‹ Mémoires de BoulevardChapitre 28 sur 34 · X..« est un iiiais* disent ses amis · texte numérisé non relu

X..« est un iiiais* disent ses amis

Ceux*là ignorent les plaisirs, l'entraînement, la jouissance du jeu f

Pour dix-huit louis, X**. a connu pendant vingtquatre heures tous les enchantements de l'or.

Pour dix-huit louis, il a reposé sa tête pendant une nuit sur six rouleaux, ce qui fait une commission (Je trois louis par billet de mille francs.

• Quel est Je banquipr parisien qui consentirait à prêter si^^ mille francs à un fantaisiste 'dans les mêmes conditions?

Je demande à le voiri

Et puis quoi ?

On gagne, on perd, et après?

Quand on s'est fait voler dans le cercle le plus doré de Paris, on éprouve un certain plaisir à jouer avec des honnêtes gens.

Car il n'y a pas de jeu plus droit, plus loyal, plus honnête que le Trente-et-Quarante,

Il est pourtant encore des hommes qui se figurent que les croupiers peuvent faire gagner à volonté la rouge ou la noire.

Les idiots !

D'ailleurs l'homme qui perd ne respecte rien.

J'ai vu un noble étranger enlever trois ou quatre cent mille francs à une banque quelconque.

Le lendemain, la veine tourna..» il perdit cent cinquante louis sur son bénéfice.

— Je crois qu'on triche, dit-il à ses amis.

Je voudrais seulement, pour ma part, avoir l'argent qu'on vole à la banque, . Un jour, à Ems, le tailleur annonce : '

— Rouge perd et couleur !

Et, d'un tour de râteau, il enlève les quarante ou cinquante florins qui se promenaient sur le tapis,

— Pardon! fait alors un joueur, on se trompe,., la rouge gagne.

On vérifie le point, c'était vrai.

SOUVENIRS d'un DÉCAVÉ 205

Alors de toutes parts s'élèvent des cris de réclamations.

— Il me faut seize louis, dit l'un.

— Vous m'avez pris mes dix frédérics ! s'écrie l'autre.

Et la banque, pour éviter une émeute, rembourse trois mille francs pour les cinquante florins qu'elle avait encaissés.

A Bade, j'ai assisté à une jolie tentative d'escroquerie.

Un Américain de ma connaissance jouait une somme assez ronde à Vinverse.

Au huitième coup, il hésite un instant... appuie la tète dans les mains et semble réfléchir s'il doit jouer le maximum ou moitié à la masse.

Il y a un petit moment d'arrêt. . . le banquier attend.

Tout à coup un individu qui flairait une masse perdue, s'écrie carrément :

— Soixante-dix louis à la .masse !

— A quelle masse? demande le tailleur.

— A la masse de IHnverse.

A ces mots l'Américain lève la tète et dit avea un sang- froid admirable :

— Vous faites erreur, monsieur ; si vous voulez

bien le permettre, je ne jouerai que mille francs.

Inutile de dire que le commissaire de police a pris le ramasseur de cadavres par le bras et Ta conduit au violon où il a fait le maximum.

C'était par une journée pluvieuse...

Un jeune Polonais entre dans les salons de Bade et jette cinq francs à rouge.

La couleur passe onze fois; le Polonais gagne dix mille deux cent quarante francs.

• -^ Tout va! dit-il.

— Pardon, monsieur, lui répond le tailleur Martin, la banque ne tient que six mille francs.

Et l'homme aux cent sols réplique :

— Vous ne tenez que six mille francs? Quelle banque de carton !

— Monsieur, nous avons notre règlement.

— C'est déplorable ! s'écrie le Polonais. Tout va !

— Je vous répète, monsieur, que nous ne tenons que six mille francs*

— Etmoijevousdisquejejouerai5121ouisourieu.

— Monsieur, dans ce cas; rien ne va.

Le Polonais retire son argent. C'est la noire qui gagne*

Il aurait perdu !

On n'a jamais revu le Polonais.

ne se possédait pas de colère. Il me dit :

SOUVENIRS d'un DÉCAVÉ 207

— Comprend-on cet homme q\ii part de cônt sols et qui nous injurie parce que nous ne tenons que six mille francs? Il parait qu'il est parti avec ses dix mille.

M. Martin poussa un gros soupir et continua :

— Encore si vous les aviez gagués, vous!...

Et comme j'allais remercier M. Martin de tout l'intérêt qu'il daignait me témoigner, il ajouta :

— Mais oui 1 j'aurais préféré que ce fut vous, car vous, au moins, vous bussiez rendu l'argent a la

BANQUE

Brave monsieur Martin !

Seligman, le violoncelliste, se trouvait a Bade en même temps que le roi de Hollande.

Le soir, dans les salons de la Conversation, Seligman portait à sa boutonnière l'ordre de la Couronne de Chêne*

Seligman me dit d'un ton modeste :

— Quand je suis aux eaux, je porte toujours la décoration du souverain étranger qui se trouve dans la ville.

Le lendemain, Seligman dit :

— Avez-vous remarqué que je n'ai pas salué le roi de Hollande aujourd'hui?

— Oui. Et pourquoi cette froideur?

206 MÉMOIRES DU BOXJLEVARD

Inutile de dire que le commissaire de police a pris le ramasseur de cadavres par le bras et Ta conduit au violon où il a fait le maximum.

C'était par une journée pluvieuse...

Un jeune Polonais entre dans les salons de Bade et jette cinq francs à rouge.

La couleur passe onze fois; le Polonais gagne dix mille deux cent quarante francs.

• —Tout va! dit-il.

— Pardon, monsieur, lui répond le tailleur Martin, la banque ne tient que six mille francs.

Et l'homme aux cent sols réplique :

— Vous ne tenez que six mille francs? Quelle banque de carton !

— Monsieur, nous avons notre règlement.

— C'est déplorable ! s'écrie le Polonais. Tout va!

— Je vous répète, monsieur, que nous ne tenons que six mille francs*

— Etmoijevousdisquejejouerai5121ouisourieu.

— Monsieur, dans ce cas, rien ne va.

Le Polonais retire son argent. C'est la noire qui gagne*

Il aurait pefdu!

On n'a jamais revu le Polonais.

SOUVENIRS d'un DÉCAVÉ 207

— Comprend-on cet homme q\xi part de cent sols et qui nous injurie parce que nous ne tenons que six mille francs? Il parait qu'il est parti aveo ses dix mille.

M. Martin poussa un gros soupir et continua :

— Encore si vous les aviez gagnés, vousii..

Et comme j'allais remercier M. Martin de tout rintérêt qu'il daignait me témoigner, il ajouta :

— Mais oui 1 j'aurais préféré que ce fut vous, car vous, au moins^ vous eubsibz rendu l'argent a la

BANQUE

Brave monsieur Martin !

Seligman, le violoncelliste, se trouvait a Bade en même temps que le roi de Hollande.

Le soir, dans les salons de la Conversation, Seligman portait à sa boutonnière l'ordre de la Couronne de Chêne.

Seligman me dit d'un ton modeste :

— Quand je suis aux eaux, je porte toigours la décoration du souverain étranger qui se trouve dans la ville.

Le lendemain, Seligman dit :

— Avez-vous remarqué que je n'ai pas salué le roi de Hollande aujourd'hui?

— Oui. Et pourquoi cette froideur?

Inutile de dire que le commissaire de police a pris le ramasseur de cadavres par le bras et l'a conduit au violon où il a fait le maximum.

C'était par une journée pluvieuse...

Un jeune Polonais entre dans les salons de Bade et jette cinq francs à rouge.

La couleur passe onze fois; le Polonais gagne dix mille deux cent quarante francs.

• —Tout va! dit-il.

— Pardon, monsieur, lui répond le tailleur Martin, la banque ne tient que six mille francs.

Et l'homme aux cent sols réplique :

— Vous ne tenez que six mille francs? Quelle banque de carton !

— Monsieur, nous avons notre règlement.

— C'est déplorable ! s'écrie le Polonais. Tout va !

— Je vous répète, monsieur, que nous ne tenons que six mille francs*

— Etmoijevousdisquejejouerai5121ouisourieu.

— Monsieur, dans ce- cas; rien ne va.

Le Polonais retire son argent. C'est la noire qui gagne*

Il aurait perdu !

On n'a jamais revu le Polonais.

SOUVENIRS d'un DÉCAVÉ 207

— Comprend-on cet homme q\ii part de cent sols et qui nous injurie parce que nous ne tenons que six mille francs? Il parait qu'il est parti avec ses dix mille.

M. Martin poussa un gros soupir et continua :

— Encore si vous les aviez gagnés, vousii..

Et comme j'allais remercier M. Martin de tout l'intérêt qu'il daignait me témoigner, il ajouta :

— Mais oui 1 j'aurais préféré que ce fut vous, car vous, au moins, vous eussiez rendu l'argent a la

BANQUE

Brave monsieur Martin !

Seligman, le violoncelliste, se trouvait a Bade en même temps que le roi de Hollande.

Le âoir, dans les salons de la Conversation, Seligman portait à sa boutonnière l'ordre de la Couronne de Chêne*

Seligman me dit d'un ton modeste :

— Quand je suis aux eaux, je porte toigours la décoration du souverain étranger qui se trouve dans la ville.

Le lendemain, Seligman dit :

— Avez-vous remarqué que je n'ai pas salué le roi de Hollande aujourd'hui?

— Oui. Et pourquoi cette froideur?

Inutile de dire que le commissaire de police a pris le ramasseur de cadavres par le bras et Ta conduit au violon où il a fait le maximum.

C'était par une journée pluvieuse...

Un jeune Polonais entre dans les salons de Bade et jette cinq francs à rouge.

La couleur passe onze fois; le Polonais gagne dix mille deux cent quarante francs.

• —Tout va! dit-il.

— Pardon, monsieur, lui répond le tailleur Martin, la banque ne tient que six mille francs.

Et l'homme aux cent sols réplique :

— Vous ne tenez que six mille francs? Quelle banque de carton !

— Monsieur, nous avons notre règlement.

— C'est déplorable! s'écrie le Polonais. Tout va!

— Je vous répète, monsieur, que nous ne tenons que six mille francs*

— Etmoijevousdisquejejouerai5121ouisourieu.

— Monsieur, dans ce- cas; rien ne va.

Le Polonais retire son argent. C'est la noire qui gagne*

Il aurait perdu!

On n'a jamais revu le Polonais.

SOUVENIRS d'un DÉCAVÉ 207

— Comprend-on cet homme q\xi part de cent sols et qui nous injurie parce que nous ne tenons que six mille francs? Il parait qu'il est parti avec ses dix mille.

M. Martin poussa un gros soupir et continua :

— Encore si vous les aviez gagnés, vous!...

Et comme j'allais remercier M. Martin de tout l'intérêt qu'il daignait me témoigner, il ajouta :

— Mais oui 1 j'aurais préféré que ce fut vous, car vous, au moins, vous eussiez rendu l'argent a la

BANQUE

Brave monsieur Martin !

Seligman, le violoncelliste, se trouvait a Bade en même temps que le roi de Hollande.

Le soir, dans les salons de la Conversation, Seligman portait à sa boutonnière l'ordre de la Cou^ ronne de Chêne*

Seligman me dit d'un ton modeste :

— Quand je suis aux eaux, je porte toigours la décoration du souverain étranger qui se trouve dans la ville.

Le lendemain, Seligman dit :

— Avez-vous remarqué que je n'ai pas salué le roi de Hollande aujourd'hui?

— Oui. Et pourquoi cette froideur?

Inutile de dire que le commissaire de police a pris le ramasseur de cadavres par le bras et Ta conduit au violon où il a fait le maximum.

C'était par une journée pluvieuse...

Un jeune Polonais entre dans les salons de Bade et jette cinq francs à rouge.

La couleur passe onze fois ; le Polonais gagne dix mille deux cent quarante francs.

• —Tout va! dit-il.

— Pardon, monsieur, lui répond le tailleur Martin, la banque ne tient que six mille francs.

Et l'homme aux cent sols réplique :

— Vous ne tenez que six mille francs? Quelle banque de carton !

— Monsieur, nous avons notre règlement.

— C'est déplorable ! s'écrie le Polonais. Tout va!

— Je vous répète, monsieur, que nous ne tenons que six mille francs*

— Etmoijevousdisquejejouerai5121ouisourieiu

— Monsieur, dans ce- cas, rien ne va.

Le Polonais retire son argent. C'est la noire qui gagne*

Il aurait perdu !

On n'a jamais revu le Polonais.

M; Martin, un des plus anciens employés de Bade,

SOUVENIRS d'un DÉGAVÉ 207

— Comprend-on cet homme qnipart de cent sols et qui nous injurie parce que nous ne tenons que six mille francs? Il parait qu'il est parti aveo ses dix mille.

M. Martin poussa un gros soupir et continua :

— Encore si vous les aviez gagnés, vous lu.

Et comme j'allais remercier M. Martin de tout l'intérêt qu'il daignait me témoigner, il ajouta :

— Mais oui ! j'aurais préféré que ce fût vous, car vous, au moins^ vous eussibz rendu l'argent a la

BANQUE

Brave monsieur Martin !

Seligman, le violoncelliste, se trouvait à Bade en même temps que le roi de Hollande.

Le soiri dans les salons de la Conversation, Seligman portait à sa boutonnière l'ordre de la Couronne de Chêne.

Seligman me dit d'un ton modeste :

— Quand je suis aux eaux, je porte toiyours la décoration du souverain étranger qui se trouve dans la ville.

Le lendemain, Seligman dit :

— Avez-vous remarqué que je n'ai pas salué le roi de Hollande aujourd'hui?

— Oui. Et pourquoi cette froideur?

— Parce que j'ai déposé hier ma carte chez le roi et qu'il ne m'a pas renvoyé la sienne !

Noble orgueil d'un artiste qui a la conscience de sa valeur. . , et au delà !

Un joueur dit à Cham :

— Me prêteriez- vous cinq louis si j'étais décavé? Cham tirait ses moustaches.

— Du reste, continua le monsieur, si j'avais besoin d'argent, je ne me gênerais pas.

— Ma foi, vous auriez bien tort... de ne pas vous gêner ! fit Cham en s'éloignant.

Sous le vestibule du chemin de Francfort à Hombourg régnait une confusion extrême.

Les employés couraient de gauche à droite et de droite à gauche, bousculant les hommes, les femmes, les enfants et les bagages.

— Le landgrave ! s'écriaient-ils de temps en temps.

A l'embarcadère, ce fut bien autre chose. Les conducteurs étaient tout en sueur.

— Première pour Hombourg, disait un voyageur. — Le landgrave! répondait le conducteur.

SOUVENIRS d'un DÉCAVÉ 209

— Seconde pour Hombourg, demandait une dame.

— Le landgrave ! s'écriait le conducteur.

— Combien faut-il de temps pouf aller à Hombourg? demandai-je à mon tour.

— Le landgrave !

— Plus d'une heure ? •

— Le landgrave!

J'eus enfin l'explication. Le landgrave de Hesse- Hombourg regagnait ses États, qui se composent • d'une rue, de treize soldats et de cinquante croupiers.

Le landgrave arriva. C'est cette belle tête de vieillard dont il est question dans la Tour de Nesle, La tête couronnée daigna sourire au peuple, et le train se remit en route.

— Pourquoi la locomotive n'a-t-elle pas sifflé ? dis-je au conducteur.

— Parce que le landgrave aurait pu prendre cela pour une manifestation politique, me répondit-il.

On m'a montré à Hombourg un marchand de bœufs, qui venait de vendre trente bœufs gras à Francfort.

La roulette, qui a un bon estomac, avait englouti les trente bœufs à son déjeuner.

Le professeur de roulette existe.

Je l'ai vu! Il s'approcha d'un joueur et lui dit :

— Allez à fouge !

L'autre mit &ur pair et ga^na.

-^ AUeE à noire ! continua le profeMeur* ^

— Et vous... allez au diable ! dit le joueur*

Plus loin, le même professeur s'approcha d*un autre joueur et Iti dit :

— Mettez sur le 17.

•*- Laissez-moi tranquille I — * N'oubliez pas \é zho !

— Ah çà! monsieur, dit le joueur, tne laisserez-* TOUS en paix ?

— Le 32 va sortir I fit le pf ofesséur.

Le joueur, à bout de patience, tira deux florins de sa poche et dit au professeur :

— Monsieur, je sais ce que Vous voulez ! Voici deux florins, allez-vous-én !

— Pardon ! dit le professeur, c'est dôul florins et demi.

A Nauheim, un joueur parisien fut victime dés voleurs à la masse. "

Un industriel s'empara d'une masse de quarante francs.

Le Parisien réclama son argent.

Le chef de partie — j'allais dire le chef d'au-

SOUVENIRS d'un DÉCAVÉ 211

tre chose — invoquait l'arbitrage de la galerie. Deux ou trois témoins de bonne volonté se prononcèrent en faveur du filou.

— Monsieur, dit le chef de partie au Parisien, vous voyez que le témoignage de la galerie vous condamne*

— Monsieur, répondit le Français, la pftfole de ces messieurs peut vous offrir quelques garanties à vous; mais je vous préviens qu'en France aucun juge tl'instruotion ne vous prêterait cinq sols sur de pareils témoins.

Un cocher de Nauheim^ qui nous avait conduit à je ne sais plus quelle source, nous dit, en désignant un de ses amis :

— Voilà un garçon qui fait ses affaires.

— Ah?

— Oh ! oui, c'est uii hialin !...

— Quelle profession exerce-t^-il donc ?

— Mais il est témoin à la roulette.

Les banques d'Allemagne permettent à leurs clients de jouer un coup sur parole !

Un soir, au Kursaal d'Ems, se présenté un jeune Anglais très-blond, qui dit au croupier :

— Attendez uii peu, if you phase!

Et, tirant un grand portefeuille rouge de sa poche, il ajoute *:

— Je volé jouer mille francs à la rouge.

L'Anglais ouvre son portefeuille.

— C'est bien, monsieur, dit le chef- de partie en saluant le noble étranger ; puis, s'adressant au croupier : Placez mille francs pour monsieur, dit-il.

— Oh yès ! very-well ! dit l'Anglais.

Le croupier prend mille francs dans la caisse de la banque et dit à l'étranger, en le saluant respectueusement :

— Mille francs sont placés pour vous à rouge,

monsieur.

— Oh yès! very-well! répond l'Anglais.

La rouge perd.

L'Anglais remet alors son portefeuille dans sa poche et dit en pur allemand :

— Messieurs, je suis un garçon tailleur de Coblentz, et je n'ai pas le sou ! Flanquez-moi à la porte, si vous voulez. "^

Ainsi fut-il fait.

Deux jours après, je fis à Wiesbaden la connaissance d'un homme d'assez bonne tournure.

C'était mon voisin à la table d'hôte.

SOUVENIRS d'un DÉCAVÉ 213

Il causait fort bien ; il avait bonne tournure ; je le prenais pour un fils de famille.

Mon nouvel ami avait. beaucoup voyagé; il connaissait tous les pays; il avait tout vu.

C'était un agréable compagnon.

Quelques jours après, je le retrouvai sur le bateau à vapeur qui descendait le Rhin vers Coblentz.

— Enchanté de vous revoir, monsieur.

— Et moi donc !

* — J'ai retenu une place à la table d'hôte ; voulezvous être mon voisin ?

— Avec plaisir. Où allez-vous ?

— Je vais à Ems; et vous?

— Moi, je vais à Londres, dit-il.

— Vous passez la saison d'été en Angleterre ?

— Cela dépend.

— Enfin, je présume que vous voyagez pour votre agrément?

— Pas tout à fait.

— Serait-il indiscret de vous demander....

— Pas du tout ! Je ramène un jeune Anglais dans sa famille.

— Seriez-vous instituteur?

— .Non, monsieur.

— Où est-il, votre jeune Anglais?

— Il est à fond de cale.

— Viendra*t-il dîner avec nous ?

— C'est impossible, puisqu'il est mort.

— Mort ?

— Oui... Il est dans un bon cercueil en plomb. C'est moi qui suis accompagnateur assermenté des cadavres. Quand un noble étranger meurt aux eaux, je le ramène à sa famille.. •< C'est assez bien payé. La douleur ne sait pas compter. Aussi, encore cinq ou six BONS voyages, et je me retire des afifaires.

La seule banque que je n'aie pas vue est celle de Saxon, en Suisse.

Le maximum y est de mille francs, et le minimum d'un bouton de culotte.

En hiver, on y joue même des haricots à la roulette, et des gigots au trente-et-quarante.

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