I-XVI PREFACE DU TOMB l'ItEMIER
une large part à la valeur de l'armée assiégeante, je me garderai de le contester. Je crois fermement que le monde n'a pas vu de soldais dont la qualité d'âme fût supérieure à celle de ces soldats de la République. Les armées impériales mêmes ne nous offrent rien d'aussi beau. Certes la bravoure chez elles est la même, l'héroïsme y est chose naturelle, ordinaire. Mais il est mis au service d'un moins noble idéal. L'amour de la gloire, le dévouement passionné à un grand homme, ne sont pas des vertus d'une valeur morale égale à ce pur amour de la liberté et de la patrie dont le cœur de ces soldats de l'an ii était embrasé. Pour trouver quelque chose de semblable à eux, c'est h la Grèce, c'est à la Rome antiques qu'il faut demander des termes de comparaison. Le soldat de la Révolution n'a rien à envier aux compagnons de Léonidas et de Scipion. La Grèce en face de Xerxès, Rome en face d'Hannibal, ne me paraissent pas plus grandes et plus stolques que notre France républicaine tenant tête à la coalition. Et j'estime que quelque chose d'essentiel manquerait aux titres de noblesse de notre patrie, si cette page sublime ne se rencontrait pas dans son histoire.
Je conviens aussi qu'un hommage éclatant doit être rendu à l'admirable chef qui devant Toulon commanda ces admirables soldats. Avec ses cinquante-huit ans '. sa couronne de cheveux blancs, Dugommier a l'air d'un ancêtre au milieu de ces généraux de trente ans, fleurs précoces de gloire, que la Révolution fit éelore de ses brûlants rayons. Mais son cœur, son fier et généreux cœur n'a pas de rides ; et ce vieillard est jeune, si c'est bien, comme je le crois, la marque propre de la jeunesse que d'être prête à verser tout son sang pour une idée. Sa famille était de petite mais ancienne noblesse de robe. L'amour de la Révolution l'ayant pris, il se donna à elle, corps et àme. Ce fut un sincère, un ardent sans-culotte. Mais en abjurant les idées de sa caste, il avait conservé un fond d'indélébile gentilhommerie. Des préjugés d'aristocrate il avait pu se guérir; de l'aristocratie native de ses instincts, non, — étant de ceux qui portent leur noblesse infuse dans le sang même de leurs veines. Ronne et rude était la guerre qu'il faisait aux ennemis de la République, mais humaine et courtoise aussi, plus humaine et plus courtoise même que ne l'eussent voulu le Comité de Salut
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public ot les représentants '. Le plus modeste, le plus désintéressé, en même temps que le plus brave des hommes ; s'oubliant lui-même dans ses rapports ', afin de mieux mettre en lumière les exploits de • ses frères d'armes », ainsi qu'il appelle presque toujours ses soldats. 11 aimait la bataille et s'y ruait avec l'allégresse d'un volontaire. * Guéris promptement tes vésicato ires », écrivait-il à Doppet, malade à Perpignan, < afin que nous allions en poser sur la nuque de l'ennemi '■ » Quelle vaillance on devine dans la jovialité un peu grosse de ce franc propos de soldat! Troupier incomparable, il avait aussi les qualités d'un chef, du coup d'œil, de la décision, de l'énergie. Saliceti le trouvait < un peu lent dans ses mesures ' », Bonaparte l'a vengé de ce reproche ^. Mais il ne savait plus tuer quand on avait cessé de se battre. Les exécutions en masse ordonnées par les représentants après la prise de Toulon lui soulevèrent le cœur de dégoût '. Fusiller un troupeau d'hommes désarmés n'était point son fait. Il se fit envoyer à l'armée des Pyrénées, où un boulet espagnol lui procura la belle mort de soldat que le maréchal de Villars enviait à Berwick,
1. Voir Archives de la Gue e la lettre de Sal et lu Co té 1 Salut public, du 32 frimaire an n (1 decpinbre ITO) ^o r aus la lelt e de Dugommier au m£me Com t du 13 décembre II s j défend contre le reproche d'avoir Iraité • avec trop de pohte se un général anglais Hara fait prisonnier. L'armée a su que nos frères d armes p sonniers (à To Ion) étaient bien traités^ nous avon été 1 n a ns sa s cesser je ou3 le jure d'être républicains ".
a. Voir Archives de la Guerre lettre 3e Dufco nm er au prea dent de la Convention, du 6 nivûse an n annonçant 1 envo d un JUe o e sur la prise de Toulon : o Nous aurions pu envover lea drapeaux que nous avon trouvés en grand nombre dans les p stes e acues ma s nos braves frères d armes ne prisent que les drapeaux emjortéi sur la b é he ou a ackés des ruxms de l'ennemi.... J'aurais pu également me donner quelque éclat personnel en prenant les devants pour annoncer un grand événement au To Ion éla I réduit, j'y avais contribué de toutes mes faculUf.. Citait asse^ pour moi, la gloire est entière à mes fieres d armes