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TOME II

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hier, en qualité de première chanteuse, Mlle Keilholz l aînée, qui s'était éloignée pendant quelque temps de la scène; vos rôles et ceux de votre femme sont depuis quelque

temps bien occupés; par conséquent »

Cet accueil glacial me chagrina encore plus que le désagrément de voir mon attente trompée. Comme sans cette circonstance j'aurais toujours préféré m'établir à Berlin , où je pouvais compter avec confiance sur des ressources plus avantageuses , parce qu'indépendamment des lettres de la duchesse de Courlande à ses deux frères, j'avais pour cette ville plusieurs lettres de recommandation très pressantes; je coupai court, exprimai à Rloss le ressentiment que m'inspirait une conduite aussi inattendue , aussi inconvenante ; j'ajoutai que je n'étais aucunement en peine de trouver un autre engagement , et je pris congé de lui. Je découvris à ma famille, qui fut encore plus surprise que moi de cet accident , la résolution où j'étais de continuer sur-lechamp noire route jusqu'à Berlin; mais ma femme et ma fille, qui étaient encore fatiguées du long et pénible voyage que nous venions de faire, me prièrent instamment de différer ce projet au moins jusqu'à l'automne

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prochain. Mirma m'offrit en même temps de donner quelques concerts pendant l'hiver, afin de me dédommager , par leur produit , de la perte que nous occasionnerait le défaut de toute autre recette. Je n'y consentis qu'à regret; mais, chérissant tendrement ma famille, accoutumé à lui sacrifier mes désirs, lorsqu'il s'agissait de son avantage ou de ses plaisirs , je cédai à ses instantes prières et je consentis à passer l'hiver à Hambourg. Dès ce moment, mon occupation principale fut de faire les arrangemens nécessaires pour les six concerts que ma fille avait le dessein de donner pendant cette saison , et de chercher des abonnés; mais, par malheur, on s'était déjà préparé des amusemens , on avait aussi arrangé, dans les familles où l'on aimait la musique, quelques concerts particuliers; ainsi je trouvai peu de gens disposés à souscrire aux nôtres. Cependant, comme ils avaient été annoncés publiquement, ils ne pouvaient manquer d'avoir lieu. Ils commencèrent enfin. La cantatrice eut un succès extraordinaire , mais la recette suffit à peine pour couvrir les frais, et l'entreprise se termina avec perte.

Mon fils était déjà assez avancé en âge, et A était temps de penser sérieusement à son

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avenir. Comme il montrait des dispositions pour le commerce, je parlai à plusieurs personnes de ma connaissance, qui, après lavoir soumis à un examen , lui trouvant des talens pour cette carrière , approuvèrent tous ma résolution. Un de mes meilleurs amis , le courtier Conrad Glasshof s'offrit de le recommander à une des premières maisons de commerce de Cadix, aussitôt qu'il se serait parfaitement formé pour cette profession. En conséquence, je choisis quelques maîtres habiles, qui furent chargés de lui donner l'instruction nécessaire dans l'art de tenir les livres y et dans diverses langues modernes. Comme il avait déjà reçu à Riga quelques notions fondamentales, et qu'il continuait à s'appliquer, je pouvais raisonnablement espérer de le voir établi au moins dans l'espace d'un an.

Depuis plusieurs années, je jouissais d'un bonheur non interrompu, et les peines, les inquiétudes, les chagrins étaient devenus pour moi des sensations presque inconnues ; mais désormais , et dès les premiers instans de mon retour à Hambourg, il marriva presque journellement des désagrémens pénibles, et souvent même de grands malheurs. La perte

inattendue d'un de mes amis , nommé Stein, ne fut pas un des moins cruels. Ce jeune homme, que j'estimais beaucoup à cause de son bon caractère, se fît un jour transporter en bateau , avec quelques uns de ses amis, à Moorfleth , qui n'est pas très éloigné de la ville. On apercevait déjà le but de la promenade, lorsque tout à coup un tourbillon s'éleva; la barque, qui allait assez vite, donna contre un banc de sable caché, et comme Stein se tenait nonchalamment à la proue, la violence de la secousse le renversa dans l'eau. Toute la peine qu'on prit pour le sauver fut inutile; quelques jours après, on retrouva son cadavre.

Vers ce même temps , deux autres de mes amis de Riga , les marchands Bulmering et Pabot, périrent presque de la même mort. J'ai déjà raconté le malheur du premier. Le second était sur le point d'entreprendre un voyage , pour une affaire de commerce. Il passa par Hambourg; et nous nous réjouîmes beaucoup de nous revoir, après une aussi courte séparation. Nous avions autrefois passé ensemble des momens très gais et très agréables; nous nous rappelions lesrplaisirs si purs dont nous avions joui, et quand les affaires

et le temps le permettaient, nous cherchions à les goûter encore dans toute leur plénitude. Jamais je n'ai porté une affection plus vive à aucun de mes amis; aussi noire séparation en fut-elle d'autant plus douloureuse , lorsque , quelques semaines après, il fut obligé de me faire ses adieux.

Sa route le conduisit par Amsterdam , d'où il comptait passer en Angleterre et parcourir ensuite la France, l'Espagne et plusieurs autres pays. Je reçus une lettre qu'il m'adressait d'Amsterdam; il me mandait son heureuse arrivée, et plusieurs nouvelles qui m'intéressaient; mais, peu de jours après, j'appris qu'en entrant dans une barque, il avait fait un faux pas, et qu'il s'était noyé. Hélas! sa perte ne s'effacera jamais de ma mémoire; car il était du nombre des véritables gens de bien, et d'ailleurs l'un de mes meilleurs amis. Ces revers, et plusieurs autres, fixèrent enfin mon attention sur mon état actuel et sur moi-même. Les momens heureux diminuaient, les désagrémens augmentaient, et chacun d'eux donnait une nouvelle force au vif pressentiment que j'avais éprouvé en entrant à Hambourg, et qui me disait que mes jours heureux avaient atteint leur terme. Ce pressentiment ne se

réalisa que trop. Je tombai de malheur en malheur, j'arrivai enfin au comble de l'infortune, en perdant tout ce qui m'était cher au monde ; et, ce qui aggrava encore ma déplorable position , au lieu d'amis qui me consolassent, je ne trouvai que des ennemis. Mes amis eux-mêmes, aveuglés par la prévention et la calomnie , ne m'accordèrent pas même leur pitié.

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