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HISTOIRE DE DEUX LOUIS

Hortense Schneider est une bonne fille, une comédienne de talent, et elle a de l'esprit.

Il serait vraiment téméraire de lui demander davantage.

Après la première représentation de la Belle Hélène^ un homme du meilleur monde dit à Hortense Schneider :

— Cela ne se jouera pas longtemps.

— Je parie pour cent représentations, dit l'actrice.

— Et moi, je parie que la pièce n'en aura pas cinquante .

— Combien?

— Ce que voua voudrez.

— Un louis,

— Va pour un louis.

Les cinquante premières représentations de la Belle SéUne ont produit un total de plus jiô deux cent mille francs.

Le SQir de la cinquante et unième , on apporta dans la loge de Schneider une lettre et un écrin.

La lettre contenait ces simples mots :

« J'ai perdu : voici le louis.

« De X. »»

Dans récrin se trouvait le louis perdu.

Seulement^ M. de X... Favait fait enchâsser dans un superbe bracelet en diamants.

Deux jours après, une autre actrice, qui avait flairé là une belle affaire, proposa au même gentilhomme de parier un louis à l'occasion de n'importe quoi.

Le pari fut accepté et gagné par l'actrice.

Le lendemain un domestique se présenta au théâtre, et remit à cette demoiselle une lettre et un écrin.

CE qu'on raconte au aRAND 16 179

La lettre contenait ces simples mots :

« J'ai perda : voici le louis. »»

La petite actrice poussa un cri de joie... Elle ouvrit Técrin.,.

Il contenait... quatre pièces de Cent sous en argent!

Un individu mal famé sur le boulevard avait cherché une affaire pour se réhabiliter.

Il trouva facilement une paire de soufflets, mais il fut beaucoup moins heureux quand il s'agit de trouver des témoins*

Rendez-vous était pris à cinq heures à la gare du Nord, pour aller en Belgique.

A quatre heures, le monsieur était encore à la recherche de témoins de bonne volonté.

Il rencontra un de nos amis î

— Vous alleis me rendre un immense service, dit-ili

-— Lequel?

— Partez avec moi pour Bruxelles, je dois me battre demain matin.

— Impossible.

— Mai» songez à ma triste position. Il faut quel je me batte... Vous voulez donc que je parte seuL.^ seul, avec mon déshonneur ?

— Dame ! oui. Seulement, je vous préviens que vous aurez un excédant de bagages.

On a remarqué que les petites dames, après avoir paru sur les planches, n'ont rien de plus pressé à faire que de les quitter.

Puis, au bout de quelque temps, la nostalgie s'en mêle.

Elles reviennent et quêtent des engagements.

Il y a à Paris toute une collection de ces comédiennes intermittentes.

L'une d'elles est d'une maigreur incroyable. On appelle cet amas d'ossements mademoiselle Catacombe.

Tout dernièrement, elle vient de rentrer à Paris.

Elle s'est présentée dans un foyer de théâtre.

— Eh bien ! fit l'aimable enfant en voyant toutes les chaises occupées, vous ne me faites pas u^ne petite place?

Et comme personne ne répondait :

— Allons! allons! ajouta-t-elle, je vais m'asseoir sur la cheminée.

— Sur la cheminée? fit Nestor Roqueplan ; mais, petite malheureuse, tu vas rayer le marbre !

CE qu'on raconte au grand 16 181

M. Z.,., qui s'est distingué par plusieurs faillites importantes, vient d'être atteint d'une cruelle maladie.

Comme on ne sait pas ce qui peut arriver, il fit venir un prêtre.

— Mon père, lui'dit-il, je me sens mourir, et j'ai pas mal d'escroqueries sur la conscience. Que faut-il faire?

— Il faut d'abord restituer l'argent.

— Je désire réfléchir.

Le soir, le bon prêtre revint.

— Eh bien ! mon flls? demanda-t-il.

— Mon père, dit Z...,- voici la liste des personnes que j'ai pu escroquer durant ma vie. Tout le monde sera payé après ma mort. Maintenant, voulez-vous me donner l'absolution?

— Mieux vaudrait payer tout de suite !

— Ahl mais non! s'écria Z... si je ne mourais pas, je serais volé !

On parlait devant Lambert Thiboust d'un auteur dramatique qui doit épouser sa maîtresse.

— Voilà une 'première qui marchera bien, (lit Lambert ; il y a trois ans qu'ils répètent la pièce.

On causait duel dans un foyer de théâtre :

— Moi, dit un garçon d'esprit qu'on choisit volontiers comme témoin, je ne me mêle plus de ces affaires, j'ai passé deux fois en police correctionnelle comme témoin de duels, et c'est assez,

— Les témoins sont donc poursuivis? demanda quelqu'un.

— Assurément !

La petite X..., qui ne prendra jamais la succession de madame de Sévigné, denis^nda ;

— Quand on est témoin d'un mariage, est-ce qu'on passe aussi en police correctionnelle?

Un aimable viveur du boulevard allait être conduit à Clichy, quan4 il fut miraculeusement aauvé par un oncle, qui eut le bon goût de mourir et de laisser. à son neveu iiue centaine de Baille francs.

— Voilà une bonne fortune! lui dit un aipi*

— Assurément.

— Votre oncle était un brave homme, n'est-ce pas?

-Oui.

— Le regrettez-vous un peu?

— Vous voulez avoir mon oplnioti sincère?

— Oui.

— Eh bien! mon cher, à raison de cent mille

CE qu'on îlAOONTfî AU GltAND 16 183

francs, je céderais assez volontiers plusieurs membres de ma famille.

Dans une soirée de garçons, une petite dame décavée s'approcha d'un Russe et lui dit :

— Prêtez-moi cent louis jusqu'à demain,

— Je ne prête jamais au jeu, dit l'ëtranger.

— "Vous avez tort, fit la cocotte. Je vous aurais renvoyé ces cent louis demain avant midi...; tandks que, maintenant, vous allez les perdre.

— C'est possible, madame; mais j'aime mieux les perdre, c'est plus sûr.

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