‹ Mémoires de Barras, membre du DirectoireChapitre 52 sur 197 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Louis XYI, justement mécontent de la conduite de ses armées dans l'Inde, en fut dédommagé par le succès de la coopération k la guerre d'Amérique et au mémorable traité qui déclarait l'indépendance des États-Unis.

Ces deux grandes conceptions de l'expédition de l'Inde et de l'indépendance des États-Unis auraient dû être dirigées par des ministres capables, qui ne les auraient pas laissé tomber au pouvoir de commis ignorants et intéressés peutêtre à l'insuccès des plans ordonnés par le roi.

Je fus alors engagé dans un démêlé qui me devint personnel avec M. de Conway, qui nous commandait. II avait gravement insulté deux de mes amis, les capitaines Dufort et Caries, lorsqu'ils étaient sous les armes. Ces deux militaires honorables furent mis aux arrêts, ainsi que moi parce que je les avais soutenus. Les arrêts levés, je me rendis, suivant l'usage, cbez M. de Conway; il me pria à dîner. Sur mon refus, il me dit ; « Vous avez une mauvaise tête, — Vous, j

général, lui répondîs-je, vous manquez de justice envers les offlciers : ils peuvent, n'être pas trop élégants aux manœuvres {

de parade, mais ils savent battre l'ennemi. Je vous demande la permission de me rendre en Europe; je tâcherai de 'l

mériter au siège de Gibraltar l'estime dont vous m'honorez. » A

Le lendemain, aux exercices de l'esplanade, M. de Conway Ji

me dit, en me prenant le bras affectueusement : « J'apprécie 4

votre caractère et vos services, je me ferai un devoir d'en J

donner connaissance aux ministres de la marine et de la -|

guerre. Il n'y a plus rien à faire ici, l'Inde est perdue pour |

nous, votre santé s'altère sous ce climat : allez à Paris I

directement, je vous rejoindrai bientôt; je vous confie des |

dépêches du plus haut intérêt pour le ministre de la marine, t

à qui mon frère vous présentera, >v f

M. de Conway me donna aussi des instructions verbales très *

importantes. Heureux de notre réconciliation, je pris congé iiars nsa. t

et je profitai des vents favorables pour revenir en France. *

-dLyGoOgIc j

Page 1