‹ Mémoires de Billaud-Varennes, ex-conventionnelChapitre 48 sur 74 · Ici règne VEgalitê · texte numérisé non relu

Ici règne VEgalitê

» Souvenez-vous que de tous les attributs de Dieu, bien qu^ls soient égaux j sa miséricorde l'emporte. {Cer\diUies,) ^>

Que si l'auteur de cette dernière pensée vivait au nouveau monde à l'époque où j'y suis, son génie^ qui fauchait si bien les ridicules ^ aurait un vaste

champ à moissonner^ une belle récolte à faire î El à quoi bon^. me direz- vous 5 cette récolte ? Monsieur ^ si la plupart de ces mauvaises herbes sont parasites et vivaccsj il en est toujours quelques-unes qui ne peuveot renaître : d'ailleurs ^ conteronsnous j)our rien le plaisir de les voir tomber snr la scène ou dans un roman , et la gloire rejaillissant sur tout un peuple qui produit un Molière ou un Cervantes (112) !

Les moeurs de Guatimala , que je n'ai pu obser ver de mes yeux^ sont, m'a-t-on dii^ les mêmes que celles des autres cilés dont j'ai esquissé les usages. Quant au tableau statistique et moral de cette province étendue , il appartient à la description complète €|ue j'ai déjà mentionnée, et que je publierai à part. Je ;ue boioerai donc ici à en offrir quelques éciiantilloiis: car la politique s'approche^ elle va m'entourer bien lot d'événemens terribles, dont ma correspondance avec les Mexicains (correspondance plus active et qui^ peu à peu prend couleur), est déjà le premier présage. « Oui, je yeirai naître encore lui beau jour, leur répondisje; et Si des effons i^énereux, déjà tentés sur plusieurs points de FAmérique, surtout depuis un an^^ ont échoué par le défaut d'ensemble, je n'entrevois pas moins l'aurore de votre 14 juillet ! w

Je reviens à l'esquisse d'un des tableaux particulicrs» Guatimala, dont saint- Jacques est le patron, occupe la partie la plus étroite d'une vdlée qui , a, dans cet endroit, moins d'une lieue de large 5 mais, reserrée ici par de hautes montagnes, k vallée s'élargit ensuite , et contient, vers la mer du Sud , dans le reste de sa longueur , un pays vaste , uni , fertile et arrosé. Les deux mornes entre lesquels la ville est située j sont

oiganlesques , et , du côié de FOrlent , la crête de Tun d'eux semble pendre sur les nialsons 5 ce qui u'cmpéche pas les voyageurs et les bétes de somuie d'y arriver par des chemins sinueux et commodes, pratiqués dans celte montagne : on y aborde également par l'autre 5 mais, comme on l'imagine, beaucoup plus aisément par les routes de la vallée* Cet autre morne est un volcan , dont les éruptions j beureusement , sont moins funestes et plus rares que cel!es de l'Etna voisin de Mexico : cependant ses noires crevasses, son dénùmeat d'arbreset de verdure , sa cime , ses flancs recouverts de cendres et de laves, ce menaçant murmui-e qu'U fait entendre nuit et jour comme un tonnerre qui gronderait sans cesse, enfin cesjetsde flanque, élancés des torrens de souffre qui brûlent dans son sein , tout n'inspire que la tristesse et l'épouvante. Mais ici, quel contraste ! Vis-à-vis de l'affreux volcan (i3)^ est une riante montagne, plus haute encore , couverte d'arbres , de verdure , de champs et de hameaux , dont les jardins , où ne grondent que des cascades , sont ornés, en toute saison ^ de roses, dehs, d'autres fleurs et de fruits aussi beaux à l'oeil qu'agréables au goût.

Le premier de ces monts , avec son air farouche , tout son orgueil et sa stérilité , est une image du hideux despotisme , qui domine aujourd'hui encore sur les sept huitièmes du monde. La belle et fertile montagne est le symbole d'une paisible répubhque , comme on en voit si peu se dessiner sur notreglobe. Les indiens comparentces deuxmornes à l'enfer et au paradis ; ce qui revient au même.

J'ai un jour entendu prêcher à Guatimala un anguslin sur le goût que les nobles ont , comme à Mexico, pour les grisettes , au détriment de leurs moitiés et sur ... et'c : c( Tremblez ! s'écriait- d^ si

vous ne renoncez à ces penchans ^ car vous êtes placés en ire deux monts vengeurs , dont l'un menace du déluge votre ardeur criminelle pour le plaisir, et l'autre d'une pluie de feu votre glace insolente pour le catholicisme, m

L'augustin , par le fond , montrait des sentimens qui n'avaient rien de jésuitique ; mais, par la forme, il avoit l'air d'un prêcheur du X Y^ siècle.

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