‹ Mémoires de BoulevardChapitre 15 sur 34 · I. — M. Pasdeloup · texte numérisé non relu

I. — M. Pasdeloup

M. Pasde]jOup est le chef d'orchestre des Concerts populaires du Cirque Napoléon.

Reyer, l'auteur de la Statue, a dit que l'orchestre dirige fort bien M. Pasdeloup.

N'importe !

M. Pasdeloup a eu la bienheureuse idée de fonder les concerts du Cirque Napoléon. Il a rendu un vrai service à l'art.

Et puis :

C'est quatre ou cinq cents cordonniers allemands qu'il enlève chaque dimanche à nos promenades publiques.

Tout le monde est content !

A force de conduire les symphonies des grands maîtres, M. Pasdeloup a fini par croire que ci* était arrivé.

Quelques enthousiastes — des Romains des bords du Rhin — rappellent M. Pasdeloup après chaque concert.

Et M. Pasdeloup vient saluer le public avec une grâce que Weber doit lui envier.

Au physique, M. Pasdeloup est un homme qui se \ porte bien.

La tête... on dirait un boulet de quarante-huit, coiffé d'une perruque d'un blond ardent; le teint frais et rose comme celui d'un entrepreneur heureux, les épaules de l'Homme-Canon, le lorgnon du gandin, le regard inspiré, la physionomie mobile.

Quand M. Pasdeloup est content de Beethoven, il fait une aimable risette à la partition.

Lorsque le génie de Beethoven s'assombrit, Pasdeloup fronce les sourcils.

Venàd^niV allegro, Pasdeloup se hisse sur la pointe des pieds.

Pour conduire Yandante^ il se plie en deux. Tantôt il disparaît derrière une contre-basse, tantôt il plane au-dessus de son orchestre.

Le voilà qui donne le fouet à la partition... Un

instant après, il fait de petits ronds en l'air avec son bâton.

Pasdeloup, c'est le mouvement perpétuel que cherchent nos savants.

Pas un instant de repos !

Il se remue, saute, danse, se tortille, bondit, s'accroche au trapèze, fait trois tours en l'air, retombé devant son pupitre, et continue à diriger comme si rien ne s^était passé.

Un mot sur l'orchestre, maintenant :

Il n'est pas mauvais.

Mais l'impartialité nous fait un devoir d'ajouter .qu'il n'est pas bon non plus.

Il est à l'orchestre du Conservatoire ce que la troupe de la Gaîté est à celle du Théâtre-Français.

Cependant , il arrive quelquefois à cet orchestre d'être suffisant.

Dans un de ces moments heureux, je demandais à un musicien :

— Comment faites-vous pour arriver à cet ensemble ?

L'homme à la clarinette me répondit :

— Nous n'avons qu'à ne pas regarder notre chef d'orchestre.

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