CONCLUSION
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La relation primitive des aventures de Fex-re» présentant Eillaud-Yarennes et le précis des évènemensdu Mexique^, s'arrêtaient au commencemement de i8i6 , quand il voulut bien les soumettre à ma rédaction : n'ayant quitté le Port-au- Prince qu'après le départ de Fauteur pour les États- Unis , j'ai profité de sa correspondance et usé de la mienne pour recueillir des notes, tant sur cette insurrection particulière ^ que sur la révolution devenue générale , dont j'espère pouvoir donner une histoire complète et , peut-être , philosophique. Je me bornerai aujourd'hui à joindre au précis spécial jeté dans la narration du conventionné^ le récit des principaux faits arrivés au Mexique depuis la mort de Morelos jusqu'en 1820.
Mais avant de tracer celte légère esquisse , je vais , pour plus d'ensemble , finir, en peu de mots, la sniguhere histon-e du narrateur original.
Pétion avait accueilli son infortune 5 il employa souvent ses connaissances variées en fait d'instruc^ lion et de jurisprudence , presque jamais sa poli-tique.
L'ex- député , sans être aveugle démagogue, était répubhcain déterminé^ c'est ce quil'enipêcha surtout de repasser en France sous Fempire de Faigle . et , plus encore j sous le règne du Lys,
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ïl était studieux et travailleur , ses nombreux Bianuscrils Faltestent ; ce qu'il était en outre , le fonds de ses mémoires peut aussi l'attester. Sous un gouvernement très-libéral , mais très-prudent , jamais il ne put imprimer une œuvre politique , et il n'écrivait rien qui ne roulât sur ce sujet. « J'ai écrit bien des choses, me disait- il un jour , je les imprimerais ici , sans l'invitation du président, qui me prie de laisser encore ces lumières sous le bois-
seau,
Quand Pétion , cet homme d'état citoyen y eut terminé lui-même ou laissé éteindre ses jours par un étrange suicide , puisqu'il mourut d'inanition "volontaire , Yarennes le pleura, non ^âv personnalisme^ mais par reconnaissance.
Le mot que je souligne, et qui est de Mercier, rappelle le penchant que l'ex-législateur BlllaudVareruies avait pour la néologie et le néologisme : ne pouvantplus coopérera la création des lois dont la France regorge, il a voulu au moins législatereu fait de mois, pour un dictionnaire qui n'est plus aussi riche que du temps de Montaigne , malgré le jargon pédantesque et l'argot doctoral dont il est boursoufflé. Le président s'amuse , disait le novateur moins dangereux que les renovateurs du jour ) , quand je néologise; ce sérieux mortel aurait ri davantage, quand j'étais jacobin -missionnaire , s'il m'eût vu miraculiser.
Après la mort de Pétion , Boyer, son digne successeur , ce qui vaut un panégyrique , empêcha notre publiciste de mettre au jour certain ouvrage dont il ne put imprimer que trois feuilles 5 et ce fut principalement ce (jui le décida , malgré un emploi honorable , à passer aux Etats-Unis , où il mourut, en 1819, à l'âge de Sj ans.
Le plus franc democrale et le moins crédule des liommes, Eillaud-Yarenues , ëlait religieux au fonxl du cœur. Je lui disais un jour : — Il n'y a pas ici autant de prêtres que dans la moindre ville de la Nouvelle-Espagne... — Que voulez-vous ? cela est malheureux ', mais nous n'en adorons pas moins celui qui^ comme l'a dit M ^
Fit jaillir du néant le soleil étonné. —
Toutes les marges du fameux bréviaire offraient des vers tels que ceux-ci, extraits d'une ode révolutionnaire :
Ton temple est sur les monts , dans les airs , sur les ondesj Tu connais le passé, le présent , l'avenir , Et , sans les occuper , tu remplis tous les mondes, Qui ne peuvent te contenir.
Je reviens au Mexique , et le dis sans figure , car j'ai du moins été à Boquilla, sur un corsaire. La mort de Morelos entraîna la perte rapide d'Hii grand norûbre de patriotes , qui se divisèrent entr'eux: don J. M. Teran profita de leur dissention pour dissoudre d'abord un congrès désuni et saisir le pouvoir suprême , qu'il partagea ensuite avec don E. Alas et don N. Cumplido. Depuis ce tems les insurgés furent souvent battus 5 mais les particularités de cette guerre , bors Pépisode de Mina et sa tragique destinée, n'ont rien de remarquable.
Don Calléjas fut enfm remplacé par don J. R, d'Apodaca , qui, renonçant d'abord au plan d'extermination des deux précédens vice-rois, semblait vouloir gagner l'affection , au lieu d'inspirer la terreur. Sur plusieurs points , le succès couronna cette conduite, et les nouvelles que je reçus alors de Yéra Cruz et de la capitale , m'annonçaient que le calme y était rétabli,
NëanmoÎDS , la plupart des provinces intërieurcm ont loojours rësislé aux royalistes. Une expëdition Bouvelle vint y joindre les patriotes , sous le commandement du jeune général Mina. H s'était embarqué à Liverpool , en mai î8i6, ayant abord «quelques bons officiers , environ sept cents caisses d'armes, des équipages pour trois mille soldats, dont cinq cents de cavalerie. Arrivé aux Etats- Unis y au mois de juin , il augmenta le nombre de ses officiers , acheta encore des armes , et fit voile pour le Mexique, Cette expédition , durant la traversée , souffrit beaucoup du mauvais tems et d'une épidémie : le général , doué d^une éloquence naturelle 5 encourageait son monde par l'espérance de la gloire , terme magique , que plusieurs traduisaient par le mot butin. Quoiqu'il en soit, il prit terre à Matagorda ^ dont les habitans et Aury , commandant des corsaires de ce quartier , se joignirent éi lui.
Le 22 avril 1817 , le général Mina , suivi de onze cent trente-deux liommes, dont les deux tiers Anglais, et abondamment pourvus d'armes et de munitions , débarqua à Soto la Marina , dans la province du Nouveau St.-Ander , à environ quarante lieues de Tampico. Son arrivée excita des transports de joie , et plusieurs Mexicains allèrent grossir sa phalange.
Après avoir fortifié ce poste , où il laissait cent cinquante soldats 5 il marcha contre St.-Ander, qui se rendit , sans que les Espagnols pussent s'y opposer. Alors il se vit à la tête de plus de deux lîiiile hommes : on accourait de toutes parts se joindre à ses drapeaux; les chefs des insurgés qui combattaient encore vinrent se réunir à lui, et, le 24 avril , il mit sa troupe en mouvement pour combattre Farpiée des royalistes.
Dans cette circonstance, on lui apprit que le goiTvernement de Véra-Cniz venait de re{)rendre Solo la Marina: cette nouvelle ayant jeté un peu^ de découragement dans sa petite armée : N'avons-nons donc pas nos épées ! s'écria- t-il , et il vola au champ d'honneur, où il remporta la victoire.
Quelques indépendans, commandés par le patriote Yitoria , étant venus le joindre à Espardo- Santo, il osa aller attaquer, suivi de huit cent cinquante hommes, Arredondo ( le redoutable) , qui avait environ quatre mille soldats de ligne. Son succès fut complet j mais sa joie fut troublée , en apprenant que les majors Perry et IN. Gardon, qui , avec un détachement , faisaient une reconnaissance , avaient été surpris, avec leur monde, et passés au fil de i'épée.
Le vice- roi fut bientôt effrayé des progrès que faisait Mina : menaces de punitions et promesses de récompenses furent prodiguées tour -à- tour pour engager les habitans à ne pas appuyer sa marche ; on promit même 5oo piastres à qui livrerait sa personne , et tout soldat qui aurait apporté sa léte , fût - il un des rebelles , devait être promu au grade d'officier .
Cependant le brave Mina s'avançait vers la capitale, et, chaque jour, de nouveaux bataillons augmentaient son armée. Mais enfin la fortune abandonna la valeur et la liberté, et le jeune guerrier éprouva son premier revers auprès de Mexico.
Obligé de se retirer dans ua fort dont il était maître , il y fut cerné aussitôt , par don Pascual de Liman : le 7, il fit une sortie à la tête de sept cenis hommes, et il n'obtint aucun succès. Menacé de manquer de vivres, il quitta sa retraite pendant la nuit, accompagné seulement de deux officiers, î\ Borja et Ortez , réunit quelques patriotes de ceusL
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que commaiidail Torrez et revint ^ le 12, à leur tête ^ trop inutilement , pour essayer de dégager les siens» Plusieursle rejoignirent pendant Taffaire; mais la plupart, et les insurgés mexicains qui s'étaient joints à eux, périrent sous le glaive^ après une terrible et glorieuse résistance»
Réduit à commander quelques troupes de guérillas, Mina espérait que bientôt il pourrait reparaîlre avec des forces que Torrez réunissait au loin, lorsque^ sortant d'un défilé, près de Venadito 5 il fut livré aux royalistes par un de ses aidesde-camp , le traître N. Licéago, qui voulait mériter le prix du sang et l'infamie. Les deux à trois cents biaves qui escortaient le général, comme un autre Léonidas, le défendirent vaillamment 5 mais ils durent céder au nombre; et^ le 17 novembre, Mina reçut la mort, qu'il eut été heureux de rencontrer sur un champ de bataille.
Dix mois auparavant , deux députés du congrès mexicain s'étaient rendus à Washington pour solliciter de l'appui ^ et le gouvernement de la république du nord, quoique évidemment satisfait de cette révolution, ne jugea pas encore convenable d'exaucer leur demande. Mais si la politique des gouvernans fut rigoureuse , celle des gouvernés fut libérale, et c'est à leurs secours que les insur« gés mexicains ont spécialement du les moyens de réparer leurs pertes successives.
Tous h-s gouvernemens de l'Amérique avaient aussi espéré du soutien auprès de la grande Bretagne , et avec d'autant plus de droit pour l'obtenir , que, dès l'année 17975^6 cabinet anglais avait formellement promis, par l'organe desirPicton, gouverneur de la Trinité et agent de M. Dundas, de youteoir une insurrection. Le ministère britannique
avait prouve ensnite , par rexpédklon envoyée à Buenos- Ayres sous les ordres de Wileloek , et par celle de Miranda , sa rësoluiion d'éniancij)cr l'Amérique espagnole. Tous les Américains étaient si fortement persuadés que l'Angleterre favorisait leurs vœux et leurs desseins, qu'en 1 81O5 personne, sans en excepter les Espagnols , n'avait le moindre doute a ce sujet. Le mécompte des patriotes fut grand et douloureux, lorsqu'ds virent, depuis, le génie d'Albion changé à leur égard... A celte époque , il fut à regretter que la nouvelle politique de l'Angleterre rempêchât de remplir de semblables promesses faites si libéralement ^ car on ne peut dissimuler que ces promesses solennelles eurent une grande influence sur cette révolution , durant laquelle plus de 3oo raille personnes avaient déjà perdu la vie en 1819, et qui, sans rinterventiou du cabinet des trois roj^aumes , eût été différée jusqu'à des lems plus favorables , ou conduite par ides moyens propres à éviter les horreurs qui désolent maintenant l'Amérique.
En 1812 , quand la France et l'Angleterre luttaient pour l'empire du globe, les Américains libéraux avaient compté également sur la protection du plus puissant des princes. Bonaparte , en effet, avait plusieurs fois déclaré qu'il voulait seconder les efforts généreux du nouveau monde , et tous les patriotes étaient persuadés que , s'il avait cette volonté magnanime , il pouvait les pourvoir d'armes et d'officiers, seule assistance dont iU eussent besoin. Dans cette circonstance, ils confièrent à don Palacio-Faxar la mission d^aller solliciter l'appui de l'empereur. Il s'adressa d'abord à M. Serrurier, ambassadeur de France aux Etatsunis d'Amérique , qui le recommanda fortement à $9, cour : s'étant aussitôt embarqué , don P. Faxaï
alla trouver Napoléon , qui ne trompa point son attente, lous les arrangemens étaient réglés pour donner aux Américains les secours nécessaires , quand la batadle de Leipsick vint changer la lace du monde.
Découragés par la mort de Mina, les indépendans mexicams posèrent un moment les armes ; mais bientôt ranimés à la voix des stimulateurs , autant qu exaspérés par la reprise des persécutions , Ils combattirent de nouveau pour être libres, et maintenant organisés en gnéiillas, ils barcèlent' fatiguent les suppôts de TEspagne, et n'attendent quuo chef habde pour fonder leur indépendance.
Les Espagnols, maîtres des côtes et des ports du Mexique, n'ont laissé et ne laissent parvenir eu Europe que des détails plus ou moins mensongers, $ur la position réelle de la vaste contrée qu'ils oppriment sans cesse et qui s'agite sans relâche : le lonnal de Madrid annonce, périodiquement, que la soumission, la paix régnent dans ce pays, tandis que les nouvelles (jui nous viennent ici de Cartha- ¥"i1a "^^^^^^^ ^^ Campéche , et d'autres points de 1 Amérique, que le libéralisme n'a point encore enlevés au sceptre espagnol, ne nous parient que des victoires obtenues sur les insurgés. On peut donc, sans errer , conclure que la paix est loin de régner au Mexique : tous les renseignemens que nous avons pu recueiUir , nous ont persuadés que ce n'était pas seulement quelques troupes de guérillas qui obligeaient le vice-roi Apodaca d'être constamment sous les armes, et nous pensons au Portau-Prince, où l'on pense , parle et agit fort librement , qu'Hidalgo, Moreîos, Mina, ont au Mexique de dignes successeurs. Les journaux des Etats- Unis nous assurent également que Borja , ïorrez ^ iVlorena^ OrU:z ^ Viloria occupent avec leur arm-ée
plusieurs provinces mexicaines. Il est cerlain que loiis ces chefs sont à la léte , non plus de simpies parlisans, mais d'une force miliiaire considérable, et qu^ils se font très redouter des royalistes , surtout Torrez que la Quotidienne de Yëra-Cruz a déjà tué mamtes fois , mais qui , pareil à l'oiseau de la fable , renaît chaque foi§ de sfts cendres.
Quant à leurs frères d'armes , fondateurs et 50utiens des républiques qui s'élèvent sous plusieurs points de l'immense Amérique, nous leur consacrerons bientôt la plume indépendante d'un officier français. Quels détestables conseillers entouraient Ferdinand^ lorsqu'on lui eût rendu sa liberté , son diadème î A cette époque , les peuples insurgés , dont la plupart ne l'avaient jamais méconnu^ misérables et fatigués, étaient tombés dans une espèce d'apathie, et les chefs, rebutés ^ sans union , peu secondés , paraissaient avoir renoncé à l'espoir du triomphe, I/orgueilieuse cour de Madrid, ne sut pas mieux profiler de ce§ circonstances, que le fier sénat des Gortès: elle envoya l'acerbe Morillo, précédé de menaces, suivi de dix mille hommes 5 tout fut perdu : l'aspect des soldats castillans réveilla le courage des guerriers patriotes , chacun courut aux armes, et jura de ne les poser que lorsqu'il n'aurait plus à craindre le dernier des maux ^ l'escla- \age.
Si Morillo eut paru sur ces bords avec des troupes plus nombreuses , peut-être aurait-il pu arrêter , momentanément , l'élan des peuples vers le premier des biens ; mais quel avantage l'Espagne aurait-elle tiré et que doit-elle espérer aujourdhui de la conquête d'un pays où une conspiration succéderait à un complot , et où il faudrait cent mille hommes j pour conlenir encore
îiiî peuple qui connaît ses droits et jouit de sâ
liberté?
Mais quand finira cette lutte ? Voilà ce qu'on pouvait prévoir avant la révolution qui délivra la péninsule , et maintenant cette prévision est difficile ; car l'Espagne, libre elle-même, n'en \oudra pas moins ressaisir au Nouveau-Monde, d'une main raffermie , son joug de fer , qui , pour elle, pendant trois siècles, fut une corne d'abondance. On doit cependant présumer que le père Torrez, général-moine, sera prophète dans cette phrase poétique :
» Bientôt Fauguste liberté écrasera d'un pied vainqueur le hideux despotisme, et le palmier de la victoire, s'entrelaçant au doux oranger de la paix , ombragera ce peuple généreux , que ses tyrans osèrent déclarer race abrutie.
Qui humiliatus fuerit^ erit inglorîa.
JoBj CHÀP. XXI ï.