CHAPITRE IL
Connaissance honorable. — Nouveaux écrits. — Franc-maçonnerie.
Parmi plusieurs étrangers de marque, que le temps de la foire amenait à Leipsick, se
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trouvait le prince régnant de Dessau et son frère. Le prince eut la grâce de donner son approbation à mes arrangemens, et de me témoigner combien il était fâché des tracasseries auxquelles j'étais exposé par ma charge. Les éloges qu'il donna à mes ouvrages dramatiques furent très flatteurs pour moi, et je me trouvai également très honoré du désir qu'il me témoigna de me voir quelque temps chez lui, si mes affaires me le permettaient.
C'est a cette époque que je composai la comédie die Erbschajt oder derjunge Geizige (l'Hérédité^ ou le jeune Avare), d'après un sujet très intéressant que m'envoya mon ami Gilbert (ci-devant directeur de la police à Berlin, et maintenant à Potsdam). J'y introduisis plusieurs francs-maçons qui se distinguaient par des actions bienfaisantes. Le comte de Solms de Sachsenfeld, un des plus honorables membres de cet ordre , entendit parler de cet ouvrage. Il savait que déjà plusieurs autres auteurs avaient cherché à tourner en ridicule la franc-maçonnerie ; il craignit que peut-être moi-même, dans le désir de rendre ma comédie plus piquante, je n'eusse pas gardé assez de ménagement, et me pria en conséquence, dans une lettre , de ne pas affermir le
public dans ses préjugés, par une peinture défavorable. Ce vénérable vieillard arriva bientôt lui-même à Leipsick. Je profitai de cette occasion pour lui communiquer mon plan, et, reconnaissant mes bonnes intentions, il y donna son entière approbation.
La loge des francs -maçons, a Leipsick, s'était séparée depuis quelque temps , par suite de certaines opinions, qui cependant n'eurent point d'influence essentielle sur son but principal. Les membres sortis ayant l'intention de créer régulièrement une loge particulière, je fus invité à en faire partie. Une réunion complète de deux loges ne pouvait plus avoir lieu après ce pas décisif; mais néanmoins, par l'intervention de plusieurs membres respectables de l'ordre, on opéra un rapprochement et un arrangement à l'amiable. J'eus donc encore le plaisir, pendant mon séjour à Leipsick, de voir célébrer la fête de la Saint-Jean avec cette fraternité et cette bonne harmonie qui distingue les vrais adeptes.
Je visitai aussi quelquefois la loge dont le digne professeur Eck était vénérable, et dans cette occasion , je remarquai à Leipsick les mêmes dispositions , la même activité , le même ordre que j'avais admirés dans la loge
de Dresde. Là, je fis la connaissance de plusieurs frères maçons distingués, entre autres celle du duc de Holstein-Beck ; et j'eus le bonheur de gagner bientôt son affection particulière, lorsque des relations plus fréquentes eurent lieu entre lui et moi.