UN VOL CHEZ L'AMBASSADEUR DE NAPLES
<ie fonctions avait produit entre les officiers de paix et le chef de la brigade de sûreté non seulement la jalousie, mais la haine.
M. Dabasse, mon officier de paix, qui était l'un de ceux qui haïssaient le plus Vidocq, se mit en tète de parvenir à découvrir l'auteur de ce vol afin d'abaisser la morgue dont Vidocq se targuait. A cet effet il me fit appeler et me dit : Le chef de la brigade de sûreté n'a pas encore pu trouver le voleur des bijoux soustraits à l'ambassade de Naples ; j'ai compté sur vous pour découvrir le larron et voici comment : J'ai connu en Espagne un domestique nommé Arman, qui a été mon obligé ; il est actuellement au service de l'ambassadeur de Naples ; je vais vous remettre une lettre pour lui, et peut-être que les renseignements qu'il vous donnera pourront vous mettre sur la trace du coupable; une fois ce résultat obtenu, votre perspicacité et votre intelligence policière feront le reste.
Arman se mit tout à fait à ma disposition, il me conduisit dans les différentes parties de l'hôtel. Arrivé dans la pièce où le vol avait eu lieu, je remarquai qu'une serrure neuve avait été placée sur la porte; j'en fis l'observation à mon cicérone en lui disant que je désirais examiner l'ancienne serrure; il alla la chercher. Je dévissai la plaque intérieure et j'aperçus que dans la partie où tourne la clef pour ouvrir ou fermer la porte, il existait de petites érallures qui n'avaient pu être produites que par une fausse clef mal ajustée. Je pensai alors que le larcin
n'était pas l'œuvre d'un voleur de profession, mais le fait d'une personne appartenant à L'hôtel et qui, pendant La nuit, s'était introduite dans Le cabinet à L'aide d'une mauvaise clef ou d'un rossignol.
Je demandai à mon interlocuteur pourquoi je n'avais pas rencontré un seul domestique en parcourant L'hôtel?
Ils sont tous, me dit-il, à déjeuner à l'office. Cette réponse me donna L'idée que la présence inopinée d'un étranger parmi cette réunion de domestiques, produirait peut-être sur celui d'entre eux qui était Le coupable une certaine émotion qui me permettrait de Le deviner, soil par sa contenance, soit par ses regards. Du reste, ]<• savais par expérience qu'un voleur néophyte se laisse Uni joui- prendre à cet examen. Je priai donc Annan de [n'introduire près de ses camarades, comme étanl un de ses amis. Mon entrée produisit L'effet que j'en attendais : tous d'abord me regardèrent, puis continuèrent leur repas. Mais bientôt unjeune homme d'une vingtaine d'années releva sur moi, à plusieurs reprises, des yeux scrutateurs et inquiets, qui me semblaient dire : Qui es-tu ' •'! que viens-tu faire ici ?...
Quand nous Pûmes sortis de l'office, je demandai à mon compagnon quelques renseignements sui garçon. Il possède, me répondit-il, la confiance de L'ambassadeur; mais je crois que c'est bien à tort, car je me suis aperçu plusieurs fois qu'il était astucieux et hypocrite. Cette appréciation ne me Laissait déjà aucun doute sur sa culpabilité. Je rendis compte