CHAPITRE XI
/'arrive à la Convention. — Le i?
Antinous Barha^oux. — Ma i Femmes qui sortent de leur ; Louis XVI décrété d^ accusatio.
tion. — Appréciation de sa conduite. — Immenses opérations. ■ 21 Janvier. — Commissaire au recrutement. — Je suis envoyé avt. Frérnn dans les Hautes et Basses-Alpes. — Terreur de Chamfor — Il veut m'accompagncr dans ma mission^ puis il refuse. — S
Après deux mois de travaux non iulerrompus, je laissai d'Anselme à Nice, et me rendis à la Convention, à ce poste devenu si difficile depuis la journée du 10 Août. Pendant ma mission de Nice j'avais été en correspondance avec Roland, ministre de l'intérieur; j'avais pu rendre justice à ses idées généreuses, à ses vues patriotiques d'organisation en faveur des pays qui pouvaient faire bientôt partie de la nouvelle France. Arrivé à Paris, je fus reçu par le ministre avec beaucoup d'égards : j'attendais silencieusement, dans son cabinet, que sa femme l'eût quitté, pour parler des intérêts les plus sérieux; Roland interprétant mon silence me dit : « Ma femme n'est point étrangère aux affaires de mon ministère ».
Mme Roland n'était pas sans charmes extérieurs : on a dit que son cœur aurait pu avoir plus de réserve, lorsque dans ses Mémoires, en parlant de plusieurs députés qu'elle avait appréciés, elle avait trouvé le député Barbaroux beau comme Antinous et l'appelait ainsi. Ces faits sont de ceux
qui appartiennent à la vie privée. Mme Roland ne revient surtout ici à ma mémoire que dans son rapport avec les événements politiques auxquels elle a été depuis si cruellement mêlée, et qui ont causé sa !in tragique et celle de son mari. Quant à moi, je n'ai point à me reprocher d'avoir, dans cette occasion non plus que dans toute autre, encouragé, l'ambition de Mme Roland à s'insinuer dans les affaires publiques. Elle m'avait paru impérieuse dans son salut et dans sa manière d'occuper, avec une assurance obstinée, le cabinet du ministre. Je fus trop peu g;alant pour soutenir sa présence, que je croyais indiscrète, et, sans dire un mot de plus, je saluai et me retirai. Je reçus le lendemain une invitation k dîner et la refusai par le même motif. Sans contester le mérite supérieur qu'ont pu avoir des femmes dans les rangs différents de la société, j'ai rarement trouvé que leur bonheur ni celui des autres eût rien à gagner à ce qu'elles sortissent de leur sexe, et se chargeassent des soins virils.
On a déjà vu que, par suite de sa retraite à l'Assemblée législative, Louis XVI avait été conduit au Temple et sa déchéance prononcée; que l'Assemblée législative, usée et dévorée par les événements devenus tous les jours plus forts qu'elle, avait eu le bon esprit de reconnaître qu'il ne luî restait pas assez de puissance et de considération pour sauver la patrie; qu'elle avait appelé une Convention nationale, où je me trouvais nommé par mon département du Var. Ai-je besoin de rappeler ce qu'était alors la situation de la France, à quel point elle était critique et menaçante pour ceux qui voulaient rester unis à sa destinée? Beaucoup de mandats donnés aux députés par leurs électeurs étaient impératifs pour que le Roi fût jugé. La Convention nationale réunie, après s'être constituée et avoir déclaré la République Française une et indivisible, prononça la mise en jugement de Louis XYL
Cet acte portait sans doute un grand caractère d'intrépi-
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