‹ Mémoires de BrandesChapitre 3 sur 97 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Remarques sur un voyage.

Pendant le temps que dura la disgrâce injuste dans laquelle les critiques de Grossman m'avaient fait tomber, je parcourus rapidement la Thuringe, la Saxe et une partie de la Franconie. Ce voyage, qui dura quelques semaines, avait pour but de rétablir ma santé, qui avait souffert de tous ces chagrins, et aussi de trouver un engagement convenable, dans une troupe quelconque. Naturellement porté à faire des observations, je rencontrai souvent des objets qui attirèrent particulièrement mon attention. J'observai cà et là des

établissemens sages et utiles, mais aussi des institutions vicieuses ou insuffisantes, et plus d'ane chose ridicule.

Dans une petite cour, le prince passa en revue ses troupes qui pouvaient consister en quatre a cinq cents hommes. Il y avait quelque temps qu'on parlait des manœuvres très remarquables qui y seraient faites. La curiosité me porta aussi à aller voir ce spectacle militaire qu'on avait annoncé avec tant d'éclat. Il devait avoir lieu dans une jolie vallée > non loin de la résidence. Je m'y rendis donc le jour fixé, et n'ayant pas été informé du nombre des troupes , je m'attendais à voir au moins quelques milliers d'hommes. Je découvris, sur la cime d'une montagne qui séparait la ville de la vallée , deux canons qu'on y avait placés , et qu'on tirait à de certains intervalles. Lorsque je m'approchai , on me raconta qu'un des artilleurs avait, par suite d'imprudence, perdu l'avant- bras.

Du haut de cette élévation, je tâchai de découvrir le corps d'armée; et, après avoir cherché long-temps, j'aperçus enfin dans un coin de la vallée quelques hommes en uniforme, campés au milieu de la verdure. Dabord je crus que c'était un piquet qu'on avait

DE BRANDES. \n

placé là ; mais j'appris bientôt que c'étaient vraiment les troupes qu'on devait passer en revue. Je descendis donc la montagne , ayant déjà perdu beaucoup de ma curiosité. Bientôt après , le bruit foudroyant des deux canons placés sur le sommet de la montagne, annonça l'arrivée des augustes personnages.

Les troupes se levèrent à la hâte, se mirent promptement à leurs rangs pour les recevoir, et quelques minutes après, la noble famille parut et déjeuna sous une grande tente, où les seigneurs et les dames de la cour étaient tous réunis. Enfin les grandes manœuvres, assez remarquables dans leur genre, furent, exécutées. Quand elles furent terminées , les troupes furent de nouveau passées en revue, et avec beaucoup de soin. Dans ce moment, j'aperçus un chanteur de la cour que je connaissais, qui, d'un air majestueux, présentait les armes, en face des troupes rangées en bataille; je m'informai de ce que cela signifiait. « Eh quoi î vous ne savez pas encore cela? me répondit le plaisant auquel je m'étais adressé : toutes les fois que les troupes sont passées en revue devant la cour , ce grand chanteur , placé en face de l'armée, est obligé de chanter un air de bravoure. »

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