TOME II. Q
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laquelle il avait coutume de souper ordinairement, dans la société de ses parens, qui étaient assez infâmes pour sacrifier l'honneur de leur fille à ces frivoles avantages ; souvent aussi il donnait chez elle de petites fêtes à ses amis. Entre autres présens considérables qu'il faisait fréquemment à sa belle, il commanda un jour chez un fourreur, une pelisse précieuse, et donna ordre de l'envoyer de sa part chez sa maîtresse, aussitôt qu'elle serait prête. Le pelletier avait sans doute mal entendu , ou le porteur se trompa ; car la pelisse fut remise , en l'absence de Marrau , non à sa maîtresse , mais à sa femme, comme un cadeau de son époux. La joie que cette galanterie extraordinaire causa à cette épouse si long-temps négligée , fut très grande , à la vérité ; mais elle fut encore plus sensible à ce prétendu retour de tendresse. Seulement elle ne pouvait concevoir les motifs du changement subit qui s'était opéré dans ses sentimens. L'amour, la condescendance, l'abnégation de soi-même avaient toujours été ses qualités ordinaires; elle ne pouvait donc pas s'en faire un mérite particulier. Elle présumait au contraire, avec plus de probabilité , que son mari s'était brouillé avec sa maîtresse, parce qu'il avait
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découvert quelque infidélité', ou pour quelque autre raison importante ; elle pensait aussi que , décidé à remplir désormais ses devoirs d'époux, il cherchait, par ce présent, à se faciliter une réconciliation. Dans cette opinion , elle se proposa de le recevoir , à son retour, avec toute la tendresse possible , et de lui témoigner avec chaleur la joie que lui causait cette preuve flatteuse de son attention. Bientôt son mari rentra avec moi. L'épouse, reconnaissante, vola de suite à sa rencontre, et l'embrassa avec toutes les marques de la plus vive allégresse. Surpris de cette gaîté extraordinaire , il lui en demanda la cause d'un air sombre.
Mme Marrau. Vous me le demandez? Ne dois-je pas être flattée , très flattée de vous voir de retour auprès de moi?
M. Marrau. Eh bien! cela n'est pas, je crois, si extraordinaire. (Se tournant vers moi) : Asseyez-vous, mon ami; nous sortirons ensemble ; je veux seulement écrire quelques mots.
Quelques raomens après , il murmura du côté de sa femme, sans se tourner : « Madame, si vous avez encore quelque affaire , ne vous gênez pas. »
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Mme Marrau. J'ai une affaire très importante, mon ami, mais avec vous.
M. Marrau (aussi froidement qu'auparavant). Comment! avec moi?
Mme Marrau (avec un peu de timidité).
Oui, avec vous. Je vous attendais dans votre chambre pour vous remercier.
M. Marrau (étonné). Pour me remercier?
et de quoi ?
Mme Marrau, Je vous rends des grâces infinies pour cette pelisse que vous m'avez tout à coup
M. Marrau (l'interrompant vivement).
Une pelisse ? quelle pelisse ?
Mme Marrau (embarrassée). Que vous m'avez envoyée par le pelletier, il n'y a que quelques heures.
M. Marrau. Par le pelletier? à vous?
Mme Marrau (un peu découragée). La voici (découvrant la pelisse, qui était étendue sur un siège, et couverte d'une grande serviette). De qui pourrait me venir un aussi précieux cadeau, si ce n'est de votre part?
M. Marrau (jetant ses regards sur la pelisse, et frappé). En vérité — Le lourdaud! (se remettant un peu), le maladroit n'a pas suivi mes ordres. Je lui ai commandé, à la
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vérité, d'apporter ici cette pelisse; mais ce n'est pas un cadeau pour vous.
Mme Marrau (à voix basse). Ainsi, ce n'est point un cadeau pour moi?
M. Marrau (avec impatience). Eh non! ne m'entendez-vous pas? elle est.... Il n'y a pas long-temps qu'un de mes amis m'a donné la commission de lui commander une pelisse dont il veut faire un présent à sa femme , le jour de sa naissance , et c'est cette pelisse que l'imbécille de pelletier vous a apportée.
Mme Marrau (en larmes). Excusez-moi....
M. Marrau. Quand vous aurez besoin de fourrures , il s'en trouvera aussi pour vous. Mais c'en est assez ; vous voyez que j'ai de Foccupatioii.
Mme Marrau ( très abattue ). Oui ; je vois —
Aussitôt elle quitta la chambre, poussant de profonds soupirs , et jetant des regards sur moi , comme si elle voulait implorer ma pitié. Elle était à peine disparue , que le mari sonna un domestique, qui eut ordre de porter sur-le-champ la pelisse à sa maîtresse. Quelques minutes après , il sortit pour souper avec elle comme à l'ordinaire. Comme j'y étais invité par lui , je ne pus me dispenser
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de l'y suivre ; mais la scène dont je venais d'être témoin oculaire m'avait tellement rempli d'indignation , que je cherchai dès lors à éviter la société de cet homme brutal. ■