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CHAPITRE IV

la manœuvre habile d'un petit brick de Saint-Malo, faisant "partie de noLrc convoi, en panne devant la baie, ainsi que nos frégates, nos corvettes et les deux vaisseaux de guerre qui n'avaient pu nous secourir. L'escadre anglaise, fort maltraitée, était pourtant sous voile, et courait sur M. de Suffrec qui se retirait. M. de Suffren ordonna au convoi de cingler vers le cap de Bonne-Espérance, sous l'escorte d'une frégate et d'une corvette, et, malgré sa position, fit Ijonne contenance. EiiQn la nuit, qui arrivait, nous déroba ans poursuites, et nous permit de réparer les avaries que nous valait cette funeste échauffourée. Des bouts de mâts furent adaptés à i'Anniàal, qui put nous suivre; et lorsque le jour vînt, nous étions déjà fort éloignés de Sâo Thiago, et la flotte anglaise avait disparu.

Nous- touchâmes le Cap le 21 juin 1781. Peu après, l'escadre anglaise apparut sur la côte, et, la voyant occupée par les Français, elle continua sa route vers l'Inde. M. de Suffren laissa au Cap, sous les ordres du comte de Conway, les troupes embarquées à son bord, qui, réunies à un bataillon hollandais, commandé par le colonel Gordon, militaire instruit, devaient former la garnison ; et partît incontinent pour l'Ile de France. L'escadre de M. d'Orves s'y trouvait, mais cet amiral venait de mourir : M. de Suffren, comme le plus ancien capitaine, prit le commandement de nos deux escadres réunies, et fit voile pour la côte de Cororaandel avec le maréchal de camp du Chemin. L'armée navale se montra devant Madras.

Outre le régiment de Pondichéry, M. de Suffren avait laissé à M. de Conway une partie du régiment d'Austrasie. La Cour de Versailles, convaincue que l'existence de nos escadres et la conservation de l'Ile de France et de l'Inde dépendaient de celle du Cap, nous y avait envoyés pour les défendre contre les attaques des Anglais.

Le cap de Bonne-Espérance, au moment où j'y arrivai,

avait pour gouverneur un gros Hollandais, M. Pletinberg, appartenant à la Compagnie hollandaise des Indes. Sa femme croyait trouver dans son embonpoint personnel le droit de n'être pas moins insolente que son mari. Ces deux êtres vains, isolés dans leur palais, étaient redoutables aux habitants. Le second gouverneur, nommé Hacker, avait une femme et deux lilles qui recevaient les étrangers et surtout les Français avec affabilité. Admis dans l'intimité de cette famille, j'y fus traité avec amitié et distinction. Voitures et chevaux étaient à ma disposition.

Le fiscal. M, Boers, grand travailleur, administrait ce pays; il était juste et tolérant, éclairé et poli; il réunissait chez iui une société choisie. Ses fonctions se rapprochaient de celles des intendants en France.

Notre commandant, M. de Conway, Irlandais d"origino, avait servi dans l'armée française aux Etats-Unis, et portait d'honorables cicatrices : il connaissait l'art militaire, mais il était despote, il avait une acrimonie qu'on attribuait à «ne affection nerveuse; on le citait comme homme aimable : ce n'était le plus souvent qu'un prétentieux. Cependant il remplit les vues de la Cour, et sut avec adresse se concilier les habitants du Cap.

Nous y vîmes arriver enfin la grande expédition destinée pour l'Inde, conduite par le chef ridicule qu'on n'avait pas craint de faire succéder à M. de Bellecombo. M. de Bussy était une espèce de caricature fardée, bardée de cordons. Ce vieillard chancelant, sans capacité, ne s'occupa que de représentation, de parure, de perruques surtout, une mécanique qui, tirant la peau sur le derrière de la tête, diminuait les rides du visage. Voulant constater son arrivée en nous passant en revue, M. de Bussy me pria de lui procurer une des voitures du gouverneur Hacker, C'est ainsi que, mollement transporté, entouré de son état-major, non moins singulier que lui, M. de Bussypareourut une partie de notre ligne; puis, fatigués

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