‹ Mémoires de Billaud-Varennes, ex-conventionnelChapitre 45 sur 74 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

Un Désapointement. — Les Jacobins meuniers.

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Moins timorés y un peu pliîs moines , si nous eussions cédé a^ix prières d'un hôte à q\n notre visite ne coùuii giière, nous aurions pas^é la hnitaine diUis sa maison , pour redonner dans son éi*lise nue mauvaise comédie cp.ii aurait augmenté sa basse-conr : il était assez riche ^ n'ayant d'ailleurs pas (le vicaire qui partageât son casueL A propos, si c'était chez ce prêtre spéculateur.... r

— Mon capitaine, vous n'avez pas de lieutenant, et la compagnie est nombreuse : or , comme un général nuiis mande à Guatimala pour nous donner deux lieutenances aux environs de cette ville, vous pourriez bien avoir incessamment un tbaumaturj^e pour adjoint... — Non , non , je n'ai pas besoin d'aide ; mon troupeau est docile 5 et je suis , d'ailleurs , un berger aussi actif que vigilant. —-Je m'en rapporte à vous... Cependant le saint prétendu n'aurait pas nui à la recette... — Un vxaire m'est inutile : je n'en ai jamais demandé ; n'en parlons plus. — Mon révérend , ne vous récriez pas je suis très -loin de désirer un tel emploi auprès de vous ; il me faudrait continuer un rôle que j'ai rempli par égard pour la politique de nos augustes chefs. En route, Chrisostôme... — Quoi î vous ne restez pas au moins deux ou trois jours dans ma paroisse ï — Impossible , mon père. Je craindrais

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trop , en outre , par un pius JoDg séjour , que le saint malgré loi n^akérâi tant soit peu l'ascendant du|)erger sur ses moutons 5 et voilà ce qu'il craint loi-même, pour l'avenir, en n'en voulant pas pour vicaire. — Allons , un jour ; vous partirez demain .

— i. as un instant. A cheval , Chrisostôme. J'y

SOIS, mon camarade. (Saluant le curé très-oava- Jiierement) adieu , digne pasteur 5 nous vous remercions du bon accueil et de la bonne chère que nous avons trouvés chez vous. —

Sacuaîpa , qu'on appelle aussi Zoyaba , est le plus grand et le plus beau de tous les bourgs qui aependentdu prieuré de Sacapula-le-Goîtreul Les indiens , dans le premier , font un commerce de coton de miel , de cire , et ont de grands troupeaux de chèvres. Avec un bon pasteur^ ils seraient moins bigots et plus heureux.

Le village de Saint-Martin, à dix lieuesde c^tte bourgade , recueille , comme ceux des environs quantité de froment , de miel , de sucre • et ils lonrmssent au marché de Guatimala des clilles des perdrix et des lapins. Le vicaire , quoique créole, nous reçut cependant avec fraternité. Ces desservans sont les esclaves des gros décimateurs • €t don Joseph crut qu'on nous appelait dans ce pays pour succéder à deux de ces richards, dont les cures étaient vacantes.: nous le désabusâmes le lendemain , avant le , déjeûner, qui nous prouva que son erreur n'avait pas stimulé sa politesse.

Nous aurions pu facilement atteindre ce jour-là le terme de notre voyage- mais, la veille , notre hôte, 1 ami des nouveaux saints, nous avait con<^ seiiîé, malgré notre départ subit qui le contrariait d aller logera 6himaltenango,grande et riche bourgade ^ dont la fameuse foire ^ tenaot ce même jour

( ^7 ) ©ffraitdcscoml)alsdetaureaux,descoursesàclieval, des bals masqués , des spectacles profanes, des comédies pieuses, où accouraient en masse les Guatimalans. Tout ce fracas plaisait beaucoup à Cbrisoslôme; d'ailleurs,le curé espagnol de ladite bourgade méritait , nous dit l'autre, une \isite,pjr son esprit , sa bienveillance , son affabilité. Nous eûmes donc , pour nous, la complaisance de nous écarter du chemin , et de faire trois fortes lieues par de rudes coteaux , afin d'assister à la foire et au festin , où le pasteur du lieu régalait ses confrères

des villages environnans.

Mais nous voilà enfin à Chimaltenango

nous

traversons la foule qu'y attire la fête 5 nous arrivons chez M. le curé. Il était à l'autel, en attendant la table : reçus par son aide-de-camp , nous apprenons de ce jeune indigène, qui nous accueille sèchement, malgré son bavardage, que don Luc Hildrago était bien né djns la Péninsule espagnole; mais qu'il avait été, dès sa jeunesse, élevé au Mexique , et qu'en prenant l'habit dans un couvent créole de Guatimala, il avait également pris l'esprit de ces religieux, c'esl-à-dire , une aversion de janséniste pour tous ceux qui venaient d'Espagne ; qu'il était, au surplus, grand ennemi de don Alvar et du prieur de cette ville ? pp^^ï* lequel nous avions des lettres, parce qu'il joignait à sa haine l'envie d'obtenir, par Fappui du créolLsme , la place de l'un d'eux.

Ah! ah! est-ce que le curé, amateur de miracles , aurait voulu se moquer de ses frères ? . . . Il serait peu plaisant. . . .mais chut! on annonce Hildrago :

ce Soyez les bien venus. Messieurs d'Espagne, » nous dit en nazillant, un petit homme jaune , sans dents, trapu, paré comme un devant d'autel, avee

Lesicîés sur le nez. « Oui, oui, soyez les bien venu^ C et 1 on n offre pas une chaise )^ quoique vous ne veniez peut-être en ce pays que pour y supplanter les pauvres naturels, ces véritables ouvriers ëvan^^é- ■Siqoes, qui supportent le poids du jour, de la clîaleur , quand nos fainëans d'étrangers bornent leur zèle à toucher le meilleur salaire. Hé, hé , un peu de patience, un jour viendra, qui mettra ordre a tout, et où i^iacun sera récompensé selon ses œuvres. A propos , l'un de vous a donc voulu se ian^e passer pour un saint dans Je bourg de Sacualpa r Un saint ! y en a-tâi parmi les espagnols ?... Bous verrons, nous verrons si ce saint là réussira par ce nioyen a trouver une bonne cure ou même à me souiller la mienne. Sorez toujours les bien avenus , je traite aujourd'hui lescurésdu voisinage, ceux qui sont mes anjis, dans cette salle : vous man<^eiez dans une de mes chambres. >5

Quel désappointement (7) ! Soyez le bien quitté, mon père, dis-je au bonhomme. Et songez bien, ajoute mon fier camarade , que nous vous ferions repentir de vos injures, si nous ne respections la présence de vos lunettes, comme l'absence de vos dents.

IM^ons voici dans la rue, où le jeune vicaire, courant après nous, vient nous dire que l'humeur de son maître était déjà passée, et qu'il nous invitait à venir dîner à sa table. Dites-lui, répond Chrisostome, que nous dînerons à l'auberge, pour notre argent , mieux que chez un curé traiteur^qui nous lerait payer notre repas par des sottises.

£t nous allâmes réellement dîner dans une hôtel-

lerie,sur notre bourse, pour la première fois, depuis

plus de quatre ans. Tel fut le tour que nous joua

jrocalement le moine de Sacôaîpa, pour n'avoir

pas donné assez de soins à son garde-manger.

OP

(=9) Un jour viendra , nous a dit Hildrago , qui înetira ordre à loul. Que signiiie celte menace ?

jugement dernier ^

ou

S'agit' il, dans sa télé 5 du

d'une révolution ? . . Nous verrons bien,

Mon compagnon , qui n'était pas celui de saint- Antoine , alla se consoler ensuite de la mésaventure à la comédie ambulante , tandis que je dormais. Je ne sais si le drame ou le mystère dura jusqu'au lever du jour } mais notre amateur ne revint qu'en ce moment, et nous partîmes aussitôt pour Guatimala.

A une lieue du bourg d'où nous sortions, est Xocotenango , long et joli village , rempli de maisons de plaisance , et orné d'une belle église. Suivant ce qu'on nous dit , pendant le déjeuner, il lient son nom du Xocota , délicieux fruit à noyau , ressemblant , pour la forme , à la prune de reine* claude ; et il croît si abondamment dans ce canton, que celui qui tombe nourrit grand nombre de pourceaux, lesquels s'engraissent de ces prunes, comme nos porcs avec le gland , ou comme nos critiques avec de bonnes œu^^res.

Ces maisons de campagne des riches espagnols forment presque une rue , très-sinueuse, du village à la ville : la route est saîilonneuse , et borde une rivière médiocrement large , sur laquelle sont des moulins qui appartiennent à nos frères. Trois d'eîître eux , toujours pris parmi les moins savans, y surveillent les nègres : les blancs sont les gardesmoulins , et les noirs sont les ânes 5 mais souvent ils pourraient changer de rôles sans qu'on s'ea aperçût, hormis par la couleur. Si jamais, dis-je à Chrisostôme , nous devenons prélats , nous pour-» rons , sans figure^ par la cabale, devenir d'évêques pieûniers.

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