‹ Mémoires de Billaud-Varennes, ex-conventionnelChapitre 37 sur 74 · I -^^ vv^ vv«vww\ wtv · texte numérisé non relu

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(î) L'iïWGENiEUX auteur du roman de Fauhlas et à'Eméiits ou le Divorce nécessaire, productions écrites avec grâce , fit pâlir Robespierre à la tribune de la Convention. Une femme d'esprit terminait ainsi le portrait du romancierlégislateur : « Il est impossible de re'unir plus d'esprit à moins de prétention et à plus de bonhomie. Courageux comme un lion , simple comme un enfant , homme sensible , écrivain vigoureux , il peut faire trembler Catilina à la tribune, dîner avec les grâces et souper avec Bachaumont. »

(a) Tel est l'ascendant légitime d'un mérite supérieur, qu'il force quelquefois les plus grands ennemis de la raison et de la liberté à faire son éloge. Ce que la vérité fait dire sur M. Lanjuinais aux écrivains ultras qui spéculaient suri 'infortune dans la B io graphie- Michau d ^ ressemble à un panégyrique , et , dans les sept colonnes de cet article rare , on ne trouve de calomnies que contre les principes d'une philosophie auguste , qui finira par gouverner le monde.

(3) La description de Cayenne occupait, dans le mémoire autographe , une place trop considérable, et cette île, d'ailleurs , est trop connue pour que le rédacteur ait cru devoir conserver ces détails.

(4) L'observation précédente peut s'appliquer à la Guyan^y française.

(5) On H*a rien remarqué , dans les mémoires , au sujet de Sinnamary, qui n*ait déjà été détaillé plusieurs fois dans les relations de l'adjudant E.amel, de Job Aimé, d'Ange Piou,etc.

(ô) Malgré de nombreuses recherches , je n'ai pu découvrir ce journal de Billaud-Varennes , qui, cependant, fut publié dans les Etats-Unis, puisque divers journaux de ce pays en ont fait mention. Au surplus , d'après un extrait que j'ai eu sous les yeux , il paraît que l'ouvrage n'était rempli que de notes acerbes sur des personnages marquans , dont la plupart vivent encore , de déclamations philosophistes et de détails peu importans sur la gestion mercantile des habitations de la Guyane.

(7) L'abbé Brothier mériterait ici une note étendue ; mais l^on ne peut rien ajouter , sous le rapport des faits , à la nolice qu'on lui a consacré dans plus d'une biographie , si ce n'est qu'il devint à la Guyane , quoique ultra-royaliste , ami intime d'un ultra républicain , Billaud-Varenne.

(8) Contempteur des gouvernemens , le démocrate semble vouloir insinuer que le peuple, dont Lafayelte fut un des principaux libérateurs, serait déjà un peu moins libéral. Assurément , il n'y a plus d'enthousiasme dans ce pays , où l'on jouit en paix de ce qu'on voulait obtenir j mais il y règne im invincible attachement pour la chose obtenue j et l'on peut dire avec l'auteur de PVashington: « Le flambeau de la liberté ne s'éteindra jamais sur les bords de la Delavirare. »

(9) Voyez Guthrie et Pinckerton pour les détails géographiques.

(10) La note sur Porto-E.ico a été fondue dans le cours de I a narration.

(lî) Les prêtres, en l'an XÏI, devaient mauquer à Saint-

( Î79 ) BomJnoriie; mais, aujourd'hui^ le des comcdicns.

;oi Clirisîopîie a jusqu'î

(12) Ce que la Vëra-Cruz offre d'intéressant est de'taillé dans !e cours de la relation.

(i3) A peine âge' de vingt-un ans, j'avais ose, dans mon Pqyage à Saint-Dovimgiie , ajouter au monde connu jusqu'à piesent, une cinquième partie beaucoup plus grande que 3'Europe, et je l'avais nommée V Océanique, Depuis, un géographe a baptisé du même nom toutes les terres découvertes par Bougainville, Cook et leurs dignes émules. Je suis fier de me rencontrer avec un homme de génie, qui, j'«n suis convaincu , n'avait jamais lu mon ouvrage.

Ci4) Les 3Ij stères ou les Sotîes étaient une sorte de farce ou de drame religieux, que nos pères représentaient avec une impiété innocente , et où ces dévots histrions Jouaient les saiats, la Tierge et Dieu par piété.

Telle fut l'origine du théâtre français : celui d'Espagne , depuis Lopez et Calderon^ sort peu à peu de ces ténèbres; mais les moines de ce pays jouent les sottises ou soties au nouveau monde, avec le goût et l'énergie qu'y mettait jadis l'ancien.

(i5) Puebla de los Angeles j ou la ville des Anges , est décrite dans le chapitre IX et dans la dix-neuvième note, dont aucune, excepté la cinquante-unième, n'est du Missionnaire.

(16) Dans sa narration de la conquête du Mexique, l'auteur avait laissé plusieurs lacunes, qui se trouvent remplies avantageusement dans les notes du second tome.

(17) Le despotisme est le précurseur delà république, de h monarchie tempérée ou de la mort des nations.

(18) Outre que notre voyageur n'a voulu raconter, sur la âestruclion d'un vaste empire, que d/s faits recueillis ou conlirme's parla tradition^ il n'entrait pas dans le cadre de son ouvrage d'écrire une relation ou uti précis entier f^e la conquête du Mexique^ d'où il lésulte des lacunes coïîsidérables, qui devaient nuire à la clarté de la narration, et rompre l'intérêt de cet épisode historique. Pour supplérr à cesomissions, j'emprunterai à un écrivain pli losophe le récit abréf^é , mais éloquent de cette îameuse conquête .- S' dans quelques passages , il est en opposition avec le jacobin missionnaire sur les faits et leurs résultats, c'est qu'il avait des notions et des idées plus ou moins différentes. Quant aux opinions philosophiques des deux historiens, le lecteur jugera , peut-être, que la meilleure est la plus modérée.

a Avant que des scènes d'horreur eussent consommé la ruine des premières plages reconnues par les Espagnols , dans le nouveau monde, quelques aventuriers de cette nation avaient formé des établissemens moins considérables à la Jamaïque, à Porto-Rico , à Cuba. Yelasquès, fondateur de ce dernier, desirait que sa colonie partageât , avec celle de Saint Domingue, l'avantage de faire des découvertes dans le continent, et il trouva très'disposés à seconder ses viies, la plupart de ceux qu'une avidité active et insatiable avait conduit dans son île. Cent dix s'embarquèrent le 8 février i5i7 , sur trois petits bâtimens à Sainl-Jago, cinglèrent à l'ouest, débarquèrent successivement à Yucatan , à Campêche^ furent reçus en ennemis sur les deux côtes , péritent en grand nombre des coups qu'on leur porta , et re«^a"iièrent dans le plus grand désordre le port, d'où, Guelques mois auparavant , ils étaient partis avec de si flattens s ef^pf'ranc* s. Leur retour fut marqué par la fin du ch' f de l'expédition , Cordova , qui mourut de ses blessures. Jusqu'à cette époque, l'autre Jiémisphère n'avait offert aux Espagnols que des sauvages nus , errans; sans industrie ^

sans gouvernement. Pour la première fois, on venait de voir des peup les loges , velus, formés en corps de nation, assez avancés dans les arts pour convertir en vases des métaux précieux.

a Cette découverte pouvait faire craindre des dangers nouvea.ux : mais elle présentait aussi Tappât d'un butin plus ricbe , et deux cent quarante Espagnols se précipitèrent dansfquatre navires, qu'armait à ses dépens le chef de la colonie. Ils commencèrent par vérifier ce qu'avaient publié les aventuriers qui les avaient précédés , poussèrent ensuite leur navigation jusqu^à la rivière de Panuco, et crurent apercevoir partout des traces encore plus décisives de civilisation ; souvent ils débarquèrent. Quelquefois on les attaqua très-vivement, et quelquefois on les reçut avec un respect qui tenait de l'adoration. Dans une ou deux occasions , ils purent échanger contre l'or du nouvel hémisphère , quelques bagatelles de l'ancien. Les plus entreprenans d'entre eux opinaient à foi mer un établissement sur ces belles pbgesj leur commandant Grijalva, qui, quoiqu'actif, quoiqu'intrépide, n'avait pas l'âme d'un héros, ne trouva pas ses forces suffisantes pour une entreprise decetle importance. Il reprit la route de Cuba , où il rendit un compte plus ou moins exagéré de tout ce qu'il avait vu, de tout ce qu'il avait pu apprendre de l'empire du Mexique.

« La conquête de cette vaste et opulente région est aussitôt a.réiée par Vclasqués : le choix de l'instrument qu'il emploiera i'ccupe plus long-temps. Il craint également de la confier à un homme qui manquera des qualités indispensables pour la faire réussir , ou qui aura trop d'ambition pour lui en faire hommage. Ses confidens le décident enfin pour Fernand-Cortez , celui de ges lieutenans que ses talons appellent le plus impérievïsement à l'exécution du projet , mais le moins propre à remplir ses vues personnelles. L'activité ;, l'élévation, l'audace que montre le nouveau chef dans les préparatifs d'une expédition dont il prévoit et veut

( iBa ) écarter les difficultés , rëveiilent touteb les inquiétudes d'uiî gouveroeur naturellement trop soupçonneux. On le voit occupé, d'abord en secret et publiquement ensuite , du projet de retirer une commission importante qu'il se reproche d'avoir inconsidérément donnée; repentir tardif. Avant que soient terminé les arrangemens imaginés pour retenir la flotte composée de onze petits bâtimens, elle a mis à la voile le 20 février iSicj, avec cent neuf matelots , cmq cent huit soldats, seize chevaux, treize mousquets, trente-deux arbalètes^ un grand nombre d'ëpées et dépiques, quatre fauconneurs et dix pièces de campagne.

« Ces moyens d'invasion , tout insuffisans qu'ils pourront paraître, n'avaient pas xnéme été fournis par la couronne, qui ne contribuait alors que de son nom aux découvertes , aux élabiissemens; c'étaient les particuliers qui formaient des plans d'agrandissement , qui les dirigeaient par des combinaisons mal réfléchies , qui les exécutaient à leurs dépens. La soif de l'or et l'esprit de chevalerie qui régnait encore, excitaient principalement la fermentation. Ces deux aiguillons faisaient à la fois courir dans le nouveau monde , des hommes de la première et de la dernière classe de la société , des brigands qui ne respiraient, que le pillage, et des esprits exaltés qui croyaient aller à la gloire. C'est pourquoi la trace de ces premiers conquérans fut marquée par tant de forfaits et par tant d'actions extraordinaires ; c'est pourquoi leur cupidité fat si atroce, et leur bravoure si gigantesque.

« La double passion des richesses et de ia renommée paraît animer Cortez. En se rendant à sa destination , il attaque les Indiens de Tabasco , bat plusieurs fois leurs troupes, les réduit à demander ia paix , reçoit leurs hommages et se fait, donner des vivres , quelques iodes de coton, et vingt femmes qui le suivent avec joie. Cet empressement avait une cause très-îëgilime.

« En Amérique , les hommes se livraient généralement à celte déLauche hooleusc qui choque la nature et pervertit

rinstinct animal. On a voulu attribuer cette de'pravatmn à la faiblesse physique , qui cependant devrait plutôt en éloigner qu'y entraîner. 11 faut en chercher la cause dans la chaleur du climat j dans le mépris pour un sexe faible j dans l'insipidité du plaisir entre les bras d'une femme harassée de fatigues 5 dans l'inconstance du goût j dans la bizarrerie qui pousse en tout à des jouissances moins communes j dans une recherche de vohiplé , plus facile à concevoir qu'honnête à expliquer. D'ailleurs, ces chasses qui séparaient quelquefois pendant des mois entiers l'homme de la femme , ne tendaient-elles pas à rapprocher l'homme de l'homme ? Le reste n'est plus que la suite d'une passion générale et violente qui foule aux pieds y même dans les contrées policées, l'honneur, la vertu, la décence, la probité , les lois du sang, le sentiment patriotique , sans compter qu'il est des actions auxquelles les peuples policés ont attaché avec raison des idées de moralité tout à fait étrangères à des sauvages.

« Quoiqu'il en soit, l'arrivée des Européens fit luire un nouveau jour aux yeux des femmes américaines. On les vit se précipiter sans répugnance dans les bras de ces lubriques étrangers, qui s'étaient fait des cœurs de tigres, et dont Ie$ mains avares dégouttaient de sang. Tandis que les restes infortunés de ces nations sauvages cherchaient à mettre entre eux et le glaive qui les poursuivait, des déserts immenses, des femmes jusqu^alors trop négligées , foulant audacieusement les cadavres de leurs enfans et de leurs époux massacrés ^ allaient chercher leurs extermmateurs jusque dans leur propre camp , pour leur faire partager les transports de Tardeur qui les dévorait. Parmi les causes qui contribuèrent à la conquête du nouveau monde, on doit compter cette fureur des femmes américaines pour les Espagnols. Ce furent elles qui leur servirent communément de guides, qui leur procurèrent de» vivres, et qui quelquefois leur découvrirent dei conspirations.

A La plus célèbre de ces femmes fut appelée Marina :

quoique fille d'un cacique assez puissant , elle fut, par des événemens singuliers, esclave chez îes Mexicains dès sa pre* niièie enfance. De nouveaux hasards Tavaient conduite à Tabusco avant l'arrivée des Espagnols. Frappe's de sa figure et de ses grâces, ils la distinguèrent. Lear gëne'ral lui donna son cœur, et lui inspira une passion très-vive. Dans de tendres emhrassemens , elle apprit bJenlôt le Castillan • Cortez , de son côte', connut l'étendue de l'esprit , la fermeté du caractère de son amanle, et il n'en fit pas seulement son interprète, mais encore son conseil. De l'avœu de tous les histo* riens, elle eut une influence principale dans tout ce qu'on entreprit entre le Mexiqvse,

« Cet empireobéissail à Montezuma ,'l«rsque les Espagnols y abordèrent. Ee souverain ne larda pas à être averti de l'arrivée de ces étrangers. Dans cette vasle domination, des courriers placés de distance en distance, instruisaient rapidement îa cour de tout ce qui arrivait dans les provinces les plus reculées. Leurs dépêches consistaient en des toiles de coton , où étaient représentées les différentes circonstances» des affaires qui méritaient l'attention du gouvernement. Les figures éiaienl entremêlées de caractères hyérogliphiqucs , qui suppléaienlàce que l'art du peintre n'avait pu exprimer.

« On devait s'attendre qu'un prince que sa valeur avait élevé au trône, dont les conquérans avaient étendu l'empire, qui avait des armées nombreuses et aguerries, ferait attaquer ou attaquerait lui-même une poignée d'aventuriers qui osaient infester son domaine de leurs brigandages. Il n'en fut pas ainsi, et les Espagnols toujours invinciblement poussés vers le merveilleux , cherchèrent dans un miracle, l'explication d'une conduite si visiblement opposée au caractère du mo narque si peu assortie aux circonstances où il se trouvait. Les écrivains de cetle superstitieuse nation ne craignirent pas de publier à la face de l'univers , qu'un peu avant la découTerte du nouveau monde , on avait annoncé aux Mexicains, que bientôt il arriverait du côté de l'Orient un

peuple invincible, qni vengerait d'une tnnirère à jamais terrible, les dieux irrites par les plus horribles criii;cs , par celui en parlicui;er qi'e îa nature repousse avec le plu. de dégoût, et que cette pr^>dictio^l fat^ile avait seule enchaîne les talens cleMonlezuma. Ils crurent trouver dans cette imposture le double avantage de justifier leurs usurpations , et d^associer le ciel à leurs cruautés. Une fable si grossière trouva long-temps des partisans dans les deux hémisphères, et cet aveur^lement n'est pas aussi surprenant qu'on pourra;lle croire. Quelques réflexions pourront en développer les causes.

« D'anciennes révolutions, dont l'époque est inconnue, ont bouleversé la terre; et l'astronomie nous montre la possibilité de ces catastrophes, dont l'histoire physique et morale du monde offre une infinMe de preuves incontes» tables. Un grand nombre de comètes se mou vent dnns tous les sens autour da soleil. Loin que les mouvemens de leurs orbites soient invariables, ils sont sensiblement altérés par raction des planètes. Plusieurs de ces grands corps ont passé près de ia terre , et peuvent l'avoir rencontrée. Cet événement est peu vraisembl .ble dans le coors d'une année ou même d'un siècle; mais sa probabilité aagmei;te tellement par le nombre des révolutions de la terre, qu'on peut presque assurer que cette planète n'a pas toujours échappé au choc des différentes comètes qui traversaient son orbite,

a Cette rencontre a dû occasionner sur !a ssrface du globe des ravages inexprimables. L'a3Le de rotation changé; les mers abandonnant leur ancienne position pour se précipiter vers le nouvel équateur; la plus grande partie des animaux noyés par le déluge, ou détruite par la violente secousse imprimée à la terre par la comète ; des espèces entières anéanties : tels sont les désastres qu'une comète à dû produire.

<c Indépendamment de cette caisse générale de dévasta tiou, les tremblemens de terre, les volcans, mille anWdi

autres causes inconnues, qui agissent dans rintërieur dtr globe et à sa surface, doivent changer la position respective de ses parties, et, par une suite nécessaire, la situation de ses pôles de rotadou. Les e.mx de la mer, déplacées par ces changemens, doivent quitter un pays pour couvrir l'autre, et causer ainsi ces inondations, ces déluges successifs qui ont laissé partout des monumens visibles de ruine, de dévastation et des traces profondes de leurs ravages dans le souvenir des hommes.

« Cette lutte continuelle d'un éle'ment contre l'autre , de la terre qui engloutit une partie de l'océan, dans ces cavités intérieures, de la mer qui ronge et emporte de grandes portions de la terre dans ses abhnes, ce combat éternel de ces deux élémens incompatibles , ce semble, et pourtant inséparables, tient les habitans du globe dans un péril sensible et dans les alarmes vives sur leur destinée. La mémoire ineffaçable des changemens arrivés, inspire naturellement la cramte des changemens à veni'^. De là, ces liaditions universelles de déluges passés, à celte attente de Tembrâsement du inonde. Les tremblemens de terre occasionnés par les inondations et les volca .s, que ces secousses reproduisent à leur tour, ces crises violentes dont aucune partie du globe ne doit être exempte, engendrent et perpétuent la frayeur parmi les hommes. On la trouve répandue et consacrée dans toutes les superstitions. Elle est plus vive dans les pays où, comme l'Amérique, les marques de ces révolutions du globe sont plus sensibles et plus récentes.

« L'homme, épouvanté, voit dans uu seul mal le germe de mille autres. Il en attend de la terre et des cieux; il croit voir la mort sur sa tête et sous ses pieds. Des événemens que le hasard a rapprochés , lui paraissent liés dans la nature même et dans l'ordre des choses. Comme il n'arrive jamais rien sur la terre, sans qu'elle se trouve sous l'aspect de (juelques constellations, on s'en prend aux étoiles de tous

les malheurs dont on ignore la cause ; et de simples rapports de siluaiion entre des planètts ^ ont pour Tesprit humain, qui a toujours cherché dans les ténèbres l'origine du mal, une influence immédiate et nécessaire sur toutes les révolulions qui les suivent ou les accompagnent.

« Mais les événemens politiques, comme les plus intéressans pour l'homme, ont toujours eu à ses yeux une dépendance très-prochaine du mouvement des astres. De là ^ les fausses prédictions et les terreurs qu'elles ont inspirées : terreurs qui ont toujours troublé la terre, et dont l'ignorance est tout à la fois le principe et la mesure.

« Quoique Montézume eût pu , comme tant d'autres^ être atteint de cette maladie de l'esprit humain , rien ne porte à penser qu'il ait eu une faiblesse, alors si commune; mais sa conduite politique n'en fut pas meilleure. Depuis que ce prince était sur le trône, il ne montrait aucun des taîens qui l'y avaient fait monter. Du sein de la mollesse, il méprisait ses sujets, il opprimait ses tributaires. L'arrivée des Espagnols ne rendit pas de ressort à cette âme avilie et corrompue. Il perdit en négociations ie temps qu'il fallait employer en combats, et voulut renvoyer avec des présens des ennemis qu'il fallait détruire. Cortez, à qui cet engourdissement convenait beaucoup ;, n'oubliait rien pour le perpétuer. Ses discours étaient d'un ami. Sa mission se bornait, disait-il, k entretenir^ de la part du plus grand monarque de l'Orient j, le puissant maître du Mexique. A toutes les instances qu'on faisait pour presser son rembarquement, il disait qu'on n'avait jamais renvoyé un ambassadeur sacs lui donner audience. Cette obstination ayant réduit les envoyés de Montézume à recourir, selon les instructions, aux menaces , et à vanter les trésors et les forces de la patrie : Voilà, dit le général espagnol en se tournant vers ses soldats , voilà ce que nous cherchons , de grands périls et de. grandes richesses. Il avait alors fini ses préparatifs, et acquis toutes les connaissances qui lui

€tai>nt npcpssairps. Résolu à vaincre ou à périr, iî brîiîa se^ vaish* aux eUnar.ha vers la capitale de Tempire.

« Sur sa route se trouvait la république de Tlascnla , de tont temps ennemi de» Mexicains, qui voulaient ]a soumettre h leur domin Uion. Cortcz ne doutant pis qu'elle ne dût favoîiser sespiojets, lui fil deman'^er passage et proposer une alliance. Des peuples qui s'étaient intordit presque tonte conimxmication avec leurs voisins, et que ce principe insociab'e avaient accoulunirs à une défiance universelle, ne devaient pas être favorablement disposés pour des étrangers dont le ton était impérieux, et qui avaient signalé leur arrivée par des insultes faites aux dieux du pays; aussi repoussèrent-ils, sans menag-menl les deux ouvertures. Les merveilles qu'on racontait des Espagnols étonnaient les Tlascaîans , mais ne les effraya.ent pas. Ils livrèrent q mire ou cinq combats. Une fois les Espagnols furent rompus , Cortez se crut oblige de se retrancher, et les lidir-ns se firent tuer sur les parapets. Que leur manquait-il pour vaincre ? Des armes.

« Un point d'hormeur qui tient à l'humanité, un point d^honneur qu'on trouva chez les Grecs au siège de Troie, qui se fit remarquer chez quelques peuples des Gaules et qui paraît chez plusieurs nations, contribua beaucoup à la défaite des TIascalans, c'était la cratnte et la honte d'abandonner à l'ennemi leurs blessés et leurs morts. A chaque momtnt, le soin de les enlever rompait les rangs et ralentissait les attaques,

« Une constitution politique , qu'on ne se serait pas attendu à trouver dans le Nouveau-Monde, s'était formée dans cette contrée. Le pays était partagé en plusieurs cantons , où régnaient des hommes qu'on appelait caciques. Ils conduisaient leurs sujets à la guerre, levaient les impôts et rendaient la justice : mais il fallait que leurs édits fussent confirmés par le sénat de Tiascala, qui était le véritable souverain. Il était composé de citoyens choisis dans chaque district par les asssemblées du peuple.

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t( Les Tlascalans avaient des mœurs exircmement sévères, ils punissaient de moil \c mensonge, le manque de respect du fils à son père, le pe'clié contre nature. Le larcin , l'adultère et l'ivrognerie , étaient en horreur: ceux qui étaient coup blcs de ces crimes étaient bannis. Les lois permettaient la pluralité des femmes -, le climat y portait , et le gouvernement y encourageait.

« Le mérite militiire e'tait ïe plus honoré, comme il Test toujours ch( z les peuples sauvages ou conquérans. A la guf rre , les Tlascalans portaient dans leurs carquois deux flèches , sur lesquellts étaient gravées les images de leurs anciens héros. On commençait le combat par lancer une de ces llcches , et Thonneur obligeait à les reprendre.

« Dans la ville , ils étaient vêtus j mais ils se dépouillaient de leurs habits pour combattre.

« On vantait leur bonne foi et leur franchise dans les traités , et entre eux , ils honoraient les vieillards.

« Leur pays , quoiqu'inégal , quoique peu étendu , quoi-^ que médiocrement fertile , était foit peuplé, assez bien cultivé , et Ton y vivait heureux.

« Voilà les hommes que les Espagnols ne daignaient pas admettre dans l'espèce humaine. Une des qualités qu'ils méprisaient les plus chez les Tlascalans , c'était l'amour de la liberté. Ils ne trouvaient pas que ce peuple eût un gouver* nement , parcequ'il n'avait pas celui d'un seul , ni une police , parcequ'il n'avait pas celle de Madrid , ni des vertus , parce qu'il n'avait pas leur culte, ni de l'esprit , parce qu'i!s n'avaient pas leurs opinions.

« Jamais , peut-être , aucune nation ne fut idolâtre de ses préjugés au point où l'étaient alors, où le sont peut-être encore aujouru'hui les Espagnols. Ces préjugés faisaient le fond de toutes leurs pensées , influaient sur leurs jugemens , formaient leur caractère. Ils n'employaient le génie ardent et vigoureux que leur a donné la nalure , qu'à inventer ime

foule de sopîiismcs pour s'ijfîeriiiir dans leurs erreurs. Jamais la déraison n'a e'té plus dogmatique, plus de'cidée , plus ferme et plus subtile. Ils e'taient altache's à leurs usages comme à leurs préjugés. Ils ne reconnaissaient qu'eux dans l'univers de sense's, d'éclaire's, de vertueux. Avec cet orgueil national , le plus aveugle qui fut jamais , ils auraient traité les Chiroîs comme des bétes , et partout ils auraient outragé, opprimé , dévaste'.

« Malgré cette manière de penser si hautaine et si dédaigneuse , les Espagnols firent alliance avec les Tlascalans , qui leur donnèrent six mille soldats pour les conduire et les appuyer,

« Avec se secours , Cortez s'avançait contre Mexico , à travers un pays abondant , arrosé, couvert de bois, de champs cultivés , de villages et de jardins. La campagne était féconde en plantes inconnues à l'Europe. Ony voyait unefoule d'oiseaux d'un plumage éclatant , des animaux d'espèces nouvelles. La nature était différente d'elle-même , et n'en était que plus agréable et plus riche. Un air tempéré , des chaleurs continues , mais supportables , entretenaient la parure et la fécondité de la terre. On voyait dans le même canton , des arbres couverts de fleurs, des arbres chargés de fruits : on semait dans un champ le grain qu'on moissonnait clans l'autre.

a Les Espagnols ne parurent point sensibles à ce nouveau spectacle. Tant de beautés ne les touchaient pas. Ils voyaient i'or servir d'ornemens dans les maisons et dans les temples , embellir les armes des Mexicains, leurs meubles et leurs personnes ; ils ne voyaient que ce métal. Semblables à ce Mamona , dont parle Milton , qui , dans le ciel , oubliant la divinité même , avait toujours les yeux fixés sur le parvis qui était d'or.

« Mootézuma , que ses incertitudes , et , peut-être , la crainte de commettre son ancienne gloire, avait empêcha

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^attaquer les Espagnols à leur .iriivëe , de se joindre depuis aux TIascalans plus hardis que lui , d'ossaillir enfin des vainqueurs fatigués de leur propres triomphes. MoDtëzuma, dont les mouvemens s'étaient réduits à dëlourner Cortéz du dessein de venir dans sa capitale , prit le parlide Vy inlrori ire kii-rneme. Il commandait à trente princes , dont plusieurs pouvaient mettre sur pied des armées. Ses ricliesscs éiaient considérables, et son pouvoir absolu. Il paraît que ces sujets avaient quelques connaissances et de l'industrie. Ce peuple e'iait guerrier et rempli d'honneur.

« Si l'empereur du Mexique eut su faire usage de ses moyens, son trône eut été inébranlable^ mais ce prince, oubliant ce qu'il se devait , ce qu'il devait à sa couronne, ne montra pas le moindre courage, la moindre intelligence. Tandis qu'il pouvait accabler les Espagnols de toute sa puissance, malgré l'avantage de leur discipline et de leurs armes, il voidut employer contre eux la perfidie.

« Il les comblait à Mexico , de présens, d'égards^ de caresses, et il faisait attaquer la Véra-Cruz , colonie que les Espagnols avait fondée dans le lieu où ils avaient débarqué pour s'assurer une retraite , ou pour recevoir des secours. Il faut, dit Cortez à ses compagnons, en leur apprenant cette nouvelle , il faut ctoimer ces barbares par une action d'éclat : fai résolu d'arrêter l'empereur , et de me. rendre maître de sa personne : ce dessein fut approuvé. Aussitôt accompagné de ces officiers ^ il marche au palais de Monlezuma , et lui déclare qu'il faut le suivre ou se résoudre à périr. Ce prince, par une faiblesse égale à la témérité de ses ennemis, se met entre leurs mains. ïi fut obligé de livrer au supplice les généraux qui n'avaient agi que par ses ordres • et il mit le comble à son avilissement , en rendant hommage de sa couronne au roi d'Espagne.

Au milieu de ces succès , on apprend que Narvaez vient d'arriver de Cuba avec huit-cens fantassins, avec quatre-vingts chevaux^ avec douze pièces de canon, pour prendre Je

{ 192 ) commancîem^^nt de Tarmée, et pour exercer des vengeanceSo Ces forc.-3 (itaient envoyées par Velasques , mécontent que aes aventuriers 5 partis sons sesâuspic3S, eussent renoncé à tome liaison avec lui , qu'ils se fussent déclarés indépendans de son autorité , et qu'ils eussent envoyé des députés en Europe , pour obtenir la confirmation des pouvoirs jqu'iU s'étaient arrogés eux-mêmes. Quoique Cortez n'eut que deux cent cinquante hommes , il marche à son rival , il le combat, le fait prisonnier , oblige les vaincus à mettre bas les armes puis, les leur rend en leur proposant de le suivre; il gagne leurs cœurs par sa confiance et sa magnanimité. Ces soldats se rendent sons ses drapeaux , et avec eux , il reprend , sans perdre un momeiu, la route de Mexico, oii il n'avait pu laisser que cent cinquante Espagnols qui, avec ses Tlascaians , gardaient étroitement l'empereur.

^ Il y avait des mouvemens dans la noblesse mexicaine, qui était indignée de la captivité de son prince; et le zèle iaôis.ret des Espagnols, qui, dans une fête publique en i'honneur du pays, renversèrent les autels et massacrèrent les adorateurs et les prêtres , avaient fait prendre les armes

au peuple. . . , ,

« Les Mexicains avaient des superstitions barbares, et leurs prêtres élaient des monstres , qui faisaient l'abus le plus affreux du ' ulte abominable qu'ils avaient imposé à la crédoiiJé <ie la nation.El'e reconnaissait comme tous les peuple» poUa s un Etre suprême , une vie avenir , avec ses peines Il ses récompenses; mais ces dogmes sublimes étaient mêlés a'uV,5 rrtités, qui les rendaient incroyables.

« On ne peut faire un crime aux Espagnols d'avoir été révcUés des plus absurdes barbaries ; mais il ne fallait pas les dé' . MU e par de pius grandes cruautés ; il ne fallait pas se ;ei- r vur «e peuple assemblé dans le premier temple de la vilU- , et ré^or^er ; il ne fallait pas assassiner les nobles pour

les dépov ilcr. . , ,

« Coriez à son retour à Mexico, trouva les siens assiegej

dans le quarlier où il les avait laissés ; c'était un espace assez vaste pour contenir les Espagnols et leurs aliie's , et entouré d'un mur épais, avec des tours placées de distance en distance. On y avait disposé l'artillerie le mieux qu'il avait été possible, et le service s'y était fait avec autant de régularité et de vigilance , que dans une place assiégée ou dans le camp le plus exposé. Le général ne pénétra dans celte espèce de forteresse , qu'après avoir surmonté beaucoup de difficultés j et quand il y fut enfin parvenu , les dangers continuaient encore. L*acharncment des naturels du pays était tel qu'ils hasardaient de pénétrer par les embrasures du canon , dans l'azile qu'ils voulaient forcer.

« Pour se tirer d'une situation si désespérée , les Espagnols ont recours à des sorties ; elles sont heureuses sans être décisives. LesMexicains montrent un courage extraordinaire, ils se dévouent à une mort certaine. On les voit se précipiter nus et sans défense dans les rangs de leurs ennemis pour rendre leurs armes inutiles ou pour les leur arracher. Tous veulent périr pour délivrer leur patrie de ces étrangers qui prétendaient y régner.

« Le combat le plus sanglant se donne sur une élévation dont les Américains s'étaient emparés, et d'où ils accablaient de traits plus ou moins meurtriers , tout ce qtii se présentait. La troupe chargée de les déloger , est trois fois repoussée ♦ Cortez s'indigne de cette résistance, et, quoiqu'assez grièvement blessé , veut se charger lui-même de l'attaque. A peine est-il en possession de ce poste important, que deux jeunes Mexicains jettent leurs armes et viennent à lui comme déserteurs. Ils mettent un genoux à terre dans la posture de supplians , le saisissent et s'élancent avec une extrême vivacité dans l'espérance de le faire périr en l'entraînant avec eux. Sa force ou son adresse le débarrasse de leurs mains , et ils meurent victimes d'une entreprise généreuse et inutile,

« Cette action, mille autres d'une vigueur pareille, font désirer aux Espagnols, qu'on puisse trouver des moyens de T> I. i3

conciliation. Montezuma , toujours prisonnier , consent à devenir l'instrument de Tesclavage de son peuple , et il se montre avec tout l'appareil de son trône sur la muraille , pour engager ses sujets à cesser les hostilités. Leur indignalion lui apprend que son règne est fini, et les traits qu'il lui lancent , le percent d'un coup mortel.

« Un nouvel ordre de choses suit de près cet e'vènement tragique. Les\ Mexicains voient à la fin que leur plan de défense, que leur plan d'attaqiie sont également mauvais, et ils se bornent à couper les vivres à un ennemi que la supériorité de sa discipline et de ses armes rend invincible. Cortez ne s'aperçoit pas plutôt de ce changement de système, qu'il pense à se retirer chez les Tlasealans.

(i L'exécution de ce projet exigeait une grande célérité , un secret impénétrable , des mesures bien combinées. On se met en marche vers le milieu de la nuit j l'armée défilait en silence et en ordre sur une digu« , lorsque son arrière garde fut attaquée avec impétuosité par un corps nombreux , et ses flancs par des canaux distribués aux deux côtés de la chaussée. Si les Mexicains qui avaient plus de f©rce qu'ils n'en pouvaient faire agir , eussent eu la précaution de jeter des troupes à l'extrémité des ponts qu'ils avaient sagement rompu, les Espagnols et leurs alliés auraient tous péri dans cette action sanglante. Leur bonheur voulut que leur ennemi ne sut pas profiter de tous ses avantages , et ils arrivèrent enfin sur les bords du lac , après des dangers et des fatigues incroyables. Le désordre où ils étaient lés exposaient encors à une défaite entière; une nouvelle faute vint à leur secours. « L'aurore permit à peine aux Mexicains de découvrir le champ de bataille dont ils étaient restés les maîtres , qu'ils aperçurent parmi les morts un fils et deux filles de Montezuma, que les Espagnols emmenaient avec quelques autres prisonniers : ce spectacle les g'aça d'effroi.

L'idée d'avoir massacré les enfans après avoir immolé le père était trop forte, pour que des âmes faibles et énervées

( iq5 )

par riiabitude d*une obéissance aveugle, pussent la soutenir. Ils craignirent de joindre l'intrépidité au régicide , et ils donnèrent à de vaincs cérémonies funèbres , un temps qu'ils devaient au salut de leur patrie.

« Durant cet intervalle, Tarmée battue , qui avait perdue son artillerie , ses munitions , ses bagages, son butin ^ cinq ou six cens Espagnols, deux mille Tialcalans , et à laquelle il ne restait pas un soldat qui ne fut blessé, se remettait en marche. On ne tarda à la poursuivre, à la harceler, à l'envelopper enfin dans la valée d'Otumba. Le feu du canon et de la mousqueterie , le fer des lances et des épées n'empêchaient pas les Indiens, tout nus qu'ils étaient, d'approcher et de se jeter sur leurs ennemis avec une grande animosité. La valeur allait céder au nombre, lorsque Corlez décida de la fortune de cette journée. Il avait entendu dire que dans cette partie du nouveau-monde , le sort des batailles dépendait de l'étendart royal. Ce drapeau, dont la forme était remarquable, et qu'on ne mettait en campagne que dans les occasions les plus importantes, était assez près de lui. Il s'élance avec ses plus braves compagnons pour le prendre j l'un d'eux le saisit et l'emporte dans les rangs des Espagnols. Les Mexicains perdent courage, ils prennent la fuite, en jetant leurs armes. Goriez poursuit sa marche , et arrive sans obstacles chez les Tlascalans.

Il n'avait perdu ni le dessein ni l'espérance de soumettre l'empire du Mexique; mais il avait fait un autre plan. Il voulait se servir d'une partie des peuples pour assujétir l'autre. La forme du gouvernen.ent , la disposition des esprits, la situation de Mexico, favorisaient ce projet et les moyens de l'exécuter.

« L'empire était électif, et quelques rois ou caciques étaient les électeurs. Ils choisissaient d'ordinaire un d'entre eux. On lui faisait jurer que tout le temps qu'il serait sur le tr^ne les pluies tomberaient à propos, les rivières ne causeraient point de ravages , les campagnes n'éprouveraient point de

sténlitë, les hommes ne périraient point par les influences malignes d'an air contagieux. Cet usage pouvait tenir au gouvernement théocratique , dont on trouve encore des traces dans presque toutes les nations de Tunivers. Peut-être aussi le but de ce serment bizarre était-il de faire entendre au nouveau souverain, que les malheurs de l'Etat venant presque toujours des désordres de Tadminislration il devait régner avec tant de modération et de sagesse , qu'on n« put jamais regarder les calamités publiques comme TefFet de son imprudence, ou comme une punition de ses déréglemens.

« Dès que l'Empereur était installé , il était obligé de faire la guerre et d'amener des prisonniers aux dieux. Ce prince quoiqu'électif, était fort absolu, parce qu'il n'y avait point de lois écrites , et qu'il pouvait changer les usages reçus.

<c Presque toutes les formes delà justice et les étiquettes de la cour étaient consacrées par la religion.

a Les lois punissaient les crimes qui se punissent par-tout , mais les prêtres sauvaient souvent les criminels.

« 11 y avait deux lois propres à faire périr bien des innocens , et qui devaient appesantir sur les Mexicains le double joug du despotisme et de la superstition. Elles condamnaient à mort ceux qui auraient blessé la sainteté de la religion, et ceux qui auraient blessé la majesté du prince. On voit combien des lois si peu précises facilitaient les vengeances particulières, ou les vues intéressées des prêtres et

des courtisans.

« On ne parvenait à la noblesse, et les nobles ne parvenaient aux dignités que par des preuves de courage, de piété et de patience. On faisait dansles temples un noviciat plus pénible que dans les armées j et ensuite ces nobles , auxquels il en avait tant coûté pour l'être, se dévouaient aux fonctions les plus viles dans les palais des empereurs.

« Cortez pensa que dans la multitude des vassaux du Mexique il y en aurait qui secoueraient volontiers le joug et s'associeraient aux Espagnols, il avait vu combien les

Mexicains étaient haïs des petites nations dépendantes de leur empire, et combien les empereurs faisaient sentir durement leur puissance. 11 s'était aperçu que la plupart des provinces détestaient la religion de la capitale, et que, dans Mexico même, les grands, les hommes riches, en qui l'esprit de société diminuait la férocité des préjugés et des mœurs du peuple, n'avaient plus que de l'indifférence pour cette religion, plusieurs d'entre les nobles étaient révoltes d'exercer les emplois les plus humilians auprès de leurs

maîtres.

« Depuis six mois. Cor tez mûrissait, en silence, ses grands projets lorsqu^on le vit sortir de sa retraite, suivi de cmq cent quatrevingt-dix Espagnols, de dix mille Tlascalans, de quelquesautres troupes indiennes, amenant quarante chevaux,

et traînant huit ou neuf pièces de campagnes. Sa marche vers le centre des Etats mexicains fut facile et rapide. Les petites nations, qui auraient pu la retarder ou l'embarrasser, furent toutes aisément subjuguées, ou se donnèrent libre* ment à lui. Plusieurs des peuplades qui occupaient les environs de la capitale de l'empire, furent aussi forcées de subir ses lois ou s'y soumirent d'elles-mêmes.

<( Des succès propres à étonner même les plus présomptueux, auraient dû naturellement livrer tous les cœurs au chef intrépide et prévoyant dont ils étaient l'ouvrage.

« Il n'en fut pas ainsi. Parmi ses soldats espagnols, ils s'en trouvait un assez grand nombre qui avaient trop bien conservé le souvenir des dangers auxquels ils avaient si difficilement échappé. La crainte de ceux qu'il fallait courir encore les rendit perfides. Ils convinrent entre eux de massacrer leur général , et de faire passer le commandement à un officier , qui, abandonnant des projets qui leur paraissaient extravagans, prendraient des mesures sages pour leur conservation. La trahison allait s'exécuter , quand le remord conduisit un des conjurés aux pieds de Covtez. Aussitôt ce génie hardi , dont les événemens inattendus développaient de

plus en plus ïes ressources , fit arrêter , juger et punjr Villafagna, moteur principal d'un si noir complot, mais après îui avoir arraché une liste exacte de tous ses complices. Il s'agissait de dissiper le. inquiétude q.e cette découverte pouvait causer. On y réussit, en publiant que le scélérat a déchiré un papier qui contenait, sans doute, le plan delà conspiration ou le nom des associés, et qu'il a emporté son secret au tombeau, malgré la rigueur des supplices employés pour Je lui arracher.

« Cependant, pour ne pas donner aux troupes le temps de trop réfléchir sur ce qui vient de se passer, le général se hâte d'attaquer Mexico, le grand objet de son ambition et le terme de Tespérance de l'armée. Ce projet présentait de . grandes difficultés. Des montagnes, qui, pour la plupart, avaient mille pieds d'élévation, entouraient une plaine d'environ quarante lieues. La majeure partie de ce vaste espace étai^t occupé par des lacs qui communiquaient ensemble. A l'extrémité septentrionale du plus grand , avait été bâtie dans quelques petites îles, la plus considérable cité qui existât dans le Nouveau-Monde, avant que les Européens l'eussent découvert. On y arrivait par trois chaussées plus ou moins longues, mais toutes larges et solidement construites. Les habitans des villages trop éloignés de ces grandes voies s'y rendaient sur leurs canots.

« Cortez se rendit maître de la navigation par le moyen de petits navires dont on avait préparé les matériaux à Tlaseala^ et il fit attaquer les digues par Sandoval , par Alvarado et par Olid, à chacun desquels il avait donné un nombre de canons, d'Espagnols et d'Indiens auxiliaires.

« T©ut était disposé de longue main pour une résistance opi, niâtre. Les moyens derésistance avaient étépréparés par Quettavaca, qui avaitremplacéMontézuma, son frèrej mais la petite vérole portée dans ces contrées par un esclave de Narvatz , s'avait fait périr; et lorsque le siège commença , c'était Guaiimosii. (ou Quahutimoc) qui tenait les rênes de l'empire.

« Les actions de ce jeune prince furent toutes héroïques et toutes prudentes. Le feu de ses regards, rélévation de ses discours , l'éclat de son courage faisaient sur ces peuples rimpression qu'il désirait. Il disputa le terrain pied à pied, et jamais il n'eu abandonna un pouce qui ne fût jonché des cadavres de ses soldais et teint du sang de ses ennemis... Cmquante mille hommes , accourus de toutes les parties de Tempire à la défense de leur maître et de leurs dieux , avaient péri par le fer ou par le feuj la famine faisait tous les jour^ des ravages inexprimables ; des maladies contagieuses s'é^ taient jointes à tant de calamités , sans qne son âme eut été nn instant, un seul instant ébranlée. Les assaiUans, après cent combats meurtriers et de grandes pertes , étaient parvenus au centre de la place , qu'il ne songeait pas encore à céder. On le fit enfin consentir à s'éloigner des décombres qui ne pouvaient plus être défendues , pour aller continuer la guerre dans les provinces. Dans la vue de faciliter cette retraite , quelques ouvertures de paix furent faites à Gortez ; mais cette noble ruse n'eut pas le succès quelle méritait ; et un brigantm s'empaia du canot ah était le généreux et infortuné mo-

narque.

<c Un financier Espagnol imagina que Gualimosin avait des trésors cachés ; et pour le forcera les déclarer, il le fit étendre sur des charbons ardens. Son favori , exposé à la même torture , lui adressait de tristes plaintes : Et moi , lui ditl'e mpereur, suis-je sur des roses ? Mot comparable à tous ceux que l'histoire à transmis à l'admiration des hommes. Les Mexicains le rediraient à leurs enfans, si quelque jour ils pouvaient rendre aux Espagnols supplice pour supplice , noyer cette race d'exterminateurs dans la mer ou dans le sang. Ce peuple aurait peut-être les actes de ses martyrs , les annales de ses persécutions. On y liraitsans daute , queGuatimosin fut tiré demi-mort d'un gril ardent , et que , trois ans après il fut pendu publiquement sous prétexte d'avoir conspiré contre ses tyrans et ses bourreaux.

WÊ

« A peine les Castillans se virent-ils les' maîtres da Me=xlque, qu'ils s'en partagèrent les meilleures terres, qu^ils rë^ duisirent en servitude le peuple qui les avaient défrichées, qu'ils le condamnèrent à des travaux que sa constitution physique , que ses habitudes ne comportaient pas. Cette oppression générale excita degrandssoulevemens.il n'y eut point de concert, il n'y eut point de chef, il n^ eut point de plan, et ce fut le désespoirseul qui produisit cette grande explosion. Le son voulut qu'elle tournât contre lestropmalheureuxlndiens. Un conquérant irrité , le fer et la flamme à la main, se porta avec la rapidité de Féclair d'une extrémité de Tempire à l'autre , et laissapartout des traces d'une vengeance éclatante dont les détails font frémir les âmes les plus sanguinaires. îl y eut une barbare émulation entre l'officier et le soldat à qui immolerait le plus de victimes, et le général lui-même surpassa peut-être en férocité ses troupes et ses lieutenans.

« Cependant , Cortez ne recueilHt pas de tant d'inhuma= nités le fruit qu'il s'en pouvait promettre. Il commençait à entrer dans la politique de la cour de Madrid de ne paslaisser à ceux de ses sujets qui s'étaient signalés par quelque importante découverte , le temps de s'affermir dans leur domination , dans la crainte, bien ou mal fondée , qu'ils ne songeassent à se rendre indépendans de la couronne. Si le conquérant:du Mexique ne donna pas lieu à ce système , du moins en fiit-il une des premières victimes. On diminuait chaque jour les pouvoirs illimités dont il avait joui d'abord ; et , avec le temps , on les réduisit à si peu de chose , qu'il crut devoir piéf rer une condition privée aux vaines apparences d'une autorité qu'accompagnaient les plus grands dégoûts.

« Cet Espagnol fut despote et cruel. Ses succès sont ilétris par l'injustice de ses projets. C'est un assassin couvert de sang innocent, mais ses vices sont de son temps ou de sa nation , et ses vertus sont à lui. Placez cet homme chez les peuples anciens. Donnez-lui une autre patrie, une autre éducation, un autre esprit, d'autres mœurs, une autre religion ^

( 201 ) nieltez-le à la tête rie la flotte qui s'avança contre Xercès? comptez-le parmi les Spartiates qui se présentèrent au detroitdes Tliermopyles,ousupposez.le parmi ces généreux Bataves qui s'affranchirent de la tyrannie de ses compatriotes , et Cortez sera un grand homme. Ses qualités seront héroïques , sa mémoire sera sans reproche. César, né dans le xve siècle et général au Mexique , eut été plus méchant que Cortez. Pour excuser les fautes qui lui ont été reprochées il faut se demander à soi-même ce qu'on peut attendre de mieux d'un homme qui fait les premiers pas dans des régions inconnues et qui est pressé de pourvoir à sa surete. Il serait bien injuste de le confondre avec le fondateur paisible qui, connaît la contrée , et qui dispose à son gré des moyens, de l'espace et du temps. )> {Extrait de RaynaL)

(19) rores un fragment de Raynal, dans les notes du se» coud tome.

['10) Quiroga , digne magistrat au nouveau monde , il y a deux cens ans , fut-il l'un des ancêtres du hbérateor de TEspagne?

Guacouzin , roi de Mechoacan , s'étant toujours montré l'ami des Espagnols, et sur- tout de Cortez, se rendit volonlairement vassal du roi d'Espagne. A cette époque , en 1 53o, D. Nanio Gusman , chancelier du Mexique , où don Quiroga était juge , apprenant que sa cour lui retirait les sceaux pour ses excès , ses vols , ses cruautés , part tout-à-coup de Mexico avec cinq cens soldais, dix pièces de canon et six mille Indiens qu'il oblige à le suivre à Xalisco , dont il méditait la conquête : en passant par Mechoacan, il y fait prisonnier le roi Guacouzin , qui lui donnait l'hospitaUtéla plus franche ; il s'empare de ses trésors, le fait ensuite brûler vif avec ses serviteurs, pour éviter leurs plaintes; et , pendant l'exécution , il di t , en se frottant les mains ; « Un chien mort n'aboie plus. »

(âi) Ces indiens de Tlascaia étaient entraînés par leu^^ liefs , qu'avait séduis Tambition d'une plus grande autorité c?t d'un pouvoir inamovible D'ailleurs , en tout pays , il y a beaucoup d'iiommes qui me sont pas de leur pays.

(22) Cortez, à cette époque, avait doublé ses forces par îe secours que Warvaez lui avait amené sans le vouloir.

{2i) ha. manchette est un sabre à deux iranchans, dont la négrillerie , comme disaient certains colons , fit un terrible usage à Saint-Domingue contre ses oppresseurs.

(24) Une note du tome second est consacrée à la littérature de ces peuples sauvages.

(25) Tai écrit les mots indigènes , dit notre voyageur ^ comme les Mexicains les prononceiit encore ; et leur langue m'est familière. Il est cependant impossible défigurer exactement cette prononciation, parce que îe type natal des lettres indiennes n*a pas la fixité de nos caractères,

(26) Le républicain sermoneur, trop aveuglé par son opinion^ ne voit pas qii'eo faisant un juste éioge de ce guerrier pour son désintéressement, il loue en même temps l'homme qui venait d'asservir ces tribus libres , au profit d'un prince absolu. Malgré cette remarque , on reconnaît de la grandeur dans ce général Indien , en lui voyant étouffer l'intérêt et surmonter l'ambition.

(27) 11 y avait ici une quatrième lacune , qui se trouve remplie par la sixième note.

(28) J'ai assisté au long siège de Sarragosse, et, malgré moifai pensé à celui de Mexico.

(29) Cortez ordonna à ses sujets de ne faire aucun mal à l'erapeFeur Quahutimoc ou Guatimosin, en s'emparant de sa personne, parcequ'il voulait l'employer à la reddition de sa capitale en ruices, qs^i résistait encore.

( ao3 )

(3o ) Le conquérant , pour prendre Mexico , avait deux cent mille Indiens et neuf cents Espagnols, y compris ceux de Narvaez.

(3i) Ce sublime courage des femmes mexicaines , fut égal à ce'ui des françaises aux sièges de Longwi , ThionviUe , Lille, Grandville et Nantes. Est-ll quelque trait d'héroïsme dont les femmes ne soient capables? L'amour de la pairie est souvent plus vif dans leur cœur que dans celui d'un trop grand nombre d'hommes, à qm , suriout le reste des senlimens moraux, elles pourraient donner encore d'inutiles exemples.

(32) Pour éviter des périphrases , j'ai cru devoir conserver des expressions néologiques , dont l'énergie , d'ailleurs , s'harmonise avec la clarté.

(33) Les hommes du Mexique étaient d'une taille médiocre ; la couleur de leur teint tirait sur celle du' poil de lion ; ils avaient les yeux grands et le front larg%. La taille et la couleur des femmes étaient peu diflérenles de celles des hommes : elles entretenaient leurs cheveux dans toute leur longueur, avec un soin extrême de les noircir par diverses sorties de poudre. Les femmes mariées se les liaient autour de la tête , et s'en faisaient un nœud sur le front ; l'usage des filles était de les porter floltans , sur le sein et sur les épaules. Elles mettaient leur principale beauté dans la petitesse du front -, et , par des onctions souvent réitérées , elles faisaient croître leurs cheveux jusque sur les tempes. îl ne manquait rien à la propreté des Mexicaines , elles se baignaient souvent , et cette habitude était si foite , qu'en sortant du bain chaud , elles entraient sans danger dans un bain froid , pour se farder ensuite avec un lait de grains et de semences , qui servait moins à les embellir qu'à les garantir , par son amertume, de la piqûre des moustiques.

(34) Outre les écoles publiques ouvertes dans les temples,

( so4)

Montézuma faisait instruire dans Tun de ses palais ou de ses maisons de plaisance , les enfans de ses femmes et ceux de la noblesse.

(35) Il y a dit Voltaire , une ge'ométrie cachée dans tous les arts de la main,

(56) La zoologie du Mexique est détaillée dans les notes du second tome.

(37) Chaque temple avait une école , où les jeunes garçon* étaient instruits dans la religion , les lois , la gymnastique , îe chant, la danse; et les prêtres, non moins savans qu'avides €l barbares , étaient leurs seuls instituteurs.

Si les garçons recevaient une éducation sévère , les filles n'étaient pas élevées avec moins d*honneur et de retenue. Dès l'âge de quatre ans , on les formait dans la solitude , aux travaux de leur sexe , à la pratique de la vertu. Jamais les garçons et les filles ne mangeaient ensemble , avant de se marier. Les seigneurs observaient cette loi jusqu'au scrupule ; leurs maisons étaient fort grandes; il y avait des jardins et des vergers , où l'appartement des femmes était séparé des autres édifices : celles qui faisaient un pas hors de leur enceinte étaient châtiées sévèrement. Dans leurs promenades mêmes , elles ne devaient jamais hausser les yeuX;, ni tourner la tête en arrière. Elles étaient punies lorsquelles quittaient le travail sans permission. On leur faisait regarder le mensonge comme un si grand vice , que pour une faute de cette nature , on leur fendait un peu la lèvre. Ah ! que ces peuples étaient loin de la civilisation,

(38) Dans la première ivresse du triomphe , les Espagnols apportèrent peu de soins à dissimuler leurs avantages. Loin de faire mystère des richesses qu'ils découvraient de jour en jour, ils les publiaient avec ostentation, et, pendant quelques années^ leurs plus célèbres historiens n'eurent pas d'autre objet ; mais la politique se fit entendre, après avoir

( 205 ) elë long-temps étouffée par la joie , et porta sa jalousie jusqu'à défendre aux snjels de Tlispagne , d'écrire ou de parkr publiquement de ce qui se passait au Mexique. Amsr 1 on n'a guère d'autres lumières sur l'or et Vargent du pays, * que celles qui se sont conservées dans les anciennes histoires , plu. à quelques traits dont on est redevable aux voyageurs dangers. Cependant la seconde partie de cet ouvrage, offrira sur les mines, une note intéressante.

(39) Les Créoles, en général, sont peu instruits , grâce au gouvernement des Espagnols , qui veut toujours, contrantementU'Evangile, mettre, comme tant d'autres, la lumière sous le boisseau.

(40) L'architecture , en Amérique , est d'une médiocrité, qu'on remarque , d'ailleurs , chez tous les peuples où l'amour du commerce ne permet aux beaux arts qu'un rôle secondaire î mais la religion est toujours dominante , surtout dans la nouvelle Espagne , et auBrésU ; les Indiens eux-mêmes sont très-religieux.

Avant l'apparition du génie in^aseur , leurs idées suri origine des choses , avaient des rapportssinguliers avecles livres de Moïse. Ils racontaient que Dieu avait crée de terre un homme et une femme ; que ces deux modèles de la nature humaine, s'étant allé baigner, avaient perdu leur forme dans l'eau ; mais que leur auteur la leur avait rendue , avec un mélange de certain métaux , et que le monde était descendu d'eux; que les hommes étant tombés dans l'oubli de leurs devoirs et de leur origine , ils avaient été punis par un déluge universel , à Texception d'un prêtre américain , nommé Tezpi , qui s'était mis avec sa femme et ses enfans dans un coffre de bois , où il avait aussi rassemblé quantité d'animaux et d'excellentes semences ; qu'après l'abaissement des eaux , il avait lâché un oiseau , nommé aura , qui n'était pas revenu , et successivement plusieurs autres qui ne s'étaient pas fait revoir ; mais que le plus petit et celui que

( 206 ) les Mexicains estiment ie plus pour la varie'te de ses couleurs, avait reparu bientôt avec uqe branche d'arbre dans le bec. Les prêtres de Mëchoacan portaient des tonsures , comme ceux de l'e'gllise romaine.

(4i) A la re'serve de V annulation , cette aventure se répète assez souvent sur les bords de la Seine et de la Tamise.

(42) Le manceniliier est un arbre du genre des tiihymales; le iruit, en pomme d'api, et le suc sont des poisons mortels : on pre'tend même que Tombre de cet arbre , n'est pas moins ve'néneuse et mortifère.

(43) Des avares aiment Tor pour Tor même, d'autres voient en lui le représentant de tous les biens. Quoiqu'il en soit , Tor est le sang du corps social , le citoyen qui n'en à pas j comme celui qui en a trop , sont des membres malades.

(4'î) Le goût des habitans de TAmeVique méridionale est extrême pour les confitures : on parle avec e'tonnement de îa quantité de sucre et de miel qui se consomme dans chaque ville. Et des gouvernans , gobes-mouches, veulent y prendre les hommes avec du vinaigre.

(45) Faire des siennes est une expression vulgaire , qu'on a rendu piquante dans cette phrase : la justice fait souvent des siennes j on l*a vu condamner un eunuque à des frais de gésine.

(46) Les notes du second volume de cet ouvrage offrent une description des jHeurs et des fruits du Mexique.

(47) La pensée gouverne le monde ; la presse est son artillerie : ajoutons avec Barbaroux, que l'opinion est une virago j personne ne peut lui faire violence.

(48; Le despotisme , dit le président Dupaty , peut bien avoir des satellites , ni^is non des serviteurs.

(49) A cette époque, et même de nos jours , les Espagnols

Eisés s'affiliaient à un ordre religieux^ en révélaient l'hal.it dans certaines occasions , et ordonnaient qu'après leur mon ©n les ensevelît dans ce costume monacal.

(5o) Voyez le second tome pour la description du Caïman , Crocodile ou Alligator y il y sera en action.

(5i ) « Nul ne peut , sous peine de mort , aborder , sans permission, cette terre promise , et on ne le permet ^ bien rarement , aux étrangers , que s'ils viennent la parcourir au profit des sciences qui n'offrent rien d'hostile ou de mystérieux. » ( Note du Rédacteur, )

{Si^ Un tyran, quelqu'il fût, ne pourrait qu'apparaître ' s'il n'e'tait secondé par des millier de tyranneaux.

(53) Si les richesses , comme le dit Montaigne, viennent plutôt de l'ordre que de la recette , les moines devaient s'enrichir , car ils avaient tant d'ordre, qu'ils recevaient toujours sans dépenser. Certain prieur disait , en recevant une somme ccniitJérable : tout profile à l'économie. ( L'Aristenète. )

(54) Il vaut mieux s'exposer à hospitaliser le diable ^ que de fermer sa porte aux: malheureux. ( Mercier. )

( 55 ) Le Maringouin , espèce de moustique , diptère et sclerostome , est un cousin très-incommode en Amérique^ comme en Afrique et en Asie.

(56) Celui qui le premier osa dire, il n'y a pas de Dieu ^ fut le plus grand ennemi de l'humanité. La peur avait créé les Dieux , la peur les a détruits , mais le Juge éternel et ses arrêts subsistent pour la terreur et la punition des scéiérats.

(Sj) U«e tête bien faile, s'accommode de tous les oreillers que la fortune lui présente. Vieillards , disait Mercier , faitesvous de jeunes amis , qui replacent votre oreiller dérangé par de vieux ennemis. Une bonne conscience, dit J.-J, Rousseaji, est le meilleur des oreillers.

(58) Le Typhon , géant de la fable , n'est qu'une sorte d'ouragan pour la physique, qui donne aussi le même nom à une colonne d'eau souleve'e par l'explosion des feux souterrains et autres vents qui Taecompagnent.

(59) Les psaumes de Bacchus ont eu pour traducteurs Anacréon , Horace , Piion , Collé , Piis et leur école,

(*) Napoléon était un grand /?mewr, disait un canonnier de l'ancienne garde , il a bien faiit fumer les rois ; et aujourd'hui , sur son rocher , lui est-il seulement permis de priser à son aise ?

La fortune du riche est comme le tabac du pauvre , l'usage en détruit la saveur , et ils ne peuvent s'en passer.

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