‹ Mémoires de Barras, membre du DirectoireChapitre 7 sur 197 · XX INTRODUCTION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION GÉNÉRALE

les dictées ou les fragments déjà rédigés de Barras, M. de Saint- Albin aima mieux garder les Mémoires en portereuille, et ils y étaient encore lorsqu'il mourut en 1847.

il^ngUOl LES MEMOIRES DE BARRAS SONT RESTES INEDITS tl ET POlIItyOOl ON SË DÉCIDE A LES PtTBLIER A

Pas plus que leur père, les enfants de M. de Saint-Albin ne procédèrent à la publication des Mémoires de Barras. L'aîné, M. Hortensius de Saint-Albin, ancien député de la Sarthe et représentant du peuple à la Constituante en 1848, occupait sous le second Empire un siège de conseiller à la cour d'appel. Son érudition, la vaste culture de son esprit, son mérite d'écrivain — il maniait avec autant d'aisance et de délicatesse le vers que la prose, — tout semblait le désigner pour entreprendre cette publication devant laquelle avait reculé son père. De pressantes démarches furent faites auprès de lui, non seulement par des éditeurs, mais par des hommes d'étude et de science qui, connaissant l'existence des Mémoires de Barras, déploraient de voir soustraite aux investigations des historiens une si abondante source de renseignements. Mais en livrant à la publicité un ouvrage où le parti pris de dénigrement contre Napoléon se montre presque à chaque page, on pouvait craindre alors de provoquer de vives et lâcheuses représailles contre la mémoire de Barras — dont M. Hortensius de Saint-Albin, comme son père, avait été l'ami ' — et contre celle de M. Bousselin même, dont le rôle politique pendant la période révolutionnaire avait été, ainsi qu'on l'a \ u 1 objet d appreciations très diverses. M. H. de Saint-Albin ne crut donc pas devoir mettre au jour les Mémoires; il se contenta den communiquer à la Revue du XIX' siècle de M. Arsène Houssaye un court fragment sur le 9 Thermidor, qu'il inséra ensuite dans un volume mtitulé Documents relatifs â la Révolution française '. Ce fragment seule paitie des

1. La famille de Sainl-Albin Était même alliée a Barra pir k manige en premières noces de M. Rousselin de Saint-Albin a\ec une démo elle de Mont pezal, parente de Barras.

2, Paris, Dentu, 1S13. Le volume contient en outre d intéressants eïlraits d'œuvres de M. Rousselin de Saint-Albin, sur HoctiP ( hampionnet Kléber, Malet, Danton et Dogomraier. Quelques-unes de ces œuvres, 1 histoire de Klcber et celle de Danton en particulier, sont encore inédites Le fragment incomplet et ineïact des Mémoires de Barris relatif au 9 Thermidor a ete

AUX MÉMOIRES DE BARRAS. Xxt

Mémoires de Barras qui ail vu ie jour jusqu'à présent, est d'ailleurs inexact et incomplet. En le comparant au texte authentique, j'ai constatt! des altérations : ■ Couthon était tombé sous une balle », par exemple, au lieu de * était caché sous une table », qui se trouve dans le manuscrit original. Sept pages fort intéressantes sur l'exécution et l'inhumation de Robespierre ont été supprimées. Un passage d'une trentaine de lignes, qui ne figure pas dans les Mémoires, a été au contraire intercalé dans l'extrait. Une curieuse note autographe sur la mort de Robespierre, écrite aii crayon par Prieur de la Côte-d'Or, en marge du manuscrit, que M. Rousseiin de Saint- Albin lui avait communiqué, ne figure pas dans le fragment publié. Cette note, qui rectifie sur un point, et sur un seul point de détail, le récit consacré dans les Mémoires au 9 Thermidor, méritait assurément d'être reproduite, n'eût-elle d'autre intérêt que de prouver l'adhésion presque sans réserve d'un témoin — aussi renseigné que devait l'être Prieur — à la version de Barras.

M. Hortensius de Saint-Albin mourut en 1877. Les Mémoires de Barras passèrent alors à son frère, M. Philippe de Saint-Albin, ancien bibliothécaire de S. M. l'impératrice Eugénie, puis à sa sœur, Mme Achille Jubinal, veuve de l'ancien député au Corps législatif, qui le suivirent à quelques années d'intervalle au tombeau, sans avoir le temps d'entreprendre la publication depuis si longtemps réclamée et promise. Et c'est ainsi que, mon mariage m'ayant fait entrer dans cette famille de Saint-Albin, dont presque tous les membres avaient, en un laps de dix années à peine, disparu l'un après l'autre, je me trouvai à mon tour, en 1885, investi de la tâche singulièrement délicate de statuer sur le sort de ces fameux Mémoires, attendus depuis plus d'un demi-siècle.

Donc, par une ironie vraiment bien étrange de la destinée, ces Mémoires que l'un des plus mortels ennemis de Napoléon a remplis du fiel de sa longue rancune, que Barras a légués pour y mettre Ja dernière main, c'est-à-dire pour les rendre plus agressifs encore, s'il est possible, à un ami dont il connaissait la haine passionnée contre l'Empereur, — ces Mémoires restent pendant cinquante-cinq ans sans remplir leur destination de vengeance posthume , et finissent par tomber entre les mains de qui? d'un admirateur de Napoléon !

Après en avoir pris une connaissance sommaire et rencontré les insultes, les accusations infamantes où apparaft dès les premières pages le ressentiment de l'ancien membre du Directoire

i^eprciduit par M. de Lescure daos le premier volume des Mémoires sur les journées révolutionnaires, de 1789 à 1199 (Bibliothèque dea Mémoires relatifi à l'histoire de France pendant le wiu' siècle; Paris, F. Didol, 1815).

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