‹ Mémoires de Canler, ancien chef du Service de sûretéChapitre 20 sur 76 · UN VOL CHEZ L'AMBASSADEUR DE NAPLES · texte numérisé non relu

UN VOL CHEZ L'AMBASSADEUR DE NAPLES

de ces particularité? et demandai en même temps que l'inspecteur Gayetti fût mis à ma disposition pour exercer une surveillance sur cet individu.

Trois jours se passèrent sans que nous l'aperçûmes ; mais le quatrième, aussitôt le déjeuner de l'ambassadeur servi, nous le vîmes sortir de l'hôtel et se diriger vers le Gros-Caillou en se retournant à chaque instant pour s'assurer s'il n'était pas suivi. Cette circonstance vint me fixer sur l'auteur du vol : il était devant moi! Arrivé au milieu de l'Esplanade des Invalides, il se retourna brusquement et marcha droit à moi; je fis alors semblant de ne pas l'apercevoir, en me promettant de prendre dorénavant mes précautions. Je fis endosser à Gayetti une blouse et le coiffai d'une casquette pour suivre notre voleur avec succès ; de mon côté, je suivais mon camarade qui, à chaque coin de rue, traçait avec de la craie sur le mur, un signe pour m'indiquer qu'il continuait à suivre la rue, ou qu'il avait pris celle de droite ou de gauche.

Nous arrivâmes ainsi dans le jardin du Luxembourg, où notre Napolitain rejoignit un individu qui l'attendait ; ils se promenèrent ensemble pendant plus d'une heure. Mon collègue passa près d'eux pour saisir au vol quelques mots de leur conversation : ils parlaient napolitain, et quoique Gayetti fût lui-même Italien, il ne put néanmoins rien comprendre.

Enfin, ils se séparèrent en prenant l'un à droite et l'autre à gauche. Je laissai Gayetti surveiller le do-

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mestique, el J6 m'attachai à L'inconnu qui me conduisit rue de Tournon, ii. où j'appris qu'il était Napolitain, <-t qu'une seule personne, son cousin, domestique à l'ambassade de Naples, venait le visiter.

Plus de doute! me dis-je, celui-ci est le receleur des bijoux volés! Noua continuâmes à les Burveiller pendant quatre jours sans aucun résultat, mais le cinquième j'étais à mon poste depuis six heures <lu matin, attendant la sortie de mon quidam, lorsque vers deux heures je vis entrer Le jeune Napolitain dans la maison de Bon cousin, et en ressortir bientôt av«'C lui pour se rendre au jardin du Luxembourg, où, assis sur un banc, ils eurent à voix basse un entretien très animé. Mon collègue qui était venu me rejoindre passa derrière eux, mais il ne put entendre prononcer que le mot : passeport.

En quittant le jardin, ils allèrent rueDauphine acheter une grande valise que le cousin emporta chez lui, et le domestique rentra à l'ambassade. Le Lendemain à dix heures, mon inconnu se rendait au bureau du commissaire de police <!•■ Bon quartier pour demander un passeport pour Bon pays. D'un autre côté, Annan, avec Lequel j'avais conservé des relations, m'apprit que le jeune domestique avait demandé à L'ambassadeur an passeport pour bc rendre près de sa mère qui était, disait-il, dangereusement malade.

Cette coïncidence <1<- demandes de passeport ne pouvait laisser aucun doute sur L'intention qu'avaient

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les deux cousins de se soustraire aux recherches de la police, en emportant les objets volés. Je fis à mon officier de paix un rapport de toutes ces circonstances, et quoique l'ambassadeur se fût formellement refusé à porter une plainte régulière, le préfet n'en crut pas moins devoir décerner un mandat. La perquisition faite au domicile de la rue de Tournon amena la saisie des bijoux soustraits ; les deux Napolitains furent remis entre les mains de l'ambassadeur, qui les fit partir incontinent pour Naples.

Le préfet avait donné connaissance de mes rapports à l'ambassadeur, qui me fit remettre, à titre de gratification, une somme de 500 fr. que je partageai avec Gave tti.

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EVASION DE SAINTE -PÉLAGIE ET DE LA KAISOfl DE 5ANT1

A la suite des troubles occasionnés au mois de juin 1820 par la loi du double vote, le chef dVscadron Duvergier, dont le bonapartisme était bien connu, et qui, en 181.°), avait organisé les corps francs et les fédérés du Calvados, lui arrêté sou- la double Inculpation : 1° d'avoir été a la tête d'un attroupement de plus de vingt personnes arm 21 d'avoir n'-i-ir- à la force publique el d'avoir excité les citoyens à la haine des uns contre l«'- autres et à la guerre civile.

Ces deux chefs d'accusation lui valurent une condamnation a cinq années de prison.

Duvergiei était détenu a Sainte-Pélagie, mai- des .uni- dévoués dressaient pour lui un plan d'évasion, «•i leurs mesures furent -i intelligemment prises, que sa fuite fui instantanée. Une fois hors des verrous, 1'- plus difficile était d'échapper aux recherches de la police <-t de gagner l'étranger.

Aussitôt l'évasion connue, La police s'était mi-' en

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