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CHAPITRE VII

Amans de mafdle.

Pendant cet intervalle , ma fille avait porté son art à un degré extraordinaire de perfection. Nos amis, Charles -Emmanuel Bach , Leister, Schwenke le jeune, et plusieurs autres connaisseurs proclamèrent hautement que l'Allemagne avait en elle une cantatrice parfaite, une pianiste incomparable. Comme actrice , elle méritait aussi d'être distinguée ,

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grâce aux instructions de sa mère. Indépendamment de tous ces mérites , elle se distinguait encore par une grande beauté, un excellent cœur, un esprit cultivé, une gaîté intarissable et des manières gracieuses et ingénues. Tant de qualités aimables lui avaient attiré non seulement l'estime générale et l'affection du public, mais aussi une foule d'adorateurs de tous les rangs. Parmi ceux qui la recherchaient en mariage, et qui me demandèrent sa main, les principaux, jusqu'à présent , étaient le consul anglais, M. Hannbury, le négociant Dreyer l'aîné, M. Niessen jeune, homme de lettres, et le musicien de la chambre, M. Hesse , de Brunswick.

Mais, comme Minna n'avait point encore d'inclination pour le mariage, elle remercia avec modestie , tant ces prétendans que beaucoup d'autres. Enfin il se présenta un jeune homme fort intéressant, nommé Spl...r, de Berlin , qui se trouvait à l'Académie commerciale , et qui se fit également proposer par l'acteur Herdt, qu'il savait être mon ami. Il eut le bonheur d'être le premier qui fît impression sur le cœur de ma fille , qui , jusqu'à présent, s'était montrée inaccessible à l'amour. Elle me confia son inclination, et me pria en

même temps de déclarer à son amant qu'elle n'était pas insensible à ses propositions ; mais que cependant elle ne les accepterait que lorsqu'il aurait terminé ses études et commencé sa carrière, et qu'elle serait assurée que cette union ne lui attirerait aucun reproche de la part de sa famille.

Le jeune homme fut très satisfait de ce que l'on voulait bien lui donner quelque espérance, et souscrivit volontiers à toutes ces conditions.

Du reste, l'envie et la méchanceté ne restèrent pas dans l'inaction. On avertit mon ancien ami Ebeling , qui , conjointement avec le professeur Busch, était inspecteur et professeur à l'Académie commerciale de Hambourg, de veiller à ce que son élève Spl...r ne se laissât pas séduire par ma fille. Ebeling n'avait vu l'accusée qu'autrefois à Leipsick , lorsqu'elle était encore enfant. Ses affaires ne lui permettant que très rarement de se montrer en public, il ne connaissait ni la personne ni le caractère de ma fille; et, n'étant pas non plus informé de l'acharnement infatigable de mes ennemis, il reçut cet avis comme un avertissement amical. Il entama donc avec moi sur cet objet une correspondance assez

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désagréable, parce qu'il semblait, d'après ses lettres, qu'il fût possible que ma fille, malgré ma surveillance et celle de ma femme, eût été entraînée à des extravagances par l'amour et par l'intérêt. Il résulta de là que je priai l'amant de renoncer désormais à ses visites (quoiqu'il fût très discret à cet égard, dans la crainte de me déplaire), et en même temps je lui fis connaître le motif de cette injonction. Le jeune homme obéit, quoique cet accident et l'obligation de s'éloigner entièrement de l'objet aimé lui fussent extrêmement sensibles» Il me pria seulement de ne pas promettre ma fille à aucun de ses rivaux, parce qu'il espérait obtenir bientôt le consentement de son père.

Quoique je doutasse que cela fût possible , je lui donnai ma parole que je ne prendrais aucun engagement pour Minna avant de l'en avoir instruit. Sans doute on avait agi auprès de son père comme auprès de mon ami Ebeling, et on lui avait fait un tableau défavorable de l'amour de son fils et de ma fille, comme aussi du caractère de cette dernière; car tout à coup on vit arriver un envoyé chargé de conduire le jeune homme à Stettirj , pour y finir ses études commerciales.

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Quelque temps après, nous vîmes également arriver à Hambourg le comte de Sievers , dont j'avais fait la connaissance pendant mon séjour à Riga. A la vue de ma fille, l'amour qu'il avait autrefois ressenti pour elle se ranima; et comme il était au-dessus des préjugés, et bien éloigné d'être fier de sa noblesse, il crut que, sa femme étant morte, il pourrait maintenant s'assurer, d'une manière légitime, la possession de sa bien-aimée. Ma fille avait beaucoup d'estime pour le comte ; mais, comme son cœur était déjà donné à un autre, elle ne put répondre à son amour, et s'excusa, en disant qu'elle avait encore une grande aversion pour le mariage. Le comte, dont l'amour était très vif, ne perdit pas toute espérance de toucher son cœur par la suite , et continua de lui faire la cour. A la fin, ses visites fréquentes m'embarrassèrent , parce que mes ennemis pouvaient y trouver un motif pour faire des observations qui nuiraient à la réputation de ma fille, et même pour rendre suspect mon caractère et celui de ma femme. Mais cependant je ne pouvais trouver aucun prétexte plausible pour interdire entièrement ma maison au comte, qui se comportait avec beaucoup de décence, et

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qui montrait dans toute sa conduite autant d'honnêteté que de délicatesse. D'après les observations que j'eus lieu de faire , je crois que ses qualités aimables auraient enfin pu faire impression sur le cœur de ma fille , et mérité sa tendresse, si des lettres pressantes et des affaires de la plus grande importance ne l'eussent obligé de retourner dans sa patrie. Il prit congé de Minna avec la plus vive douleur, et en l'assurant de son amour éternel, ce qu'il confirma encore dans ses lettres a ma fille; mais, comme on n'y répondait pas avec la même chaleur, comme les réponses se faisaient long -temps attendre, que souvent même il n'en recevait point du tout, cette correspondance finit bientôt. Il est vraisemblable que la froideur continuelle de ma fille , l'absence, et peut-être aussi les représentations de quelques uns de ses parens qui l'accompagnaient dans son voyage , et qui ne voyaient pas de bon œil sa liaison avec ma fille, le guérirent entièrement de son amour. Il eut pour successeurs le comte de E.ch.dt, et les négocians H..g..n et Seh..de. H y avait dans leurs prétentions quelque chose d'assez singulier, parce que tous les trois étaient mariés , et attendaient la mort de leurs femmes,

qui étaient malades, pour former de nouveaux nœuds. Ils ne se présentèrent donc pas comme des prétendans déclarés, mais comme amis de la maison. Peut-être croyaient-ils , au commencement, rencontrer en nous une vertu moins sévère; mais, dès qu'ils se furent convaincus de notre façon de penser, et qu'ils s'aperçurent que ma fille ne prenait pas le moindre intérêt à leur recherche, leur amour se changea bientôt en amitié, et ils nous en donnèrent des preuves continuelles par leur conduite pleine d'estime et d'égards envers ma fille.

Le baron de G...k...n, qui allait comme ambassadeur d'une cour du Nord à Vienne, et qui s'arrêta quelque temps à Hambourg avec sa femme, se comporta tout différemment. Peu de temps après son arrivée , il tâcha de se procurer mon amitié, et me pria, lorsqu'il crut l'avoir obtenue, de le présenter à ma femme et à ma fille ; ensuite il nous adressa plusieurs invitations, et nous admit dans sa société intime. Peu à peu ses visites devinrent de plus en plus fréquentes, et bientôt même il passa les journées entières avec nous. Pendant long-temps il se comporta avec beaucoup de délicatesse et en homme qui est

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imbu de sages principes. Sa conduite envers ma fille était pleine d'égards et de retenue ; mais enfin il leva le masque, et osa un jour déclarer plus clairement à ma femme ses véritables intentions. Il voulait, disait-il, reconduire sa femme dans ses terres, situées dans la principauté de Holstein, parce qu'étant malade , elle ne pouvait entreprendre un voyage aussi long que celui de Vienne. Mais, comme il ne pouvait pas vivre sans femme, , et qu'il sentait pour notre fille le plus tendre amour, il désirait en faire la compagne de sa vie, et, après la mort de sa femme, qui était poitrinaire, la prendre pour épouse légitime. 11 pria donc ma femme de m'engager à venir me fixer avec ma famille à Vienne; que là il aurait soin de nous pendant toute notre vie, si nous favorisions les intentions qu'il avait sur Minna.

L'hypocrite , qui connaissait assez mon caractère moral, n'avait pas osé me faire cette proposition à moi-même; mais, sachant combien Charlotte avait de pouvoir sur moi, et présumant aussi qu'il trouverait chez elle des maximes plus faciles, parce qu'elle lavait toujours traité avec beaucoup d'amabilité, et qu'il croyait pouvoir la gagner plus facilement en

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lui promettant de grands avantages, il avait cru devoir s'adresser à elle de préférence. Mais ma femme, surprise d'entendre de tels propos dans la bouche d'un homme qui, jusqu'à présent, s'était montré dans un jour si favorable , et qui vantait sans cesse avec chaleur la piété et la probité, répondit à ses propositions infâmes avec la noblesse qui lui était propre. Cependant, comme après cette réponse il parut conserver encore l'espérance de la gagner avec le temps, parce que, voulant le ménager, on ne fit plus mention de cette affaire, et comme séduit par de fausses idées il devint même importun , Charlotte mit de côté tous les égards, traita ce libertin, déjà assez avancé en âge, avec le mépris qu'il méritait , et lui défendit dès ce moment de remettre les pieds dans notre maison. Il est probable que sa fierté fut sensiblement blessée de cet affront , car depuis cet accident il ne se montra plus devant nous.

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