XLVI PREFACE DU TOME PREMIER
Et pour les atteindre plus sûrement et plus vite, il a fait voter la terrible loi du 22 Prairial, précisi^ment dirigée, dans le secret de sa pensée, contre les concussionnaires et les massacreurs qui déshonorent la République.
Le premier soin de Barras en rentrant à Paris est donc d'aller faire sa cour à Robespierre dans cette petite maison de la rue Saint-Honoré ' où l'inflexible tribun donne l'exemple d'une simplicité et d'une pureté de mœurs qui doit avoir prêté à sourire au • corrompu par excellence, dont le salon deviendra l'asile aimé et le centre de tout ce qu'il y avait de plus cynique et de plus impur ' . On se gardera de déflorer en les analy*!ant lu les pa^tç pleines de détails pittoresques et précis ou Barras nous raconte sa visite a l'homme intègre qu'il redoute comme un juge • Robespieire était devenu dans la Convention «ne fipice de tiibuna( auquel charun croyait devoir se référei pour obtenu un jugement sui les choses dont il pouvait être accusf on imagmait se mettre en sûreté dès que Robespierre aurait piononce 1 absolution Dan-- k tioubte que malgré toute ma fermeté je ne pouiajs ne pat éprouver au retour de ma mission de Toulon... je lus je ne sais comment entraîne par Fréron à me rendre chez cette omnipotence, ce représentant de la pureté républicaine^.... » L'accueil glacial le silence obstiné de Robespieire le regard chargé de mépris qu'il jette sur l'impudent personnage qui vient troubler la retraite où il médite — en limant des phrases au lieu d'agir, le malheureux! — de sauver et de régénérer par un
pierre, citée par Courtois dans son rapport. Violent ennemi de Robespierre, M. de Saint-Albin s'est, dans sa rédaction, plus fidèlement contormé h la haineuse tradition thermidorienne que Rarras lui-même dans ses notes personnelles. Signaler ce désaccord entre les deui versions est pour moi un devoir de simple probité historique. Après l'avoir rempli, je me haie d'ajouter que cette conslatalion d'une iniidélité dans la rédaction est la première que j'aie encore eu l'occasion de faire en comparant au teiLte des Mémoires les notes autographes de Barras qu'il m'a été donné de retrouver dans les papiers de M. de Saînt-Albin-
1. Barras et, après lui, M. Ernest Hamel croient que cette maison a été démolie. M. Victorien Sardou affirme qu'elle existe encore, qu'elle a été, non pas démolie, mais simplement surélevée, et qu'elle porte aujourd'hui le n" 398 de ta rue Saint-Honoré (Voir Figaro, supplément littéraire du H août 1894).
3. Hamel, Histoire de Robespierre, III, p. 399. E. M. de VogQé n'est pas moins sévère. Dans les Mémoires de Lareveltière-Lépeaux, - le Tépv^riant Barras, dit-il, est traité selon son mérite à'inlrigant plongé dans la crapule, prêt à se vendre à tous les partis.... » Voir Revue des Deux Mondes, n" du 1" février 1895, p. 61ï et 671.