‹ Mémoires de BrandesChapitre 17 sur 97 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Court séjour à Leipsick pendant l'hiver. — Dresde. — Réunion de la troupe. — Cabales.

A la fin de l'année , Bondini partagea la troupe, et, par les insinuations de Reineke, qui avait suscité mille difficultés, il résolut de faire jouer à Leipsick , pendant l'hiver , le petit opéra sous ma direction, et de conduire à Dresde les comédiens sous sa direction et sous celle d'un comité que Reineke avait fait nommer parmi les acteurs.

Comme je pouvais prévoir qu'avec le petit opéra seul, je ne ferais pas fortune pendant tout l'hiver, je m'arrangeai pour représenter aussi des comédies. Je pris donc à ma solde quelques comédiens ambulans qui n'étaient

pas sans mérite , et deux commençans qui annonçaient d'heureuses dispositions, et j'invitai encore quelques acteurs distingués des autres théâtres. Ces artistes, ma femme et ma fille , et quelques uns des chanteurs, qui se montrèrent disposés à prendre des rôles dans la comédie ; telle fut la composition de la nouvelle comédie , et après quelques semaines je me trouvai en état de rouvrir mon théâtre. La fortune me favorisa; je choisis des pièces qu'on n'avait plus données depuis plusieurs années , et qui ne surpassaient pas les forces de mes acteurs ; le public eut de l'indulgence, et toutes mes mesures obtinrent son approbation. Dans un espace de neuf semaines, pendant trois desquelles le théâtre resta fermé parce qu'on était dans 1 Avent, je gagnai à Bondini une somme de trois mille écus.

Tout à coup Bondini m'écrivit que le public de Dresde désirait aussi entendre le petit opéra, et m'engagea à partir sans délai pour cette ville avec la troupe. Je dus donc, à mon grand regret, me disposer à quitter mon séjour tranquille, et me hâter d'arriver dans un lieu où. de nouveaux désagrémens m'attendaient.

Aussitôt après mon arrivée à Dresde, on

réunit les deux troupes, et je repris ma charge de régisseur, où, comme je le prévoyais, j'eus à lutter contre mille nouvelles tracasseries. Tous les jours elles s'accroissaient, malgré le zèle infatigable que je mettais à remplir mes devoirs avec prudence, indulgence, et quelquefois aussi avec rigueur. Ma santé, autrefois assez forte, commença à s'affaiblir, et je fus enfin attaqué d'une maladie qui m'éloigna pendant plusieurs semaines du théâtre. Par là, les désirs de Reineke se trouvèrent remplis; car il se vit chargé de la régie du théâtre , jusqu'à ma guérison , et put, durant cet intervalle , continuer sans obstacles ses machinations hostiles. Son premier soin fut de rabaisser , aux yeux du public, les meilleurs acteurs que j'avais amenés de Leipsick , en leur donnant des rôles qui étaient non seulement opposés à leurs moyens, mais qu'il avait joués lui-même tout récemment avec un succès éclatant, et dans lesquels ils devaient nécessairement déplaire, sans le mériter. 11 résulta de là que Bondini les congédia l'un après l'autre. Dès que je fus rétabli, je vis le désordre; je témoignai mon mécontentement ; mais je n'étais plus en état de remédier au mal. Il est vrai que Bondini était un très brave

et très honnête homme ; mais il n'avait aucune force de caractère; et, comme je l'ai déjà dit , ses connaissances dans l'administration du théâtre étaient extrêmementbornées. Aussi Reineke n'eut pas beaucoup de peine à le gagner malgré toute ma résistance.

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