I. — M. Pasdeloup
M. Pasde]jOup est le chef d'orchestre des Concerts populaires du Cirque Napoléon.
Reyer, l'auteur de la Statue, a dit que l'orchestre dirige fort bien M. Pasdeloup.
N'importe !
M. Pasdeloup a eu la bienheureuse idée de fonder les concerts du Cirque Napoléon. Il a rendu un vrai service à l'art.
Et puis :
C'est quatre ou cinq cents cordonniers allemands qu'il enlève chaque dimanche à nos promenades publiques.
Tout le monde est content !
A force de conduire les symphonies des grands maîtres, M. Pasdeloup a fini par croire que ci* était arrivé.
Quelques enthousiastes — des Romains des bords du Rhin — rappellent M. Pasdeloup après chaque concert.
Et M. Pasdeloup vient saluer le public avec une grâce que Weber doit lui envier.
Au physique, M. Pasdeloup est un homme qui se \ porte bien.
La tête... on dirait un boulet de quarante-huit, coiffé d'une perruque d'un blond ardent; le teint frais et rose comme celui d'un entrepreneur heureux, les épaules de l'Homme-Canon, le lorgnon du gandin, le regard inspiré, la physionomie mobile.
Quand M. Pasdeloup est content de Beethoven, il fait une aimable risette à la partition.
Lorsque le génie de Beethoven s'assombrit, Pasdeloup fronce les sourcils.
Venàd^niV allegro, Pasdeloup se hisse sur la pointe des pieds.
Pour conduire Yandante^ il se plie en deux. Tantôt il disparaît derrière une contre-basse, tantôt il plane au-dessus de son orchestre.
Le voilà qui donne le fouet à la partition... Un
instant après, il fait de petits ronds en l'air avec son bâton.
Pasdeloup, c'est le mouvement perpétuel que cherchent nos savants.
Pas un instant de repos !
Il se remue, saute, danse, se tortille, bondit, s'accroche au trapèze, fait trois tours en l'air, retombé devant son pupitre, et continue à diriger comme si rien ne s^était passé.
Un mot sur l'orchestre, maintenant :
Il n'est pas mauvais.
Mais l'impartialité nous fait un devoir d'ajouter .qu'il n'est pas bon non plus.
Il est à l'orchestre du Conservatoire ce que la troupe de la Gaîté est à celle du Théâtre-Français.
Cependant , il arrive quelquefois à cet orchestre d'être suffisant.
Dans un de ces moments heureux, je demandais à un musicien :
— Comment faites-vous pour arriver à cet ensemble ?
L'homme à la clarinette me répondit :
— Nous n'avons qu'à ne pas regarder notre chef d'orchestre.