‹ Mémoires de Barras, membre du DirectoireChapitre 54 sur 197 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Paris en 178i- — -te baron de Valois. — La comtesse de Lamotte. — Le cardinal de Rohan. — Cagliostro. — Son luxe. — Son charlatanisme. — Le duc de Luxembourg. — Lamotte. — Liaison de sa femme avec le cardinal de Rohan. — Origine de l'intrigue du Collier.

— La fille Oliva. — Travestissement. — Rendez-vous dans les bosquets de Trianon. — Le cardinal dupe. — Fausse correspondance.

— Achat du collier. — Lamotte en Angleterre. — Arrestation de sa femme. — Son châtiment. — La vérité sur la Reine. — Comment j'ai connu la femme Lamotte. — Souper ches le notaire La Fi-esnaye. — - Minuit. — Son agitation. — Ce que sont, en somme, tous les magnétiseurs. — Voyage en Picardie. — Orgies monacales. — M. de Tournon et sa famille. — Mme de la Sarre, — L'infortuné La Barre. — Retour à Paris. — L'abbesse de Jarcy. — Son caractère noble. — Querelle avec un colonel. — Les maréchaux de France.

— M. de Richelieu. — Mes relations. — Mirabeau. — Créqui. — Ckamfort. — Nivernais. — L'abbé d'Anjou. — L'évéque d'Orléans.

— Mlle Arnould, — Cubières. — Le prince de Birkenfeld. — Le prince Henri de Prusse. — Mot de lui sur la Cour. — Vicq d'Asyr.

— Le prince de Condé. — Les deux plans de M. de Breteuil. — Ce qu'il faut penser de lui.

Privé de tout emploi militaire, j'avais peu de ressources pour vivre à Paris ; j'y étais soutenu par une vieille parente qui résidait à Marseille. Un certain Valois, qui s'appelait baron, comme taot d'autres (alors et depuis), nie présenta à sa sœur, qu'il appelait la comtesse de Lamotte. C'était une femme belle de formes plus que de traits. Elle affectait d'avoir du crédit à la Cour : elle avait un état de maison,

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recevait beaucoup de monde, notamment le cardinal de Rohan, qui la voyait fréquemment avec le double attrait du libertinage et du magnétisme, deux genres d'occupations beaucoup plus rapprochées entre elles que ne l'avouent ceux qui ont intérêt h le nier.

Le rôle principal dans la réunion de Mme do Lamotte était joué par Cagliostro. L'adepte, 1res înlelligeat, composait non seulement des pbiltres amoureux conservateurs de la santé et prolongateurs de la vie, il faisait encore l'évocation fantasmagorique des esprits supérieurs. Cbaque jour, il rassemblait, autour de ses fourneaux, des Robau, des Luxembourg et d'autres fameux illuminés : il promettait fortune à tous, avec assurance, disant qu'il avait surpris les secrets de la nature et la transmutation du cuivre en or pur. Cet homme, doué d'une espèce de charlatanisme, parcourut le monde en philosophe, dupa tous les croyants, amassa des richesses qui lui permettaient d'en attirer d'autres à lui et d'être encore charitable et généreux. Il déployait un grand luxe dans sa maison : il en faisait faire les honneurs par une jolie et séduisante dame d'origine persane, qu'il appelait sa femme. Mme de Lamotte, avant d'avoir l'idée de se rattacher à la branche royale des Valois, avait épousé un ancien gendarme, homme d'une médiocrité complète sous tous les rapports, inférieur à son extraction comme à sa qualité, mais doué de l'esprit d'intrigue qu'en termes de droit on nomme escroquerie. Les deux époux si dignes t"un de l'autre, également tourmentés du besoin de sortir de leur misère, avaient jugé par un rapide coup d'œil jeté dans la vie, et par leur expérience personnelle à la suite de plusieurs tentatives faites dans ce but, (i qu'on ne pend ordinairement que les petits voleurs », et qu'il y a plus de sûreté et d'avantage à « travailler », comme ils disent, sur une plus grande échelle. Ils méditèrent d'agir comme ils raisonnaient dans ce système. Suivons-en quelques développements.

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