CHAPITRE X
conduisaient avec autant d'imprudence, les ennemis du nouvel ordre social machinaient dans l'intérieur, et l'on voyait simultanément avancer les ennemis extérieurs. Lafayetle fut nommé général en chef d'une des armées opposées à celle de ta coalition.
Le peuple était toujours plus enflammé par les discussions des sociétés populaires et gardait un vif souvenir de l'échec éprouvé l'année précédente au Champ de Mars. Les faubourgs se portèrent le 20 Juin au château des Tuileries. Ils venaient réclamer contre les mesures inconstitutionnelles conseillées au Roi par ses adulateurs. C'étaient, disait le peuple, autant de conspirateurs. Sa Majesté devait les éloigner de sa personne. En présence des hideux et terribles pétitionnaires qui avaient pénétré jusque dans son cabinet, le Roi se résigna à mettre le honnet rouge sur sa tête; poussant jusqu'au bout la magnanimité ou Ja faiblesse, il prit même la main d'un grenadier, et la lui mettant sur son cœur, il lui dit : « Voyez s'il bat plus vite ». Louis XVI commençaitil à donner ici les premières démonstrations de cette haule vertu, non sans courage sans doute, mais sans action, qui ne suffit pas toujours aux rois? A la vois du maire Pétion, qui crut pouvoir prendre sur lui d'assurer les pétitionnaires qu'il serait fait droit à leurs réclamations, sans paraître absolument satisfaits, ils se retirèrent. Gagnant toujours le terrain qu'elle faisait perdre à la royauté, l'Assemblée législative licencia la garde royale. Il eût été plus décent et plus politique de laisser au Roi constitutionnel plus de liberté. La modération, qui serait la première des supériorités, est la dernière que suivent les partis politiques : il n'y a plus alors d'autre issue que la victoire ou la mort.
La guerre, déclarée depuis quelques mois, avait commencé par des succès du côté des ennemis; leur marche venant coïncider avec les complots tramés dans l'intérieur, le peuple de Paris, soutenu par des bataillons arrivés de la
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e et de la Provence, se leva en armes, et, le 10 Août, se porta aux Tuileries. Le matin, Louis XVI passa la revue des Suisses. Obéissant à l'ordre du roi, ou l'on ne sait par quelle méprise, ils firent feu sur une députation du peuple qui parlementait. Le combat engagé, les Suisses furent tués en grande partie. Leurs auxiliaires, les intrépides chevaliers du poignard qui, dans leurs fanfaronnades, avaient si bien promis de défendre le Roi, le laissèrent à la merci des vainqueurs. Ils ont depuis eux-mêmes accusé Louis XVI d'avoir quitté la place, parce qu'à la première hostilité il s'était retiré dans le sein de l'Assemblée nationale. Les environs de la rue Saint-Honoré et le Palais-Royal furent, pendant le combat, occupés par quelques bataillons de la garde nationale, composés de ceux qui, ne partageant pas les sentiments de la majorité, avaient juré de défendre le trône. Pour accomplir leur serment, ils attendaient la décision de l'événement. Sans doute, si la Cour eût triomphé, ils n'auraient pas manqué de s'y réunir : mais on ne se rallie point aux vaincus. Ils se dispersèrent donc après la victoire du peuple. Revenu à Paris quelques jours avant le 10 Août, j'ai vu de très près cette bataille décisive, comme, trois années auparavant, j'avais vu le 14 Juillet et la prise de la Bastille. Quoique la participation du peuple à ces combats n'ait pas été équivoque, on peut croire cependant qu'aux Tuileries comme à la Bastille, la victoire a été due à l'action des troupes régulières plus qu'i la cobue. Les bataillons des Marseillais et des Bretons furent devant les Tuileries ce que les gardes françaises avaient été à la Bastille. Dans ces deux circonstances, si grandes par leurs suites, je fus h. portée de juger à quoi tiennent les plus importants triomphes : ils tiennent à un ordre, à un mouvement, à un bomme. Dans le militaire, l'homme du 10 Août fut Westermann. Sur le Carrousel, à la Commune, l'homme révolutionnaire du 10 Août, l'homme décisif, fut Danton. Si les premières journées de ia
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CHA-PiTRE X. 19
Révolution n'avaient pas donné la victoire au peuple, si, le 14 Juillet, par exempte, c'était l'autorité royale qui eût triomphé, la bataille du 10 Août aurait-elle été seulement tentée! Si, le 10 Août, encore, la chance eût été contraire, quelle série d'événements différents de tout ce qui a succédé! Qui peut les calculer, même dans la pensée?.... Le trône avait volé en éclats, le Roi et sa famille furent renfermés au Temple.
Dans la journée du 10 Août, l'Assemblée législative décréta la convocation d'une Convention nationale. J'y fus nommé par le département- du Var : mais, le tribunal de la haute cour n'existant plus, par suite du renversement général de l'ordre qui l'avait établi, j'avais été, avant de savoir que je serais nommé député, nommé, par la commission de défense générale, commissaire près l'armée du Midi, dès lors appelée armée d'Italie, pour activer le passage du Var. Je m'étais hâté de me rendre à ce poste important.*
L'armée d'Italie était commandée par le général d'Anselme, connu par d'anciens services et par son patriotisme. Nos troupes françaises franchirent le Var sans opposition, le 28 septembre 1792. Les bataillons sardes et les émigrés abandonnèrent Nice; Montalban fut évacué ainsi que Villefranche, Les Sardes se dirigèrent sur Sospello. Anselme prit possession de Nice; il s'y commit quelques désordres inséparables d'une guerre qui déjà n'était plus une guerre ordinaire, mais presque une guerre civile, puisque les émigrés français, ses premiers excitateurs, en étaient en même temps les auxiliaires et les guides.
Nous savions depuis longtemps que Nice était l'un des quartiers généraux de la contre -révolution. La position rapprochée de ce pays entre Tltalie et la France méridionale rendait d'autant plus faciles les communications nécessaires aux émigrés pour entretenir ragitalion. La prise de Nice, qui les força de fuir en toute hâte, laissa en notre pouvoir
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80 MEMOIRES DE BARKAS.
beaucoup de preuves des agences que nous avions jusqu'alors jugées seulement par un instinct qui n'avait pas besoin d'être de la divination. On m'apporta entre autres des reconnaissances militaires ordonnées par les princes sur les provinces du Languedoc, de Provence et du Dauphiné. Ces reconnaissances, faites avec un talent réel, quels qu'en fussent les auteurs, présentaient les détails topograpliiques les plus étendus, les plus minutieusement précis sur les pays que les instructions des princes avaient commandé d'examiner pour l'exécution du plan d'envahissement. La partie militaire n'était pas celle qui paraissait avoir le plus occupé les émigrés. Le sujet de leurs correspondances était généralement le regret des plaisirs et des privilèges qu'ils quittaient en sortant de France, et l'impatient désir de les recouvrer, ou (le les trouver ailleurs. Parmi les correspondances dont je parle, et que nous avions l'ordre d'envoyer à Paris, j'en dus remarquer une d'un genre particulier, et vraiment supérieure par le talent, comme par le sentiment qui l'avait dictée : c'était celle d'une femme d'autant d'esprit que d'âme, avec un homme fort distingué qui avait mérite toute sa tendresse pendant sa vie, et à qui cite n'avait cessé d'écrire depuis qu'il avait cessé d'exister. Une notice qui a paru dans l'une de nos premières feuilles publiques, en 1821, a révélé le nom de cette femme remarquable, qui était ma cousine, et qui a fini ses jours dans ma maison de Chaillot où elle était venue se reposer des malheurs qu'elle avait éprouvés, sous le toit de la douce amitié.
Cependant la Convention nationale, réunie le 20 septembre, avait en ce jour ouvert sa première séance, proclamé la -République le 21, et dès le lendemain on en avait reconnu l'ère, et daté de l'an I" de la République. Ainsi les années de la Monarchie encore hier étaient aujourd'hui celles de la République.
Notre armée républicaine, maîtresse de Nice, poursuivit
donc les Sardes. Nous livrâmes plusieurs combats, qui furent à l'avantage des Français. A la suite de ces succès, je m'occupai des travaux de l'intérieur, et, nommé président de toutes les administrations, de concert avec le général d'Anselme, j'organisai provisoirement le département des Alpes- Maritimes. Au moment où je m'efforçais de calmer les craintes semées parmi les habitants de Nice par les prêtres réfractaires, les émigrés et les autorités de Nice avant d'abandonner la ville, au moment oii j'arrêtais le pillage des maisons des nobles piémontais, et où je créais une administration, une municipalité, des tribunaux et des juges de paix provisoires, j'appris ma nomination à la Convention nationale, et je fus appelé à me rendre dans son sein; mais le général d'Anselme elles principaux citoyens de Nice écrivirent à l'assemblée en la priant de me permettre d'achever ma mission, et moi-même, quelque impérieux que fût mon devoir à la Convention, je ne pouvais me décider à laisser sans direction et dans l'anarchie qui suit un renversement de gouvernement une population que je pouvais servir encore et qui m'offrait l'expression de sa reconnaissance.
Nous n'avons pas cessé d'agir en parfaite harmonie avec d'Anselme, quoiqu'on ait tenté de nous troubler par des suggestions qu'on peut appeler des tripotages. Ils étaient l'œuvre de la sœur de ce général, femme sans doute très patriote, mais plus qu'on ne le lui demandait. Revêtue de l'uniforme d'aide de camp, cette demoiselle ne voulait pas même s'en tenir à la partie militaire, il fallait qu'elle intervint encore dans la politique.
tre Roland. —
Mme Roland. —
-JerefuBC ,
me invitation. —
— Embarras
d^s affaires. -
Situation criti^
me de la Conven-