Voir chapitres xiv, sv et ivi
3. Noms donnés h Marseille et à Toulon, en châtiment de leur participation à l'insurre&tion fédéraliste. C'est de leur propre autorité que Barras et Fréron avaient débaptisé Marseille. — Hamel, Histoire de Bobespierre, III, p. 401.
îOiv PREFACE DU TOME PREMIER
Oui ; mais Barras ne s'est pas contenté de pacifier la Provence. A ses actes l'évolution naires il a mêlé de louches pratiques. Sur les biens confisqués des proscrits en fuite ou des victimes de la cruelle réaction jacobine dont il vient d'être l'exécuteur, Barras a allongé la main : une main fine et avide, faite non pas pour signer des décrets sanguinaires — qu'elle a pourtant signés, — mais pour frémir de plaisir au contact de la chevelure soyeuse des belles filles et au ruissellement de l'or entre ses doigts. Il a spéculé avec les fournisseurs, vendu son influence, sa protection, tripoté de mille manières, comme il tripotera toute sa vie. Déjà l'homme de joie et d'argent commence à paraître sous le démagogue d'occasion; et de toute la souple, l'élégante personne de ce vicomte jacobin, s'exhale le petit fumet de vénalité et de corruption qui accompagnera éternellement son nom dans l'histoire '. Des patriotes provençaux — des naïfs, qui en sont restés à la conception d'une république très austère semé par des hommes au cœur très pur — ont eu connaissance des profils inavouables que le représentant a tirés de sa mission. Ils l'ont dénoncé à Paris '. Et si Barras est inquiet, malgré les gages qu'il a donnés de l'ardeur de ses convictions révolutionnaires, c'est qu'il songe à l'homme redoutable qu'il va falloir affronter après le Comité de Salut public et la Convention, à ce Robespierre dont le regard froid et hautain va se poser sur lui, fouiller jusqu'aux derniers replis de son âme vicieuse. Robespierre n'aime pas les prévaricateurs. Et ceux que Robespierre n'aime pas ne vieillissent guère 1
Or, à ce moment même, 1' « Incorruptible > songe à nettoyer la République de celte vermine qui s'est développée sur elle, qui la ronge et qui la souille, les corrompus. Tallien, • ce ventre tout à la
1. ■ Barras fut un voluptueux et un intrigant Sa conscience ne semble
pas avoir eu la peur de l'eau trouble. Il paraît diriicite de calomnier ce personnage équivoque et suspect.... • (De Lescure, Mémoires sur tes Journées rivolutionnairet, 1, p. xl el xu.)
2. Voir Moniteur du 6 vendémiaire an 111 (27 septembre 1794), séance de la Convention du 2 vendémiaire. Le représentant Ruamps demande qu'il soil donné lecture de lettres où Préron et Barras sont accusés de dilapidations. Les exaclions de Barras et de Fréron sont également dénoncées par Barère dans ses Mémoires (IV, p. 14). On lit encore, dans un assez pauvre ouvrage d'ailleurSr intitulé Amours el Aventures du vicomte de Barras (Paris, lSi7) : ■ Envoyé en mission dans le Midi, bientôt ses cofTres Turent plems et ses dettes acquittées ■> (l. 11, p. 187). Je ne cite que pour mémoire cet ouvrage qui n'a aucune valeur historique, mais ou les amaleuiï de commérages pourront trouver de quoi se satisfaire, en lisant le lecit des amours du galant vicomte avec Mme Tallien el Mon. de Biauliiinais
gueule et aux flUes » ' ; Fouché, ce • hideux coquin • ^ dont • l'atroce figure était moins atroce encore que l'âme » ^; Carrier, ce satrape sanguinaire qui c vit dans un sérail, entouré d'insolentes sultanes . ' ; le voleur et le faussaire Courtois '; l'ivrogne Fréron, complice des exactions de Barras dans le Midi * : tous ces hommes dont les mains, selon la forte expression de Hobespiere lui-même, « sont pleines de rapines et de sang ' », Robespierre les connaît, les surveille et s'apprête à les frapper. * Je ne puis supporter cet état des choses; mon cœur se brise en pensant qu'au milieu de nos victoires, la République n'a jamais couru autant de dangers. Il faut que je périsse ou que je la délivre des fripons et des trailres qui veulent la perdre^. >
i. Michelel, Révolution, Vil, p. 132.
2. Mot de DupoDt de i'Eure sur Fouché, cilé par Harael, Hisloire de Robespierre, III, p, 629.