‹ Mémoires de Barras, membre du DirectoireChapitre 79 sur 197 · CHAPITRE Xlli · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlli

on le disait en correspondance avec Toulon, J'ordonnai que tout courrier qui se présenterait sur les bords du Var me fût amené. J'acquis bientôt la preuve, par les dépêches de l'un d'eux, que Brunet, d'accord avec les rebelles de Toulon, les encourageait à réclamer contre le 31 Mai et à persévérer dans leurs dispositions, qu'il leur accorderait secours et protection. Fort de celle découverte, après plusieurs lettres officielles dans lesquelles Fréron et moi nous nous efforcions d'éclairer Brunet et de combattre sa mauvaise foi, je conférai de nouveau avec lui. Son obstination el son arrogance me déterminèrent à lui notifier l'arrêté par lequel je le sommais, sous sa responsabilité, de détacher dans le jour trois mille hommes : je nommai commandant le général Lapoype, et lui donnai mes instructions,

« Prenez garde, général, dis-je à Brunet en terminant : rentrez dans votre devoir, obéissez aux ordres que j'ai le droit de vous donner; ce qui se passe dans ces départements ne vous est point étranger : j'en ai des preuves de votre main; je suis instruit que vous devez attaquer l'ennemi pour vous faire battre; que vous prendrez des positions sur le Var; que vous associerez enfin vos moyens à ceux des contre-révolutionnaires. Je vous défends de livrer aucun combat : les positions que vous occupez sont assurées par les retranchements : je vous ordonne de les conserver. »

Brunet, tremblant, se radoucit : mes ordres furent exécutés à la minute. La séance levée, Brunet resta avec moi, et, de l'air du meilleur accord, il retourna à son quartier général : on le blâma d'avoir adhéré à mes injonctions, on lui St entendre que son hofineur était compromis, et qu'il devait secouer le joug d'un député jacobin. Heureusement Lapoype était en marche, et sa mission exécutée avec zèle et succès.

Brunet recommençait à déclamer contre moi dans son camp. J'interceptai de nouvelles pièces do conviction de sa complicité dans la rébellion du Midi. ',' ' i »;

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Je dus alors mettre de côté toutes considérations pour exercer mon pouvoir, qui n'était peut-être pas tout à fait énoncé dans mes attributions, mais qui seul devait sauver l'armée d'Italie et le midi de la France. Je pris sur moi de destituer Brunet; je nommai général en clief de l'armée d'Italie le plus ancien général, Dumerbion, et je l'investis aussitôt de son commandement. Je le chargeai de saisir les papiers de BruneL, de le faire arrêter et traduire à Nice. Dumerbion , escorté par des grenadiers de sa division , remplit mes instructions, se mit à la tête de nos troupes, et leur communiqua ma proclamation et mes arrêtés. L'armée, mécontente de Brunet, montra sa satisfaclion d'avoir pour chef un général aussi recommandable par sa bravoure que par sa justice. Dumerbion s'était distingué dans les Pyrénées; il avait auprès des soldats la confiance que Brunet n'avait jamais pu obtenir : des députations vinrent me féliciter de ce choix. Brunet obéit; il me dépêcha son aide de camp, avec prière de le dispenser d'entrer dans Nice où il avait de nombreux ennemis : j'envoyai le général Durand, commandant de la place, pour lui permettre de changer sa direction. Je l'autorisai à se rendre dans son domicile, au département des Basses-Alpes ; son escorte devait le quitter après le passage du Var. Désirant toujours voir dans tous les antécédents une suite d'entraînements telle qu'il en arrive dans les temps de factions, et non une trahison, je ne voulais point encore faire usage des pièces qui étaient entre mes mains, et qui prouvaient l'intelligence de Brunet avec les ennemis, Brunet, d'un ton de sincérité qui me toucha, promit d'ohéir à tout ce qui lui était prescrit; bientôt, violant sa parole, il crut pouvoir à la dérobée se rendre à Paris et se porter, au Comité de Salut public, dénonciateur de ce qu'il appelait l'illégalité de mes actes. Il avait été d'abord bien accueilli par quelques-uns de ses membres, notamment par CarnoL. Je fus prévenu de cette machination assez à temps pour envoyer

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