ si différent de celui qui rassemblait » vos ancêtres , les restrictions dans les pouvoirs , » et plusieurs autres i^irconstances , ont dû néces- » sairement amener des oppositions , des débats y » et des prétentions exagérées.

» Je dois au bien commun de mon royaume y

» je me dois à moi-même y de faire cesser ces fu-

» nestes divisions. C'est dans cette résolution y

» Messieurs y que je vous rassemble de nouveau

» autour de moi ; c'est comme le père commun j) de tous mes sujets,; c'est comme le défenseur » des lois de nion royaume , que je viens en re- » tracer le véritable esprit, et réprimer les atlein- » tes qui ont pu y être portées. )

» Mais , Messieurs , après avoir établi clairement » les droits respectifs des différens ordres , j'attends » du zèle pour la patrie des deux premiers ordres , » j'attends de leur attachement pour ma personne ^ » j'attends de la connaissance qu'ils ont des maux >) urgens de l'Etat , que , dans les affaires qui re- » gardent le bien général , ils seront les premiers » à proposer une réunion d'avis et de sentimens , » que je regarde comme nécessaire dans la crise » actuelle , qui doit opérer le salut de l'État. »

Aussitôt après ce discours , le roi fit lire une première déclaration (i)j mais auparavant le gardedes-sceaux étant monté à son trône , et lui ayant parlé à genoux, suivant l'usage ordinaire , il dit : Le roi ordonne que l'on se couvre. Je mis mon chapeau; un nombre de députés des communes firent de même ; la noblesse ni le clergé ne se couvrirent pas. Sans doute que, dans le frivole amour des distinctions , ils ne se souciaient plus de se couvrir en présence du roi, quand nous étions couverts. En mettant mon chapeau , j'avais

(i) Voir, dans les pièces à la fin du volume (I) , les deux déclarations du s 5 juin.

, ( Note des noup, édil- )

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voalu conserver et marquer un droit. Dès que je vis la majorité découverte , je lei'etirai ^ et tout le monde resta découvert.

Cefte déclaration cassait les arrêtés de FAssemblée prétendue du tiers-état , du 17 juin, comme illégaux et inconstitutionnels. 11 cassait le^ mandats impératifs ; il exhortait les ordres à se réunir dans cette tenue d'états seulement , pour délibérer en comomn , et réglait dans quel cas cela devait être ainsi ^ et quels cas devaient être exceptés ; il déterminait plusieurs autres des formes à observer dan$^ cette tenue des états. Cela fait ^ le roi reprit la parole : v

(c J'ai voulu aussi. Messieurs, vous faire remette. » sous les yeux les différens bienfaits que j'accorde » à mes peuples. Ce n'est pas pour circonscrirp » votre zèle dans le cercle que je vais tracer ; car » j'adopterai avec plaisir toute autre vue de bien M public qui sera proposée par les états-généraux. » Je puis dire , sans me faire illusion , que jamais » roi n'en a autant fait pour aucune nation. Mais , 3) quelle autre peut l'avoir mieux mérité que la » nation française ! Je ne craindrai pas de l'expri-rr » mer : ceux qui par des prétentions exagérées > » ou par des difficultés hors de propos , retard^;- » raient encore l'effet de mes intentions paterneUes, » se rendraient indignes d'être regardés çomipe » Français, »

Alors le roi fit lire une seconde déclaration , intitulée Déclaration des intentions du roi, et qui.con-

tient les bienfaits qu'il accorde à ses peuples. Elle offre un plan de réforme d^s abus , un plan d'administration , et des droits accordés plutôt que reconnus à la nation*

On fut étonné qu'en parlant à la nation assemblée , on eût fait dire au roi , le roi veut , le roi ' entend ; qu'on lui eût fait casseFdës arrêtés pnfe ; par elle , lorsque le chef suprême , le représentant héréditaire de la nation ne peut avoir qu'un veto ; que dans la deuxième déclaration , qui est une espèce de constitution nouvelle , on ne donne aux états-généraux aucune part au pouvoir législatif ; la nécessité du consentement de la nation à l'impôt parait plutôt une concession qu'une Reconnaissance du droit national. Plusieurs députés remarquèrent l'expression , les bienfaits que le roi accorde à ses peuples : le roi , seul maître et seul législateur provisoire en l'absence de la nation , ppuvait-il parler ainsi à la nation assemblée en états-généraux ? (Courrier de Pros^ence , lettre i5. ) Les communes^ à cette lecture y sont restées dans le plus profond silence > tandis que les deux déclarations ont été accompagnées et suivies de nombreux applaudissemens de la majorité de la noblesse et de la minorité du clergé ; ce qui était juste , puisque c'était en partie leur ouvrage. On était fondé à le soupçonner, parce que les articles VIII et IX réservent à la délibération séparée les choses qui intéressaient particulièrement les deux ordres , les propriétés féodales et seigneuriales y les droits utiles et les pré-

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rogalîves honorifiques dqs deux premiers ordres, la discipline ecclésiastique, le régime des corps séculiers et réguliers ; c'était dire que to^t cela était affaire de classes privilégiées , et non affaires nationales : c'était établir les- deux premiers ordres jugçs souverains dans leur propre cause. (Z&fif.) La lecture faite , le roi reprit la parole.

w Vous venez , Messieurs , d'entendre le résulr » tat de mes dispositions et de mes vues ; elles sont » conformes au vif désir que j'ai d'opérer le bien » public ; et si , par une fatalité loin de ma pensée, » vous m'abandonniez dans une si belle entreprise , » seul, je ferai le bien de mes peuples ; seul , je }) me considérerai comme leur véritable représen- » tant : et connaissant vos cahiers , connaissant » l'accord parfait qui existe entre le vœu le plus » général de la nation , et mes intentions bienfai- » santés, j'aurai toute la confiance que doit inspirer » une si rare harmonie ; je marcherai vers le but )) auquel je veux atteindre , avec tout le courage » et la fermeté qu'il doit m'înspirer.

}) Réfléchissez , Messieurs , qu'aucun de vos pror w.jets, aucune de vos dispositions ne peut avoir » force de loi sans mon approbation spéciale. » Ainsi , je suis le garant naturel de vos droits res- » pectifs , et tous les ordres de l'État peuvent se » reposer sur mon équitable impartialité. Toute » défiance de votre part serait une grande injustice* » C'est moi jusqu'à présent qui fais tout pour le M bonheur de nues peuples , et il est rare peut-être

2t4 MÉMOIRES

}} que Tiinique ambition d'un souverain soit d'oble- » nir de ses sujets qu'ail* s^etilendent enfin pour » accepter ses bienfaits.

» Je vous ordonne-. Messieurs , de vous séparer » tout de suite, et de vouô rendre demain matin , M chacun dansles chambres affectées à votre ordre , » pour y reprendre vos* séances. J^ordonne en conw séquence au grand-maître des dérénionies de » faire préparer les salles. » Et le roi s'est retiré (i) .

Malheureuic prince , où vous engage-t-on , et combien on vous a trompé I Après le départ du roi , la totalité de là noblesse et une partie du clergé se retirèrent, lés communes demeurèrent à leur place , tranquilles et en silence. Le grandmaltre des cérémonies s*approcha de moi , et me dît i Monsieur , vous avez entendu l'ordre du roi? Je lui répondis : Monsieur, l'Assemblée s'est ajournée après la séance f oyale ; je ne puis la séparer sàris qu'elle en ait délibéré. — Est-ce là votre réponse , et puis-je en ^fâife part au roi? — Oui , Monsieur. Et j^ajoufàî'a mes collègues qui étaient autour de moi : je croîs que la natibn assemblée ne peut pas recevoir d'ordre. On a dit et répété que j'jivais fait Cette répoiièe'à M. de Brezé. Larépohse officielle à s-on message est celle que je viens de

* '(i) Nous avons place , dans les pièces et ëclaircissemens ( J), les réflexions de madame de Staël, êlàiua seà Considé/xithnssur la téuà^ lùtton français^, et cÊllés de Mirabeau^ dans ses ^Lettres à ses cômr

meftam , sur la séance royale du 25 i,uïn.

1 * {Note des houu. édU. )

DE BAILLY. 2l5

rapporter. Je respectais trop le roî pour faire une pareille réponse ; je savais trop les égards qu'un président doit à l'Assemblée pour l'engager ainsi sans son consentement. C'était h elle et non à moi à peser , connaître et déclarer ses droits. A la vérité, Mirabeau prit la parole, et', s'emportant contre le grand-maître des cérémonies , dit à peu près ce qu'on a répété depuis ; « Allez dire à ceux qui vous | envoient, que là force des baïonnettes ne peut rien contre la volonté de la nation. » On a beaucoup } loué cette réponse , qui n'en est pas une, mais une apostrophe qu'il ne devait pas faire , qu'il n'avait pas droit de faire , puisque le président seul doit parler , et qui, en même temps que déplacée , était hors de toute mesure. La mesure veut qu'on ne réponde qu'à ce qui est dit. Avait-on parlé de baïon- î nettes, avait -on annoncé la force, était -il! échappé une menace delà bouche de M. de Brezé? î Non. Il rappelait , suivant son devoir, un ordre ' du roi. Le roi avait-il droit de donner cet ordre ? L'Assemblée , en continuant la séance , a décidé que non : et moi en déclarant que l'Assemblée ne pouvait être séparée ayant d'en avoir délibéré , je lui avais conservé ses droits et sa dignité ; et j'étais resté dans la mesure dont une Assemblée et son président ne doivent jamais s'écarter.

Les ouvriers se mettaient en devoir de travailler aux changemens nécessaires à la salle : après avoir consulté l'Assemblée , je leur fis donner ordre de suspendre. On proposa de remettre au lendemain

2l6 MÉMOIRES

pour discuter les délibérations du roi. Cet avis fut aussitôt rejeté que proposé. M. Camus ouvrit ua avis plus ferme , en proposant de déclarer, en renvoyant la séance au lendemain , que l'Assemblée persistait dans ses précédens arrêtés. L'abbé Sieyes dit : w Vous êtes aujourd'hui ce que vous étiez hier. » M. Barnave observa « que les arrêtés de l'Assemblée ne dépendaient que d'elle. Le premier a déclaré ce que vous êtes, le secotid statue sur les impôts que vous seuls pouvez consentir, le troisième est un serment que dicte votre devoir. Ce n'est pas le cas de la sanction. L^ roi ne peut anéantir ce qu'il ne peut sanctionner. » La discussion ne fut pas longue. L'Assemblée , dans un ordre admirable , et dans un silence majestueux et *en présence de 40 à 5o témoins , qui étaient sur l'estrade, adoptant la motion de M. Camus, déclara, et à l'unanimité , qu'elle persistait dans ses précédens arrêtés. Elle ne fut jamais si grande , cette Assemblée , que dans ce moment, et par cette déclaration si simple , si précise , et en même temps si ferme , relativement aux circonstances. Voilà ce que gagna le ministère à cette étrange séance. C'est de faire faire à la nation un nouvel acte de souveraineté; c'est de faire décider par un acte solennel , et à l'avantage de la nation , le conflit de pouvoirs qui existait alors entre la nation et le roi. Mirabeau fît la motion de déclarer l'inviolabilité des députés , et il y eut une grande discussion. Moi-même je m'y opposais , dans l'idée que l'invio-

labîlité était suffisamment ëtaUie par le fait , et que toute précaution , pouvant annoncer de Tinquiétude et marquer du doute , n'était propre qu'à rajSTaiblir. Mirabeau me répliqua avec chaleur : « Vous ne savez pas à quoi vous vous exposez I Si vous ne portez pas le décret, 60 députés et vous le premier serez arrêtés cette nuit. » On nous a dil depuis , et je n'ai pas eu occasion de vérifier le fait, que, pendant que nous délibérions, les gardesdu-corps avaient reçu ordre de marcher et de se former dans l'avenue devant la salle (i), et qu'ensuite ils avaient eu contre-ordre. Quoi qu'il en soit, ou adopta la motion de Mirabeau, et on prit l'arrêté suivant :

« L'Assembfée nationale déclare que la per- >) sonne de chacun de ses députés est inviolable ; » que tous particuliers, toutes corporations, tri-. » bunal, cour ou commîtsion qui oseraient, pen- )> dant ou après la présente session , poursuivre , » rechercher, arrêter, ou faire arrêter, détenir ou » faire détenir un député pour raison d'aucunes n propositions, avis, opinions ou discours par lui )) faits aux états-généraux, de même que toutes » personnes qui prêteraient leur ministère à au- » cuns desdits attentats , de quelque part qu'ils » fussent ordonnés, sont infâmes et traîtres envers » la nation, et coupables de crime capital. L'As-

(1) Gela a eu lieu ; iy étais , je l'ai vu.

{ Na/e de M. Naigeon.)

2l8 MÉMOIRES

n semblée nationale arrête que dans les cas susdits w elle prendra toutes les mesures nécessaires pour » faire rechercher, poursuivre et punir ceux qui èh » seront les auteurs, instigateurs ou exécuteurs- » Je finis par me ranger de cet avis , parce que je sentis que si l'inviolabilité n'avait pas besoin d'être déclarée , il était bon cependant de faire une loi qui pût devenir une arme dans la main de chacun des députés dispersés , une loi qui avertit que la nation était existante pour venger ses représentans , et qui effrayât ceux qui penseraient à se rendre les instigateurs de toutes mesures arbitraires et violentes. Ces deux arrêtés ont été pris en présence de plusieurs membres du clergé . Ceux dont les pouvoirs étaient vérifiés ont donné leurs voix lors des opinions , et les autres ont demandé qu'il fût fait mention de leur présence. Et l'Assemblée s'étant ajournée au lendemain , ffe levai la séance.

Ainsi finit cette mémorable matinée , où l'on est incertain de ce qu'on doit le plus admirer, de ce qui doit le plus étonner, ou du courage de l'Assemblée ou de l'imprudence du gouvernement! Nous étions seuls, sans défense, au milieu d'une ville, séjour ordinaire du roi et peuplée de geas affidés au gouvernement et vivant d'abus, entourés de la garde du roi, environnés d'une ceinture de troupes qui enveloppait Paris et Versailles, exposés aux coups d'un ministère effrayé qui sentait tout le danger dont il était menacé , et qui pouvait essayer de le parer à tous risques; qui aurait

été sans doute plus qu'imprudent de le hasarder ; mais ce n^élait pas sa prudence qui pouvait nous rassurer, nous pouvions devenir individuellement les victimes de sa témérité. Et cependant nous avons eu la fermeté de déclarer, de constater les droits de la nation , et de prendre cinq arrêtés , les 17 ^ 20 et 2^ juîn , qui ont établi sa souveraineté. L'antiquité n'a rien à opposer à la sagesse de ces arrêtés , et à la résolution de ceux qui les ont pris. Nous pouvions périç, notre ouvrage eût survécu , et serait resté dans l'avenir pour servir de base à la constitution que des générations à la fois éclairées et fortes n'auraient pas manqué d'y fonder. Cet avenir fera connaître que dans ces trois jours , à jamais célèbres , ceux qui représentaient d'abord les communes , puis la nation , ont fondé la liberté , non-seulement de la France , mais de l'Europe entière.

Maintenant, si nous parcourons lesdiscours qu'on a engagé le roi à faire à l'Assemblée, et les deux déclarations qu'on lui fit rendre, on se convaincra que jamais ministère, dans une conjoncture si délicate, n'a montré plus d'incapacité et moins de lumières. Je dis défaut de lumières , parce que les ministres n'ont pas connu leur temps; je dis incapacité , parce qu'ils n'ont pas connu la véritable position où 3s setrouvaient , le corps à qui ils avaient affaire^ les droits réels et légitimes dû roi etseëmoyens. Ils n'ont pas connu leur temps; car on ne parle pas au dix-huitième siècle comme au neuvième , on

n'adresse pas à des hommes ^ le choiit et l'élite de la nation, éclairés par le grand progrès des connaissances humaines , à des hommes forts des principes de la raison , de la justice et des droite naturels de toute société , un langage qui ne conviendrait qu'à une multitude ignorante. U n'y a que deux puissances dans le monde , la raison et la force; je leur aurais dit : Sachez donc laquelle vous devez employer, et ne parlez point à des gens raisonnables un langage qui n'est que la force déguisée. Ils n'ont pas connu le corps à qui ils avaient affaire , car ils ont porté le roi à parler à l'Assemblée nationale, comme il aurait fait à l'assemblée des notables ou au parlement. On n'ordonne point aux représentans de la nation de se retirer; le par* lement lui-même n'aurait pas obtempéré à cet ordre. Enfin ils n'ont pas apprêté leurs moyens , ils n'en avaient pas pour appuyer ces mesures.

Il est évident que les ministres ont voulu établir les prétentions qu'ils regardaient comme des droits. Us ont crû ces déclarations nécessaires pour arrêter les entreprises des communes : il n'était plus temps, 1^ nation était assemblée, et la raison était en liberté. On établit le roi, dans ces déclarations, souverain, législateur : il annule les délibérations de l'Assemblée , il valide les pouvoirs , il en casse et annule les restrictions, il ne souffrira pas à l'avenir que les mandats soient impératifs. On peut demander au milieu de ces dispositions ce que devient la représentation nationale et la vo-

DE BAILLV. 221

lonté de la nation? Dans la seconde déclaration, où sont manifestées les intentions du roi y on ne peut disconvenir quHl ne statue d une manière très-paternelle sur une infinité de choses que les états-généraux pouvaient avoir en vue; même, une de ses intentions est qu'il n y ait point d'impôt éta^ bli sans le consentement des représentans de la nation , que ces impositions ne pourront durer que d'une session à l'autre. Tout cela était très-bon ; mais était-ce la forme , au moment où la nation , et la nation éclairée étail présente ? Un ministre me disait quelques jours après : Comment n'est-on pas content ? si le roi eût donné , il y a dix ans , une pareille déclaration , n'eût-elle pas été reçue avec enthousiasme ? — Oui , sans doute , il y a dix ans. — - Que veut donc l'Assemblée ? — Elle veut faire, et non pas que vous fassiez.

11 y avait une grande maladresse à annoncer comme une intention , et à faire regarder comme un bienfait du roi , ce consentement nécessaire de la nation aux impôts ; ce consentement qui était un droit, et qui, outre sa légitimité, avait été reconnu comme droit par plusieurs rois prédécesseurs. Il y ayait un grand défaut de raisonnement dans la prétention que le pouvoir législatif était concentré et uniquement dans la main du monarque. La nécessité du consentement à l'impôt décidait la questioa; car si vous ne pouvez pas disposer de ma propriété et de mon revenu sans moi , vous pouvez encore moins disposer de ma personne ,

!lâ2 IIÉIIOtREâ

et de tout ce qui fait ma sûreté et compose mon existence sociale. Tout cela est ma propriété comme ma terre ^ et tout cela ne peut êtra assuré que par les lois y que j'ai droit et intérêt de faire moi-même, comme celle de l'impôt. Enfin il y a une véritable inconséquence à mettre enrayant des choses qui ne peuvent avoir de valeur que par la force. Où était leur force ? Étaient-ils sûrs des soldats? l'avenir a prouvé que non. PouTaient«*iis même se croire sûrs des soldats? c'était ici la cause du peuple , les soldats sant le peuple. Qu'auraientils donc entrepris ? des emprisonnemens. Des emprisonnemens ont nécessairement un terme , et la justice est au bout. Ils ont pu le vouloir^ ils n'ont pas osé. D'ailleurs on pouvait tromper le roi sur des opérations dont il n'était pas à portée d'apprécier l'événement ; mais les voies de rigueur n'étaient pas suivant son cœur, et je suis sûr qu'il les a toujours repoussées.

La fameuse déclaration des intentions du roi était une pierre d'attente pour des opérations ultérieures , et posée par le ministère pour recevoir un plan qui remettait à sa place le pouvoir absolu.

M.Necker en effet, conune on me l'avait annoncé la nuit précédente , n'avait pas été présent à la séance, et cette circonstance lui fait beaucoup d'honneur (i). Il était en état de disgrâce : on par*

(i) Voir les fragméns de noleâ qui se troaYent à la suite des Mémoires de Bailly , tome III. ( Note des nouu> 4diL )

lait de son départ prochain. v La nonvelle en fut bientôt répandue. Le peuple assiégea sa porte. Les députés des communes coururent en foule chez lui. On sentit bien le danger qu'il y avait à le ren- f voyer. La reine , m'a-t-on dit , le fit demander ; il : s'y rencKl , suivi d^une foule immense qui l'accom- ' pagna jusqu'aux portes du château. Je n'ai pas su ' quel fut l'entretien; mais j'en juge par la suite. Sans doute que la reine essaya et réussit à le reprocher du roi. 11 revint chez lui, où ily eut toute la soirée un grand concours t on m'engagea d'y aller. Je ne crus pas devoir me permettre cette déf marche ; j'estimais M. Necker y et je craignais sa retraite; mais il me parut que, président de l'Assemblée nationale, je l'engagerais en quelque sorte par cette visite , et avant d'avoir son approbation.

Mercredi 24 juin. — Nous rentrâmes dans notre salle pour la séance de ce jour. L'intérieur était rétabli dans son premier état; mais l'extérieur était changé. Tout était entouré , la salle et ses avenues, de postes et de sentinelles des gardes françaises. Je reçus une lettre de M. le grand-mai tre des cérémonies, qui m'instruisait que dorénavant les dé* pûtes des communes entreraient par la rue des Chantiers. La grande porte d'entrée, donnant sur la cour et sur l'avenue, étjiit fermée. Les deux autres . ordres devaient continuer à y passer pour se rendre à leurs salles respectives; mais la communication avec la nôtre était interdite et fermée. Je m'infor-

mai de Tétat des choses ayant d'ouvrir la séance ; et je sus qu'il y avait une petite porte où il n'y avait ni consigne ni sentinelle. L'Assemblée étant formée^ et lui en ayant rendu compte^ je demandai, par son ordre , M. de Bennecourt , l'officier des gardes de la prévôté de l'Hôtel , qui avait la garde intérieure. U répondit , à mes questions , qu'il était chargé d'empêcher les étrangers d'entrer dans la salle de l'Assemblée , et qu'il y avait une porte de communication intérieure dont il n'avait pas ordre d'empêcher l'usage à MM. les députés. L'Assemblée envoya trois commissaires ^ MM^ de Rostaing, de Gersy et Pison du Galand , pour lui faire un rapport exact des faits. Revenus , ils dirent qu'ils avaient parlé à M. le comte du^lley, officier aux gardes 9 qui leur avait fait la même réponse que M. de Rennecourt, relativement à la consigne. U ajouta seulement que les gardes placées aux différentes avenues n'étaient destinées qu'à indiquer les divers accès des salles particulières : cela était invraisemblable; je suis persuadé que la communication intérieure était fermée pour rendre plus difficile l'arrivée de la majorité du clergé à notre salle. On pensait que si elle était obligée de venir par dehors, cette marche processionnelle et publique pourrait la gêner et lui déplaire. On ne met point des postes et des barrières à la rue des Chantiers et aux rues adjacentes pour indiquer des accès. U était plus probable qu'on voulait empêcher absolument l'entrée des étrangers ; et comme

DE BÀILLY. !i25

on avait peut-être craint que lé peuple né forçât, on avait placé des postes et des barrières pour s'opposer aux attroupemens et aux violences.

Il y avait long-temps que cette jtdmission des! étrangers et qui s'étendait jusqu'au peuple , inquié- * tait les ministres* Ik m'en avaient parlé plusieurs ] fois. J'en sentais les inconvéniens aussi-bien que ; les avantages ; mais nous étions dans un tempr où j nul avantage ne devait êtçe négligé , ni balancé par des inconvéniens. Je me disais bien que partout où le peuple est en nombre , il maîtrise ; mais d'abord il était impossible d'empêcher cette publicité. 11 n'y avait pas de moyens d'interdire la salle aux députés des autres ordres, aux femmes, aux parens, aux amis de nos députés, de nos gardes eux-mêmes ; et quand une fois il y a un nombre d'étrangers, je demande de quel droit on peut fermer la porte aux autres. On me disait bien } qu'au moins il ne fallait admettre que des per- *; sonnes choisies, et donner des billets. Mais n'étions- 1 nous pas- les mandataires de la nation ? était-il convenable , avions-nous le droit , le pouvoir de nous cacher? Les représentans du peuple pou-' vaient-ils choisir, dans leurs commettans , et don- ^ | ner des billets à la nation , pour être admise dans k un lieu où l'on traitait de ses affaires , et où l'on discutait ses plus chers intérêts? L'ouverture libre des portes était un devoir indispensable , quelles qu'en pussent être les suites. Les deux autres ordres n'étaient pas dans cet embarras, parce que I. . i5

lecDTS salles suffisaient à peine pour ks contenir. Et cependant, à 1 époque où nous spmmcif, la noblesse était occupée d'agrandir la sienne , et la.rai* norité, qui plaidait . pour les intérêts généraux^ avait (^tenu qu on y fit des^iribunes pour le public : mais ces rai^oM de devoirs çjt de convenance notaient pas les seules. L'Assemblée nationale , qui avait montré une grande énergie y avait be*soin d appui , et elle n'en pouvait trouver que. dans l'opinion publique y et en éclairant ses commettaus à mesure qu'elle dévelof>pait les lumîènres et qu'elle s'éclairait eUe-même. Avant ce jour, il y avait toujours eu un grand concours k la saUe, et du peuple et de personnes distinguées , et d'étrangers de tous pays. Les députés des autres ordres venaient être témoins de nos déUbérations. Mous fûmes obligés de faire poser des barrières pour déterminer l'enceinte de l'Assemï^lée. Une sentinelle n'y laissait entrer que nos députés vérifiés; et )e me rappelle qu'un jour, entendant du bruit à cette barrière 9 et m'en étant approché , on médit que des députés nobles, pour éviter la foule du dehors, en avaient forcé la consigne et étaient assis sur des tabourets placés en dedans. J'allai à eux^ et je leur dis que je ne pouvais souffrir de les y voir^ que ce n'était pas là leur place, et qu'ielle était ^ur les bancs, aux places destinées à la no- Messe. Je les invitai à y passer, et sur4e-chanip ils se r^etirèrent.

Malgré l'ordre que le roL avait donné , nialgré .

^ Bàltht. %^f

hi consigne y les dépuAes , nos gardes faisaiwt m^ trer; A y cpoique l'entrée ^e notre $aUe f«t întar^ dite 9 il y wvkl toujours plus de siic ^nts spectar t^rs.

Après le rapport des commissaires , j'ai qowmvnr nique à rAssemUée les exp^tioos dfis 4eQi£ dé^ djratioDs du roi ^ lues à La séance d Ver» et ^ç M. le garde-desr«ceaiKX m'avait adressées; eUes n? funsnt ni relues^ ni .discutées. On proposa de \f^ annexer an procèsrverbal y avec la note fowr mér moire; d'autres, powr^ recourir en cas ds besoin, L^Assemblée {dus sage ariéfa y piu*ement et slmjd^raetit, qu'elles seraient annexées au procèscr verbal de ce jour. Ensuite oa décida qu'il y aurait une imprimerie à Versailles, à la suite de l'Assemr blée. M. Baudouin fut agréé pour imprimeur, et il prêta serment.

M* Mounier a fait la motion de faire uoe.dépur tation au *oi , pour lui exposer que les repcésenrr tans de la nation doivent avoir la poUce du lieu de leur assemblée , que la garde doit.etiîe k Ifiprs ordres , et qu'il n'y a point de délibération libre où existe une force armée. L'arrivée de l^jmajoiâté du clergé a suspendu la délibération : cette majorité est «ntrée , conduite par le vénérable arcbevèqi»0 de Vienne , et avec une marche gt^aare et majestueusej je «le rappelle encore l'impression de joie mêlée de vénération que j'éprouvai en ies voyant. Cet^ippareil, cet acte qui îafiuait mr les ]^us grandes destinée* > avait quelque dir^sp qui

tàHS MÉliOIRES '

iiiij)riniait le respect et radmiraiion ; et alors , en songeant à l'utiion qui s effectuait ^ je la comparai à la jonction de deux grands fleures qui mêlent leurs eaux pour aller ensemble fertiliser les campagnes.

Nos nouveaux collègues furent reçus avec les plus vifs applaudissemeris ; quoique M. larchevêque de Vienne ne fût ni président^ ni doyen du clergé , l'Assemblée voulut par acclamation qu'il eût un fauteuil au bureau et à côté du niien. Il s'y plaça , et il dit :

(c Messieurs , la majorité du clergé a délibéré ce M mâtin dans la salle où étaient assemblés les dépu* » tés de Tordre aux états-généraux , qu'il fût référé » aux trois ordres réunis, du contenu au prôcès- » verbal de la séance royale tenue hier. Je. prie » l'Assemblée à laquelle vient se réunir la majorité ;> du clergé , de procéder incessamment à la vérifi- » cation commune des pouvoirs des membres du }} 'dergé , qui ne Font pas encore été , pour qu'ils M puissent délibérer dans l'Assemblée générale des » représentans de la nation ^ de ce qui s'est passé » dans la;séance royale dont je viens de parler. » .

On adjoignit M. Dillon , curé du Vieux-Pouzanges , à nos deux secrétaires , comme pn avait en quelque sorte adjoint M. l'archevêque de Y^i^nne à la présidence. M. l'archeréque de Vienne y dans (SOU ;disc6uiS)du 22fy avait dit que.le clergé veoait seulement pbur la vérification commune des pour- voirs; ici^ il. demandé qu'on délibère sur les faijl^

De BAILLY. a2Q

de laçj^aace royale , el cela danç^ rAssemJ)lé^ ^éné? raie de la nation . La question du vote par tête est résoli^ sans avoir > été proposée ; runion'est com^- {4èle > intime^ et les mesures quon avait prises^ pour l'empêcher y n'ont servi qu'à l'accélérer.

On a fait ensuite l'appel nominal des'men^res du clè^é présens, et on a rendu compte des pouryoirsdéjà vérifiés. J'ai fait part à l'Assemblée d'une Lettre de M. Necker , par laquelle il me priaU d'être rînterprète de sft reconnaissance aupi^ès d'elle pour les marque^ d'estime et d'intérêt qu'il venait d'en recevoir ; il parlât de^ nombreuses visites de députéfiî qu'il avait ^ues la veille > et auxquelles je n'ar vaîs pas voulu joindre la mienne. L'Assemblée a vivement applaudi ; et j'ai offert de témoigner à M. Necker l'impression qi^e sa letlrç avait faite sur elle; et en conséquence j'allai le voir daïiç l'api^ès-midi.

'Ce même aprèç-midi , la minorité du clergé asr semblée en la salle ordinaire , avait prolongé, sa séance fort tard ; le peuple , un peu nombreux , accueillit assez mal les différens membres à leur sortie» M. l'archevêque de Paris , entr'autres , fut suivi , hué , et sa voitui^e fut assaillie de quelques pierres- On fit' marcher des troupes , monter les gardes-du"corps à cheval pour contenir et dissiper le peuplç^ Je ne sais ce qui put attirer cet orage sur Mi 4^ Joigne. Sa vertu «t sa faiblessè.devaient len prér server ; ses intentions étaient pures , et sûrement il n'était pas le chef des dissidens, il était seulement

ïiëttiAÉtêi leôrôîs qéë là depûtation y vraie on home ^ Mtë pàt lé dergé séerètemeât et û^his là dtiit du if àû iSâii i*oi > à Marly , y toAtrîbuâ beaucoup^ lie j^ëiîplé ëci ëtait pigéveâù , on avait ajouté tiiiUe circoB^tatices y sans ddule fatiôses , potir ranittter. Oii diâriit <^e M. Farcbevéquô de Pari^ était à la tête^ qtiHtâVàil pôtië le értitifixy et cju'il s^ëlâit jeté iàiiS genoux du roi j c éi^t ainsi ^*oâ excité le peuplé : îiiais pô*rïn|uoî contre ràï*chèvêt|tie de Paris? Lé lei^delnàiù on prit des prëcàùttoilisr; on fil des pa-^ ti^MiilJés dé gàrdes-frànçàises e( suisses autour de la sàUe des états ^ jàà^îue vers ijùâtte heures. Détti ésèadrons dèls gSrdes-duHcbirps s'y ttàttspôirlèiPeét à ùrié heure : on fit rester ceu^ qui devaient rététitnèt» à Sàint-i<îermain ; on fit venir uÉl iloiivëdtt dë^ lâchement de husèards^ qui furent dispet^és dans dlflferehs quartiers dé la ville (i). Mais éét àppai*éîl militaire qui augmentait tous les jour^ ét^it ttès^^ inconvenant dans le lieu où siégeaient lés représentans de la nation.

Jeudi 2(5 jidn. -*- L'Assemblée nationale s'est encore accrue : huit curés ou eodesiastiqùés et JVÏ. le recteur de FUniversîté éé sont réunis. Le euh? de Sain^t'Loùis deGiendttqué ses cahiers portaient le vœu de la délibération par tête. Comme il y avait quelque doute à cet égard sur les intentions du <^rgé y qui n'avait annonicS d'abord que celle cfe concourir à la vérification comUaune des pouvoirs^

(i) Point du j'our^ h« VIII.

DE BAILLY. 25t

je saisis cette occasion d explication ; je liai éis : « Vous vous réunissez donc à la majorité de votre )) ordre , et vous venefc dans cette salle pour tôui> jours? » Sa réponse affirmative fut suivie desap** plaudissemens de toute l'Assemblée. Nous atteri^ dions un renfort plus puissant à dix heures : (ib qu on appelait la minorité de. la noblesse arrivia dans la salle : elle comj^renait 47 députés. Maïs }i& crois qu elle n'y était pas tout entière : quoique faible dans la chambre de la noblesse > elle y étatt plus forte que ce nombre. Des raisons particulières, et même , s'il m'en souvient bien , de politique pour l'intérêt national , y firent rester plusieurs députés. J'en juge même aujourd'hui par une circonstance'; c'estçqu'en parcourant la liste, je n'y vois pas M. de LdFayette(i) dont les sentimens étaient cependant déjà connus. Mais cette arrivée était un événement important ; quoique l'Assemblée nationale , déjà forte par elle-même , eut acquis la pluralité des états-générauK par la réunion du clergé , c'était beaucoup que la noblesse fût divisée , et qu'ayant à combattre les préjuges souvent plus puissans que la raison, on n'eût pas l'ordre entier contre soi.

(i) Je lis daiis une brochure , J.-P. BrUsot démasqué par Camille Desmoulitts , en parlant de M. de La Fayette , pag. 35 : « Et sa proy» tefttatioiji contre la rëimion des ordres , d'abord secrète , mais ré- » vélde ensuite par ses co-députés indignes de ses pcffidies. » Cet écrit n'est pas une preuve ; mais l'original de la protestation doit êtie dans les actes de la noblesse , et son innocence y sera bien - reconnue.

pi^2 MÉMOIRES

; JM[.;de Clermont (i) demanda la parole , et dît : (( Messieurs , les membres de la noblesse ^ qui }% viennent en ce moment se réunir à l'AsseMblée .»; d^sétats-rgénëraux , cèdent à l'impulsion ct.jJem' jBt conscience ej remplissent un devoir ; mais il se j), joint, à cet acte de patriotisme y un sentiment ,>> douloureux. Cette conscience qui nous amène *, » a retenu un grand nombjife de nos frères. Arrêtés >^ par des mandats plus ou moins impératifs , ils A), cèdent à un motif aussi respectable que les nôtres. )^ Vous ne pouvez , Messieurs , désapprouver notre ^,. tristesse et nos regrets.

» Nous sommes pénétrés de la sensibilité la » plus vraie pour la joie que vous nous avez témoi- »i gnée. Nous vous apportons le tribut de notre w zèle et de nos sentimens ^ et nous venons traw vailler avec vous au grand oeuvre de la régéné- » ration publique. Chacun dç nous se réserve de » faire connaître à l'Assemblée le degré d'activité A), que lui permet sa position parti culièrfs. »

J'ai répondu : « Messieurs , votre présence ré- » pand ici la consolation et la joie. Nous disions , n en recevant MM. du clergé ; qu'il nous restait » des vœux à former , qu'il manquait des frères à » cette auguste famille; ces vœuxont été presque » aussitôt remplis que formés. Nous voyons un » prince illustre , une partie imposante et respec- » table 5e la noblesse française , nous nous livrons

( 1 ) Clermonl-Tonnerre.

jv à la joie de la recevoir, à l'espérance d'y voir » réunir la totalité de cette noblesse. Otii, MéssieuFS, }) ce qui nous manque nous sera rendu ; tous nos }) frères viendront ici. C'est la raison et la justice , )) c'est l'intérêt de la patrie qui lés appellent et » qui nous enj:épondent.

>i Travaillons de concert à la régénération du }) royaume, au soulagement du peuple. Nous por- » terons la vérité au pied du trône , et sa voix sera » entendue par un roi dont la religion peut être » surprise , mais dont les intentions sont justes et » la bonté inaltérable. » '

La nouvelle de l'arrivée de cette partie de la noblesse fut bientôt sue dehors. Le peuple s'y attroupa. 11 voulut entrer; il força la porte, et bientôt un certain nombre parurent dans la salle : on les fît sortir , et je fus chargé , avec MM. de Vienneet.de Clermont-Tonnerre , d'aller parler au peuple qui était dehors ; nous allâmes dans la galerie de bois où il était en foule. Nous lui dîmes > que les ordres se réuniraient successivement pour le bonheur commun , et que l'Assemblée attendait la plus grande tranquillité de la part du peuple. Il se retira sur-le-champ. L'Assemblée se com-» porta en cela avec une grande sagesse. Elle se plaignait avec raison de la garde , de la consigne , et de l'interdiction de sa salle aux étrangers ; elle s'en , plaignait comme d'entreprises contre ses droits ; mais elle pensait que, daiis ce conflit d'autorités , ce n'était pas au peuple à juger ; et elle

connaissait tout le danger qu'il ne respectât pas ia ^rde çt méconnut les consignes.

On procéda ensuite à 1 appel nominal de MM. de Ja n^lessô ^ et cm adjoignit seize d'entre eux au jcomiié de vérification.

M. de Clermont fut appelé au hyreau^ et placé à xiiagaiicbe> contnne M. de Vienne l'était à ma droite.

On arrêta une députatîon, %u roi , pour lui porter les plaintes de TAssemblée sur ce que le lieu de ses séances est environné de soldats armés , son Jenirée interdite au public ^ et pour lui représenter que la police de la salle où l'Assemblée se réunît ne peut appartenir qu'à elle-même. La députation fut de vingt-quatre membres ^ six du clergé y autant de la noblesse , et douzse des communes.

On finit par le rapport des pouvoirs vérifiés. Au moment de lever la séance y j'appris que M. de Bennecourt avait été mis aux arrêts y pour le compte qu'il avait rendu hier à l'Assemblée. Je fus Irèsaffîgé du malheur de ce brave bomme. J'écrivis sur-lô-cbaxnp à M. de Villedeuil y pour demander sa. liberté ; j'engageai quatre membres de TAssem-^ h\ée k yoit M. de La Chapelle^ qui avait ordonné les arrêts , et M. de Villedeuil , de qui cela dépendait, comme ministre. M. de Villedeuil me répondit qu'il prendrait les ordres du roi. Il les prit 9 et M% de Rennecourt eut sa liberté le lendemain.

P^endredi 26 /m/2* -— A Touverture de la séance , MM. les évéques d'Orange et d'Autun , ensuite

BB BAILtY. :)S5

deux cufës^ poid MM. de Gréci > de Saintr'Albin et DcHonnen y députés de la nobles^ i sont vebus s^ réunir à FAssemblée nalionlde. Toutes tes acees^ sîoûs^ cpii nousfonîfiaietit tous les jours ^ rendaient la réunion complète inévitable*

Ce jonr fut' remarquable psgr Tadbésion de la ▼ille de Paris aux arrêtés de FAssemblée nationale» Ce fut la première que reçut l'Assemblée ; l'enhpressement des autres villes a été le même ^ mais Paris était la plus voisine r ce fi^t la plus solennelle et la pkfô importante , parce qu elle venait de la capitale ^ d un pli» gï*and nombre de citoyens ^ et que le voisinage offrait un appui et un moy^i de |i]^tection«

Il faut dire qu*en vertu d*un de no^ arrêtés du lo mai à rassemblée des électeurs^ et paf lequel il avait été décidé qu'elle continuerait ses séances , il len avait été question sans que ces séances eussent été reprises > du moins régulièi^ement , puisqu'il n'y a point eu de proces'-verbal. On m'avait engagé ' d en parler au ministre , et en efiEet j'en parlai à M. de Villedeuil. Il me répondit que la missioik déSséleeteur» étaht finie > il n'y avait pas lieu à s'assembler; et je ne voyais rien à répondre à cela. J'avais pensé de mérarele to mai lorsque Varrêté fut pris. Je pressai cejiendant M. de Villedeuil ^ et. il me dit qu'il soumettrait la demande à la commission nommée par le rci pour juger tout ce qui cohcerdiait les assemblées priànaires. La commission décida qu'ils ne devaient point s'assembler.

^Z6 M^^MOIKES

Heureusehient les iélecteurs- de Paris ne se rendireïit pas; la circotistaQcede ta sëatice voysAe y iqui donnait des inquiétudes pour rAssemblée nalio-^ iialêj nécessita d'autant plus cette minion ; et le 25 juin il y eut à la sialie du Musée , rue Dauplmte, une assemblée de$ électeurs du tiers. Les choses s'y passèrent en petit, comme à l'Assemblée na^ tionale eri grand. Quelques députés nobles se présentèrent à cette séance ^ et quelques députés du clergé le lendemain, qui furent admis; mais la yerité est que les uns et les autres furent en petil nombre. Dans la séance du ^5, on arrêta de demander une salle à rHôtél-de*Ville, ou djoit se former et se tenir toute assemblée représentative de la ville de Paris. On y arrêta aussi une dépuration à FAsseinblée nationale. :.

-Électeur conime ceux qui la composaient , j'eus rhonneur de la recevoir ; et après avoir' voté avec eux comme un des représentans des citoyens de Paris , j'eus k plaisir de leur répondre comme préisident -^de l'AssemWée nationale , et de faire padër la^ nation a la ville de Paris.

- lia. députation se présenta, et Mv Moreau die Saint-Merry; portant la parole et exprimant les sentimens d'amour el de reconnaissance dfs habitans de la capitale ^ a préaei^é. Tarrêté suivant : ~ « L'assemblée des -électeurs de la ville cfe Paris , » pénétrée de respect et de ieoonnaissance pour la » conduite sage, fêrt|[ie > et patriotique de l'As- » semblée nationale ^profite du premier moment

w OÙ elle a pu se reunir après des. tentatives inutile^^ » pour lui porter l'expression de tous ses sexui- » mens y et déclarer son adhésion aux délibéra- » tions de TAssemblée nationale et particulière- }> ment a celle du 1 7 de ce mois. Elle en soutiendra a les principes dans tous les temps et dans toutes » les circonstances. Elle consacrera a jamais dans » son souvenir les noms, des députés du clergé et » de la noblesse qui se sont réunis à l'Assemblée >} nationale. »

J'ai répondu : « Messieurs , l'Assemblée re- M mercie MM. les électeurs du tiers-état de Paris , i) des sentimens qu'ils lui ont témoignés par votre ^M organe. Nous sommes charmés que vous soyez » ici les témoins du zèle qui nous anime pour le » bien public; et vous redirez aux dignes citoyens » qui vous envoient vers nous^ que les ordres sont » en partie réunis , et que nous espérons qu'ils le » ^seront bientôt complètement. »

La députation a été invitée à s'asseoir^ à assister à la séance; et ce sont les premiers étrangers qui ont reçu cet honneur y si prodigué depuis.

L'Assemblée a été presque entièrement occupée de rapports de vérification de pouvoirs. Il y avait ij^ne réclanaation contre la députation de Dauphiné. Le bureau la jugea mal fondée^ et les députés furent admis. M. de Vienne en remercia l'Asseml>lé0 , et dit que le Dauphiné avait droit à s^.Qonfîançe pour son zèle potir la chose publique. ÇoUXe. province, est en effet celle qui ^ sur plusieurs

i238 MÉMOlKfiâ

points , a préve^iia l'Assemblée natkmale , et a acmné , bîen avant la tenue des états-généraux , les premiers exemples d'union y de civisme et de courage.

MM. de Lally-ToUendal et de Clermont-Tennerre ont déclaré que leurs mandats ne leur permettaient pas de voter par tète ; et ils ont dit qu ils consulteraient l'opinion de leurs commettans , et que jusque-là ils s'abstiendraient de délîbéf^^r. M. Target avait proposé de traiter une grande question y celle des mandats impératils et des pouvoirs limités ; maïs elle a été renvoyée après la vérification entière des pouvoirs. Dans ce moment on a vu entrer M. l'archevêque de Bordeaux^ conduisant M. l'archevêque dfe Paras ^ et sa vue excita une grande joie. C'était l'archevêque de la capitale 9 un des plus considérables de la hhporite du clergé ; et d'ailleurs , pourquoi u'aurait-on pas pensé que sa vertu intacte et universellement reconnue manquait à l'Assemblée ? Il dit, en exprimant les sentimens qui lui étaient naturels : « Messieurs , l'amour de la paix me conduit au- » jourd'hui au milieu de cette auguste Assemblée. » Agréez, Messieurs, l'expression sincère de mon » entier dévouement à la patrie , au service du roi » et au bien du peuple. Je m'estimefais trop heu- » reux , si je pouvais y contribuer aux dépens dç

ma vie. Puissé-je concourir à la conciliation si » nécessaire , et que j'aurai toujours en vue. 'Heut- » reux encore, si la démarche que je fsâs en pe ma*

DE BMLLY. 259

M ment peut contribuer à cette conciliation, qui » sera toujours l'objet de mes vœux, »

Je répondis : w Monsieur, T Assemblée s'ap* » plaudit de votre présence. H y a long-temps » que ses vœux se portent particulièrement vers >i vous ; et Tacte de paix et d'union que vous M faites aujourd'hui est la dernière couronne qui » manquait à vos vertus. Je dépose ici les sentî- » mens de bonheur et de reconnaissance qui sont M restés dans mon cœnr. » Quels beaux jours ! quelles touchantes réunions, et combien il était satisfaisant de voir l'Assemblée nationale s'agrandir, et les difficultés ,• les obstacles fondre et disparaître devant elle.

On annonça une députationde la noblesse. On objecta que depuis la constitution de l'Assemblée on ne connaissait plus ^ aux états-généraux , de corps hors de son sein , et qu'on rie pouvait plus reconnaître un ordre de la noblesse. Il m'a été enjoint de leur déclarer qu'on ne pouvait les recevoir que comme dés députés dont les pouvoirs n'étaient ni connus , ni vérifiés. On a même décidé de ne point aller au-devant d'eux comme on avait fait jusqu'ici ; je craignais ces résolutions rigoureuses et extrêmes qui augmentent les divisions. Oa ne pouvait disconveniip que cette résolution ne fia, conforme aux principes. Les états-généraux étaient tout entiers dès lors à l'Assemblée nationale depuis là réunion de la majorité du clergé et de la minorité de la noblesse. Cependant, la ma-

24o MÉMOIRES

jôrité de cette noblesse pouvait encore prétendre à représenter Tordre . Nous pouvions opérer skns lui y il était hors des principes et de sa place ; mais Tordre existait encore comme corps. Les députés nobles réunis proposèrent d'aller au-devant , ce qui leur fut peritiis, et cela sauva les apparences. Les députés apportaient un arrêté pïis la Veille, qu'il faut transcrire ici.

Extrait du procès-verbal des séances de MM. les députés de la noblesse aux ^tats -généraux , du 25 juin 1789.

u L'ordre de la noblesse , empressé de donner » au roi des marques de sa fidélité et de son res- » pect j pénétré de reconnaissance des soins "per- » sévérans que Sa Majesté daigne prendre pour » ra^mener lesiordres à une conciliation désirable ; » considérant combien il importe à la nation de M profiter sans délai de la Constitution indiquée » dans la seconde déclaration du roi , lue à la séance , » du 25 de ce mois; pressé encore par son désir de M pouvoir consolider la dette publique , et ratifier » Tabandon de ses privilèges pécuniaires , aussitôt )) que le rétablissement des bases constitutionnelles M lui permettra de délibérer sur ces deux objets , » auxquels Tordre de la noblesse attache l'honneur » national , comme aussi le vœu le plus cher de ses » commettans; sons être arrêté par la forme de » ladite séance, pour la présente tenue d'états-

X DE BAII^LY. â4t

1^ igéDëraux*seol0Oient y et sans tirera conséqaetiGe » pour Favenir, a accepté purement et simple^ ïi ment les propositions cou tenues dans la pre- M mière déclaration du roi ^ lue à la séance du ^5 » de ce mois. ^

w En conséquence 9 et pour exécuter Tarticlé V » de ladite déclaration , a arrêté que Sa Majesté » serasnpi^ed'assemblerlanoblessedesi bailliages M dont lés députés se jugeraient liés par des inan- M dats impératifs, afin qu'ils puissent recevoir île » nouvelles instructions de leurs commettant ,<et » prendre' au pkitôt en considération y dans la forme 1» indiquée par lé roi, les articles contenu dians n ia s^onde déclaration des intentions de Sa Ma^ » jesté y que Tordre de la noblesse considère coinme » le gage ' le plus touchant de sa justice et de son » amour pour le peuple. »

Je ne ferai point de remarqua» sur cette pièce. J^ol^rverai seulement que la n(^less€v avait a<fiiéré jusqu'à- un certain point, la veille, à deuxdélibérafti^os qu'elle allait abandonner demain. J'ai répondu : ^ • (f> Messieurs , l'Assemblée nationale mecharge D de vous dite qu'elle n'a pu vous recevoir et ne h pei{t vous. reconnaître que comme des députés i> nèbles non/ réunis , comme des gentilshommes M. nos comdtajens et nos frères; et elle s'est portée 21 a:vous adinettre avec d'autant plus de jplaisir^ » qu'elle désire que vous soyeas les témoins des À veeux que nous ne cessons de faire pour votre I. i6

A , mimioD il cette anguslQ ^sfiW^blée f . qwë vous >» tombiez» OOMS laisser espérer. »

En effet ils demandaient rA^semUée des baîU litgfis y pour être àatorisés à voter par tête y aiâ moins dans les cas indiqués par le roi } ils mon-^ tyaient donc l'intention de chercher Itn moyens de seréfioir. . ....

Qà idét m'annoDcer unedépiitatioiidttPalms^ Boyid. J^étaîs^ instruit des assemblées qui s'y for-** niaicnit^' d« mouyement et de la fermentaâon quî y Tçgnaieat. Quelcpe opioîoâ cpie loa pèt airoir sur là; légitimité et Ititilité de ce% imnnwfneasti il ae &iUatt pas dans ces eommeneémens fes mettre contre sol; et , quelque irré^jnkrité qu'il y eût à raoe^voir une députation de personitôs im^untieB et Bomiâs aans qualité, j'dbservai à rAsaeofnhlée q«i'il y aurait du danger au refus^ et j'<ditins leur adim»* sion. Ils se préaent£areii4 avec beaucoqp de déœnce ; et Tùa d'eux y^SL de: Maillj, portant la. parote/hii l'ailreste^snitanle y qui fit .plaisir à l'Assemblée:

A :Mon6ie«nrleprésidehtyqtioî^petQuslèseiloycla8 » de Paris reconnaissent que leurs vœux sont légiti«^ », mément et siiffisammeht exprin^ par l'àssemn rblée^ de leurs électeurs^ un graod lAonbre d'entre h ëufc bot pensé que, dans l'ardeur du zèle qui les M'Quiime^ il leur était rpermis de \mi6 ea 'faire jut parreliirle téitioigaage d'une mamàrepkis im^ V niéd^ate. Sachant avec quelle dâgutté, quelle A activité et quelle fe«9iieté vous remp&sez les A' glarietis^s et pémUles fonctions qaî vous sont

BS SAlLt/t. ^S

» xsùnRéeê^ ils ne pettwni différer plus loitg^li^taips » de vous marquer leutf profcMde Mn^bilild. Vos . » effon&^ secondes par ceux de taua nos reprëgen* » tans y ODt d'abord fondé notre confiance. Le » calme ^ la sécurité et la joie que nous goûtons » après* des foucs de troubles y d'alaitnes et de » chagrki^ sont encore l'ouvrage de votre ^XHn-- » muni^ ardeur redoublée par les circonstances^ » et celui des autres membres aujoiïrd'htil r^uiiis:;

» Pënélrës d'une }iiste admiràddn fù^t tant » d'actes patrtot^ues 9 nous vous suppKoàSy MéUr » sieur, de vouloir éttt» TiiAèrprètë de nos sin^ » mena auprès de nos repréiiefntàib , 4èM i'aâie » sublime s^^t manifestée eomlrageiisemeîMi' Mù* » près des ilhislres et respectables tfiéitlbres du » dei^é^gjCfui se sont publiquement déclarés nos » frères, et qui, par leur réunion à rAssèmMée M înâtionale , ont acquis mi nouv^an tiî-fe' aux » hommages de la génération présente e¥ à cêiuc » d6 la postérité}' réunion qui impriiniera dans » l'esprit des peuples un caractère poiir'àânc(i-4ira » plus sacré aux délibérations qui <iioivent' leur » servir de lois; enfin, auprès dé' ces^ éitOj^ens » nob^, qui sont disposés a cohfondi^j^l^tftêrèt » pât'ticuUer dans l'intérêt géhéral, éHk ne cher^ ») cb^ leur bonheur que dans le bpiA^r detous*

M Quefievsqtisfaction pour no«$ dé voir parmi }} eux le premier prince du sang , o^et de la véné- M ration publique ! Il ne nous serait pas possible de » "VOUS piBiéÀris avec assez 4'énergie, Monsieur, les

:^44 MéMomBs

» s^nttmatis 4e ious lès t:itay€ns, au nom de qui ,j!t noii$;vyûs parl^os^, leur amour pour leur roi , ^ leur dévouement à la pairie, leur tconfîauce .eu » Isejsreprésentans. Nous nous bornons ;donc à vous » e3q>rimer ceux de recoupaiis^smce et d^ respect » arec lesquels nous avoQs tous^ ThoiuKur d être , j) .Monsieur le président, les très^humbje$ et très- ^1 phéîssans.seryitei^rs et frères. » Et ce discours est svâ^i.d'uû. gtjaud nombre de signatures.

. Cesr sentim^f^ .n^ritaiept d'être bien accueillis p«tj; Jt'A^e^^Uié^*. Ou me sut ^oa gré d avoir fait aidoi^ttrela d^pMtatic^. En effet .lesi;fssfanb}6mens 4ç,.(i0 fPI^0inQi^t Q'ç^a^t point séditipi^Kj ks évéi^epi^ViiJl 1^ avai^iU^uaturelleno^çcitprovoqi^. Les atrèté^df^: 17 et du ao ont excité radmiratipn et la reçoetom^tiQe des; citoyens. La séanpe du a5 leur #;:4ç#P^ <l^s iaqui^li^de^, et ce sont ces émotipns ài^T^t^s «et cea «iio^vemans qui les portaient les uosMVjegSïleft.wtKQs, Je leç^r réppn^s :

. ; î ;)) ) I^Irmisi^miS > q^oiqu^yous ne soye» pas envoyés ^ |iar^.uue^a3semb)ée régulièrement cou v^oquée^ » l^AjsîseoibMcii nationale af ; cru pouvoir vous ad- » mattl^eï* , Elle remercie les citoyefis dte Pftris des I) .téiffîiaig^?i»g6$ de^satisfaction qui lui spnt «pressés. j> Yov^i étii^.téipoins, Messieurs, de llunionqui >).i!^gde':49il^.. dette ^ssomblée oii.now. voyons, M a^^clajpi^ l^phi3 vive, i^éger al)ji9tucd'lmi votre j) digne arch;eyêque. Vp^s çoU<piaâ«z oçtre »èle, » ,et von^ pouvez iustriidre la( capiluki c|ue bous » allons travailler avec ardour .a^ biittir pjyd>^^

*) Mais l'Assemblée croit devoir iaviierçtoug leà^ » habitans de Paris à calmer l'agitation qui potir-i » raîts^éleverdansle peuple', et à lui faire regarder » la paix commel le premier moyen neceissairé att » travail de TAssembiée nationale et à la rëgéné- » : ration du l'oyaume . - »

L'Assemblée était en effet bien persuadée que la paixétait nécessairék la régénération du royaume .. Elle pensait que cette régénération 'ne pouvait être effectuée que par le bon droit et par les lumières;^ Elle .était bien éloignée de croire , comme quelque» personnes l'ont pensé depuk, que les mouvémena populaires pussent être utiles àJa chose publkpiey et nécessaires à la défense des députés: l'Assemblée^ dans ces momens où il pouvait y avoir dû danger, sans inquiétude pour elle-même , ne voyait que la chose pubHque, la constitution future , dont la pair devait être le but et le moyen. On n'a point aissesi vu, par la suite , combien les troubles et le défaut d'ordre ont fait^d'ennemis ou dumoins d'indiffé*rens au nouvel ordre de choses, et ont favorisé ceux qui. voulaient le renverser.

J'ai proposé à l'Assemblée de renommer ses of-* ficiers , ou du moins son président , afin que la majorité; du clergé et Ips nobles réunis pussent y concourir. L'Assemblée , MM. du clergé et de la noblesse, parliculièrément., ont voulu que je' continuasse mes fonctions. : . '

On ^fil lecture du projet d'adresse au toi , arrêté dans Ja séaûce du sS.juie ; et M. de.Vienn^IrAidiJt

â4& viiiioifiEs

coti^fe^ 9 qia*a jint £sît les démarches nëcièâàifés > afio d'obtenir une amcUence du roi pour Im dép«(a« tkm 9 Sa Majesté loi avait fait répondre <pi'elle \m ferait connaître ses intentions. Le minière élait embarrassé* 11 n'était pas en doiite sûr ce que dirait la députation ; mais il fallak déterminer ce ^fuà serait répondu* On voyait bien que le coup q«'on avait voulu porter le ^5 ^ était manqué. La lentieté de l'AssemUée nationale étonnait. Vojrant qu'on ne pouvait annuler ses arrêtés précédées y et ce qu'on appelait ses entreprises y ne pouvant plus rien sur le passé ^ on voulut remédier à Tav^iir* On pensa qu'il fallait presser la réunion des ordres qu'on avait tant Suspendue et redoutée y envoyer la majorité dé la noblesse et la mincMrité du clergé à l'Amâmblée nationale , pour tâcher d'y éts^lir tm contre*«poids ^ et gêner sa marché ^ pour la ra-* lentir.

Le Journal de Versailles dit ^ n^ 7 , ^^VP^* P^ 49 >que^ la séance de ce jour étant levée ^ le courrier du dergé vint annoncer une députation des mmrw bres restés dans sa chambre. Il lui fut répondu que la séance était levée ; mais que , d'ailleurs , le dbrgé étant dans l'Assemblée ^ on n'avait aucune députation à recevoir de cet ordre* Je n'ai point mémoire de ce fait.

J'ajouterai ici un autre trait qui mérite d*ètro conservé. On dit que ^ ce jour y la majorité de la noblesse étant assemblée dans sa chaml^rè ^ on a agité la question de la réunion totale y et que

1^ 8A1IXT. 34^

M. de Montca&si a dit : ce J'ai trmze'miâeiivre&«b » seqte ; f en sacrifierais là moitié pour obtenir n ce<te nraniofii si désirée y et n^s six enfasis ûe » sae dévoueront pas. » (Point du Jour ; I y pé Ga. ) Trait sublinae et vraiinent plitriotique y et qui montre ee qu'on aurait pu £airé d'un accord unanime ^ si des esprilsioal-intentionnës n'avaient pas fomenté k division . On prétend que la minorité du dergé s'étant assemUée , et le président ayant voula faire usage de sa sonnette y y avait trouvé écrit : Vox clamaniis in deserto. ( Ilûd. )

Samedi ay juin. — Depuis long -temps il s'élevait , dans l'Assemblée y des réclamations contre l'usaf^ déjàintroduitdesapplaudissemens. Plusieurs membres avaient demandé à plusieurs fois qu'ils fussent interdite ; mais lorsque là rè^e n'est que sollicitée y et n'est pas encore formellement établie y un président est assez embarrassé pour en essayer l'exécution • Le premier exemple de cette exécution peut déplaire au mend^re qu'on applaudit. A là lecture du procès- verbal d'hier, je crus avoir trouvé une occasion très-favorable : la réponse que j'avais faite à M. l'archevêque y avait été fort applaudie. Je voulus «npêcher qu'on ne la relût avec lé procès-*vîsrbal y comme étant suffisamment connue ; le se* crétaire la relut cependant. Elle fut applaudie de nouveau^ Je mie levai y et observai à l'Assemblée la règle qtt*elle s'était proposée, le danger que^ les tribunes mêlant leurs applaudi^semens à ceux de là «ealle , cette liberté n'amenât quelque jour côHe Aà

^4$ UÉMOmES

murmure et. de Fimprobaiion. J'c^iservai <|cieJe silence.^ qui. annonçait le recueiUem^nt , arail bien plus de ^nité« Je fus interrompu, par un applaudissement universel. La règle fat enoore écartée^ et cette désobéissance^ dont je ne .pouvais pas me plaindre^ anmsa beaucoup FAsseni^lée. Ce qu qp demandait était akirs trop sévère ^ et n'était pas possible. Sans doute la gravité y le recueillement y le silence , sont la majesté des représentans de la/" nation. Il faudra que le corps législatif y vienne un jour : mais alors tout était daqger y fatigue , âé^ coiiragement ; toutes les propositions étaient délicates y tous les partis avaient des inconvéniens : il fallait être approuvé y animé y éleclrisé. Tous les hommes sont hommes , c'est-à-dire faibles. . Les sages, les législateurs de la nation étaient nouveaux^ et y pour ainsi dire y enfans d^ms la .carrière politique y et nous avions tous besoin du macte emémo* .

A l'ouverture de la séance y trois ecdé^aati^pœs se sont réunis à la majorité du cletgé. •

M. le comte de Pardieu y déjmté de SaîntrQnenr tin y avait fait une course précipitée dans son bailliage, pour demander le changement de soncpiaadat. 11 lavait obtenu y et vint aujourd'hui se réunir^ ainsi que M. le nuarquis de BouveMi, dépulé d'Agen.

C'était. avec une bien grande satisfaction, que )€ voyais toutes ces conquêtes, qui légitimaient tons les jours 9 de plus en plus^ et en détail^ la constitution de l'Assemblée. Une réunion plus grande e^

complète devait s'opérer ce J0or même. VAsBeair blëe s'occupa des rapports des pouvoirs vérkîésy ce qui ametaia la question de savoir si on admettrait les députés de Saint-Domingue 9 admis provisoirement dans la séance du 20 juin y et en quel nmn* hre ils seraient reçus. L'Assemblée décida à l'unanimité, et par assis et levé^ l'affirmative de la première question ; elle allait également prononcer sur la seconde 9 lorsqu'on annonça que la totalité des membres non réunis de la noblesse et du clergé allait se rendre a l'Assemblée. On jugea, convenable de remettre à traiter la deuxième que&« tion 9 après la réunion générale. Cependant y les députés non réunis se firent long*temps attendre. Ils délibéraient dans leur diambre. Nous sûmes que le roi avait écrit aux deux chambres. Voici la lettre qui fut adressée à M. le cardinal de LaRûthe*^ foucaaild^ et dont une copie nous parvint :

« Mon Cousin,

» Uniquement occupé de faire le bien général n 4e mon royaume; désirante par-d^sus tout que » l'Assemblée des états-généraux s'occupe des ob- » jets qui intéressent la nation, d'après l'accepta- » tion volontaire de ma déclaration du 2? de ce » mois; j'engage mon fidèle clergé à se réuni|^« » sans délai .avec les deux autres ordres, pour » hâterj'accpmpjiissement de mes vues paternelles.. » Ceux, qui sont liés.par lei^s ppt^voirs pet^vent y

n iattei*^ 4aaya donner de voix ^ jùsqû a 4e qâ.*il6 ea

« aient de nooTeanx. Ge sera une nouy^U^ nMc^

h qiilQ d'attachement qne le derg^ me doni»era»

M Sur ce je piâe XHeu y mon o^nsin^ qu'il vôte ait

^) «Q ia aainle garde.

» Louis. i>

L'Assemblée résolut d'attendre y séante teni^té ^ cette rranion y à laquelle il ne fallait pas i>ppoaer k moindre difficulté y dans U cminte de la faice manquar« Mais elle ordonna dé retirer les dénis £anteuilâ placés à côté du mien^ et qui avaient été occiipés par M. de Vienne et M. de Clermoat** Tonnerre.. Elle avait voulu reconnaître, par cet honneur, les obligations particulières que nous avions tons aux pîremiers députés réunis ; maisl'universalité deè états-^généraux étant iforanée y il n'y avait pins qu'un corps : il ne fallait plus qu'un seul président y qui devait être celui de l'Âsseiub-' blée nationale, constituée le 17 juin, et qu'elle avait nommé le même jour. Cependant un nombre de députés sortit pour aller diner. J'allai chez moi un moment : à peine y étals-je , qu'on vint me chercher, en m'annoriçant l'arrivée des députés des deux ordres. Je courus à la salle , avec une joie et une vitesse difficiles à peibdre. Je trouvai que tout le monde ^Vatt pris place au milieu d'une grande «affluence de spectateurs. Le dergé était à droite , ayant à sa tête M. le Cànfinat dé La Rochefoucauld y son doyen , è la pla<:e d'honneur au haut bout de la première banquette ; la noblesse à

gfttiekê, et son pré^idefnt, M. îe duc dé LuxeftiiKiiitç ) Ocê«i{iâ&t Une pltrée ^nkbhble. Mon fauteuil tldique était , comme à rôtdîdâire , devant le bureau > et vide. Je tny plaçai. Je fis demander à M. de Lm Rodiefoucduld et li M. de Luxembourg g'ik vôttlâîettt pàT4ef . lU me firent dire d'abord que iion . Et on ne peut diâcOnvenir que Ton \^yâit , èur les visages des nouveauic ventis ^ des marques de méeontentemeut et d*aigreur. Ou voyait aisément qnils venaient malgré eux. Mais il ne fallait pà$ s'en apercevoir, et tm peut bien s'imaginer que le premier moment avait pu être pénible. Je fis insister auprès de ces messieurs J et enfin M, de La Rochefoucauld dit : « BlessieurS , nous somïneS » conduite ici par notre amour et notre Respect n pour le roi, nos vceux pour la paix et notre t,è\û » pour le bien puMic. «

M. le duc de Luxembourg a dft : w Messieurs ^ » l'ordre de là noblesse a arrêté ce màtià de se » rendre dans cette salle nationale, pour donnet » au roi ded ttkarqties de son respect, et è la nâ- » tiott de* preuves de son patriotisme. >»

J'ai répondu à lun et à l'autre : wJtfessîéuW, le M bonheur de ce jour, qui rassemble les trois oi> M dreé, est tel que l'agitation, qui acôompagne D une joie vive, ne me laisse* pas la liberté d'idées » nécessaire pour vous répondre dignement. Mais » cette j^e nlême est une réponse. Nous posséi> dions l'ordt^ du clergé , nous possédons aujour^ » d'hut rordiie entier de la tioblesse. Ce jour sera

a5a MÉifoiEEs

' » célèbre dans nos fastes ; il rend la famille conah » plète : il finit à jamais les divisions qui nous^. » ont tous molueUement affligés : il remplit le » désir du roi ; et FAssemblée nationale ya s'oo* » cuper^ sai^ distraction et sans relâche , de Is^ ré-, » génération du royaume et du bonheur public. » L'Assemblée et les spectateurs témoignèrent leur, satisfaction par des applaudissemens et par des cris répétés de vwe le roi! J'étais alors debout, devant le bureau. M* le cardinal de La Rochefoucauld se leva, et se trouva bientôt près de moi.; J'entendis un membre du der^é qui lui dit : Monseigneur , il faudrait que vous levassiez la séance. — Vous avez rcdson, reprit M. de La Rochefoucauld; et il se disposait à retoiumer à sa place pour l'annoncer. Je Farrêtai : Monseigneur, vous ne pouvez pas lever la séance; vons n'êtes pas président. — Mais il est tard; personne n'a dîné. — Chacun est libre de se retirer individuellement. Mais*, quant à l'AssemUée , elle ne peut être rompre que par sa propre v(^onté; et c'est à son seul président, c'eçt à moi de la consulter. Il n'insista pas; mais il était évident qu'il y avait un projet dç me déposséder, et d'attribuer la présidence au dfoj^n du clei^é. Ma fermeté en imposa pour le moment. Je me rapprochai du bureau; et ayant réfléchi que chacun avait en eflet besoin et de repos et de diner, qu'une sorte d'agitation, et d'ivresse éloignait l'Assemblée du travail; après avoir consulté ceux qui se trouvèrent pr^ du bur

DE BAÏtlY. ^53

rean v'MMi Camtfs^ Pison , et entre autres M. te duc d'Ociéans^ p dia à rÀBsembtée que l'heureuse reuikîcm de ce jour 'ne lui permettait guère de se livrer 4ft^s travaux; que c'était un jour de fête y 011 la joie deviaiit être notre seule occupation ^ et je leirai la séance.

Je partis sur^le^clminp pom* Ghaillot^ et j'em-^ portai cette joie^' que je voulus répandre tout le long lie mon chemin. J'apprenais la nouvelle de la réunion à tous ceux à qui je pouvais parler; et je me «appelle^ qu'ayant arrêté à Sèvres^ où je vis quelques^^uusdes soldats qui y étaient de poste, et au nombre de. ces troupes que l'Assemblée voulait repousser au loin y je leiu* criai la nouvelle de ma voiti:»^. Ces soldats étaient des Suisses, et j'aperçus qu'ils ne contprenaient rien à ce que je leur disais. . J'ai appns depuis que le peuple , à cette ncMivelle , &'étaat porté en fouie an diàteau / avait demandé à'f;naods crk le roi et la reine. Tout était confondu dons les cûiytrs>|Nrélat8 , officiers , soldats , femmes, déptttés , peuple , etc. Le roi et^ reine ont^paru, et oat reçu mitte bénédictions , avec des cris de v«;e le roi-fivii^- la reine 1 et lorsque le. dauphin dfemaiidé)a: paru-, les mêmes acclamations ont recommejwé. La foule s'est portée ensuite che2 M» Necker , el; j'ai su qu'elle s'était aussi portée ches moi. Le; soir , il y eut ilhiaiination générale dans Vérs^le$r i( JRi^nt d^iJowr , n^ lo , page 67. )

Quand je fus seul , et livré à mes réflexions , j'adn()iimU^,$uccès7deia coipduite et ferxtoe des

C9niinu0a$. P^ h f<irpm de \^t ccmstilutioB oà ^^ elles avaient 9p)pi9lé les deaiR autre» .of€lM& , les » commuoes^ compo^imt la preiqve totalité de la !» oaUon,etcQti^p^Atlcis4w3iairtlw<mli«s|pCMi^ M ayai^t pU) s^m vsiurpatîoo« s'atirUkiar i(ms le» n^ droits des ëtats-gcnéraux y suppriver et vëfoblir Btn 1^ iipfi6ts Ulégaxix ^ e» boffi»^ k pcreeptioa pix>yîscÂre à la durée de la présente sctsâioÀ; par le ^rpieot du jeu de pmme y par la dédovatioii de rîiwiolaUlitë des députés ^ dles ont opposa une Iwrricre insurmon^lile à« ceux qui aiiraieiit été (entés de les opprimer; tu persistant dans lèvre ptrécédens arrêtée , a|^ès la séance royale y dks ont déclaré la souTêràineté de la natioa. Voilà ce qja'^Jle^ opt fait «ieides ; T<»là oe^ cpii fiit la haie de la coaslfitutLon frai^eaise» Tout est fioini de là» Les cQmn^^s^oat/Qtalilliebe^ elles^le centre da pouvoir nft^^ional et;60iitre.ldul)6rileniiinstériellfeet eoatM ^:;V:^^ d^^jqirdrea privilégies p (£est de ce centre c[u el)^ les, ont: attexidiia ; c'est Ja qu'ett^ les ont aUirés paii; iw^^nfk irrésistible ^et popla puissance des lumière^ :^ de. la. saigessà* Dans œ^ ooort intetf* YaDç de t&mfi ^ du xo au ^7 jnia ^ elles^^e sont en- YÎro^Ei^f fi d'uoê ^oire impérissable; iet $i ces 1«im^^^TN^ent tosqoursen FairaDlagr, si la sagesse çM é(é^âanfi tnterralle , la |dns grande et la pk» éïf^fifiWkQ rérokition d« monde se seradt opéi^ sans trouble ^5ans désordre ^ sans c#ap férir , M si^^out stos effiision de sang< ' ÏJgfi aùtoe remarc)iie iniportanle y c'est qM y par

D£ BâICtY. 3&&

h lettre sLdvessée aux deux premiers ordres , po«ir ienr demander de se réunir aux connqunes daus la salle générale , le roi reconnaissait tacitement la eonstitutibn. de FAssemblée nationale y établissait autant qu'il le pooTait le vote par tète y opérait la destruction des ordres et anéantissait lut^mèniq toutes les opérations de la séance royale. Il met** tait la dernière raaîcf à TouVrage des communes ^ «t ea consommait les résultats en même tempe quHl eei déclarait la légitimité. Mais ce n^était pae rintention du ministère : il en aivait une* secrètew Il ne^ faut pas oublier la déclaration du ^^ juin f elle est ici rappelée dans la lettre du roi. On vou-* lait tout établir sur cette déclaration ; on jugeait bien que^ les communes ne l'accepteraient pas ; oa envoyait les deux autres ordres à la déKbération conoLmune, pour faire mettre cet objet à l'examen^ et tenter d'y faire accéder.

Dimanche 28 jiân.. t^ C'était la première fois que je venais dans ma reU^aite de Chaillot rdepuis que j'étais ou doy^n de^ communes y ou président de l'Assemiblée nationale. J'y passais les étés depnid près de trente ans.^ et j'y étais asses» ainoé^es babi^ tans. La dignité dont j'étais honoré leur p^^iit une oecasioa de r^ouissunce. On me prévint )e ixiâlii^ que quelques personneô, qui m'étaieiit particu--^ lièrensent attacbë» et qui 4ravaiUwent pour moi , votikient tirer un feu d'artifice ^ et deman-* darieiib La permission que ce tiA dans mon jardin. J'objectai la dépense pour eux, l'en^Morras pou^

moi. On toe dit qu'on poserait une garde suisse dans nK>n jardin pour empêcher le désordre. Je ?is qu'il fallait ou les désobliger y ou consentir* Je cédai. J'eus 1# soir en effet un fort joli feu d'artifice ^ tout le jardin fut illuminé ; la maison ^ le jardin étaient remplis de spectateurs ; bourgeois , ouvriers > habitans 9 femmes , enfans, tout y était mêlé et confondu y et tout se passa arec beaucoup d'ordre f et de décence. Je ne dis rien de trop , en disant que je fus embrassé par cette foule presque entière qui se pressait autour dé moi y avec les plus yiyjes expressions de l'amour et de l'estime , une joie pure et douce , une paix qui annonçait l'inno^ cence : cette fête était vraiment patriarcale; elle m'a <lonné lès plus délicieuses émotions , et m'a laiisé.le pl((^ doux souvenir.

. J'avais reçu à cinq heures un courrier de M. le garde-des-sceaux y qui me donnait à penser. 11 m'annonçait poilr te lendemaîii^ chez kd, à Versailles^ une conférence avec les présidèns des deux ajuiNs ondres sur les arrangemens à prendre con* cêmabt l'Assemblée. D'abord^ forcé de retoiirner à Yçrs^^ le lendemain^ je perdais un des jours de xe!çm. àcmi j'avais^^ompté jouir dans ma retraite; ^jdmitejQ'. prévoyais bien que j'allais avoir un 'assaut à sputenir sur la présidence. .•

Lundi 29 juin. — Bien détetsunéjÀ ne rien cedex: suif la présidence y et à maintenir de toute <ma fermeté le droit que les communes avaient eu: pour me nommer^' et le droit que j'exerçaiàpour elles'dè

DE BAILLY. 25j

présider une Assemblée, à la vërîté augmentée, mais qui était encore telle qu elle s'était constituée; je voulus cependant consulter quelqu'un pour savoir si mes résolutions seraient approuvées, et si on ne me prpposerait pas quelques modifications rai*sonnables. Tous les députés étant dispîersés , je ne savais où en trouver facilement^ M. le duc d'Orléans me vint dans l'esprit; je savais qu'il devait être au Koule, je pris la parti de m'adresser a. lui. J'avoue ici ayec simplicité mon ignorance. Bien neuf à toute intrigue , bien peu instf uit des manœuvres qui devaient incessamment éclater, je l'étais encore moins de la part qu'on lui en a attribuée ; j'avais admiré, quand il passa avec la minorité de son ordre , et sa popularité qui trouvait la nation dans les communes, et son zèle pour la chose publique qui le portait à la réunion. Je voyais alors en lui le premier de la noblesse des états , et je le jugeai plus propre à m'éclairer*, et à me dire jusqu'à quel point je pouvais soutenir les droits contre les prétentions. Je fus au Roule , je le trouvai avec M. de Sillery ; je leur exposai la conduite que je me proposais de tenir, ils m'approuvèrent en tout et je revins content. Je partis à trois heures pour Versailles. Je trouvai chez M. le garde-des-sceaux M. le duc de Croy, vice-président de la noblesse, et la représentant en l'absence de M. de Luxembourg; M. le cardinal de La Rochefoucauld, assisté de M. l'archevêque d'Aix, pour le clergé. On mit tout de suite sur le tapis la question de la prési- I. 17

dence de l'Assemblée ; on me dit que chaque ordre ayant son président , c'était à celui du premier ordre à présider l'Assemblée générale. Gn me dit dans la discussion beaucoup de choses sur les prétentions du tiers-état, sur la marche y sur les privilèges et les prééminences des deux autres ordres dont je ne rendrai pas compte ici, et dont je ne me souviens même pas. Je me borne à ce qui concerne la présidence. J'établis d'abord qu'on ne pouvait pas opposer un doyen a un président, et le chef provisoire d'une collection d'individus au président d'une Assemblée légalement constituée, et que les individus ecclésiastiques formant la minorité du clergé ne pouvaient pas , en arrivant à l'Assemblée nationale , y changer l'ordre établi ^ et adopté par la majorité de cet cwrdre j^ ce qu'on ne put pas me nier : ainsi j'écartai M « le cardinal de La Rochefoucauld. Restait la noblesse et son président : les mêmes raisonnemens leur étaient applicables. J'observai qpe la réunion du samedi 2^ avait été complète; que son objet était la délibération en commun; que par-là, et au moins pour ce nK)ment , la distinction des ordres était effacée et qu'en conséquence on ne pouvait plus arguer d'une certaine priorité pour régler la présidence; que l'Assemblée nationale, en se constituant, avait appelé les députés des deux antres ordres; qu'ils avaient été censés présens, et qu'ils étaient également censés avoir eu part et à la constitution et à la nomination du président; que

DE BATLtt. aSg

le matériel des faits appuyait ces principes; que ce n'étaient point les communes qui avaient été se réunir à la noblesse, mais la noblesse qui était venue se réunir et se confondre dans rassemblée nationale; qu'il résultait de cette démarche même que la noblesse ne pouvait élever la prétention dé faire aucun changement et de désorganiser l'Assemblée, en ne reconnaissant pas son président. Je fis remarquer accessoirement que ce président, déjà reconnu et avoué par la- majorité du clergé et même par la minorité de la noblesse, était, sous le point de vue le plus favorable à leurs prétentions , le président des états-généraux , et que le président d'une poi;tion , même de la majorité d'un ordre , ne pouvait lui rien disputer. Je finis en observant que, persontiellément, je n'élèverais aucune prétention , et rendrais bien volontiers tout ce que je puis devoir , et pour le rang et pour le nom , aux chefs des deux ordres ; mais que,.président de l'AssemWée nationale et chargé de maintenir ses droits et sa dignité , je les soutiendrais et ne me relâcherais sur aucun point. On n'avait rien de solide à répondre a ces raisons; on finit par proposer que les deux chefs d'ordre, placés au haut bout des banquettes^ eussent çhacunr une table devant eux, qui les fit reconnaître. Je répondis que dans une assemblée constituée, dont les officiers sont nommés , les distinctions appartiennent à ces seuls officiers ; que celles qui é.taient proposées ne seraient sûrement pas du goût dé

:26o MÉMOIRES

l'Assemblée ; qu il n était pas en mon pouvoir de les accorder, et que, si ces MM. persistaient à les désirer, c était à l'Assemblée même qu'il fallait s'adresser pour les obtenir.

La conférence finie et en considérant le peu d'efforts qui avaient été opposés, je me retirai, persuadé qu'ils regardaient eux-mêmes et leur demande comme inadmissible et leur prétention comme peu soutenable. En effet, on n'en parla plus. Les ci-devant présidens continuèrent à s'établir à la {>lace d'honneur des banquettes , mais cette distinction tacite qu'on ne chercha pas a leur disputer, ne tarda pas à disparaître, comme on le verra par la suite.

Je dois dire ici qu'il y avait plusieurs réunions de députations , qui se faisaient en espèce de comités, et qui ne plaisaient pas en général à l'Assemblée ; on craignait qu'il ne se formât un esprit particulier qui nuisit a l'esprit général. 11 y avait eu une convention entre tous les députés, qui a toujours été observée ; c'est de ne se point placer en groupes et par députations : il aurait été à souhaiter que cette convention eût été suivie en dehors comme en dedans. Mais les sociétés se formèrent, les députés de Paris se sont réunis un jour par semaine, pendant quelque temps, chez moi , mais sans autre vue que de se voir et de causer. Une association plus sérieuse se forma entre les députés de Bretagne. Elle fut connue à Versailles sous le nom de comité breton ; elle a été

l'origine et la source des jacobins. Tous ceux qui n'en étaient pas alors, la désapprouvaient. Les Bretons étaient d'excellens patriotes , mais ardens, excessifs; je ne doute pas que ce ne soit là que le désir de la liberté a enfanté les premiers projets de république , et a préparé cette funeste division avec ceux qui voulaient la monarchie; division qui a causé tant de maux.

Mardi 5o juin. — A l'ouverture de la séance , on remarqua quWcun desr membres , réunis le 27, n'était arrivé ni séant à sa place. Oti a retardé la séance; mais enfin, ne les voyant point^ arriver, je l'ai commencée à onze heures . Plusieurs communes de France joignirent aujourd'hui leur adhésion et leurs félicilations à celles que l'Assemblée avait reçues le 26 de la ville de Paris. La comtnune de Moncontour en Bretagne félicite TAssembléé de son acte constitutif dii 17 de ce mois. La ville de Laon , ayant eu connaissance des arrêtés des 17 , 20 et 23 , les approuve et déclare qu^elle y adhère. La ville de Ploërmel en' Bretagne y adhéra également le lendemain. Je fais mention de ces premières adresses j qui furent suivies dNine infinité d'autres , et parcfe^t^ùe ces marques de safisfectîorf de la part dé hds comméltans sont dés preuves de la sagesse de notre conduite, et parce quelles établissaient la base sur laquelle était appuyée l'atitôrîtë dé l'Assemblée nationale : l'éxpressîbn dé la volonté générale était ici ; la force était dans le peuple qui nous observait.

^6:2 mémoihës

A onze heures et demie y les dçputés réunis y qui u avaient pas encore paru, sont arrivés, mais tous ensemble, et leur ancien président à leur tête. Cette manière de coalition et de corps, qu'ils voulaient faire à part , déplut à l'Assemblée. On n'en témoi^a cependant rien, et je ne me rappelle pas que cela eut lieu plusieurs des jours suivans. Ils prirent leurs places^ leurs chefs au haut bput, mais il ne fut fait aucune réclamation pour la présidence. J'ai invité tous les députés nouvejaux dans l'Assemblée k remettre leurs pouvoirs, ce, qu'ils ont fait; mais p)i|çleurs avec différQQ^es déclayatipfls de np pouvoir délibéj'er en comi^un, les tro;s ordres réur^is, avant qu'ils eussenjt reçu de nouveaux ppuypîrs de leurs commettans: Qu^lqups-uns y ajputèrent des réserves et des protestations. Tourtes ces déclarations ^t protestations on); été jçcartées par un moyen bien simple; c'est qijpde? députés j-éji^nis n'oqt que deux choses à faire , se composer et. délibérer. Mais avant de déterminer le niode de délibération , ou ava^t de protester contre , il f^ut sç connaître ; toute déclaration et protestation est donc pré^iaturée avai^t la vérifiçatipn des pouvoir^.. L'Assemi,blée arrêta ^que les pouvoi^rs seraient exaqiinés ; quant- aux, déclarations , elle ^ ordqimé le dépôt au secrétariats, pour en être délibéré apr^ la vérification des pouyoirs.,Miais tous ces députés réums, qui déclaraient quHl? ne pouva^qt voter, recopnaissaient bien par leur présence lar^^prettiatie de l'Assemblée, déjij)érai3it.çt ordonnant de-

DE BÂILLY. a65

vaut eux ces dispositions. « Oa regardait comme un événement unique , dit Tauteur du Point du jour y M. Barrère de Vieusac , qu'un membre des communes présidât un prince de FÉglise et des prélats y un prince du sang et des seigneurs ; mais tel est lempire irrésistible des circonstances et la marche des révolutions. » {N^* 12 ^ pctge 76. )

Les nouveaux députés réunis afiectèrent une singularité qui ne dura que pendant quelques jours. Ils ne s'asseyaient point sur les banquettes ; ils semblaient ne pas vouloir faire acte de séance ; ils se tenaient debout derrière moi et entre les deux rangs de banquettes du clergé et de la noblesse. La remarque en fut faite par des députés qui vinr rent me presser de les mettre à Tordre et de les forcer de prendre leur place. Les forcer eût pu causer quelque rumeur et quelque désordre. Je pensai qu'il fallait fermer les yeux, comme président. Quand je passais au milieu d'eux, je les invitais à s'asseoir et à débarrasser le passage. J'en gagnais quelques-uns, et au bout de quelques jours je les eus tous gagnés. J'ai été un peu tourmenté dans ces jours de ma présidence : un autre à ma place l'eût été plus que moi : personnellement , je ne leur étais pas désagréable , mais , sans ces ménagemens, je l'aurais été davantage. Je ne leur passais cependant rien. Un évéque, dont j'ai oublié l<e nom, vint me demander quelque

chose, et me dit qu'il entendait que Je le prisa

de se souvenir que j'étais le président de l'Assemblée,

qui mûrement n'entendrait pas qu'il prit un pareil ton. U s'adoucit^ et cela n'alla pas plus loin.

4'observai à l'Assemblée que l'augmentation du nombre des députés et la réunion complète des différentes classes semblaient exiger le renouvelliement du président y afin qu'il fût élu par la totalité des membres de l'Assemblée nationale. Il me fut. répondu que l'Assemblée s'en occuperait incessamment.

Mercredi i^^ juillet 1789.

Au moment où je sortais pour me rendre à la salle , et y expédier quelques affaires avant l'ouverture, je trouvai, à ma porte cinq ou six personnes venant de Paris , qui me remirent la lettre que voici (i) :

« Monsieur LE Président,

» Une sévérité inouïe et déplacée a porté hier » dans Paris l'alarme et la consternation ; on a

(1 ) « Une multitude armëe s'était portée (le 3o juin) vers la prison , » où des soldats de la garde française du roi avaient été détenus » pour fait de discipline ; les prisons avaient été forcées , et les yi prisonniers conduits au Palais d'Orléans. Une déptitation sans » caractère public était venue demander leur grâce à F Assemblée ; » cette députation ne fut point admise , et l'Assemblée y se tenant » dans les bornes constitutionnelles , se contenta d'appeler la clé- » mence du roi sur les coupables : le crédit de FAssemblée était » tel que les soldats furent rétablis dans les prisons , et n'en sor- » tirent que sur un ordre du roi. » (Toulongbon. ) ' INous avons cru devoir transcrire ce récit , pour l'inteUigence de ce qui va suivre. (.Note des nouv. èdiL )

DE BAlLtY. 265

)» couru en foule aux prisons de l'Abbaye , où les » ordres de M. du Châtelet avaient fait conduire » des gardes-françaises qui, le même soir, de^ » vaient être conduits à Bicêtre. Ces malheureuses I) victimes du patriotisme ont été arrachées à leurs » fers y et portées , au bruit des acclamations et des » appkudissemens généraux, au Palais - Royal , » . où ils sont actuellement sous la sauvegarde du » peuple qui s'en est rendu responsable. Incer- » tains de leur sort, ils supplient que l'autorité » prononce sur leur liberté. Le public impatient » ose le démander ; il nous a députés au nombre » de vingt pour vous en rendre compte et en con- » férer avec l'Assemblée nationale , à laquelle M nous désirerions présenter une requête. Nous » attendons. Monsieur le Président, votre réponse, » pour rendre le calme à nos concitoyens et la li^ » berté à nos frères. Nous avons Thonneur de vous » offrir les vœux et les hommages de toute une M nation reconnaissante qui sait vous apprécier, et » nous y joignons les nôtres particulières. » Vingl signatures étaient apposées. ^ p. 5. w Excusez, Monsieur, le costume.: peu >^ sOigfié sous lequel nous nous pi^sèntons;. mais, » fcMrcés de partir à la hâte, nous n'avons pas eu » le temps de songer à un objet aussi peu impœti » tant ^ et , sous nos simples habits 9 nous portons » tous des cœurs français. » . : !

' Je rentrai et fis monter ces Messieurs chez moi , pour me mettre plus au fait de ce qui s'était passé.

Cette affaire me parut également importante et pressée. Il n'y avait pas de> doute qu'il fallait la mettre sous les yeux de l'Assemblée et sur-lechamp. Mais comment , et par quelle exposition des faits? Je n'avais pour garant que des. noms et des personnes inconnues^ envoyées par des per-sonnes sans qualité. Cependant les faits seuls pouvaient diriger la détermination de l'Assemblée, et l'exposition de ces faits , c'était au président de la faire; la détermination utile , nécessaire, quelle qu'elle fût , c'était à lui à la provoquer pour l'intérêt public. Je voyais bien que la discipline militaire avait autorisé jusqu'ici le chef à faire mettre Q l'Abbaye les soldats insubordonnés; que le peuple n'avait pas le droit de les en retirer; et que cet acte illégal avait le danger de favoriser l'insubordination^ Ces réflexions pouvaient porter à la sérérité; d'un autre cèté, si ces soldats avaient été arbitrairement arrêtés', et pour des sentimens patriotiques, ce despotisme , au moment où la liberté commençait a naître, cet acte contraire à l'intérêt national , devait fixer l'attention defe représentans du. peuple. Après 'avoir fait rapidentient ces réflexions, je dis* à ces^ Messiear» de- se rendre à la salle lorsque la séance serait ouverte , et Jé tti'en ftttai chez MI Necker, pour savoir s'il était instruit de la nouvelle , et quels détails il en avait reçus. 11 m'en assura la vérité ; il en avait de l'inquiétude , çtii me représenta le danger d'autoriser le peuple kse permettre de pareils actes. Ses principes à cet

çgard étaient ceux de rAssemblée , qui improuvait toute émeute populaire , et qui 1 avait fait connaître en faisant respecter par ce peuple une consigne illégale^ contre laquelle elle réclamait : mais je lui observai aussi le danger de la sévérité. On ne pouvait pas se proposer de reprendre ces hommes^ retirés de la prison et actuellement sous la sauvegarde du peuple. Il fallait donc y coupables ou non y leur donner leur liberté y mais d'une nianière qui ne compromit pas l'autorité. Nous convînmes qu'il fallait tacher que l'Assemblée les recommandât à la bonté du roi. Je le quittai pour me rendre à l'Assemblée. C'est ce jour-là que, me parlant des agitations et des troubles qui avaient lieu dans Paris depuis quelque temps, il me dit que le meilleur moyen d'y remédier, et le plus cpafprme k la liberté publique , était d'établir une garde bourgeoise. M. Bonneville , électeur de Paris, en avait déjà fait ta proposition à l'assemblée des électeurs, tenue au Musée le 26 juin {Procès-^ verbaux des électeurs ^ 1. 1, pag. i5o, et t. III, pag. 146). J'ignore si M. Necker était instruit de ce vœu 9 ou s'il y pensa lui-même, en appliquant à la sûreté et à la police de Paris ce qui se pratique à Genève (i).

Je vins à l'Assemblée ouvrir la séance, et j'y fis

(i) M. ïîecker s'explique à cet ëgard dans ses Mémoires , qui doivent faire partie de cette collection.

( Nçte des noup. édii. )

lecture de la lettre. On arrêta d'abord qu on n'admettrait point les porteurs , qui étaient sans qualité. J'ai observé que la tranquillité de la capitale était un objet essentiel auquel l'Assemblée ne pouvait donner une trop sérieuse attention, et je l'ai engagée de peser dans sa sagesse les moyens <ie contribuer à l'assurer. Voyant que l'Assemblée n'admettait pas les députés, ce qui mé paraissait fondé en principe, je proposai de nommer des commissaires pour entendre les personnes venues de Paris, examiner le fait et en rendre compte. On observa d'abord qu'une lettre 3 souscrite de personnes inconnues et sans qualité , ne pouvait faire l'objet d'une délibération. M. de Clermont -Tonnerre ajouta que les choses d'ordre et de police sont du ressort du pouvoir exécutif , et que nous ne pouvions nous mêler de celles-ci : ce seiraît empiéter sur les droits du monarque. Un autre disait que l'impassibilité eàt le caractère du pouvoir législatif; que l'autorité militaire était la sauvegarde dé la sûreté publique, et qu'iL fallait lui laisser tout sou empire. Mirabeau a proposé une adresse, au peuple , à nos commettans , pour l'exhorter à ïa paix ; il en a lu le projet, mais il a été écarté , parce que, pour une affaire du moment , il fallait un moyen également du moment. Tout cela était bien^ les principes doivent être respectés : mais on peut s'écarter de leur rigueur dans les temps extraordinaires. On proposa le renvoi de la lettre à M. le garde-des-sceaux ; j'observai qu'il fallait en retrân-

DE BAILLT. 26g

cher les signatures : on insistait pour qu'eUes y restassent , pour qu'on les fît connaître sur-le-champ à l'Assemblée; comme je savais qu'on écrivait tout, je frémis du danger auquel on pouvait e:xposei* les signataires en les livrant au despotisme ministériel. On fut aux voix, et j'obtins que les signatures ne seraient point connues. Je revins sur le fond, et je représentai qu'il y avait dans cette occasion beaucoup de danger à la sévérité ; qu'il serait difficile de déterminer les moyens de l'exercer; que, d'un autre côté, si on ne sévissait pas, l'autorité était compromise, et que l'on préparait de nouveaux désordres; qu'il n'y avait que l'intercession de l'Assemblée qui put aider et couvrir l'indulgence de l'autorité. Il s'agissait uniquement d'intercéder auprès du roi pour les coupables. Je fus appuyé par 31. de Mounier et par M. l'archevêque de Bordeaux; enfin M. Le Chapelier établit que , quelles que soient la distinction et les limites des pouvoirs, il y avait des cas et des momens où ils venaient se confondre. Cette discussion dura quatre heures. Toutes les différentes motions furent rejetées; enfin M. Target, saisissant ce qui avait été approuvé et ce qui demandait d'être modifié dans celle de M. de Boufilers, proposa la rédaction suivante qui fut adoptée , et qui , sans mêler les pouvoirs et sans empiéter sur celui du roi , remplit le but que je proposais à l'Assemblée, d'intéresser la bonté du roi, et de lui fournir un moyen de céder sans faiblesse. i.

cf 11 sera répondu par M. le président , aux M personnes venues de Paris, quelles doivent » reporter dans cette yille le vœu de la paix et » de l'union , seules capables de seconder les in- » tentions de l'Assemblée nationale, et les tra- » vaux auxquels elle se consacre pour l'utilité » publique.

» L'Assemblée nationale gémit des troubles qui » agitent en ce moment la ville de Paris; et ses M membre^ , en invoquant la clémence du roi pour » les personnes qui pourraient être coupables, w donneiront toujours l'exemple du plus profond » respect pour l'autorité royale, de laquelle dé- » pend la sécurité de l'empire. Elle conjure donc » les habitans de la capitale de rentrer sur*le- » champ dans l'ordre, et de se pénétrer des senw timens de paix , qui peuvent seuls assurer les » biens infinis que la France est près de recueillir » de la réunion volontaire de tous les représentans » de la nation.

» Il sera fait au roi une députation pour Tins- » truire du parti pris par l'Assemblée nationale , » et pour le supplier de vouloir bien employer, » pour le rétablissement de Tordre, les moyens » infaillibles de la clémence et de la bonté qui » sont si naturelles à son cœur, et de la confiance » que son bon peuple méritera toujours.

» Le présent arrêté sera imprimé et rendu » public. »

J'allai en faire part aux envoyés de Paris ; je fus

très-content d'avoir rcussi^ et nous rîmes avec quelques-uns de mes collègues d'une expression de l'arrêté , la réunion volontaire de tous les reprësentans de la nation. Le reste de la séance et celle du soir ont été employés à la formation des bureaux.

Jeudi 2 juillet. — A l'ouverture de la séance , M. l'archevêque de Paris a rendu compte de l'audience qu'à la tête de la députation il avait eue y la veille au soir, du roi, en lui portant l'arrêté de l'Assemblée relatif aux soldats retirés de l'Abbaye. Le roi a répondu : w Votre arrêté est fort sage , j'ap- » prouve les dispositions de l'Assemblée des états- » généraux y et tant qu'elle continuera à me donner » des marques de confiance , j'espère que tout ira n bien. » Voilà une réponse du cœur du roi , et il ne peut ignorer que la nation a toujours aimé à se confier à lui.

M. le cardinal de La Rochefoucauld me fit demander la parole : je la lui donnai; en partie ^ parce que cette demande était un acte par lequel il reconnaissait le président de l'Assemblée; en partie , parce que je craignis qu'il ne l'obtînt de haute lutte 9 et malgré moi. Ces commencemens ^ où tout s'établissait^ exigeaient beaucoup de ménagemens; voici son discours et sa déclaration : « Messieurs y il est de mon devoir de vous déclarer » que^ lorsque les membres du clergé y qui étaient » restés dans la chambre de leur ordre y sont venus » avec moi dans la salle conmiune aux trois or<-

» dres , nous avons fait préalablement des réserves, » portant que ,

» Vu la déclaration du roi du ^3 juin ^ la lettre » de Sa Majesté à moi adressée le 27 juin, les » membres du clergé , toujours empressés de don-^ » ner à Sa Majesté des témoignages de respect , »^ d'amour et de confiance; justement impatiens » de pouvoir se livrer enfin à la discussion des » grands intérêts d'où dépend la félicité nationale, » ont délibéré de se réunir dès aujourd'hui aux » deux ordres de la noblesse et du tiers-état dans » là salle commune, pour y traiter des affaires » d'une utilité générale , conformément à la dé- '}) claration.du roi, sans préjudice du droit qui i> appartient au clergé, suivant les lois constitu- » tives de la monarchie, de s'assembler et de voter » séparément; droit qu'ils ne veulent ni ne peu- » vent abandonner dans la présente session des » états -généraux, et qui leur est expressément » réservé par les articles VIII et IX de la même I) déclaration.

» Je vous prie , Messieurs, de trouver bon que M je remette sur le bureau la présente déclaration, » et que je vous en demande acte.

» La Rochefoucauld, w

C'est par de pareilles démarches que l'on sait brouiller les affaires et aigrir les esprits; c'est en voulant tout sauver que l'on est parvenu à tout perdre. Comment les prêtres ne voyaient-ils pas, à cette époque , que le temps était passé de soutenir

DE BAILLY. 2j5

la prétention de former à eux seuls un ordre séparé dans la constitution civile de l'État? Il s'est élevé sur-le-chainp, dans TAssemblée, un mouvement tumultueux d'improbation. M. rarchevéque de Vienne observa avec chaleur que, lorsque cette délibération avait été prise, la majorité du clergé était absente , et séante dans cette salle; qpe, par conséquent , cette délibération n'était point l'ouvrage du clergé. Mirabeau a dit qu'il était étonnant qu'on se permit de protester dans l'Assemblée contre l'Assemblée. Il a ajouté que nul ne pouvait rester dans l'Assemblée des états*généraux, s'il n'en reconnaissait pas la souveraineté, qu'on ne pouvait pas même délibérer en présence de quiconque se croirait le droit de protester, et qu'il était hors de tpute convenance de recevoir de pareilles pièces et d'en donner acte. Un prélat a voulu distinguer entre la majorité de fait et la majorité de droit; au T9$t6, il a déclaré que les meipbres du clergé ne protestaient contre aucune délibération à prendre , mais qu'ils se faisaient une ^mple réserve des droits que le clergé estipiait lui appartenir. M* Momiier a fait voir que la déclaration des individus, et, en général, sur des ijuestions de fait, ne pouvait s'appliquer à une prétention d'ordpe et à une question de principe. M. Pétion-de-Villeneuve a montré qu'un acte enté sur les déclarations lues dans la séance royale , ne pouvait pas être admis , puisque ces déclarations annulaient des arrêtés dans lesquels l'Assemblée I. i8

^74 MÉMOlilES

âvail persisté. Mirabeau a dit ^ sur l'expression du droit , qu'ils ne ve/dent^ ni ne peuvent abandonner, que c était un ordre impératif intimé à l'Assemblée y qu'on y exprimait une volonté difTérente du vœu de l'Assemblée, tandis qu'aucune puissance sous le ciel, pas même le pouvoir exécutif, n'avait Je droit de dire je veu^ aux représentant de la nation. On a réclanfré enfin l'owire du jour, et l'Assei^bléè a déclaré Ue pouvoir reconnaître l'acte lu par M. le cardinal de. La Rochefoucauld, que comme un vœ^ particulier et individuel. La séance a fini par l'examen de quelques âfticles du règlemféYit. Oïi a ai*rêté celui qui concerne le président et les secrétâii^^ : le président sera renduvrfé tou$ les quinze jours , et les six secrétaires tous les mois. En conséquence , j'ai prévenu l'Assemblée de se former le soir en bureaux pour la nomination du président. /

^J'étais extrèmemeut fatigué de*là présidence-, je 'souhaitais d'être remplacé. Beaucoup avaient envie de me renommer ; mais , outre que mes forces n'y auraient pas suffi ^ la politique s'y Opposait* <^oîque les ordres fussent mêlés, ils subsistaient encore j ils avaient encore les places marquées et la préséance : les communes auraient paru usurper là présidence. J'insistai pour qu'on prît de suite im président dans chaque ordre; mais j'insislai plus fortement encore pour que le troisième après moi fût un membre dès communes, afin que , tant que les ordres subsisteraient, l'égalité du droit de la

i>B BlILLT. !Xj5

{Mrësidence fût cooservée : il me fut Mea assuré que ]é serais le second président des communes. Je jouissais de ces marques d estime ^ sans compter infiniment sur ces promesses ^ sans le désirer. Cette estime était mêlée d'wie afiection véritable et touchante; et c'est ce qu'exprimait M. Barrèré-de- Vieusac y en disant : « Un sentiment de douleur » se mêlait au plaisir de voir M. Bailly présider » encore hier l'Assemblée nationale ^ on était au » moment dé le perdre. » (Point du Jour^ w* i5, p.8i.)

J^endredi 3 juillet. — » M. l'archevêque de Paris a communiqué la lettre qu'il a reçue du roi.

« Je me suis fait rendre un compte exact , mon » cousin y de ce qui s'est passé dans la soirée du 3o » juin. La violence employée pour délivrer des il prisonniers à l'Abbaye est infiniment condam- » nable ; et tous les ordres , tous les corps , tous >i les citoyens honnêtes et paisibles ont le plus M grand intérêt à maintenir dans toute sa force » l'action des lois protectrices de l'ordre public. Je » céd&rhi cependant ^ lorsque l'ordre sera rétabli y }) à un sentiment de bonté ; et j'espère n'avoir » point de reproches à me faire de ma clémence y -» lorsqu'elle est invoquée pour la première fois » par l'Assemblée des représentans de la nation. » Mais je ne doute pas que cette Assemblée n'atta- I) che une égale importance aux succès de toutes M les mesures que je prends pour ramener l'ordre M dansia capitale. L'esprit de licence et d'insubor*

» ^dinatiosii est destructif de tout bien ; et s'il pre- » nait de IVccroissement , non-seulement le bon- » heur de tous les citoyens serait troublé , et leur » confiance serait altérée ^ mais Ion finirait peut- » être par méconnaître le çrix des généreux tra- » ymux auxquels les représentans de la nation vont j> se consacrer. Donnez connaissance de ma lettre >) aux états-rgénéraux , et ne doutes pas , mon cou- » sin p de toute mon estime pour vous. Louis.

» 2 juillet 1789. »

I J'ai annoncé que y dans l'élection du président y ; M. le duc d'Orléans avait réuni la grande pluralité des voix , 555 voix sur 660 votans. Ce choix a été vivement applaudi. Je lui ai nr-le-champ cédé le fauteuil^ et il a dit : « Messieurs , si je croyais M pouvoir bien remplir la place à laquelle vous » m'avez nommé y je la prendrais avec transport. » Mais y Messieurs y je serais indigne de vos bontés » si je l'acceptais y sachant combien j'y suis peu » propre. Trouvez donc bon , Messieurs , que je » la refuse , et ne voyez dans ce refus que ta preuve » indubitable que je sacrifierai toujours mon inté- » rét personnel au bien de l'État. »

Le seul acte de sa présidence a été d'ordonner que l'Assemblée se formât sur-le-champ en bureaux^ -et , dans le nouveau scrutin , la pluralité de 700 voix ^ur 795 a nommé M. l'archevêque de Vienne. 11 a dit : « Messieurs , une bouche plus éloquente que » la mienne n'exprimerait pas dans ce moment les

y^ setitimeQS qui pressent mon cœur; eBe n*ëgale— M rait pas le prix de l'honneur que je reçois. La » carrière que j'ai parcourue île me promettait pa» » vers son déclin un événement aussi glorieux. » Que me laisse-t-il à désirer ? de m'ensevelir , M Messieurs , au milieu de vos triomphes ^ et de ji porter mes derniers regards sur l'heureuse restai^ >i ration de notre commune patrie. >;

M. l'aBj^evêque de Vienne annonçait îci ^ ce qui est en Qffet arriva II est mort au milieu des travaux de. l'Assemblée (i). Nous l'avons perdu et regretté; il a laissé un touehant souveiûrde sa vertu, de sa sagesse , et des véritables services que ses dernières années ont rendus à la patrie.

Leô^' secrétaires nommés ont été MM. Grégoire , Mounier , le comte de Lally-ToUendal, Cha^elier^ l'abBé Sieyes , le comte de Clermont-Tonnerre.

Qn a proposé de décider le nombre de députés qu'il convenaiît d's^ceorder à la colonie de Saint- Domingue ; on a proposé aussi de déclarer nulles les clauses des différens mandats. Ces di^x affaires ont été renvoyées à l'examen des bureaux. On n'avait pas encore pris dans l'Assenjblée la forme des rapports de toute affaire; on les discutait seulement dans les bureaux , pour préparer et éclairer la discussion de l'Assemblée.

J'extrairfii du journal , rédigé par un de nos colr lègues , ce qui me concerne dans cett© séance.

(i) Le ao décembre 1790.

(f, La satisfaction générale qui a éclaté après le . j> discours de M. rarchevêqué de Vienne , n'a pas » fait perdre de Ynë son prédécesseur.

» M. le duc de La Rochefoucauld a dit que les » fonctions honorables que M. Bailly avait si bien » rimiplies y méritaient' une marque particulière jfl d approbation de la part de l'Assemblée . Il a pro- » posé de faire une députation à M. Bailly , pour u le remerèier de la manière noble et sag| avec lair quelle il a présidé^ et q«e le rçmerciment fut » inséré dans le procès^verbal. M. ra)p>aheyéque de », Bordeaux a appuyé cette motion honorable. U n était beau de Toir deux membres distingués des }} deux prenuers ordres , réclamer de pareils hon- }) neurs pour un membre des communes y dont ils - » vantaient la dignité y la sagesse et la fermeté dans » les séances orageuses qui ont précédé et acêom- » pagnéla plus belle des révolutions. Ces motions » ont été adoptées par acclamatioisf. » ( Point du * Jour y n^ i5 y pag. 98. —Mirabeau , Courrier de Provence. y lettre 16®. )

J'ai reçu le soir la députation de six membres , à la tète desquels étaient M. de La Rochefoucauld et M. l'archevêque de Bordeaux , à qui je devais ces marques d'estime et de bonté si honorables pour moi; M. Populus^ et trois autres députés dont les noms me sont échappés. L' Assemblée ne voulut pas cependant que cette députation fût inscrite au procîès-verbal , pour que cela ne tirât pas à conséquence. ^ ^

DE BAlhhX. ajQ

Samedi /^jidllet. — A l'ouverture dç la séaace , j'^i demandé la parole , et j'ai dit : a Mes^ieui^, je » viens vous offrir l'hommage de ma respectueuse » reconnaissance. Votre choix -m'a élevé à une » grande et importante place , vous m'ayçz 4éi:oré » d'un titre qui honore mon nonpi à jamais. 11 ne » pouvait me rester que le regret ou l'inquiétude j) de n'en avoir pas suffisamment rempli les devoirs y )) de n'avoir pas toujours réussi k vous plaire comme ?) je l'ai toujours désiré, Lçs témoignages de$atis- }) faction que l'Assemblée pationale a daigné m'ac- » corder , mettent le comble à mon boabeur. Je )) me suis trouvé dans les circonstances les pli^ )^ remarquables. J'ai vu commencer vos travaux , i) j'ai été témoin de votre vertu et de votre fermeté^ » j'ai vu s'opérer la réu^^on des trois ordres , et la » paix ramener psurmi^nous les plus heureuses es- » pérances. Ces momens ont été les plus beaux de }> ma vie. J'o^e vous supplier^ Messieurs , de ci^ » inenter ce bonheur qui est votre ouvrage , en » me continuant vps bontés^, et de me permettre » de .mêler au souvepir dés honneurs dopt vous » m'avez; comblé , une tendre et respectueuse sen- » sibilité de ces bontés qui me seront toujours

chères. »

M*, le président a répondu :

« Dans Texerciee de la placequi vous^a étécon»- » fiée , vous avez laissé un excellent modèle à tous » ceux qui la rempliront après vous ; mais vous

iiSo MÉMOIRES

n leur avez laisse en même temps mi juste iqotif » de craindre de ne pas l'égale;. » r

L'Assemblée a reçu de nouvelles adresses des villes et des cçttlmunautés qui adhéraient à ses mesures et à ses arrêtés. Je n'en ferai plus mention , il me suffit de dire qu elles sont arrivées de tous les points de l'empire y qu'elles ont prévenu toutes les difficultés qu'on aurait pu faire à l'Assemblée sur l'emploi qu'elle a fait des pouvoirs qui lui ont été confiés , et qu'en même temps elles lui donnaient et l'assurance et l'au^rité nécessaires pour aUer en avant dans la régénération qu'elle allait entreprendre.

On traita la question du nombre des députés à accorder à Saint-Domingue. Entre autres orateurs qui parlèrent sur ce suj^, M. Garât le jeune lut un discours qui fut peu entendu et par conséquent mal écouté , mais qui est très-beau (i). Il y discuta de grandes questions et y développa de grandes vérités. Il penchait à croire que Saint-Domingue devait avoir une assemblée particulière y législative et souveraine comme la nôtre ^ et^ comme la nôtre ^ de concert avec le roi. Mirabeau allait plus loin y et pensait qu'il fallait en faire des États indépendans et alliés. C'est ce qui sera un jour (2)^ et je me fais

(1) Ce discours , très-remarquable en effet , est tesctuellement rapporté dans les Lettres de Mirabeau à ses commettans.

( Note des noup, édii, )

(2) Les événemens ont déjà en partie confirmé cette prévoyance de Bailly. ( JVo/e des noui/, édU. )

DE BÂILLY. 2181

honneur de l'avoir prévu dès 1 776. ( Lettres sur les Sciences. ) M. Garât y pour rester*dans son sujet y examine les bases de la représentation, et il en exclut les richesses. Les lois, dit-il à l'Assemblée , sont l'expression de la volonté générsde : vous, destinés à faire les lois , vous représentez donc ici non pas les terres , nmis les» volontés, et ce qui a des volontés, les hommes.

Ce principe ^i vrai , en observant que nous représentons les hommes capables de volontés ; car si la .multitude aveugle gouverne , les plus grands intérêts peuvent être sacrifiés. Les ambitieux , les riches l'agitent et la dirigent, cette multitude. Les liimières doivent être labase de tout pouvoir politique. Si les Anglais , siTurgot ont adopté les propriétés pour base de la représentation , c'est qu'ils ont regardé les propriétés , ou la richesse , comme une sorte de mesure des lumières ; M. Garât, en se réglant d'abord sur la population , et en admettant une représentation un peu' plus étendue par diverses considérations, pense que^Eette reptésentation ne doit être réglée que sur les blancs, puisque, contre toute justice, les gens de couleur ont été exclus des élections, puisque les nègres sont des esclaves , et ne sont pas des hommes dans les colonies. Mais M. Gàrat ne dissimule pas que cette grande opération de justice et d'humanité , la cessation de l'esclavage,/a mo^io/i du siècle doit être préparée longtemps avant d'être accomplie. Ainsi il exposa des • vues très-philosophiques avec la mesure d'un esprit

sage» L'AsGemblee accorda six dëpatës à File Si.- Pomingue y et aux douze autres présens le droit de séance. Cette grâce particulière leur fut acGCMrdee y parce qu'ayant des intérêts différons y presque étrangers y étant à une grande distance de leurs commettans , les -députés* avaient besoin d'être observa y éclairés et soutenus. *

On a appris aujourdliui qu'une partie de la noblesse a été convoquée par billets imprimés et non signés y ni clos : rassemblée a eu lieu dans la salle de la noblesse (i). Elle a prolesté, comme la minorité du clergé y et a pris l'arrêté suivant :•

(( L'ordre de la noMesse aux états-généraux, ^ dont les membres sont comptables à leurs corn- » mettans , à la nation entière et à la postérité , » de l'usage qu'ils ont fait des pouvoirs qui * leur » ont été confiés , et du dépôt des principes qui » leur ont été transmis d'âge en âge dans la monar- » chie française ,

» Déclare qu'il n'a point cessé de regarder comme y) des maximes inviolables et constitutionnelles ,

>} La distinction des ordres ;

» L'indépendance des ordres ;

» La forme de voter par ordre ;

» La nécessité de la sanction royale pour l'éla- » blissement des lois :

» Que ces principes, aussi anciens que la monar-

(i) yoir à ce sujet les Mémoires de Ferrières, lome hr.

{Noie des noiw* édii.)

PE BàILLY. ^85

» diie y constamment suivis dans ses assemblées , » expressément établis dans les lois solennelles pro- » posées parles états-générau's et sanctionnées par » le roi , telles que c^les de i o55 , de 1 557 et 1 56 1 , » sont des^ points fondamentaux de la constitution y » qui ne peuvent recevoir d'atteiiite, à n^oins que » les mêmes pouvoirs cjui leur ont donné force de )) loi , ne concourent librement à les anéantir:

» Annonce que son intention n'a jamais été de » se départir de ces principes, lorsqu'il a adopté , » pour la présente tenue d'états seulement, et sans D tirer à conséquence , la déclaration du 2S juin der- » nier,puisque l'article dernier de cette déclaratîou I) énonce et conserve les principes essentiels de la » diibtinctîon , de l'indépendance et du vote séparé » des ordres : que rasAré par cette reconnaissance w formelle I entraîné par l'amour, de la paix et par » le désir de rendre aux états-généraux leur acti- » vite suspendue ; empressé de couvrir l'erreur » d'une des parties intégrantes des états-généraux, )) qui s'était attribué un nom et des pouvoirs qui » ne peuvent appartenir qu'à la réunion des trois » ordres ; voulant donner au roi des preuves de » leur défértnce respectueuse aux invitations réi- » térée^ par sa lettre du 27 juin dernier , il s'est » cru permis d'accéder aux dérogations partielles » et momentanées que ladite déclaration appor^ » tait aux principes constitutifs ;

» Qu'il a cru pouvoir ( sous le bon plaisir de la » noblesse , des bailliages et en attendant des

Digiti^ed

2l84 MÉMOtRBS^

» qpdres ultérieurs ) regarder cette exception » comme uhe côufirmation du principe qu'il est >y plus que jamais résolu de maintenir pour l'ayç- » nir ;

» Qu'il s'y est cru d'autant plus autorisé ^ que » les trois ordi^s peuvent , lorsqu'ils le jugent a » propos y prendre séparément la résolution de se » réunir dans une seule et même assemblée.

. » Par ces motifs , l'ordre de la noblesse fait> au. » surplus la présente déclaration des principes de D la monarchie et des droits des ordres , pour les #) conserver dans leur plénitude et sous toutes les » réserves qyi peuvent les garantir et les assurer. ^

» Fait et arrêté le 3 juillet 1789 , dans la cham^ n bre de la noblesse , sous la réserve des pouvoirs }} ultérieurs des commettais y et des prdfestations I) ou déclarations précédentes d'un grand nombre » de députés de différens bailliages. »

L'assemblée était conjposéé d'environ iSSmembres, et l'arrêté n'a été adopté que par 89. (-Cour-^ rier dç Provence , lettre 16^.)

Cet acte d'une partie de la noblesse a , dans le temps 9 fort indisposé les esprits. On juge bien que l'on n'a pas goûté les principes établit et diamétrar lement opposés à ceux des communes. On a trouvé un peu singulier qu'il fallut le consentement des ordres pour l'abolitign des ordres , et la décision des mêmes pouvoirs qui les avaient établis ; mais ces pouvoirs étaieùt ceux de la force.^ Tels étaient les titres de la noblesse qui d'abord composait les

DE BAILLY. aÔ5

seules assemblées du champ-de-mars. Le clergé .y fut admis. Les rois y Opprimés par les noble?^ y ont ensuite appelé les communes ^ en leur rendant c^te partie des droits des hommes : mais ces droits sont imprescriptibles dans tQute leur étendue. Quand les hommes y pensent et quils yeulent les reprendre , on ne peut leur alléguer les droits fondés sur la force , puisqu'ils ont la force de leur côté. Il vaut donc mieux consulter la raison et la justice , et s'en tenirà ce qu'elles prescrivent. Les communes n'applaudirent pas à l'attitition de la noblesse de se réunir pour couvrir la faute qu'elles avaient faite. Cependant , pour être juste , on doit convenir <[u'au moment où la destruction des ordres était inévitable , cet acte pouvait paraître nécessaire à ceux que leuts mandats chargeaient de voter séparément pour la Conservation des ordres. C'était la dernière preuve qu'ils pouvaient donner de leur fidélité à ces mandats. La prétention avait été soutenue autant qu'elle pouvait Kêtre. Ils ont persisté jusqu'au bout dû préjugé. Leur mission a été remplie.

Il faut observer que cet arrêté , du moins à ma connaissance , n'a pas été notifié à l'Assemblée nationale.

Dimanche 5 juillet. — Je -l'ai passé dans mon

Chaillot.

. Lundi 6 juillets — Deux objets également im-

portans ont occupé la séance , \^ proposition des

.«aoyens indiqués par le comité des subsistances

2^ UiMOlKEÉ

pout remédiar à la disette des griâns, et celle de fi'ol^cuper iocessanmient de fixer la constitution du royaume. Sur le preimer point , le comité propose^ 1* de favoriser la <»rculation de province à pfo*vince; :)*' de portej^ des secours de dearee dans les lieux où dile i^anque ; 5"" de répandre des salaires et même des aumônes où la denrée suffit^ mais où la misère ne peut atteindre» Ces deux derniers articles exigeaient des fonds* On proposa un emprunt ^ ou des cotisations qui en tiennent lieu. De grandes réclamations s^dkvèrent contre cette pro^ position. Tous les mandats étaient impératifs à cet •égard. Point de secours d'argent avant que la constitution soit faite. La délibération a été interrompue par l'arrivée d'une lettre marquée pressée , et venant de la part des boulangers de Paris. Ce message était apporté par M. Rutlège ^ que j'ai bien eu occasion de connaiLre pavla suite. Cette lettre a été renvoyée au comité des subsistances , avec invitation de se réunir sur4e-champ. Dans le temps de disette où Ton était ^ une leCtre pressée des boulangers de Paris était un objet important. On arrêta de nommer un comité pottr préparer le travail de la constitution. On annonça une députation des électeurs de Paris. On peut se rappeler que le peuple avait délivré^. le So jtiiti au soir , quelques gardes-françaises détenus à l'Abbaye; que T Assemblée nationale avait député au roi^ et en avait reçu ^ le 3 jtiill^, une réponse qui annonçait la clémence aussitôt que l'ordre serait rétablie L'asse»^

DE BAILLY. nBf

\Aée des électeurs , ayant eu coanaissance A<^ cette lettre, prit, sur la proposition de M^ FaRié Bertolio, l'arrêté suivant :

« L'assemblée des électeurs de la ville de Paris » pense que la grâce des prisonniers actuellement » au Palais-Royal , est contenue dans la lettre dti » roi à M. l'archevêque de Paris; qu'il n'est pas » permis de douter de la parole de Sa Majesté. Si » les prisonniers consentent à se réintégrer dans » les prisons de l'Abbaye^ et si le calme rendit M sur-le-champ , particulièrement au Palais-Royal , » vingt -quatre électeurs^ nommés par r^fôsem'* ïï blée, se rendront aussitôt auprès de l'Assemblée » nationale pour y itamoncerque l'ordre est rétaUi, » aux termes de la-lettre du roi à M. l'archevêque; » solliciteront , avec la plus grande activité , l'exé- » cution de la parole de Sa Majesté, et s'engagent » à ne point rentrer dans Paris sans rapporter la » grâce des prisonniers. »» Là députation introduite, M. l'abbé Bertolio, portant la parole, a dit en substance: a Que les députés des électeurs de Paris » étaient arrivés pour remplir leur mission , mais » que la grâce se trouvant accordée, les prisonniers n étaient libres ; qu'il né restait aux députés qu'à » prier l'Assemblée nationale de porter leur re-* » connaissance jusqu'au trône, et à la remercier }) de son zèle pour Iç bien général, et de l'intérêt » qu'elle a pris au sort de la capitale. »

Ainsi mes soins avaient réussi à obtenir, d'une part , soumission! à l'ordre par la réint^ration des»

^88 MéltOIKES

prisonniers ^ et de l'autre leur Kbertë^ par la cle^ menée du roi.

On a repris Fexamen des proportions du comité des subsistances ^ qui ont paru peu admi^ sibles. Cet examen a été précédé d'un Mémoire de M. Necker^ où il rend compte de tout ce qui a été fait et prévu pour la subsistance de la capitale et du royaume* Il en résulte qu'à cette époque , le gouvernement y avait fait venir en blé , farines , seigle 9 orge et riz, quatre-vingt-^ dix -sept mille quintaux ; que soixante-quatre mille étaient attendus incessamment, et que quatre-vingt-dix-neuf mille étaient achetés , sans qu'on pût assurer quand ils arriveraient. Ces achats fiMrent coûteux , mais l'expérience en a prouvé la nécessité et a fait honneur à la prudence qui les avait ordonnés. M. de ToUendal a proposé de voter au roi des remerdmens pour ses soins et sm prévoyance paternelle dans cette branche imjnrtante de l'administration. 11 a demandé la liberté de la circulation , défense d'exporter. M. Pétion s'est opposé aux reraercimens, en disant que, pour louer les mesures précédemment prises , il fallait savoir avant tout si elles avaient été sages; il a laissé percer le républicain, et il a opiné pour un emprunt de soixante millions, qui était' contraire aux mandats et aux intentions uniformes de la nation. Les mesures du gouvernement sur les subsistances ont été aussi sages que prévoyantes. 11 en faut louer et M. Necker et le roi ,,.et je puis témoigner que , sans ces mesures >

DE BAILLir« 289

aux mois de juillet et d'août la famiue aurait 4té dans Paris ^ et la constitution anéantie ayant son établissement.

M. Mounier a observe sur les décrets de liberté intérieure et de prohibition extérieure^ propos^ par M. de ToUendal y que ces décrets exigeraient la sanction royale y et qu'il était dangereux de prendre un parti sur des principes de législation qui deryaient entrer dans le plan de la constitution nationale; que, si l'on demandait la sanction dans ce moment-ci, le roi seul en réglerait les formes^ par un provisoire qui pourrait influer plus ou moins sur le définitif. 11 a fini par observer que les objets importans étaient une décision sur les mandats ioLpératifs et la constitution. On a renvoyé une. seconde ibis au comité des subsistances, pour fourrnir de nouveaux moyens.'

Les bureaux se sont formés pour élire les membres du comité qui devait préparer les travaux* de la constitution , et il a été arrêté que les commis saires commenceraient leur travail dès ce soir même. J'ai été nommé par mon bureau, qui était le 19%

Nous* nous sommes en effet assemblés le soii;, et nous ayons commencé par l'aperçu et par la division de notre travail. Nous avons arrêté de prier l'Assemblée nationale de statuer le jJys promptement possible sur tous les objets présentés jusqu'ici à la discussion , afin qu'elle puisse se livrer sans obstacle au travail de la constitution , aussi- I. 19

^i^ iKElirOIRES

*^ que 'nous 'Serions en état de lui présenter notre 'jihin. Cette prière lui a été en effet portée le lendemain matin.

•M.^de Pférac, député de Bordeaux > m'a appris *««*© HOuveHe îlaftteuse; il m'a remis une délibéra- ^ôûfles électeurs de cette ville pour me féliciter '^^ùT'ma pfrésidence, et un arrêté de la éhambre du "cWnmercetjuî demandait mon portrait. Ceporlrait, tftn*^ été peirft par M. Mosnier , peintre du roi, a ^éexposé*au:salon &e cette année , et jai remercié ^%^ltans de 'Bordeaux ties* bontés dont ils com- ^Sféifentunicitoyen qui n'avait fait que son devoir.

VÈfàtSi ^fuiîlet. — ^Le tomité des subsistances a ircudtrcdtnpte delà lettre reçue la veille , et du ré- "^tàt^ieis/annotices qu'avait faites M. delhitlège l{àî entêtait le*pofteur; aunontes qui avaient fait concevoir des espérances, mais qui se réduîsaiertt 'à 'rteti^ourle moment lactuel , et que , ses obser- ^tioosrfayaint rapport qu'à des c^bjets antérieurs, ^tïowiîté avait cru devoir le renvoyer à M. le dî- TtiCtetir général ''des finances.

^LotsquVm a* lu la liste des membres du comité

central et d'ordre de travail, on a reconnu un efiel

«^^giiliertlu basard f c'^st qu'il n'y avait pas un seul

imenabre du clergé. Ge sont les membres des com-

ttiuneset du comité quien ont fait l'observation;

Ut icomme îly avait six membres de la noblesse,

mi"a proposé *û^ adjoindre six ecclésiastiques. 11

s'tSt êlevé^unîctmibat honorable et satisfaisant entre

Wcommtmes qui appuyaient xle toutes parts cette

proposition^ et le clergé qui s'est obstiné a s'y refuser et à donner toute sa confiance à ceux qui formaient le comité. Le clergé la emporté. Heureuse Assemblée j heureuse nation , si cet accord et celte confiance y eussent toujours régné !

Mercredis juillet. — Adresses envoyées de toutes parts et tous les jours ^ remplies de respect et d'attachement pour le roi, de reconnaissance pour l'Assemblée, et portant l'adhésion à ses décrets.

J'observe qu'alors, dans le procès-verbal même, le roi était encore nommé avant l'Assemblée.

On a repris la question des mandats impératifs limitatifs ; on les a considérés et par rapport à l'Assemblée et par rapport aux députés, qui les ont reçus sous le serment. L'évêque d'Autun a trèsbien montré qu'un député, représentant le bailliage , ne pouvait faire que ce que ferait le bailliage lui-niéme s'il était présent. Le député ne doit pas être lié pour une opinion, puisque l'opinion doit être toujours dépendante de la lumière de la discussion : il ne doit pas l'être pour ne délibérer que dans tel cas , comme par exemple par Ordre ou par tête ; car il n'empêchera pas les autres de délibérer , et sa voix est perdue pour son bailliage : il ne doit pas lui être ordonné de se retirer, si telle ou telle opinion ne prévaut ; ce serait opposer la volonté particulière à la volonté générale; ce serait rompre l'unité de la nation et faire scission avec elle. M. Barrère de Vieusac a observé que les mandats de particulier à particulier peuvent être aussi

impératifs qu'on le voudra , parce que , dans ce cas 9 le mandataire est seul et unique législateur sur l'objet qui le concerne seul; mais quand il s agit d'objets généraux dans une nation assez nombreuse pour exiger le système représentatif, le bailliage peut donner des instructions à sou député, mais son mandat doit se borner à dire : « Vous voudrez pour moi. » M. de Vieusac n'a point été d'avis, comme M. d'Autun, qu'il fallait déclarer aux bailliages que l'empêchement devait être levé. Il a pensé qu'il fallait le déclarer nul ; et l'Assemblée n'excédera pas son pouvoir , en annulant ces mandats ; ce sont ceux qui les ont donnés qui ont excédé les leurs. Si, en outrepassant ainsi ses pouvoirs, un bailliage pouvait commander à l'Assemblée nationale, il pourrait aussi se refuser à ses décrets. M. de Vieusac concluait à déclarer les mandats nuls. M. Pétion pensait qu'il fallait retourner aux commettans. M. Barnave établissait que , pour cette première législature , on avait pu , avant que la constitution et la loi des mandats fussent faites , prescrire à ses députés telle condition qu*on a voulu; mais il pensait que tout député qui n'a pas ordre de se retirer , doit délibérer et se soumettre à la majorité. MM. de Toliendal , Target, de Castellane, de Chartres, de Bordeaux, de Vienne, de Dijon, etc. , etc. , ont successivement parlé. Enfin, M. l'abbé Sieyes, considérant que c'est à chaque député à savoir ce que lui impose son serment ; que c'est l'intérêt de chaque bailliage à être représenté.

a pensé que rAsseniblëe ne devait paint connaître les mandats^ et quil n'y avait pas lieu à délibérer sur cette question; et^ après avoir fait l'appel nominal, on a pris^ à la pluralité de 7S1 voix contre 28, l'arrêté suivant :

i< L'Assemblée nationale , considérant ses prin«* cipes comme fixés sur les mandats , et considérant que son activité ne peut pas être suspendue y ni la force de ses décrets affaiblie par des protestations^ ou par l'absence de quelques représenlans des bailliages^ arrête qu'il n'y a pas lieu à délibérer. »

Les principes de TAssemblée étaient le& mêmea que lorsqu'elle s'est constituée. Elle a regardé alors comme absens les députés des deux autres ordres. Aujourd'hui y elle regarde comme absens les por-« teurs de mandats impératifs^ qui n'ont pais la li-^ berté de délibérer.

Aussitôt après cet arrêté y Mirabeau demanda la parole y pour un objet très-important y et qui > quoique étranger à la constitution y devait cependant en précéder et en interrompre le travail par la nécessité des circonstances. « Déjà^ dit-il, un grand nombre de troupes nous environnait : il en est arrivé davantage ; il en arrive chaque jour. Des trains d'artillerie les suivent, on intercepte tous les passages; nos chemins, nos po;it$, nos promenades , sont changés en postes militaires ; les préparatifs de la guerre frappent tous les yeux , et remplissent d'indignation tous les cœurs. Ce n'était pas assez que le sanctuaire de la liberté ait été

^94 HÉM0IBE5

souillé par des troupes, que l'Assemblée ait été soumise à la consigne et à la force-armée, il fallait déployer tout l'appareil du despotisme, et montrer à la nation assemblée plus de soldats menaçans qu'il ne serait nécessaire d'en montrer à l'ennemi. Et pourquoi cet appareil? Pour l'ordre, pour contenir le peuple ? Le peuple a été ramené à l'ordre , a été contenu par un acte de clémence et de bonté , dans une circonstance récente et remarquable : la raison seule suffit donc pour le rappeler à ses devoirs. Jamais le peuple n'a dû être plus cfalme , plus patient qu'au moment où il a des représentans qui font valoir ses droits, ses plaintes, et qui vont améliorer son sort. » Mirabeau rend justiée au roi , qui ignore par quels projets et à quel but on prétend le conduire. Mais , par un esprit prophétique , il ajoute « que ces précautions, au lieu de calmer le peuple , lui inspireront des alarmes, et l'agiteront; que les soldats s'électriseront par le contact de la capitale ; qu'ils s'intéresseront à nos discussions politiques; et que, citoyens inquiets, soldats insubordonnés, ils se livreront à des mouvemens impétueux ; la sédition marchera tête levée : que deviendront les auteurs de ces mesurés, quand l'incendie général sera allumé, quand le peuple enivré se sera précipité dans des excès dont l'idée fait frémir? Savent-ils avec quelle horreur ce bon roi regardera ceux qui auront allumé les flambeaux de la sédition, qui l'auront exposé à verser le sang de son peuple, et qui se-

ront la cause première des violçnces , des rigueurs, des supplices dont une foule de malheureux seront les victimes ? »

Mirabeau pouvait avoir des connaissances parti- . eulières pour diriger cet esprit de prophétie. On ! sait quel était son art pour remuer le peuple ; et peut-être n'y était-il pas plus étranger id quen Provence (i).

Cette motion a été universellement applaudie. L'abbé Sieyes, appuyé de M. Chapelier, a observé que les étals de Bretagne ne se croiraient pas libres, si des troupes étaient rassemblées à dix lieues de leur séance. M. de Mirabeau proposait, dans sa motion , d'établir une garde bourgeoise à Paris. M. de Biauzat a fait l'amendement de réserver pour un autre temps la proposition de la garde bourgeoise; cet amendement a été adopté, et l'Assemblée a arrêté : « Qu'il sera fait au roi une » très-humble adresse , pour peindre à Sa Majesté » les vives alarmes qu'inspire à l'Assemblée natio- » nale de son royaume l'abus qu'on s'est permis, » depuis quelque temps, du nom d'un bon roi, » pour faire approcher de la capitale et de cette M ville de Versailles, un train d'artillerie et des » corps nombreux de troupes, tant étrangères

(i) Je ne sais que penser de cette réflexion , de cette apostrophe contre Mirabeau ; elle donne trop de choses à penser, qui sont invraisemblables et même impossibles.

( Note de M. Naigeon. )

» que nationales^ dont plusieurs sont déjà can- >^ tonnées dans les villages voisins^ et pour la for- D matioa annoncée de divers camps aux environs » de ces deux villes; qu'il sera représenté au roi , » non-seulement combien ces mesures sont op- >^ posées aux intentions bienfaisantes de Sa M a- » jesté y pour le soulagement de ses peuples dans X) cette malheureuse circonstance de cherté et de M disette de grains; mais encore^ combien elles H sont contraires à la liberté et à l'honneur de >i l'Assemblée nationale y propres à altérer entre » le roi et ses peuples cette précieuse confiance y M qui fait la gloire et la sûreté du monarque y qui » seule peut assurer le repos et la tranquillité du » royaume y et procurer enfin à la nation les fruits » inestimables qu'on attend des travaux et du zèle » de cette Assemblée ; que Sa Majesté sera sup- » pliée très-respectueusement de rassurer ses fîdè- » les sujets, en donnant les ordres nécessaires » pour la cessation immédiate de ces mi^Mires, » également inutiles, dangereuses et alarmantes y » et pour le prompt renvoi des troupes et du train M d'artillerie au lieu d'où on les a tirés. »

M. le président a annoncé que le roi lui avait fait dire de se rendre auprès de lui à six heures, et il a été convenu qu'il demanderait l'heure du roi pour recevoir la députation.

J'avais plusieurs fois parlé à difTérens ministres des troupes que l'on appelait autour de Versailles et de Paris. Je leur avais témoigné combien cela

DE BAILLT. 297

déplaisait à rAssemblée natîoaale y quelle atteinte cela donnait ou à sa liberté , ou au moins à lopi-* nion de cette liberté : on me répondait toujours que ces troupes n'étaient destinées qu'à maintenir l'ordre dans Paris^ et qu'à s'opposer à toute fermen-* tation. Jobjectai) de mon coté, comme Mirabeau l'avait fait avec tant d'éloquence , que ces précau«tions n'étaient propres au contraire qu'à faire naître et entretenir cette fermeiltation. ( On s'autorisait avec force des émeutes qui avaient eu lieu à Versailles le a4 juin , et à^Paris le 5o« ) Je finissais par les avertir que toutes leurs mesures peu sages re<tomberaient sur eux-mêmes, et qu'ils exposaient la France à des malheurs dont ils auraient long*temps à se repentir. Je causai avec un de mes collègues, homme de la cour, mais patriote ; et je lui demandai s'il devinait le motif de cette force-armée ? 11 me dit, qu'il ne doutait pas qu'elle ne fut destinée au renvoi de M. Necker, et à parer aux suites du mécontentement qui pourrait en résulter (i).

Je crois qu'an peut retrouver le plan et suivre la marche du gouvernement. Lorsque M. N^:kér avait obtenu du roi la double représentation du tiers, ce n'était pas sans doute l'avis de tout le ministère. On a trouvé le moyen de rendre cette représentation illusoire, en maintenant la distinction des ordres : de là toutes les di£Bcultés qu'ont

(0 Ce ne réponse élait ou fausse ou mal réfléchie.

(NoiedeM.Nt

éprouvées les communes, pour la vérification des pouvoirs; difficultés qui pouvaient bien être concertées entre quelques chefs des deux ordres et quelques ministres. Pour détourner l'attention des communes, pour les embarrasser, on porta le clergé à faire , le 6 juin , la motion relative aux subsistances et au soulagement du peuple ; on ne s'attendait pas que la réponse des communes sevait de sommer le clergé de se rendre dans la salle commune, pour délibérer sur cet objet important : on s'attendait moins encore à la résolution vigoureuse prise le lo, et exécutée le 17 , de se constituer seuls. Alors, pour empêcher les communes d'agir seules, on a pris le parti de faire de soimême tout ce qu'on présumait pouvoir être demandé | d'accorder comme concessions, bienfaits , ce qu'on ne voulait pas reconnaître comme droits; enfin , d'exercer la souveraineté , pour que l'Assemblée nationale ne l'exerçât pas. Quand on vit qu elle avait persisté dans les arrêtés que le conseil du roi avait jugé à propos d'annuler; quand on vit la majorité du clergé et la minorité de la noblesse se réunir , on fut vraiment effrayé de la marche aussi sage et légale que hardie et pressée de l'Assemblée ; on se hâta de faire réunir les ordres au tiers, d'à-, bord pour gêner et ralentir la marche des communes, ensuite pour favoriser le parti qu'on se proposait de prendre. Quel fut ce parti ? voici ce que j'en présume. On ne croyait pas impossible que les deux premiers ordres déterminassent l'Assem-

blée à examiner et à accepter , du moins avec des modifications^ la déclaration du 25 juin. Si Ton ne pouvait pas y parvenir, alors on était déterminé à renvoyer d'abord M. Necker , comme opposé aux mesures arbitraires et vexatoires, puis peut-être à dissoudre l'Assemblée nationale , comme méconnaissant les droits du roi , comme refusant le bien du royaume en rejetant les bienfaits du roi ; puis on aurait été porter au parlement la fameuse déclaration y et on aurait réalisé ce que le roi avait annoncé dans son dernier discours , le 25 : « Je ferai seul le bien de mes peuples; seul^ je me con-sidérerai comme leur véritable représentant. » Ce coup d'autorité absolue et arbitraire, si étrange dans les circonstances , aurait été appuyé par les vingt ou trente mille hommes qui étaient rassemblés avec de l'artillerie. On n'avait garde d'éloigner ces troupes , malgré les instances de l'Assemblée , puisqu'elles étaient nécessaires pour l'exécution du plan. Voilà , sans que je puisse l'assurer , le système d'opérations qui m'a paru le mieux lier les dififérens faits que j'ai eus sous les yeux ; c'est le plan qu'on suivait alors (i).

Le soir j'allai au comité central pour la distribution du travail de la constitution ; j'y parlai peu à

(i) M. Necker, dont nous nous proposons de publier les Mémoires, ou, pour parler plus exactement , V ouvrage sur la révolution française, s'exprime ainsi à cet égard:

« Je n'ai jamais connu d'une manière certaine le but oii l'on » voulait aller : il y eut des secrets et des arrière- secrets , et je

mon ordinaire. On y lut quatre projets des opérations du comité. Daos les quatre étaient ceux de M. Mounier et de M. Bergasse : l'un , travaillant avec sa raison et ses connaissances assez profondes ; lautre y abusant de son esprit ^ et mettant partout son imagination. M. Bergasse , pour parler de la I constitution el des droits de l'homme , nous faisait remonter aux temps de la nature y à l'état sauvage i c'était bien le cas de dire : jivocat y passez au dé^ luge. Nous luiobjectâmesqu il s'agissait de Tbomme en société ; que c'était la société qui avait besoin d'une constitution. Dans l'état de nature tout appartient à l'homme ; il a tous les droits y il est la nation y la loi y le roi ; ses droits sont fondés sur ses besoins y l'exercice n'en est limité que par son intelligence et par sa force. M. Mounier a été d'abord dans son sujet : il parle d'un royaume habité par vingt-quatre millions d'hommes y et c'est de là que to»t doit partir. J'avais fait aussi lin projet de déclaratipu de droits. Peuempre$sé de mettre mes idées en avant ^ peu pqrté à croire qu'elles aiç^t de 1^ vajefur.y je ne l'ai point lu au comité , je le communiquai à mon bureau ^ et à quelques-uns de mes collègues qui en furent contens et en prirent copie ; il i^e na'en est pas resté. J'étais persuadé qu'il fallait déclarer tous les droits à la fois ou du ■ "■■"' . . ' <■ ' . ■ • I • ' . — "

» crw que le wi lui-même n'était pas de tous. On se .proposait » peut-être , selon les circonstauce^ , d'entraîner le monarque à » 4e9 mesures dont on n*avait pas osé lui parler. »

( Note des noup. édit, )

DE BAILLY. 5oî

moins successivement : d'abord ceux de Thomme , ceux des citoyens , enfin ceux du roî. C'est sûrement une idée très-belle et très-philosophique que d'établir pour base à la constitution , la déclaration des droits de l'homme ; mais cesidéçsmétajphysiques égarent plus qu'elles n'éclairent la multitude » c'est un moyen d'isoler l'homme et de lui faire oublier qu'il est entouré de ses semblables. Lui apprendre ses droite avant ses devoirs y c est préparer les abus de la liberté et le despotisme individuel ; c'est ouvrir un passage à deux eaux réunies en torrent ^ avant de leur avoir fait un lit et des digues. J'en ai bien senti depuis les inconvéniens , j'ai souvent gémi des maux qui en ont résulté ^ et j'aurai plus d'une occasion d'y revenir. Le plaû de M. Mounier était bien plus conforme à mes idées ; j'opinai , ainsi que la pluralité du comité, pour son adoption: il fut décidé qu'il. serait porté le lendemain à l'Assemblée.

Jeudi 9 juillet. — M. le président a dit que , s etant rendu hier chez le roi. Sa Majesté lui a dit qu'il avait voulu le voir pour lui manifester ses intentions , relativement aux troupes qui se sont approchées de Paris et de Versailles ; qu'elles ne porteront jamais aucune atteinte à la liberté des étatsgénéraux ; que leur rassemblement n'a d'autre but que de rétablir l'ordre , et que leur séjour ne durera que le temps nécessaire pour garantir la sûreté publique. Le roi a ajouté qu'étant instruit de la délibération prise par l'Assemblée à ce sujet , il rece-

3o2 MÉMOIRES

vrait sa députaiion y et lui ferait une réponse osten* sible. On voit que le roi fait ici la même réponse que le^ ministres m'avaient faite : le roi était de très-bonne foi , il ne comptait prendre des mesures que pour l'ordre et la paix publique (i) ; il ne savait pas où on voulait le conduire , et l'usage que l'on ferait des forces ainsi réunies pour les avoir sous la main au besoin. Ce besoin aurait encore été celui de la tranquillité y et il y a eu un. art de lui déguiser les choses , de manière que des moyens de violence lui fussent donnés pour des moyens de paix. Après avoir lu des adresses de félicitation et d'adhésion et des rapports de vérification de pouvoirs, on a lu deux fois le projet d'adresse fait par Mirabeau, et unanimement agréé par le comité de rédaction. Celte adresse, qui est très-éloquente , parfaite par la mesure et par la force , avait pour objet la nécessité de rélQÎ'gaement des troupes : elle a été accueillie et adoptée avec applaudissement. Il y a dans cette adresse une déclaration forte et remarquable. Après avoir parlé du mot de pcUa: , prononcé par le. roi , du rétablissement de l'ordre qui en a résulté dans Paris , et avoir admiré cet empire : « Nous vous tromperions , Sire , si nous » n'ajoutions pas , forcés par les circonstances , cet » empire est le seul qu'il soit aujourd'hui possible » en France d'exercer. La France ne souffrira pas » qu'on abuse le meilleur des rois , et qu'on l'écarté ,

(i) Voir la note précédente.

H >par â^ "ffues ^ii^istres^ du nolfAe plan qvi'il a luîj) XBenie tracé. Vous nous a^ez appelés pour fixer ») de concert avec vous la constitution , pour ope'n rer .la régéaération du royaume : l'Assemblée ^) rualioni^e.iriint vous déclarer solennellement que ^) vos vœtfcx seron^t accomplis ^ que vo^ ,j)romesses ;^ >iie.,3W0<ït poiut vma<es^ que les pièges^ les diffi- ^ fOsJlé^ ,, Wa l^rreuiis ne riçtarderonVpoint sa piarr» chè, et n'ijitiQiideront poi^nt son courage, j)

On oCipeut se dissimuler que MiraJ^eau a été jLe ^iiKÀpe. delà force dans l'Assemblée nationale i: on 'i»e,peiita'tan<liire de plus grand, de plus fort, .4e ^W.dfcgnie?enaiémetemps que ce morceau; il^est, Avec la forme, convenable de respect, conforïweii jliavsèté du .^3 ^mi l'Assemblée déclare quelle; per- :fii9te;fici^ elle i déclare an roi lûi-noeme . qu'elle tpersislera. ILa. qualité ^principale de Mirabeau était 'Ikndace : elkiiort^it son talent, elle en dirigeait 4iiiaû9e,.cttQii déjvel(>ppait la force • Mais quel que dfût «on lOarajCtère moral, quand il était porté par jle&ciroonsta^des, il s'agrandissait, ils'épurait avec elles, et alors son génie relevait à la hauteur du -eourage çt.de Javentu (i).

(i) Mirabeau a joué , comme orateur el comme homme d'Etat, un si grand rôle dans la révolution française , que nos lecteurs ai-

-meraîent sans doute à comparer J^ dîfiférens portraits q«i o|it

-été transmis âur.|Qet.hom£me célèbre; .Us ppun^ient en- effet, au moyen de cette «on^paraison , prendre. une idée précise de son ca-

. ra^tère et de son éloquence. L'étendue des pièces que contient ce volume ne nous-permet pas de faire ici ce rapprochement, qui trou-

i «sera» place à la v3tiite diautces Mémokies ^ {JiHote des. nwMt. éd£l> )

So4 MélfOlRËS

On a été aux voix pour l'admission d'une des députations de la noblesse d'Amont en Franche^ "Comté, qui en avait nommé deux. L'Assenfiblée générale a jugé tout, autrement que la chatnbre de la noblesse; elle a admis la députadon que la noblesse avait exclue, il' se trouva que celle-ci avait la liberté poiir le vote , au lieu que 1 autre lavait des mandats impératifs. On, fit pari aisùitè à T Assemblée d'une lettre des électeurs de < la noblesse d'Agen, qui révoquaient les pouvoifô «limités, et qui laissaient leurs députés libres de faire tout ce qui serait pour le bien de l'État, sans compromettre néanmoins les privilèges, les droits uniquement honorifiques de la noblesse, et en leur ordonnant de persister pour obtenir la constitution désirée, -avant de consentir ni à subside ni à emprunt. Voilà donc deux députations entièrement libres de voter en commun; beaucoup de députés avaient demandé et obtenu de pareilles révocations^- Ainsi, on s'approchait de Tunité de l'Assemblée, du moins de la part de ceux qui la désiraient ou qui y consentaient de bonne grâce. . >

On dit qu'une partie de la noblesse, qui s'assemblait quelquefois clandestinement^ se réunit le lendemain dans la chambre jadis de ^on ordre, pour pratesteivcontre ce jugement : elle était au nombre degS; cette protestation n'a pas été notifiée. ÇJour^ nal de Versailles , /i** 1 1 , supp. pag. 8i . )

M. Mouni^er a lu le projet adopté par le comité pour l'ordre du travail de la constitution : il établit

DE BAILLY. 5o5

d^abord ce que c'est qu'une constitution ; c'est la forme précise et constante du Grom>ernement. 11 a exprimé alors ces vérités claires et sensibles qui, traçaient à la fois la leçon de l'Assemblée et du roi : ce Quand la mjanière de gouverner ne dérive pas de ' » la volonté du peuple clairement exprimée , il w n'a point de constitution ; il n'a qu un gouverne- » ment de fait qui varie suivant les circonstances , » qui cède à tous les événemens. Alors l'autorité a » plus de puissance pour opprimer les Kopîmés » qme pour garantir leurs droits ; ceux' qui gou^ >) ve^rnent et ceux qui sont gouvernés , sont égale- » ment malheureux. » .-.*»>;

Comme la volonté du peuple n'a jamais été'.clkîrement exprimée , il s'ensuit que nous n^avioîis pas de constitutions ; nous avions cependant quelques lois reçues comme fçndamentales. r< Depuis qûa- » torze siècles nous avons un roi ; le sceptre n^â » pas été créé par la force , mais par la volonté de » la nation ^ mais par l'élévation sur le bouclier. » De là plusieurs lois : la monarchie^ Tindivisibilîté ,' l'hérédité du trône , les femmes exclues de la couronne , le consentement libre du peuple à l'impôt. Il faut une constitution qui détermine précisément les droits de la nation et du roi. Cette constitution' n'est ni dans le despotisme royal , ni dans Tarislbcratie féodale , ni dans une liberté sans règle ^ qui placerait un pouvoir arbitraire dans là multitude y et qui appellerait l'anarchie, puis le despotisme qui marche à sa suite pour se composer de ses débris ^

366 MéMomkâ

réunir ei dévorer loul'cè qu elle a divisé. M: Motimer proposa de faire précéder la 'cobslitùtion par la . déclaration des droits ', maîà dé hé la {>as faire paraitré séparément. Il pensait cotiimenioî, et le comité avait' partagé notre opinion : « Que des » idées abstraites e£ philosophiques ,' si' elles n*é- » ïaîent àifcompagnéés dés conséquén^^^ perttiet- >/ traient dVri supposer d^àutres que celles qûisèrohC M admises par rAssémbléèV w'Cet^a^is était bien sage. Une publîcafîàn précipitée à ôtivèft lé chantip libre à We infini te d*àbus , a autorisé à dèW usurpations : on a* 9 pour ainsi dire ', légitimé tliâbitude ; et puis 9 quand on a voulu arrêter ces usûr|)àtiôrïs , en dépouiller lés violateurs de Tordre, là mdltîtude s^j est opposée , on a rencontré" la forice , et une espefcé de droit acquis contre là lôï. tia'loi s'est trouvée sans appui , Tordre n'aurait pu être rétabli 4]ué par des moyens difficiles ^ d'un succès incertain, €t surtout trop coûtent. Cette anarchie , défendue parle peuple qui en jouit, a des suites dont on ne geut encore prévoir ni la durée, ni là fin : il faut espérer qu'elle ne sera pas le despotisme (i). Nous proposions trois fours dé bureaux pour Texamèn des objets de là constitution , et trois jours d'as* semblée pour les dîscuier. Ces objets étaient successivement : les droits dé Thomme; principes de la monarchie : droits de là nation ; droits du roi ;

(i) 0&. [paroles de ^ailly sont d'une prévoyance remarquable.

{ Noie des noup.édit.)

DE BAILLY. ^OJ

droits. des citoyens ; organisation de l'Assemblée nationale; formes de rétablissement des lois ; organisation, des assemblées provinciales el municipales ; principes du pouvoir judiciaire ; fonctions et devoirs du jpouypir militaire. Mirabeau ti^ouvait d^ns cç,,m,orceau de ranalyse et de la clarté . mais le vagup d'un programme, (Courrier de Provence y lettre g^, ). Ce n'était pas là une critiq^ue , ce morceau contient tout ce qu'il faut.: un j)lah dé travail n!estf en effet, qu'un programme, L' Assemblée a çrdoppé ririîpression du rapport , et charge les bureaux de p'en oççupier. • . '

M* Mpunijer , avec une connaissance approfondie de rbistoîre et du droit public de la France, dés dtpilf ^o^^Û^i^es des hommes , assez de pbilosopbié^ ^n esiprit, d'analyse, des idées précises «t claires , une répiitation faitç d'honnêteté et d'amour de la libe^rté , un caractère dont la fermeté était connue , a^^£^it eu \mf grande préppndjérance dans l'Assemblée , et l'aurait conservée ,, s'il n'avait quitté la ligne de, la .liberté ^ et si la juste haine qu'il a pu prendre, ^pour les factieux ne s'était pas tournée et contre i' Assemblée elle-même et contre les vrais patriotes.

,^ . p^erfffredi lo juillet, — ^La séance n'a été' employée qu'à des rapports de vérification de pouvoirs, et autres objets peu. importans.

; ,Çeio»rr:l^î'élai§ invité à dîner chez M. de VîUedâftil jj^'yjallai ; cét^it la première fois, et ilétaît tç^ps^ car huit jours après il n'était plus en place.

5o8 MÉMOIRES

Je dois placer ici un mot sur mes relations avec M. de Vîllëdeuil et M. de Breteuil.

M. de Breteuîl^ entrant au ministère en 1 785, était favorablement prévenu pour moi par des amis communs , et par des sentimens d'estime pour mes ouvrages et ma conduite. Mes relations avec lui ont été fondées sur les deux commissions pour le magnétisme animal et pour les hôpitaux; commissions d'où ont résulté deux rapports qui ont eu du succès et dont j'ai été le rédacteur. M. de Breteuîl, voyant^ dé longs services gratuits et sans aucune récompense ym'en a fait obtenir du roi, et je lui dois les grâces qui m'ont été accordées depuis 1 786 jusqu'en 1788 j je ne puis Toublier. Jie m'étais aita:cïié à lui , parce que , comme homme , je l'ai vu lion , sensible , droit et loyal ; comme ministre , aimant toujours ce qui était utile y grand , et à l'honneur de la nation et du roi : voilà l'homme tel que je f ai connu y et auquel j'ai été sincèrement attache: Quant à ses principes politiques , ils n'étaient ni révolutionnaires ^ ni constitutionnels : ambassa- . deur pendant trente ans , accoutumé à parler au noni du roi ^ il ne connaissait que son autorité ; justice d'une part y obéissance de l'autre : voilà ses maximes. Il avait une réputation de despotisme qui n'était pas favorable pour être rappelé au ministère dans la circonstance des états-généraux. Je dois dire que, dans quelques conversations que j'ai eues avec lui entre les tiôtables et lèsétàfsH généraux y le tact acquis dans les affaires et le bon

B£ BAILLT. SoÇ

esprit qu'il a , lui avaient fait sentir que les cîr-n constances exigeaient des changemens dans le gouvernement et des modifications dans Tautorité! royale. Cependant , l'intérêt que je prenais à lui me faisait désirer qu'il ne rentrât point dans le conseil , que la grande querelle de la nation et du ministère ne fût terminée y que les droits de la nation et du roi ne fussent fixés. Au reste, provisoirement, et eu égard à la dîfiërence de principes et de situation , consacré tout entier à mes devoirs , je n'avais eu aucune relation avec lui , depuis ma nomination aux états-généraux jusqu'à ce moment. Voilà les faits dans la plus exacte vérité ; et lorsque l'occasion vient de rendre compte de sa vie y on est bien heureux de pouvoir tout dire. Quant à M. de Villedeuil , je l'ai connu chef de la *Ubrairie , et dans ce poste , à l'intendance de Rouen , au contrôle général , et au ministère de Paris , il m'a constamment montré une estime et une amitié que je lui ai rendue. Il a suivi avec zèle l'afiaire des hôpitaux commencée par M. de Breteuil; et dans ce qui a été à ma connaissance de sa gestion avant les états-généraux , je ne lui ai vu rien faire qui ne fut honnête , et voulant toujours ce qui pouvait être utile.

Après le diner , M. de Villedeuil me prit à part , et il m'apprit que le baron de Breteuil était venu à Versailles le matin. Je lui demanda} tout de suite s'il était question qu'il rentrât dans le ministère ;, il me répondit très-affirmativement que non , qu'il

3lO MÉMOIRES

était venu à huit heures et reparti à midi, peutêtre pour faire sa cour, ou pour toute autre chose que le ministère. M. de Villedeull pouvait bien me dire non, quoiqu'il sût le contraire; mais je crois qu'il me disait le vrai , et qu'il y avait un mystère dont il n'était pas instruit. En général, à Ja cour un seul ministre a le secret des grandes opérations, et ce n'était pas lui; il n'y avait pas la prépondérance : une raison qui me parait démonstrative , c'est que s'il avait été dans le secret des dispositions de la cour à l'égard de M. Necker et de M. de Breteuil, s'il avait prévu ce qui devait arriver le lendemain et le dimanche , il ne m'aurait pas dit cette nouvelle; il ne m'en a parlé que comme d'une chose parfaitement indîfTérente , que par conversation et a raison de mes liaisons avec M. de Breteuil. Cependant, je fus frappé de la nouvelle, et j'eus bien de la peine à me persuader .que, dans le milieu de l'été et dans les circonstances où nous nous trouvions, M. de Breteuil eût quitté sa terre où il se plaît, pour venir à la cour, sans quelque n^ystère et sans un puissant motif.

Samedi 1 1 juillet. — M. le président a annoncé que la députation vers le roi avait été admise la veille au soir , que ladresse lui avait été lue ; voici la réponse du roi :

« Personne n'ignore les désordres et les scènes >) scandaleuses qui se sont passés et se sont renou- » velés, à Paris et à Versailles, sous mes yeux et » sous ceux des états-généraux ; il es£ nécessaire

DE BÀILLY. 5ll

» que je fasse u$age des moyens qui sont en ma » puissance^ pour remettre et maintenir l'ordre » dans la capitale et dans les environs. Cest u» » de mes principaux devoirs de veiller a la sûreté » publique; ce sont ces motifs qui m'ont engagé » à faire un rassemblement de troupes autour de » Paris. Vous pouvez assurer T Assemblée . des » états-généraux qu'elles ne sont destinées qu'à » réprimer , pu plutôt à prévenir de nouveaux: » désordres 9 à maintenir le bon ordre et Texer- M cice des lois, à assurer et protéger même la lî- » bçrté.quji, doit, régner dans vos délibérations? » toute espèce de contrainte doit en être bannie^ )) de même que toute appréhension de tumulte » et de violence doit en être écartée. 11 n'y avait » que des gens mal intentionnés qui pussent ég|a- » rer me^ peuples sur les vrais motifs des mesures » de précaution que je prends; j'ai constamment » cherché tout ce qui pouvait tendre à leur bon- » heur; et j'ai touj.ours lieu d être assuré de leur ». amour et de Içur fidélité.

» Si pourtant }a présence nécessaire des troupes » dans les environs de Paris causait encore de >) l'ombrage^ je me porterais, sur la demande des » états-« généraux, à les transférer à Noyon ou à » Soissons; et alors je me rendrais à Compiègne ,. » pour msdntenirlaçonimunication qui doit avoir » lieu entre TAssen^blée et moi. »

On dit que M. de Clermont-Tonnerre lut l'adresse avec un ton successivement ferme et sénsi-

5ia MÉMOIRES

Me , et que la voix du roi parut altérée , lorsqu'il parla de Tamour et de la sensibilité de ses peuples. ( Journal de Versailles y ti"* 12 , pag. 85. )

Cette réponse négative à une adresse si forte et si pressante, affligea une partie de l'Assemblée; une autre partie n'y vît que des motifs de confiance. Mirabeau dit i< que nous avions confiance dans le roi et non dans un ministère qui avait creusé un abîme sous nos pas. La crise présente nous avertit des dangers d'une confiance illimitée , et , s'il faut le dire, de Tînconsidération de cette confiance qui nous a conduits au point où nous en sommes. Nous n'avons pas demandé à fuir devant les troupes', nous avons demandé qu'elles s'éloignassent de nous; irons-nous nous placer entre deux camps ? En même temps que cette réponse et ces paroles de bonté légitiment la confiance , l'état des choses nous ordonne la vigilance ; et il n'y a d'autre parti à prendre que d'insister sur le renvoi des troupes. » Mais la réponse du roi avait tellement inspiré de sécurité , que l'on mît en avant la proposition déjà faite d'établir un comité des finances; on y passa , et l'Assemblée ne décida rien sur la lettré ; c'était laisser les choses dans le même état, et, comme l'observe Mirabeau , insister sur le renvoi des troupes.

J'avoue que je vis quelque chose de plus dans la proposition de transférer l'Assemblée à Noyon ou à Soissons. On ne pouvait douter que la cour ne fut inquiète et de Versailles et du voisinage de Paris f

DE BAILLY. 5l5

elle n était pas k se repentir d avoir réuni les députés à Versailles. Je n'avais aucune connaissïince des manœuvres et des agens employés^ mais le peuple était agîté , et c'est un instrument formidable. At-on bien , a-t-on mal fait de l'agiter y c'est un grand problème. Quoi qu'il en soit y les essais présens faisaient craindre les suites. Je ne doute pas que la cour ne préparât la translation. Aujourd'hui on nous disait que le roi y consentirait sur la proposition de l'Assemblée : au premier mouvement y au premier désordre où la cour aurait déployé la force et se serait rendue maîtresse , on nous aurait montré la nécessité et on nous aurait donné des ordres. Cette translation eut été un grand mal. Nous aurions été plus facilement serrés par les troupes; l'Assemblée aurait été esclave ou dissoute y et nous aurions eu la guerre civile.

La formation proposée d'un comité des finances souffrait quelques difficultés y parce que tous les mandats des députés étaient formels pour défendre qu'on s'occupât ni d'impôts ni d'emprunts avant que la constitution ne fut faite. Mais il était évident qu'on n'allait point contre cette- disposition très-* sage , en prenant connaissance de l'état des choses. 11 fallait , avant de penser à juger , acquérir des lumières nécessaires; il fallait constater la dette y évaluer les dépenses légitimes y déterminer le montant des recettes^ dresser des plans de réforme et d'amélioration : tout cela pouvait se faire dans un comité^ pendant que l'Assemblée entière s'occuperait

3i4 MéifoiâEs

de la constitution; et le résultat du travail ne paraître qu'au moment où elle viendrait d'être terminée. L'Assemblée a arrêté la formution du cmnité des finances composé de 64 de ses membres.

M. de La Fayette lut ensuiteun.projet de déclaration des droits de Thonime. Cette déclaration a le défaut de n'être pas toujours assez claire et assez précise ; d'avoir mêlé par anticipation les droits du citoyen qui lui sont assurés par la constitution yjkvec ceux de l'honune qui lui appartiennent par la nature ; mais les principes en sont trèfirbons , et dans un moment où tout le monde était occupé, de cette déclaration y M. de La Fayette a Vhonneur d'avoir préscpté la première. M. de Lally-Tollendal , qui eut la parole après lui > dit un mot heureux ; ^. M. de La Fayette a parlé de la liberté eonmie il l'a défendue. » Ce mot fut senti et vivement appl^di.

M. de ToUendal ne voulait pas qu'on isolât de la constitution la déclaration des droits. Je l'ai déjà observé avec M. Mounier ; M^ de ToUei;idal ne considérant pa& que les droits de l'homme sont nar turels et imprescriptibles, insistait sur. la différence énorme d'un peuple naissant qui fait choin d'ua gouvernement ^ à un peuple antique qui se rassemble pour perpétuer une monarchie subsistante depuis i4siècles. ce Remontons , dit-il, au droit natu- » rel,maishàtons-nous de redescendre au 4roit posi- » tif ; que la déclaration de nos droitssoitla déclara- » tion des droits de tous; que l'homme et le citoyen y i) le sujet et le monarque , y trouvent chacun ce qui

DE BAILLT. 5l5

» doit lai appartenir ^et que ce soit y pour ainsi dire y » nn pacte social y un contrat universel qui, en dis- » tribuant la justice à toutes les parties y force toutes » les parties d'être justes , et qui , en leur procu- » rant le bonheur y les ramène à runîon. »

Mirabeau demanda si les pouvoirs du gouvernement y nommes improprement des droits , peuvent être mis sur la même ligne que les droits du peuple ; si ce n'est pas violer les principes fondamentaux de toute société , en admettant l'existence d un contrat entre le peuple et les chefs qu'il se donne. ( Courrier de Prownce , lettre 19 , pi^. 12.) Non, sans doute. M. de ToUendal et ses contradicteurs avaient raison. En principe toute souveraineté résidé dans la nation ; nul pouvoir , nul droit qui n'émane d'elle ; au moment où elle recouvre ses droits , elle les exerce en entier^ Un peuple âgé de quatorze cents ans y et comprimée par des abus, est comme un peuple libre, tout neuf , et fotmé dliier. Voilà le droit , mais la prudence ? Ces droits ne valent que parla force. 11 faut connaître et la force qui peut les soutenir et la force qui peut leur résister. On a droit de tout vouloir ; en voulant tout , ne perdra-t-on pas tout ? Voilà ce qtt'on pouvait considérer alors , et sur quoi l'évéûement seul •pourra décider. Mais M. de ToUendal , en ne rendant pas assez hommage au principe , avait peutêtre assez de sagesse de dire : « Voilà d'un côté le droit rigoureux, dé l'autre dès usurpations; mais des usurpations consacrées par des siècles , mais la

3l6 HÉMOIRBS

possessioa armée. Que de combats à livrer pour dé-^ posséder ! que de saog à verser pour la victoire ! Je préfère une transaction entre les droits elles usur-%, pations ^ qui rétablisse les uns sans dépouiller totalement les autres > où chacun cède y et dont tout le monde puisse être content. Je sais que/ cette manière de voir sera traitée de faiblesse : je sais cepeadant m'élever comme les autres h langueur des principes et à la hauteur des grandes conceptions ; mais il ne s'agit pas ici de théorie , il y va du bon-heur des hommes ^ et c'est le succès et les jouissances qui l'assurent. » M. de ToUendal avait pour* lui l'exemple des Anglais ^ qui ont consacré la prérogative royale et les droits des barons , en même temps que ceux du peuple. Nous sommes {^us dans les principes ; si not^ réussissons^ nous aurons eu pleinement raison^ nous aurons fait mieux qu'eux : mais si nous ne réussissions pas, nous aurions perdu une occasion inretrouvable, et manqué le bonheur de la France. M. de ToUendal a conclu w à ce qu'il fût arrêjté par FAssemblée de ne déli- » bérer que provisoirement sur la déclaration des » droits 5 et de ne rien statuer en définitif sur cet » objet , qu'en statuant sur tous ceux de la consti- » tution. » La motion de M. de La Fayette et celle de M. de ToUendal ont été renvoyées à l'examen des bureaux.

On dit que quelques membres de la noblesse y au nombre de quatre-vingts y se sont réunis dans leur saUe y à sept heures et demie du soir. Ua

DE BAILLT. 5lf

d^eixx a fait remarquer la désertion jonmalière de leurs assemblées séparées ( lesquelles étaient iHé^ gales ). En effet y celle du 3 avait eu cent trentebai t membres^ cette du- lo, quatre-vingt-treize^ et celle-ci quatre-^vingts seulement. tJa autre a proposé de faire une protestation contre tout ce qni s'était fait on se ferait dans la prétendue Assemblée nationale. On a adopté y ditK>n, cette idée;^ on a nommé huit membres pour la rédiger et la présenter k FAssèmblée ^ ajournée à hindi 1 3 ^ à six heures du soir. On a proposé aussi de: la faire distribuer dans les bailliages, pour la faire adopter par ies oommettans* (Joumql de J^ersaUles y n"" X2y supplàvuenty p^.Sf* ) Les évén^nensdu^ lundi ont fait oublier, je crois , ladresse^ et changer l'iqournement. fixe eh ajournement indéfini.'

Je partis le soir pour Ghaillot,,et je vais «endre compte de ce qui s'était pas^é.k ISwriat la veillei, lo juillet, et aujourd'hui.' Le .vendiiedt soir xoyil y avait eu assemblée des élMteors à l^ôtol-de^ Viile. On y £t;divers^ motions tièlalives à l'étav blfssenttrat d'nne:gaedebour|^ûise àrBarts, ptoposéc ia première fois :aux. électeurs, leidSijuin^ par M* de Bonnevillef rétablissement dont^M^ NecJ&ec m'avait parlé hû^méme le i^ juillet , ^t dont la proposi^oai fut faâte.à l'Assemblée nationale le 8 juilfet. Dans cette séance , le même M. de Bour nevilleproposa la convocation As distxdcts* M^ Ban^ cal des Issarte renouvellla motion de la gaîde bourgeoise. 11 parait que déjà les alamo^s étaient vives

5x8 MÉMOIBES

à Paris.. Apr^ avoir rappelé; ce qui s^étaît passé en X7889 à l'égard 4es magislrajts^ il dit : a Les » baïonnettes^ réiendard du^espQttsme et delà » mort qu'on présentait) Tannée decmère aux mi- » nisties delà justice., Mat t<Hirnésau|dupd^hui, » arec un. appareil menaçant et plus terrible , »- contre les représentanade toùtes^ les provinces »;ras»eniUés dans un même Ueu. On dirait cfoe ». l'duncjni lepfais redottlablfi est k no6 portes. Ua » oan^ dé troupes étrangères est. étobli au sein de »-vx>tce 'ville ;tou&l«s environs ck Pariset.de. Ver- » sàillës sontiDedupés p^r des soldais. Jamais on » ne fit 4es préparatifs^ plus fiiurmidabiles. Unoinous » reste pluskpie les horreurs de ]^^ ^guer^exivilè ou » le joug de T^sclavage. Quels maUieurs.ponr une » nation fièreetienstble, à laqueQeil ne ^manque })^ quicm bon gouvernement ! » 11 finit par: proposer u^ie adresise^^ aui poicpoifridemanioLçr le i^'nvcd.des ttôi^pes et rétablissement, diuue garde JK>|irge6ise > dâibéfée i dans les districts . convoqués jà ; cet efiet . Mv BonneviUis^ifit encore: les /motions suivantes: crcSiBt eqi\stitueri.enk:o^.de côufpnnea; ixmËantt provisoirement les i officiers municipanx' actntlsy les^invitei^ à prendre séance pour.. <bélibérer avec les électeurs ; convpquec les distâcts et les «engager à nommer chacun un représentant pour.seijmndre auK électeurs; ^rJerapporte totaesLces propositions parce qu'il isémble 4^^ > P^^- ^^ mouvei^tent d'in^ térètei de pévbyance^ on posait des. hases pour les jours suàvaos:. : ^ ^ m ;

DE BAILLY. 3ig

En effet, suivant les récils qui m'ont été faits, les régimens de Provence et de Vintîmille étaient à Neuilly; royal-Gravatte , Helmstadl, royal-Pologne, à Sèrvres et k Meudon; Salis^Saitiade^ CfaateatiTfeux et Die^bach, suisses; Berchini, Esterhazy et royal-dragons, étaient au Champ-^e-Mars, avec un équipage d'artillerie j d'autres régimens étaient à Saiiït-Denîs , Besançon et LaFère, et plusieurs t*égîft]ens allemands étaient cantonnés ou à Saiitt-4)enis, ou ailleurs aulx environs de Paris. J'ai vu liioi-même le pont de Sèvres gardé par des troupes avec du canon , et des patrouilles de fatfôsardd et de dragons répandues sur la route. La garde bourgeoise était excellente pour calmei* les inquiétudes des cit03rens et pour faire leur sûreté; elle était d'ailleurs tout prétexte à la présence des troupes. On aurait <lit au^r ministres : « Si vous ne les gardez que pour la polioe , nous nous chargeons de maintenir Tordre; faites retirer vos soldats* » Mais On balança ttop à prendre cet4e mesure. Il li'était plus t^mp^ Le gouvernement sentait bien qUUl n^ pointait pas conséfVér le» troupes; ilse^ hàtadé^afiSHéf à réexécution , et se prépara sérieu^ sèment à^ les faire agir.

Aujourd'hui 1 1 ^ on a demandé , a l'ouverture de la séance, beaucoup de recueillement dans les membtési de cette assemblée > et un grand silencedans le puMi<i pour les matières importantes qui allaient être traitées. Les commissaires , nommés la veille pour examiner les motions qui avaient été

320 MÉMQIKES

faites 9 en ayant fait leur rapport ^ rassemblée a décidé qu* il a y avait pas lieu à faire une adresse au peuple ni à se constituer en communes; ce qui était en effet très-sage ^ car on ne peut ni ne doit se déclarer ce qu'on n'est pas. Les électeurs étaient alors ce que les faisait la nécessité ^ les représentons du peupk et les sauveurs de la patiiie. A Tégard de la garde bourgeoise , il a été pris 1 arrêté suivant : « L'assemblée des.électeurs de la ville de Paris ^ }} ne pouvant se dissimuler que la. {présence d'un » grand nombre de troupes d^ns cette capitale et » aux environs 9 loin de calmer les esprits et d'em- » pêcher les émotions populaires , ne sert au coi^ » traire qu'à donner des alarmes plus vives aux » citoyens^ et ôôca^ioner des attroqpemens dans » tous les quartiers , demeure couvaincue que le » seul et vrai moyen qu'elle poisse proposer dans » une paireillo circonstanije , pour rapgi^ner la transi quillité, serait de rétablir la garde bourgeoise^ » que cette garde est suffisante. pour prévenir totisr » lés dangers; . qu'elle est naême 'nécessaire ; que n les habitais. d^ cette- ville ont d'atat^int plus rai-* » son de désirier de se ga^pder eux-mêipes^ que. tout » récemment la plupart dejs villes de Languedoc » viennent d'y être autorisées par les ordres du » roi, et que les communes voisinespnt.de même » armé leurs bourgeois pour la^police des jm.arcbés. ;». Par tous c^s motifs, l'assemblée a arrêté de >r supplier, par lentremise de ses dépgatés^ l'As- » semblée nationale de procurer, au plutôt, à la

DE bAili^y. Sat

>) ville die Paris rétablissement d une garde bout-» » geoise« »

On voit que , malgré la présence des troupes , les alarmes des citoyens , la vivacité de quelques mo-* tions y Tarrèté de cette assemblée est parfaitement dans la mesure convenable. Elle s'adresse à l'Assemblée nationale au lieu du roi y et là on voit per-^ cer la défiance tacite du ministère*

M. Guillotin , député de Paris, a été introduit vers neuf heures du soir, et a dit que tout est calme à Versailles; qu'on croit M. Nedker plus solidement établi que jamais d^ns la confiance du roi , et qu il n'y aurait pas de séance royale aprèsdemain lundi, comme on l'avait annoncé, Ces nouvelles furent applaudies par le grand nombre > mais révoquées ^n doute par plusieurs qui prétendaient eu avoir de contraires. Si l'événement eût été su, si l'on eût reconnu la fausseté de la nou-- Velle, M. Guillotin eut été soupçonné d^être venu pour trompçr et endormir les Parisiens; et , maigre son patriotisme et son innocence , il aursdt pu courir quelques dangers; mais ses paroles calmèrent les esprits. Dans ce moment le président proposa de s'ajourner au jeudi suivant i6. C'est alors que M. de Leutres se leva et dit ces paroles remarquables et prophétiques : a Que l'Assemblée » nationale et la ville de Paris sont menacées des » plus grands malheurs; que des troupes nouvelles » viennent se joindre aux troupes déjà cantonnées » à Saint-Denis et aux eitvirons de Paris; que ceû I* ai

» apprêts de guerre doivent jeter l'alarme dans les / » cœui's de tous les bons citoyens; que Versailles^ )) n'est pas tranquille , malgré l'assurance que vient » d'en donner l'honorable meihbre de l'Assemblée; » qu'au Keu de renvoyer l'assemblée à jeudi pro- » chaiu, il serait prudent de ne pas de'semparer; » qu'enfin, si l'on ne prend pas les mesures les » plus promptes et les plus sages, le lundi 1 3 juillet » de cette année sera pins désastreux que le 1 3 juîl- » let de l'année dernière. »

Ce discours ramena les citoyens et l'assemblée vers rînqtiiélude. Saris doute il eût été utile de ne pas désemparer ; mais cet avenir que l'on peignait si redoutable , était inconnu, au moins bien incertain. M. de Leulres n'établissait ses craintes sur àticuh fait ; les nouvelles de M. Gùillotin étaient consolantes; lès mesures extraordinaires d*un corps sôtit elles-mêmes une cause d'alarme : oh désemj)àra donc; mais l'assemblée , cependant, frappée du discours, s'ajourna du lundi quatre heures après midi.

Et moi aussi j'étais tranquille. Parti dé Versailles à quatre heures , avant que rien fût changé , n'étant lié à aucun parti , ni au fait d'aucune intrigue , on ne s'empressait pas de m'avértir; et j'étais instruit avec le public. Cette ignorance me valut une nuit de tranquillité et un jour de sécurité.

Dimanche 12 juillet. — J'allai le matin me promener à Paris. J'y vis plusieurs personnes assez répandues dans le monde , et qui étaient ordinai-

DE 3(AIXt.Y. $aZ

Je reviasr à Gfaaillot pottrdtiieré W^n^ j' avions

qixelquès amis. L*un*,-M. Thierry , akws^ procureur

au parlement y me parlant des «diicoui^ ^m se te-

uaient^ Paris et paHiculièremeûi au Palais^lloyal ,

me dît : w Savez-vouslebrttitquty €Ottrt?On dit

que vous sere^ préfet; des nt&fchatids. » M. de

Flèsselles était eu placer il y était ^e^istirois mois

et pour trois aus-c à propos de. ^uoi^peu^r à rem-

pfir wie;^laGêquii3'^tâit^l$ V^^&ntd; et par quelle

ràisoa.mè'la destiner y à moi qui n'iay^ point suivi

la carrière par où Von' y arrive ? Glâa me parut û

extraordinaire- et $i dénué de tout^ Vraisemblance,

que je n'y fjfs iiùame atteutioi^. Ce»^ discours pu-

blidsis'iurcordemt assez avec la ^naOj^oti faite aux

électeuvarde «mfirtïiev ^Çrôvisoirçmetit hf hwte^kH

de > kb S^hd^: 4^ éoqâimèPpéut croire avMrJe- 4i^it

de 4estit^er;''Je dfs cequiMstait-d«$> t*a^)î^<odieméns

faûsrpos^riçrureïtieiit; alon^ jjè ti^ is^ais pas ^ù étàk

V6fkùimih^Taf*diatte per^iifie-^iVaiil dé Paris

uorus âppwt'terenyoi àeîif. Kecker. Je tt'ért tdu-

ktô 4l%bc)Yd wen ci^Yèff'-tflaisW'^e^iaaéS axMis étant

snrvemi,^me igrta un bortinifë (Jui le hii «Vaît fait

lire ,: crje rfenpns pas douter. 3^ foé' eom^wné

de cet événen^ent. inattendu, si dangereux dans

Vétat actuel d^s finaiices^ et $i'eëRrayant par les

siiitès ÎGfue ce coup d autorité semblait aniiohc^«

i.Mb:iNècker ireçut te' samedi ^ i , pendant; soi)l diner , im tillet du roi qui lui ordonnait de s'éloigner sur^-le-chtfmp. ir n'en dit rien "pendant le

Sa4 MÉNmRES

dtaer, monta èp ToiUire.Anssîtôt a^^ arec nia^ jd<iine Neckw^ soiia .prétexte de. promenade , et fît prendre le chtemi» diefTSairtt-.Queà , dVwi il partû à^^ÎQuiit ^ apvèa ^voir* éciit à sa fille, ^ p0ur la prey^r ItafjPbême deJ!é«éiiëméiit et de.son départ; et il prit la rputQjie.Brukelles;j(i^.- ,

Lj'îiprès-paict , s^ur.lea:Xi«â^:licmre8, cm vint l)au$ ;appretidre;^<iùe/JVf.'de Br^jteuilietait arrivera yeç^ajSl^siie nofatîii^ et qui}-éteîtr|Hreiirier jaunistre ; ce||j$'4§i*fliw ^^iroîy^tancéii'jétait.paç exacte , )^;ne crois pi^/^qi^'îl^t.la^éi^.étdidfiolaré'tael. Cetilitibi^çnJ'Ânjt^iOn,; maî^ U9> événemeos jqui ont ^iHvi; Il ea quï pa^Mî^é Je tènips*^ Jje.infilTefasai^ t^j^^t qw^ j^ piip^ii çffQke;l«c:nïDwreUe4ue lacerti^ tvide dftyQyajge >^faît le TeDtdredi^iïiè Tendait trèsi^i^^i^^l^W^,; je: finis ^arjeni.ètre skieèi^eœent ft81igé^,:J'to»ai#'M. deBreteuil^et jie-hiMti^^ c^ft ftit^^mwt ; j'ayai§;;i»Qiïie de Ifeslixne pbtir pla- Pi#j4rsde.:3parbwmc» qJiaUtes:; je:le crcgrais capable 4'pi^ *ita ft J!État f mê^erdans k nouvel loiidre de cb^^^!b^âisi i^. désirais iq[i\iit 4e parûtjàu roinisfeère y qi^Jotsque c^^ Or4fe*de,cbopte8 sejrait assis, lors-? 5}ue lei^ /ortfiei du futur gouvernement, seraient ih4^^9 et q»^ , forpé de preîjdre de nouveaux prîa-r çipe^ > au lieu de ses.ajî.ciens qi^Q^jficrédoutaâs , ril pQuçr:fi^t;tjcavailjler pour Jetie» public <)uil aimait , d^kfi$i::l€^.vue$ de la donrtUwtion ,, et du rpi et du peuplée . Ji;(S€[u.erlQ jie cr^odis; son admimstration :

DE BAILLY. S^lS

}€ la craigaais pour lui ^ parce quil me pararsBait indubitable quil se perdrait; j^ la craignais pour ma patrie, parce qu'avant de se perdre, il pouvait entraver les opérations de TÂssemblée , et peut-être , par des coups d'autorité, faire beaucoup de maux à la France. Je ne pouvais pis concevoir comment il , revenait dans des circonstances si effrayantes. Il in'avait dit mille fois quH ne désirait pas (entrett dans les affaires : il m'avait ajouté qu'il ne rentrerait jamaisr, éî M^ Necker sortait de sa place , à moins que ce pe fut l'opiâion publique qui le fit renvoyer ; et il venait se jeter au milieu de la mêlée, et il entrait au moment même où sortait M. Nec-- 1er,, et où l'enthousiasme de Paris et de l'Assem-» blée , pour ce ministre , allait jusqu'à une espèce de culte. Il était évident qu'on méditait des chan-> gemens graves^ qu'on renvoyait M. Necker qui n aurait pas voulu s'y prêter. Mais celui qu'an ap-» pelait , il avait donc promis de s'y prêter ? C'esfc ce qui m'affligeait. On m'a dit depuis qu'il avait demandé cent mille hommes et cent millions. Quant au^ cent millions^ on m'a assuré que, dans uu conseil tenu le samedi 1 1 , on avait arrêté de faire pour cent millions de billets d'Etat, espèce de papier-monnaie ; et plusieurs de mes collègues m'ont dit en avoir vu depuis tout imprimés.

Je restai dans toutes ces réflexions, impatient de me rendre à Versailles , où je devais retourner le lendemain à sept heures avec M. Treilhard , habi-* tant comme moi de Cbaillot : vers six heures , plu^

5^6 MÉUOIRES

âeurs personnes partirent pour Paris* Madame de Beanharnais arriva^ et un de ses gens disait avoir Tildes hixssatds poursuivis par le peupje, se réfugier dans lefs Tuileries. Les personnes parties pour Paris revinrent, et nous dirent qu'elles avaient trouvé k place ^e Louis XV remplie de troupes avec du canon , et que le bruit de la mousqueterie )ks avs^t engagées à retauriier sur leurs pas. Mon cœur- se brisa à ces nouvelles ; je f rends du ^ng qui allait peut-être couler dans Paris. Je fus vivement embarrassé pour mon retour a Versailles ;^ je craignis que ^i le tumulte augmentait, je ne pusse pas avoir le lendemain un carrossé des voitures de la cour (ma voitmre ordinaire ), et me rendre à mon poste, où j'étais sut'tout jaloux de ne pas manquer dans un lîioment si critique. Le chevalier de Pange, alofs présent, m'offrit de m,'envoyer sa voiture à six heures du matin , ce que j'acceptai avec empressement; et il partit pour aller reconnaître ce qui se passait aux Tuileries. Tout ce qui était cbcz moi se retira par d'autres cheniins que par la place de Louis XV. Quand je fus seul , et que je réfléchis sur M. de Breteuil à Versailles , je me de»terminai à ne point l'y aller voir. Plus j'avais été lié avec lui , plus mon devoir m'interdisait aujourd'hui les plus simples relations. Mais , inquiet de sa rentrée au ministère , et présumant un peu de l'estime qu'il avait pour moi , je lui écrivis, et je disais dans ma lettre que j'étais affligé qu'il fût ministre; mais que puisqu'il avait tant fait que de se

résoudre à Fétre, mon amitié le priait de ne pas se méprendre dans le jugement qu'il porterait de l'Assemblée : que ce n'était point un parlement , mais la nation; qu'elle ne reviendrait point sur ses arrêtés; qu'elle ne reculerait point devant l^utojcité; qu'il éta\^t digne de son caractère, qui m'était connu, de faire le bien public , et d'être autant le ministre de la nation que celui du roi. Je fis cette lettre pour la lui envoyer le lendemainduatin. Un de mes gens , qui était à Paris et dont j'étais fort inquiet, revint à neuf heures, et me dit qu'il avait trouvé la place et le qu^î parfaitement libres, ej tout fort tranqi^ille dans ce quartier.

Cependant, la nouvelle de l'exil de M. Necker avait répandu la consternation dans Paris. On s'assembla au Palais-Royal ; on fut faire fermer les spectacles en signe de deuil public. On alla chez Curtius;, on y prit les bustes de M. Necker et de M. le duc d'Orléans; on prétend qu'on croyait alors ce dernier également exilé. On porta ces bustes couverts de crêpe et en triomphe ; le peuple criait chapeau bas. Dans la rue Saint-Martin, on engagea un détachement du guet k accompagner cette pompe pour maintenir l'ordre ; elle vint de la rue Saint-Honoré jusqu'à la place Vendôme. Là se trouva un détachement de royal-allemand; il tomba sur cette troupe qui , n'ayant que des pierres pour se défendre, fut bientôt rompue : le buste de M. Necker a été brisé. On dit qu'un garde-friinçaise^ mêlé à la foule , y fut tué, et qu'un soldat

de la garde de Paris tua le dragon auteur de ce coup. Cependant les troupes mandées arrivaient de toutes parts y et remplissaient la place de Louis XV et le boulevart : elles avaient leur canon. Un détachement de royal-allemand était près du dépôt des gardes - françaises. Un des jours précédens , quelques-uns de cei(x-ci avaient été maltraités à la Muette par les cavaliers de ce régiment. Les gardes-françaîses* irrités de cette insulte , sortirent dans ce moment, s'élevèrent dans la contre-allée, et firent feu sur royal-allemand qui se replia dans la place, et que M. de Lambesc conduisit bientôt dans les Tuileries par le pont - tournant , soit comme retraite , soit pour faire évacuer le jardin. Mais il y entra avec sa troupe le sabre à la main ; mais on tira sur des citoyens paisibles ; mais il effraya au moins et sans sujet une foule désarmée : il parait difficile que cet acte ne soît pas plus ou moins coupable. Alors l'effroi et le ressentiment n'eurent plus de bornes ; on courut au Palais-Royal, on y cria aujc armes!

Une foule immense se porta à THôtel-de- Ville ; la grande salle était pleine et les électeurs sans pré-« aident et en trop petit nombre pour délibérer; cependant on demandait et des armes et le tocsin^ Une patrouille du guet à pied , rentrant au poste , est désarmée; on demande impérieusement aux électeurs un ordre pour autoriser les citoyens à ^'armer et à repousser le danger qui menace la ca-« pitalç, Jç remarque que dans cet horrible moment

DE 3JIILLY. Sng

OÙ tous les habitans de Paris étaient justement ef^ frayes et du présent et de l'avenir, dans un moment où on pouvait ne reconnaître d'autre loi ^ue celle de La nécessité , on respectait cependant la loi y et on n'imagina pas que le peuple put s'armer sans l'autorisation d'une autorité quelconque. C'est au moment de ces demandes réitérées que les électeurs ont reçu leurs pouvoirs du peuple, en même temps que de la nécessité et du danger. Les ordres étaient d'autant plus pressés y que l'on apprenait qu'une foule de gens sans aveu , une foule armée infestait les rues de la capitale; que les troupes de ligne environnaient la ville de toutes parts et pouvaient survenir à chaque instant. Les électeurs , prenant leur parti , ont ordonné au concierge de l'Hôtel-de-Villé de délivrer tout ce qui s'y trouverait d'armes ; on n'attendit point le concierge , les portes furent enfoncées , les armes pillées , toute la garde de la ville se trouva désarmée , et l'on vit à sa place un homme en chemise et sans bas comme sans souliers , monter la garde, le fusil sur l'épaule, à la porte de la grande salle. On demandait ton-» jours le tocsin et la convocation des districts ; le peuple procédait en règle pour cette convocation comme pour l'acte de prendre les armes. Le petit nombre des électeurs , alors présens , se conduisit avec beaucoup de prudence. 11 avait donné les armes qu'on aurait fini par prendre sans sa permission ; mais il ne jugea point à propos ni de donner l'ordre exprès de s'armer, ni de faire sonner uo

33o MÉMOIEES

tocsîa qui aurait augmenté des alarmes déjà graD*» des> et il prit larrété suivant:

& Sur les demandes pressantes de nombre de ci- >> toyens qui se sont rendus à l'Hôtel , et qui ont » témoigné leur appréhension aux électeurs déjà » assemblés pour tâcher de prévenir le tumulte^

» Lesdits électeurs ont arrêté que les districts » seront sur-le-champ convoqués ^ et que les élec- » teurs seront envoyés aux postes des citoyens ar« » m^^ pour les prier de superséder, au nom de la » patrie 9 à toute espèce d'attroupement et voie de » fait. »

Plusieurs électeurs se dispersèrent en effet dans difierens quartiers de Paris , pour engager à Tordre et à la paix , et à rentrer chacun chez soi. J ai passé la nuit dans la plus grande inquiétude de ce qui s'était passé ; j'ignorais alors le détail que je viens de faire, plus inquiet encore de ce qui devait se passer et de la possibilité de mon retour à Versailles.

Je vais revenir ici sur quelques autres faits qui m'ont été assurés , et que je tiens d'assez bonne source. Aussitôt qu'on apprit à Paris la nouvelle du renvoi de M. Necker, les agens de change s'assemblèrent pour délibérer sur les suites du coup que cet événement allait porter au commerce et aux finances. Us décidèrent que, pour éviter de mettre à découvert un discrédit total de tous les effets, la bourse serait fermée le lundi; ils dépêchèrent l'un d'eux, M. Madimer, à Versailles, pour avoir des

nB' BA1LLY. 53 1

noixirdles et caimaltre l'état deé choses. Quand il revint ^ il fut arrêté. au pcmt de Sèvres, où ou ne voulut absolument pas le laisser passer, à moins qu'il n'eût des m-dres; il retourna et s'adressa d'abord à M. de Villedeiiil , qui dit que cela regardait M. de Broglie. Il y fut. M. de Broglie était bien embarrassé; appelé depuis plusieurs jours pour commander les troupes autour de Paris, on assure qu'il s'était opposé au renvoi de M. Necker, qu'il avait du moins demandé à en être prévenu. Il fut pris au dépourvu. Les ordres furent donnés dans la nuit du ii au 12.: La générale fut battue à GourbeVoie, à trois heures du matin, et les Soisœs qui y sont casernes se rendirent dans le bois de Boulogne, où on les mit en dépôt : on les fit marcher le soir à la place de Louis XV. On n'avait point dit aux o£fiders ni ce qu'ils devaient y faire , ni copiment ils devaient se conduire. Sans doute les ordres furent donnés la même nuit ou le dimanche pour intercepter le pont de Sèvres; peut-être est-ce sur la nouvelle des attroupemens de Paris. L'^agent de change eut bien de la peine à obtenir lapermission de passer; il était fort alarmé de l'obstade à son retour, parce qu'un honnête homme , qui a des fonds. de confiance, ne veut pas être soupçonné de disparaître et de les emporter : et comme il insistait avec chaleur, le maréchal lui dit : (c Vous avez la tête bien vive! » Il répondit : « Monsieur le maréchal , ne vous y méprenez pas, vous en trouverez de plus vives à Paris* »

55a MJÊMOIHBS

Lundi i3 juillet» ^^ J'envoyai de grand oiatia chercher une voiture de la cour, j'en eus uqe heu»^ reùsemeat. Le chevalier dePange m'envoya la sienne , je le fis remercier. U m'écrivit en même temps qu'il avait ëtë aux Tuileries, et témoin de la scène; qu'il avait vu tirer, mais qu'il lui avait paru que les coups avaient été dirigés en l'air. 11 paraît donc qu'on n'avait que l'intention d'effrayer; mais pourquoi efirayer dans une promenade? qu'y fait-on de mal? C'est un grand mal et un terrible despotisme que celui qui veut inspirer l'effroi à des citoyens paisibles. Je partis enfin avec M. Treilhard; mon inquiétude était que les mouvemens de Paris n'en eussent excité de semblables à Versailles'; que l'épouvante de la cour n'eut fait garder toutes les avenues , et que le passage du pont de Sèvres ne fût interdit. Nous ne rencontrâmes aucun obstacle 6ur la roule., si ce n'est quelques patrouilles de dragons qui ne nous dirent rien ; nous trouvâmes .des troupes en grand nombre et du canon à Sèvres, mais nous passâmes sans difficulté.

J'appris en arrivant que, sur la nouvelle" du renvoi de M. Necker, un grand nombre de députés s'étaient réunis hier au soir dans la salle. La consternation était générale, c'était une famille qui avait perdu son père. Telle était ropinit)n alors sur M. Neckçr, la destinée de la patrie semblait liée à la siepne. Mirabeau lui-même dit : « On ne mesu- }) rait qu'avec tendeur l'abime de maux où la réso-* » lution de la veiHe pouvait entraîner la patrie;

DE BAItLT. 555

>i re^ de M. Ne^er» depui$ loo^tempa Tdb^t >) 4<^/v<^!^. f^.P^ ennemi^ y était consommé* » ÇCourrkr de Provence, lettre 19.) VpiJà le langaege que fut forcé ide tenir un ennenf^i pj^rsonnel de ]^. Necker. U faut cependant convenir que Mira*' beau çon8i4érait moins jgeut - çtre la perte de llioipine que les éyénemena désas^i^çux dont elle éiait}ç présage, ;

J appris^ue A^M. de Montmorin ^ LaLuz^nei^ 4e Puiségur et de St,-Priest étaient ou renvoyés on retirés (i). On apnonçait M. de JBreteuil; comme chef du conseil de$ finanças ^ M. de. La Vauguyon^ pour, les affaires, é^s^ngèr^s , M> vdô Broglie , ppur la guerre. Il avait outre cela le CQtQr mandement des troupes, autour de Paris ^ M. de Besenyal commandait sous4ui. Le minisire de lai marine n'était point désigné : on parlait de M. Four loa^ ou de M. Damécourt pour la finaniçe.

A louverture de la séance, après 1^ lecture dé plu^iey^rs adresses d'adhésion aux décrets^ écoutées d^ns 1^ morne silence de rAssem}>14e y pioios at-* tentivQ à. U lecture qu'à ses prçpres pensées ^ Mi.MQunier dénonça publiquement les changemçi^is duministèrc^^ le renvoi de ministres vertueux, le choix d'hommes justement suspects , ne fût-ce que pat leur acceptation dans une pareille circonstaoiC^i; H En reiOOimaissant , dit-il , le pouvoir qu'a le

(1) Voir à ce sujet les Mémoires de M. Mecker.

( Noie des nouu. édit, )

554 MÉMOIKES

roi de changer ses ministre» , nous devons kà cKre que la naliorvrie leui? a pas i^etiré sa eonfîatace ; que cette confiance ne reposera pioîiit sur leurs sUcèesseurs. Le cr<édit public et le salut du peuple sont en danger. Oti brave son désespoir», on le provoque par un appareil menaçant; on Tenvironne , on attente à la liberté, les ^utes sont ferrtie'es et les passages interceptés. On apprend au roi à redouter son peuple ; nous devons éclairer le roi , et lui montrer les dangers qui menacent le royaume. » M. Mouûier proposa une adresse au roi pour lui demander le rarppel des ministres, le danger de ces changemens et des mesures violentes ; il était instruit déjà sans doutent des billets d'Etat projetés et imprimés , et peut-être d'une re'solution plus terrible, celle de ne* point payer} car il finit en disant qu'il fallait déclarer au roi' que VAssèmHée ne consentirait jamais â une banqueroute înfàme. M. Target a appuyé la motion. M. l.ally-Tollendal Ta appuyée aussi , et , avecTéloquence sensibfe et touchante qui le caractérise , il a 'fait Téloge d'un ministre qu'il aimait , il a combattu' ses ennemis et par les traits connus dé sa vertu et par les services qu'il avait rendus à l'État et au peuple (i). M. de Gouy d'Arcy rappela le 'mot célèbre de

'■■Il I I I I i[i I i ti mil I if III II

(i ) Le discours éloquent d^M. de LtH^ToUendal se trouTe dans le Ckoix de rapports, opinions et diseoursi il est.également rapporté dans les Considérations sur la révolution fran,çaise , de madame de Staël , et dans les Lettres de Mirabeau' à ses commettàns.

(Note des noup, édif. )

Tadite , après la mort de Bnrrhus : Cwitati grande desiderium ejus mansit. ( j4nnal. lib. 14^ § ^i* ) Lamortd'un seulhonùne est une calamité publique. M. de Yirieu observa que rAssemblée était entre deux écueils, là fureur de ses ennemis et la fougue du peuple : « L'appareil de la violence nous environne; FAssemblëe ne oraint point le daiiger y nous ne de^ vous craindre que d'être emportés par le courage ; ne touchons point au sceptre y en empiétant sur le droit du roi de notâmer les ministres. Exprimons des regrets , faisons parvenir au roi la vérité des malheurs présens , et le danger des conseillers perfides. Réunis pour la constitution^ faisons la constitution y resserrons nos liens mutuels , renotive^ Ions y confirmons y consacrons ces glorieux arrêtés du 1 7 juîn ; unissons-npus à cette résolution celë^ bre du :kO du même mois. Jurons tous y oui touis;^ ^us les ordres réunis , d être fidèles à ces illustres arrêtés y qui seuls peuvetit aujourd'hui sauver le royaume. » Je remarque avec plaisir cette adhésioil et cet hommage rendu aux arrêtés des coinmiines par un membre de la noblesse ; ces arrêtés ont été la base de notre liberté et de notre constitution. M. de La Rochefoucauld a appuyé , ainsi que M. de Clermont-Tonnerre. Quant au serment , dit-il , îl est inutile de le renouveler , et il ajouta ce beau mot : La constitution sera faite , ou nous ne serons plus. Ces momeiis désastreux étaient des raomens de grsmdeur^ l'Asseniblée était alors vraiment romaine. Il dit aussi une chose bien vraie sur la situa-

536 Mél^OIRES

tioti de Paris : « Qn s'y égorge , et les troupes y présentent deux spectacles bien diffërens : des Fran* çais indisciplinés qui ne sont dans la main de personne y et des Français disciplinés qui sont dans la main du despotisme. » M. Biauzat toucha le point essentiel ^ le remède nécessaire au danger pressant; il montra la néces^té de faire l'article con^titu-^ tionnel de la responsabilité des ministres. L'abbé Grégoire tonna cpntre eux , c'«st-à-dire contre ceux .<[ui restaient ; etil appela sur eux y sur les crimes ministériels y la. reçhercb£ et la vengeance des lois .gar le ?a«)yen d'un cçmité de ^Assemblée. L'arche-j;eque de Vienne , toujours modéré et sage , trouva qu il s'emportait trop, et s'écartait du caractère ù^na ministre des autels et du Dieu de paix et de clé^ mepce. L'abbé reprit 1^; parole , et déclara qu'il rétractait les expressions inspirées par son patrio^ tisme et qui cependant auraient pu déplaire à l'As-^ semblée. Mais des a-pplaudissemens et un cri de l'indignation publique l'en dispensèrent : le. vertueux président avait montré la douceur de son caractère , l'Assemblée plus rigoureuse fut juste^ MM. de St.-Fargeau^Barnav^jCastellaae parlèrent Sjaccessiyement ; enfin M. Guillotin présenta l'arrêté pris par les électeurs le 1 1 , pour demander qu'on autorisât rétablissement d'une garde bourgeoise* L'Assemblée en était là , lorsqu'arriva le récit de» malheurs et de la nuit et du matin dans Paris. Dans la nuit toutes les barrières, depuis le faubourg St.-*^ Antoine jusqu'au faubourg St.-Honoré , et celle»

dçs faubourgs St.-Jacqueset St. -Marcel , ont élé forcées et incendiées ; les marchandises apportées à Paris n'ont plus payé de droits. DesJ)rjgands , armés de bâtons et de piques y se sont portés partout en plusieurs divisions, pour livrer au pillage les maisons dont les maîtres sont regardés comme les ennemis du bien- public. On sent bien que ce > prétendu patriotisme n était que le manteau du • crime eèdu vol. Des citoyens, mêlés exprès avec eux, les ont contenus. On s'est fait délivrer les canons des gardes et les drapeaux de la ville. On a forcé les boutiques des armuriers. Les prisons ont été ouvertes , la maison de St. -Lazare a été dévastée ; on en a commencé l'incendie , heureusement arrêté à temps. Le dépôt des meubles de la couronne a été violé , les armes enlevées. Les électeurs étaient assemblés à l'Hôtel-de-Ville , et la consternation dans toute la ville. Tous ces mouvemens avaient deux causes : l'inquiétude, l'effroi des bons citoyens dans le danger public , à la vue et des cbangemens du ministère , et des troupes rassemblées pour quelque grand dessein ; citoyens , qui demandaient à s'armer pour sauver la patrie, leurs propriétés , ou pour défendre leurs derniers jours : les brigands , qui avaient déjà servi dans l'affaire ] de Réveillon , et depuis dans tant d'autres , et cpii j étaient mis en œuvre par ceux qui voulaient pré- ; cipiter la révolution , et qui hasardaient peut-être cette révolution , plus assurée par la marq]|e sage et légale de l'Assemblée. Mais l'Assemblée, qui ne I. 22

pigitized

connaissait pas ces mesures , et qui ne ïes eût pas employées , ne fut frappée que du malheur de Paris , du danger de la chose publique , cbranle'e à la fois et par ses ennemis et par ses défenseurs. L'a- 1 larme fut dans tous les esprits , et une profonde

tristesse dans tous les cœurs : plusieurs membres i de la noblesse s'écrièrent que le souvenir des divi-

' sions momentanées devait être effacé ^ et que tous

les députés réuniraient sans doute leur^ efforts pour secourir la patrie. Elans sublimes et touchans ! Pourquoi sont-ils instantanés ? Le danger est une source d'union ; pourquoi le sentiment n'en est-il pas assez durable pour assurer les remèdes et guérir les maux? Enfin une voix sortie de l'indignation profonde, un mouvement général, appelèrent FAssemblée vers le roi; il fut décidé de verser dans son sein les alarmes des représentans , les dangei's du peuple , les siens propres , et on prit l'arrêté suivant :

« Qu'il serait fait une députatiou au roi pour » lui représenter tous les dangers qui menacent la )) capitale et le royaume , la nécessité de renvoyer » les troupes dont la présence irrite le désespoir ' » du peuple , et de confier la garde de la ville à » la milice bourgeoise.

» Il a été de plus arrêté que, si l'Assemblée ob-

» tient la parole du roi pour le renvoi dies troupes

I » et r^Missement de la milice bourgeoise, elle

)) enverra des députés à Paris, pour y porter ces

byGoQgle

DE 6ATL1Y. ^iSq

» nouvelles consolantes et contribuer au retour de » la tranquillité. »

Le président fut le porter k la tête de quarante députés. Quant à la députation de Paris^ M. de Cus- •tine réclama , pour les provinces , d'en partager l'honneur et le danger. Nous , députés de Paris , nous fîmes valoir nos droits. Il fut décidé qu'il y aurait quatre-vingts députés pris dans les diverses provinces, et tous les députés de Paris.v

Le président et la députation sont revenus avec la réponse du roi ; mais ils ne rapportaient ni là garde bourgeoise ni l'approbation du voyage de Paris. L'archevêque de Vienne, en présentant l'arrêté , avait petint au roi le véritable étal des choses, le danger de la Capitale , là nécessité de lat garde •citoyenne , et les setitimeris de l'Assemblée qui, en reconnaissant le droit du roi pour nommer les mi-^nistres, nef lui déguisait pasque le changement des ministres était la prenïière cause des malheurs actuels* Le roi répondît:

<c Je vous ai déjà fait connaître mes intentions n sur les mesures que les désordres de Paris m'ont » forcé de prendre; c^est à moi seul de juger de » leur nécessité , et je ne puis à cet égard apporter » aucun changement. Quelques villes se gardent » elles-mêmes; mais l'étendue de cette capitale » ne permet pas une surveillance de ce genre. Je » ne doute pas de la pureté des motifs qui vous >) poî»lent à offrir vos services dans cette affligeante >j circonstçihce : niais votre présence à Paris ne

34o . MÉMOIRES

» ferait aucun bien^ elle est nécessaire ici pc » laccéléralion de vos imporlans travaux, d » je ne cesse 4e vous recommander la suite. »

Ce n'était pas là le cœur du roi/ On ne vo encore dans les troubles de Paris que l'ouvrage brigands. Le ministère ne pouvait s'élever fauteur de la confiance due aux bons citoyens, avait toujours le vieux principe qu'il faut cont le peuple y, et on oubliait que quand une force à se développer, et qu'on ne peut la détruir politique est de la diriger ,. plutôt que de tenter^ comprimer. Pendant qu'on faisait parler ainsi le roi, les citoyens de Paris, recouvrant les droits naturels, et émancipés par le besoin,. se donns^ient <:elte garde qu'on leur refusait; et que devient ;^n gouvernement lorsque , sans calculer les circonstances, il hasarde de refuser aujourd'hui ce qu'il sera obligé d'approuver après-demain ?

L'Assemblée fut consternée , glacée d effiroi par cette réponse : mais ses forces se sont redoublées avec les malheurs publics ; elle n'en a eu que plus de courage et d'élévation. M. de La Fayette, reprenant la motion de M. Biauzat , a demandé qu'on déclarât la responsabilité des ministres; il a été appuyé par M. Target et«par M. Gleizen, et, surle-champ et à l'unanimité des suffrages , l'Assemblée a pris l'arrêté suivant, digne du sénat de Rome, lorsqu'Annibal était aux portes de la ville.

« Il a été rendu compte par Jes députés envoyés » au roi de la réponse faite par Sa Majesté.

DE BAILLY. Z^l

» Sur quoi, l'Assemblée nationale, înlerprëte » des sentimens de la nation , déclare que M. Nec- » ker, ainsi que les autres ministres qui viennent » d'être éloignés, emportent avec eux son estime » et ses regrets.

» Déclare que, efiFrayée des suites funestes que » peut entraîner la réponse du roi , elle ne cessera >) d'insister sur l'éloignement des troupes extraor- » dinairement assemblées près de Paris et de Ver- » sailles, et sur l'établissement des gardes bour-* » geoises;

» Déclare de nouveau qu'il ne peut exister d'iu- » termédiaire entije le roi et l'Assemblée natio- » nale;

» Déclare que les ministres et les agens civils et >y militaires de l'autorité sont responsables de toute » entreprise contraire aux droits de la nation et » aux décrets de l'Assemblée;

» Déclare que les ministres actuels et les con- » seils de Sa Majesté, de quelque rang et état » qu'ils puissent être , ou quelques fonctions qu'ib w puissent avoir, sont personnellement respon- » sables des malheurs présens et de tous ceux qui » peuvent les suivre; ^

» Déclare que la dette publique ayant été mise » sous la garde de l'honneur et de la loyauté fran- » çaise, que la nation ne refusant pas d'en payer » les intérêts, nul pouvoir n'a le droit de pronon- » cer l'infâme mot de banqueroute j nul pouvoir

» n'a le droit de manquer à la f#i publique /sous » quelque forme et dénomination que ce puisse » être ;

)) Ëufîn, l'Assemblée déclare qu'elle persiste » dans ses précédens arrêtés , et notamment dans » ceux du 17, du 20 et du ^5 juin dernier;

)} Et la présente délibération sera remise au roi » par le président de l'Assemblée, et publiée par » la voie de l'impression, »

L'Assemblée, par cet arrêté , interdisait la ressource de la banqueroute^ sous peine d'.un soulèvement général ; elle effrayait les ministres qui 'sont avertis que les suites pèseront sur leurs têtes; en parlant des conseils du roi ^ elle voulait atteindre plus haut; elle annonçait du danger à ceux qui mettaient et la chose publique et le peuple en danger.

Je û'ai jamais été fort alarmé du péril que nous pouvions courir nous-mêmes. Nous étions défendus par notre inviolabilité^ d'ailleurs , je voyais, et on devait voir cotiime moi, là nation derrière nous. On disait qu'uh grand nombre de nous iseraient enlevés et arrêtés; je ne le croyais pas, du m'oins dans ce mohieût* Je ne voyais qu'un coup d'autorité possible; c'était la fermeture de la salle pendant la nuit, dans l'intention de rompre l'Assemblée et de nous disperser. Cet acte était impossible ^ séance tenante , k moins de violences que je ne soupçonnais pas. 11 était peu probable qu'on osât répéter aux états-généraux la âcène de M. d'A-

goult (i) au parlement. Je désirais que la séance fut tenante pendant la nuit prochaine; je communiquai cette idée à plusieurs de mes collègues. Enfin M. de Montesquiou la proposa; elle fut saisie sur-le-champ. Il fut décidé que la séance serait prolongée et perpétuelle jusqu'à nouvel ordre; qu'une partie des députés passerait la nuit, et que l'autre viendrait de grand matin la relever^ Seulement , comme le bon et vieil archevêque de Vienne n'aurait pu résister à celte fatigue , on ouvrit l'avis de noranlfer un vice-président de circonstance. On fut dans les bureaux pour le scrutin , et M. de La Fayette fut nommé.

L'Assemblée a chargé son président d'écrire à M. Necker et aqx autres ministres éloignés, pour leur faire part de l'arrêté qui les concerne.

Parmi les adresses présentées à l'ouverture de la séance, il y en avait que je ne me rappelle pas, mais dont la mention se trouve consignée dans le Journal de Paris du i5 juillet. Les déclarations du roi, du 23 juin, ont été envoyées dans toutes les paroisses et les municipalités; ces adresses poilaîeut que les procureurs du roi avaient requis dans leurs tribunaux contre ces actes qui , sans sceau légal , ne doivent pas même être considérés comme des actes émanés de l'autorité du roi.

(i) Cette scène est rapportée d'une manière fort intéressante dans les annales françaises , ouvrage de M. Sallier, ancien conseiller au parlement de Paris. Voir fes pièces et éclaifcissemens. ( note L), {Note des nouu. édit. \

Je dois dire que, lorsqu'il fut question de dé»clarer que VAssemblée persistait dans ses arrêtés des 17 , 20 et 25 juin , M. le duc de Praslin , lié par son serment , crut devoir réclamer contre l'adhésion à l'arrêté du 17, mais son exemple ne fut pas suivi; au contraire, M. de Cuisy y adhéra formellement, et il fut suivi des députés d'Agenois, de Nîmes, de Montfort et de plusieurs autres. M. de Montmorenci dit : « Les applaudisseraens semblent prouver que nous adhérons taus. » Personne ne réclama, et M. de Praslin même se leva pour dire : « J'ai parlé suivant mon mandat ; quant à moi, je pense comme l'Assemblée. ».

Ainsi , dans cette séance, l'Assemblée entière des trois ordres réunis a confirmé et la constitution de l'Assemblée nationale, et le serment du jeu de paume, et les arrêtés souverains des 17 et :i3 juin. M, de La Fayette est venu remercier , et il a dit : « Messieurs , dans un autre moment je vous M rappellerais mon insuffisance et la situation par- » liculière où je me trouve : mais la circcmstance » est telle que mon premier mouvement est d'ac- » cepter avec transport l'honneur que vous me » faites, et d'en exercer avec zèle les fonctions » sous notre respectable président ; comme mon » premier devoir est de ne me jamais séparer de » vos efforts pour maintenir et consolider la paix » publique. »

Un grand nombre de députés restèrent dans la salle toute la journée ; j'y restai constamment el

Mr BAILLY. 545.

le soir et la nuit jusqu'à cinq heures du malîn. La séance fut tenante^ mais suspendue sans dé* libération; le courage était partout, et l'inquiétude ne se montrait nulle part. Au milieu du danger qui nous entourait , nous étions calmes et les fronts étaient sereins.

Nous ignorions en grande partie ce qui s'était passé à Paris. Le jour , en éclairant la ville , avait révélé les désordres de la nuît, l'incfendie des barrières-, le pillage de la maison de Saint-Lazare. Plusieurs électeurs s'étaient réunis à l'Hôtel-de- Tille, et avaient arrêté de se retirer sur-le-champ dans leurs districts, pour en presser la convocation. D'autres s'y sont réunis à huit heures, et ils ne pouvaient dire autre chose à la multitude qui s'y trouvait assemblée, sinon que la garde bourgeoise avait été volée , et qu'inviter chaque citoyen à se rendre dans son district. Partout on demandait des armes. M. Play annonça que ses drapeaux venaient de lui être enlevés. Au milieu du bruit , les électeurs parvinrent cependant à faire entendre qu'ils n'avaient point l'administration de la ville. La multitude dit qu'il fallait mander le prévôt des marchands. On le fit dire à M. de Fles- ^elles, qui demanda une réquisition en forme. On lui députa MM. Bancal des Issarts, de Leutre, Legrand de Saint-René. Ils ramenèrent M. de Flesselles, aux applaudissemens de tout le peuple qui était dans la place. M. de Corny, procureur du roi, MM. Buffaut, Vergue, Rouen et Sageret,

échevjns, M. Veitard, greffier, s'y réunirent, et le bureau de ville se trouva complet. Ce bureau ne voulut rien faire sans se joindre aux électeurs , et il était prudeijt , devant un peuple disposé à reprendre ses droits, qu'une municipalité, qui n'était pas de son choix , s'appuyât de citoyens qu'il avait lui-même nommés. On déféra la présidence à M. de Flesselles , comme chef de cette municipalité. Il ne voulut exercer d'autorité que celle qui lui serait donnée par les habitans de la capitale; et par acclamation tout ce qui était là le nomma président. Alors on délibéra et l'on arrêta qite les citoyens se retireraient dans leurs districts; que M« le lieutenant de police serait invité à se vendre à l'Hôtel-de- Ville pour donner les détails qui lui seraient demandés; qu'il serait établi un comité permanent , nommé par l'assemblée actuelle, et augmenté à volonté par les électeurs, lorsqu'ils seraient tous réunis; que ce comité se diviserait en autant de sections que l'exigerait l'expéditioa des affaires; qu'il serait en relation suivie avec chaque district ; que , pour former la milice parisienne, chaque district commencerait par fourr nir deux cents hommes; que tous ceux qui ont des armes iraient les porter au district pour qu'elles fussent distribuées également par les chefs ; que les attroupemens étaient expressément défendus; enfin, que les districts seraient priés de sanctionner les dispositions qui venaient d'être faites par l'assemblée, et qu'elles seraient imprimées et affichées.

Ainsi voilà le premier acte d'autorité légale et mu* nicîpale qu aient exercé par eux-mêmes et libre-ment les citoyens de Paris (i).

Les membres du comité permanent ont été : MM. le prévôt des marchands^ de Comy, Buffaut, Vergue, Sageret, Rouen, Veitârd, deux conseillers de ville , un quartinier, le marquis de La Salle, Fabbé ïauchet, Tassîn, de Leutre, du Mangin , Giron , Duclos du Frenoy , Moreau de Saint-Merry, Bancal des Issarts, Nyon, Legrand de Saint-René, Jeannin.

Un citoyen, nommé M. Grêlé, observa qu'il n'y avait que des municipaux et des électeurs dans le comité : on l'y agrégea sur-le-champ. Tout-àcoup on est venu annoncer que les drapeaux de la ville, quon avait rapportés , étaient enlevés une seconde fois. Les nouvelles désastreuses ^e succédaient : l'incendie des barrières, la cessation de tous droits, le pillage de Saint-Lazare et du Garde- Meuble. On annonçait des troupes qui s'avançaient vers la barrière du Trône ; la place était pleine de voitures d'approvisionnemens de toute espèce, qui y étaient conduites, de voyageurs arrêtés. L'Hôtelde- Ville retentissait des plaintes des personnes empêchées dans leurs affaires , et sur l'interruption de la circulation et du commerce ; et , au milieu de tout ce désordre, on demandait au comité de four-

(i) Yoir dans les pièces (note M) cet arrêté, et les réflexions de Toulongeon à ce sujet. ( Note des nww. éffit. )

uir des armes. M. de Flesselles déclare que M. dé Pressoles, manufacturier de (3iarlevîlle, lui avait promis 12,000 fusils, qui devaient être apportés d un moment à l'autre ; il promettait encore 3o,ooo fusils sous peu de jours : on n'a point su ni quand, ni comment M. de Flesselles avait fait ce marché. On a en conséquence renvoyé toutes les demandes à cinq heures du soir (i).

Le comité permanent s'est occupé du plan d'organisation provispire et précipité de la milice parisienne. L'ordonnance du comité fut publiée à deux neures. Ainsi ce plan, en moins de quatre à cinq heures, fut rédigé, discuté, adopté, imprimé et affiché ; mais l'urgence des circonstances exigeait cette célérité. Il ne s'agissait pas tant de bien faire que de faire promptement. Les électeurs , par leur courage et leur activité , ont sauvé la ville de Paris. Les commissaires étaient MM. de La Salle, de Corny, de Leutre , Nyon , Legrand de Saint-René. La milice devait être composée de soixante bataillons, formant seize légions, et commandée par deux commandans-généraux, un major-général et un aide-major*général. On avait pris la veille pour marque distinctive un ruban vert; ceux qui ne trouvaient pas de ruban , prenaient les feuilles des arbres. C'était la couleur d'un prince, aujourd'hui

(i)En effet, ce marché était un peu prëinaturë : il donne des soupçons contre M. de Flesselles *. ( Note de M. Naigeon. }

* Voyez les Mémoires de Dusaulx. ( Note des n<mv. édit. )

on la rejeta : on adopta les couleurs de la ville^ la cocarde bleue et rouge. Tous ceux qui la porteraient^ sans être enregistrés au district , seraient arrêtés. Les armes distribuées dans les corps-degarde y seront laissées après le service , et les officiers en seront responsables. Je rapporte ces dispositions comme très-sages , et il aurait été bien à souhaiter qu'elles eussent été maintenues.

L après-midi, MM. le ducd'Amnont^ de Semonville^ Talon , Barquier, Bourcher d'Argis, électeurs nobles , sont venus se joindre à l'asseinblée , et il était beau d'y arriver au moment du péril. Les électeurs assemblés ont adjoint au comité permanent, MM. de La Vigne, du Veirier, l'abbé Bertolio. Boucher, Dusaulx , Perrier, Chignard, Peregueux, Le Couteulx de La Noraie et Ganilh. M. le lieutenant de police a été introduit pour rendre compte de l'état des approvisionnemens. Il a. déclaré que ce soin ne le regardait pas ; que son ministère se bornait à assurer la distribution. Il a indiqué M. de Montaran, intendant des finances, et M. Doumer , entrepreneur des vivres , comme chargés de ces soins sous le ministre des finances , et comme plus instruits que lui sur cet objet. Il a proposé que deux électeurs l'accompagnassent pour tirer de ses bureaux tous les renseignemens qui s'y trouveraient ; MM. Dusaulx et Gibert ont été nommés, et M. de Crosne s'est retiré. M. Chignard a observé que, par la retraite du ministre des finan-^ ces, personne n'était plus réellement chargé de la

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35o MÉMOIRES

gubsistance de Paris ; il a reqais que le comité permanent en fut chaîné ^ conjointement avec le bureau de ville et M. de Crosne , ce qui a été arrêté par l'assemblée et accepté par M. de Crosne.

Les districts apportaient successivement leur accession à Tarrété du matin et à TétaMissement instantané de la milice ; vingt-neuf accessions envoyées par écrit ont été mentionnées au procès- verbal, toutes les autres étaient portées verbalement par les électeurs du district. L'assemblée a en conséquence ratifié les premiers arrêtés, et surtout celui du comité permanent ; et la milice parisienne a été ordonnée. Les clercs du Châtelet , ceux du palais, les élèves en chirurgie sont venus comme corps, prêts à prendre les armes , offrir leurs services ; ils ont été acceptés.

Mais la députation la plus importante fut celle des gardes-françaises, dont le régiment était caserne à Paris , et qui , troupe militaire au milieu des citoyens , devaient dans ce premier moment de liberté être pour ou contre ta cause commune. Un nombre d'entre eux avaient déjà agi pour elle en s'armant contre le régiment de royal - allemand ; beaucoup s'étaient déjà présentés à leurs districts pour se dévouer à la défense commune ; ils sont venus répéter dans l'assemblée cet acte de zèle , de civisme et de courage. L'assemblée a applaudi avec transport et- a nommé des députés pour aller les remercier dans leurs casernes , et concerter avec leurs chefs les mesures qu'il y avait à prendre. M. de

Rulhières est venu , au nom du guet à cheval qu'il commande, pour déclarer que ce corps et lui agiront pour la défense commune sous les ordres de l'assemblée* Ainsi Joutes les autorités et toutes les forces venaient se remettre à la disposition de l'assemblée. Parmi les voitures saisies, les sieurs Lafortune et Cailleau en amenèrent une de poudre. Cotait alors un coup de la fortune ; en effet, il y en avait cinq milliers. M. l'abbé Le Febvre , électeur, s'offrit pour en faire la distribution , et il a exécuté cette commission avec zèle et san^ crainte , dans le hasard ou d'être égorgé par ceux qu'il ne pouvait satisfaire , ou de sauter en l'air avec l'Hôtel-de- Ville par l'effet de la confusion dans une distribution faite en partie à la lumière : on a tiré un coup de fusil à côté de lui et des barils de poudre. On avait arriêlé tous les courriers et toutes les lettres j le peuple présent à l'assemblée a voulu qu'elles fussent ouvertes , et il est évident que toutes les lois se taisent dans de pareils dangers (i). La voiture de M. de Lambesc fut saisie et brûlée; le peuplé ne lui pardonnait pas , et avec raison, son entrée aux Tuileries. MM. de La Vigne et Agier sont venus et ont rendu compte de la mission qu'ils s'étaient

(i) Noirs oserions sur ce point ne pas penser tout-à-fait comme Baiitty ; mais la règle que nous nous sommes imposée, de ne point élever de discussion sur les opinions exprimées par les auteurs des Mémoires que nous réimprimons , nous engage à nous en remettre sans réflexion au jugement de nos lecteurs.

( Note des noup. édit. )

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donnée près de l'Assemblée nationale. M. de La Vigne pensa que, dans des conjonctures aussi déli^ cales , il était utile d aller consulter les représenr tans de la nation^ J'en ai rendu compte et. de soa récit des malheurs de Paris. Il rapporta l'approbation de la milice avec l'exhortation d'être aussi sage que courageux ; il rapporta aussi l'inscriptiou de M. Dupont, député de Nemours, et de son fils, dans notre milice.

Ces embarras de l'assemblée n'étaient rien au-^ près de ceux du comité. Ce comité était le centre de l'administration; c'était le pouvoir exécutif, toutes les. demandes s'adressaient à lui. Les députés des districts étaient venus à cinq heures; il n'y avait pas plus d'armes que le matin. A travers quelques cris à la perfidie et à la^ trahison , oa parvint à les remettre à sept heures. Effectivement, sur les six heures, il arriva des caisses étiquetées artillerie ; on a dit que ces caisses contenaient les armes promises à M. le prévôt des marchands, et on a envoyé demander des gardes-françaises pour en, escorter la distribution aux districts. Les députés ont été diversement reçus par les officiers des casernes, mais partout merveilleusement par les soldats , qui les embrassaient et pleuraient de joie et de zèle de prendre les armes pour la conservation de Paris. On a dit qu'au surplus, dans ces différens postes, il y avait des ordres des chefs; que les troupes étaient distribuées dans les districts pour y maintenir l'ordre , et qu'on n'avait pas

tru devoir insister pour faire changer ces dispositions. Quand on ouvrit les caisses où devaient être les armes, on n'y trouva'que du vieux linge; ce fait offre un mystère inexplicable. M. de Fleôselles at*-il été trompé ? mais par qui et pourquoi ? A-t-il voulu tromper? On a soupçonné qu'il voulait gagner du temps et empêcher de prendre des armes pour que les forces pussent arriver et trouver Paris sans défense ; mais coifiment s'expose-t-on au danger d'une pareille trahison? Comment d'ailleurs cela s'accorde-t-il avec le reste de sa conduite, avec la précaution sage de n'avoir pas voulu prendre l'autorité sans y être autorisé par l'Assemblée, c'est-à-dire par le peuple (i)? L'avenir nous éclairera peut-être sur ce mystère. Le cri de trahison s'est élevé de nouveau contre M. de Flesselles et le comité permanent. 11 y avait du danger au milieu d'une foule animée de crainte et de fureur.

(i) C'était peut-être pour mieux cacher sa trahison; car enfin > dans l'état actnel des choses , je veux dire , à partir de l'organisation du ministère d'alors, tous les ministres ne pouvaient rien faire sans avoir le prévôt des marchands dans leur manche ; c'était lui qui avait la grande , la haute main sur tout ce qui concernait Paris: j'avoue donc être persuadé , car je n'ose dire convaincu , que M. de Flesselles était complice avec les ministres , et qu'il a mis la plus grande finesse, adresse , etc.. dans sa trahison; il y aurait trop de faits inconcevables , même impossibles , s'il n'eût pas été un traître *. ( Note de M, Nalgeon. )

'*' En rapportant ce jugement de M. Naigeon, nous devons ajouter que Bertrand de MolleviUe , dans son Histoire de la révolution , énonce une opinion contraire. {Ifote des nouw. e'dit.)

554 HÉHomEs

qui m « eiUendait pas elle-même , et à qui il fallait faire accepter des raisons au lieu d armes. Oa dit qu il y eu avait ^nx Chartreux. Le comité expédia djes ordres à ces religieux d eu fournir^ et il fit une grande faute : car^ à moins de certitude, il ne fallait pas que l'ordre fut positif; il fallait qu'il exprimât le doute où l'on devait être raisonnablement. Mais comme le bruit et le désordre environnaient 4e toutes parts le comité y \t précifûtation présidait à tout avant la réflexion. Faute de fusils, on or- 4onna à tous les districts de faire fabriquer des hallebardes. M. de La Salle observa la nécessité d'un chef militaire pour donner des ordres, distribuer les postes , faire agir les troupes^ et établir l'unité d'intention. On le nomma a>mmandantgénéral en second. On offrit la première place à M. d'Aumont, qui demanda vingt-quatre heures; Toais comme le temps pressait, on mit M. de La Salle en chef. Le premier acte de son autorité fut d'envoyer à l'hôtel de Bretonvilliers, pour le préserver du pillage, la compagnie de l'Arquebuse qui , tout armée, vint offrir ses services : tous les ordres furent promptement donnés; les soldats sortaient de dessous terre, ou plutôt sortaient des asiles de tous les citoyens ; les brigands étaient poursuivis et désahnés ; les patrouilles nouvelles faisaiept le service dans les rues illuminées ; et la garde bourgeoise , déjà formée au moment de sa naissance , fit , dès cette première nuit , la sûreté de la capitale." Cette magie, ce pouvoir de création était ce-

loi des jék^teurfe; lietir sagesse avait Mt déjà les mcfâleûrs rè^tnèns, ^t te tônri^ des citoyens leur avait soumis des soldat»^ , / . -

Ofï ^Jtvèi^t au^ barrières le« personne i<|ui entraient ou qul'ior^iHeiit^ fnaid «^flout' cdles qui veoaieiitde VersiÂlles^et qui i^4«Ati^sâîeM venir de la e&àr^ ûième ; Ott arrêta ainfeî , • ai ' dix heures du s©|ry afi^4e»S4iTOnyfttiirni^r^iwidôwt , et M. d'Aœ- AdeotiA; ,'€ô«i6eiller «itt^aii4e^tit^ i^rîvàn&en efifet de^ V4irsaîll©é; Us iont , ^ <îondtiîts à i'H6tel-de- ¥îlle , ou îk ' ont été reçus- ^r les électeurs : 4te ont dotiné' ta tiouv^Ue cpie tovLt y ^lait ^anqùilte» On rendit compte au premier président des de^nt anéii^ <{m^âblis6i3tient I^c^ofuilé pen^idnenl et la tniiice ^ri»iênyi0; car dans <ie trouide il n^ av^it ^int d ancirckie , on rendait honrnia^ aÙK antcU rités constituées. Mais on avait dit à Paris que M* d'Ammecowt pnceédait à M. Nécker j cette suc- MSsion n'était pas un titre de faveur. Leroj^age de Vetsailles, dan&ce moment critiqué, pottVàit par^ tte ûtte preuve ^ les soupçons et les imtn'm^fres com^ i»«)nçaien'l /les esprits s'échauffaient; ies^iect^ttrs avertirent M. de Saroqi et M. d'Ammecôurt (JHsfW était prudent qu-ife se retirassent. Tpois d'éntf écux, avec des flambeaux et des gardes de la ville ^ tes conduisirent à teur voiture ; on ordonna à la garde boi»rgeoise de les accompagaer chez eux. Ces égards et ces précautions sauvèrent M. d'Amtner court qui était en gMnd danger, et M. de Saroi^ k cause de lui. .

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