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Pour mettre an terme à ce! étal de choses, le préfet de police rendit, vers la fin de 1821, une ordonnance qui Lnterdissait le stationnement <'t le tolage sur la voie publique. Un inspecteur fut chargé de surveiller Les trafics illicites, el cet inspecteur ce fui m<»i.
.1- commençai alors une chasse incessante aux voleurs et aux receleurs.
En 1831, le chef de la police municipale ayant été informé dea nombreuses arrestations de malfaiteurs que j'avais opérées, se décida a créer une brigade d'agents spécialement chargés du marché «-t pi sous mes ordres. Je pus alors porter au delà du marché mes investigations sur ceux qui venaient au Temple proposer des marchandises et qui me paraissaient suspects. O système procura d'excellentes captures, comme dans l'occasion suivante :'
Une bande de malfaiteurs infestai! la banlieue, dévalisant Les maisons habitées ou non, car dans le premier cas, ils savaient «boisir adroitement le moment où Les propriétaires étaient absents. Vidocq, qui venait d'être réintégré en qualité de chef de la brigade de BÛreté, n'avait pu mettre la main sur ces hardis voleurs. l'avais connaissance de ces particularités, aussi avais-je pria mea dispositions dans ta prévoyance d'une démarche qui ne tarda pas a se réaliser.
Uepuis q u t.'lq ues jours, j'avais établi une surveillance permanente pour arrêter, - il -<• présentait au marché du Temple, un individu qui avait vendu dea
eflets provenant d'un vol qui avait été commis à Charonne , à l'aide diffraction. Son signalement m'avait été donné si exactement qu'un soir, vers quatre heures, en voyant arriver un jeune homme mis avec recherche, je l'avais reconnu au premier coup d'oeil pour être le voleur que je recherchais. Je le suivis jusqu'à la boutique du sieur Renault, marchand de literies, auquel il offrit de vendre un mobilier complet ; celui-ci refusa en disant que sa femme était absente et que sans elle il ne pouvait rien conclure. Alors, répliqua le jeune homme, je repasserai un autre jour, mais en attendant, voici mon nom. En même temps il lui remettait une carte sur laquelle était gravé le nom de Ramet, sans indication de demeure. Pendant ce temps, je m'étais tenu à une certaine distance, mais pas assez éloigné pour que je n'entendisse pas la proposition faite au marchand et le refus de ce dernier ; seulement la remise de la carte m'avait échappé. Avant de l'arrêter, je voulais avoir son adresse pour y opérer une perquisition, aussi continuai-je à le suivre. En quittant le Temple, il prit par la rue et le faubourg du Temple jusqu'à Belleville où il r-ntra dans une maison à coté du passage du Renard. Je me plaçai en observation, mais au bout de deux heures, ne le voyant pas ressortir, je pensai que c'était bien là qu'il demeurait, et pour m'en assurer j'allai m'informer près du concierge qui me déclara ne pas connaître la personne dont je lui donnais le signalement; toit en causant, je m'aperçus qu'il existait dans la
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maison nne double issue; je compris alors que lia affaire à un rosé compère qui était entré par une porte el sorti par l'autre pour dépister les agents dans Le cas on il- auraient été à sa Buite. .!<■ cherchai mon voleur de tous cotés, mais sans suc
Le Lendemain, Renault m'ayanl remis La carte en question, je me rendis avec trois de mes inspecteurs i Beileville où nous allâmes deui à <l«'u\ .!■• maison
• ■H maison demander -i L'on connaissait L'individu
• lniii nous donnions le nom et Le signalement, noua parcourûmes ainsi font.' la commune, sans pouvoir obtenir le moindre indice. Je cherchai alors «|ii«'l moyen je pourrais mettre en oeuvre pour arriver à bonne fin, il me vint à L'idée que Le nom de Ramet, ne devait pas être celui «lu recherché et <|ue si je pouvais découvrir où avait été imprimée cette carte, j»' pourrais arriver à mettre la main sur mon quidam. Je pris dans L'almanach des adresses, les noms •■! les demeures des imprimeurs lithographes, puis j'allai chez chacun d'eux, La carU à La main: Leur demandant : E3t-ce vous qui avez imprimé cette carte de visite : Le soir même, un Lithographe de La place Royale me déclara que la cartequejelui présentais sortait de ses ateliers, il consulta son registre ou il trouva le nom de Ramet, Route de Romain ville, n*9. J'allai avec L'inspecteur Praudin à cette adresse : Rame! était allé à Pari-, nous nous mimes en surveillance pour attendre son retour. A une heure du matin, nous Le vîmes arriver en compagnie d'une femme, nous les laissâmes rentrer sans bouffer de notre ••m-
buseade. A La pointe du jour, nous montâmes avec le concierge qui frappa à la porte de la chambre de Ramet, en disant : Ouvrez-moi, j'ai besoin de vous parler. Confiant dans cette voix, il vint, à moitié endormi, ouvrir la porte; au même instant, Fraudin sauta sur lui et lui lia les mains avec ses ligottes (petite corde. Sa concubine était nantie de fausses clefs qu'elle avait eu l'adresse de cacher dans son sein, espérant que nous n'irions pas les chercher là. Après avoir fermé la porte de la chambre à double tour et mis la clef dans ma poche, je conduisis les deux prisonniers à la préfecture de police où Ramet fut reconnu pour un nommé Millon.
Puis, avec le concours des agents Julian, Boursault et Bavard, je ne tardai pas à mettre la main sur leurs complices et à saisir une quantité considérable de linge, de literie, de meubles, pendules, etc., ainsi que la voiture et le cheval qui les suivaient dans leurs expéditions ; car, à mesure qu'ils dévalisaient une maison, les objets étaient rangés dans cette voiture qui les transportait chez le receleur. Ces malfaiteurs, au nombre de dix, passèrent en jugement et furent condamnés aux travaux force-. Ils appartenaient à la catégorie des vautemiers, c'està-dire à ceux qui, la nuit, s'introduisent dans les maisons par les fenêtres.
Les arrestations de malfaiteurs se succédèrent ainsi et sans relâche jusqu'à mon entrée à la police de sûreté.
Je crois devoir raconter ici un déplorable épisode
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de cette époque qui, commencée au marché du Temple, alla se terminer dans la Seine.
Le 22 mars, le choléra éclata tout à coup à Paris et bientôt chaque jour les habitants mouraient par
milliers; l'analogie des symptômes qui existaient entre cette maladie et l'empoisonnement firent circuler des fables qui, quoique ridicules, n'en acquirent pas moins une importance regrettable.
Le préfet de police voulanl mettre an terme aux actes de violence et aux meurtres qui se commettaient journellement sur des personnes inoflensives, adressa aux commissaires de police la circulaire suivante :
Paria, le -± avril 1832.
« L'apparition du choléra-morbus dans la capitale, source de vivo inquiétudes et d'une douleur réelle pour tous les bons citoyens, a fourni aux éternels ennemis de l'ordre une nouvelle occasion de répandre parmi la population d'infâmes calomnies contre le gouvernement; ils ont osé dire qu«- le choléra n'était autre que L'empoisonnement effectué par Les agents de L'autorité, pour diminuer la population et détourner L'attention générale des questions politiqtM IS.
« Je suis informé <|u<', puni' accréditer ces atroces suppositions, des misérables ont conçu Le projet de parcourir Les cabarets et Les étaui de boucherie avec des Qoles et paquets de poison, -"il pour en jeter dans Les fontaines ou les brocs, el sur La viande, soit
même simplement pour en faire le simulacre et se faire arrêter en flagrant délit par des complices qui, après les avoir signalés comme attachés à la police, favoriseraient leur évasion et mettraient ensuite tout en œuvre pour démontrer la réalité de l'odieuse accusation portée contre l'autorité.
«Il me suffira, monsieur, de voussignalerdepareils desseins pour vous faire sentir la nécessité de redoubler de surveillance sur les établissements de marchands de liquides et les boutiques de bouchers, et vous engager à prémunir ces débitants contre des attentats qu'ils ont personnellement un puissant intérêt à prévenir. Si des tentatives aussi audacieuses venaient à se réaliser, je n'ai pas besoin de vous dire combien il importerait de saisir les coupables et de les mettre sous la main de la justice : c'est une tâche dans laquelle -vous serez secondés par tous les amis de l'ordre et tous les honnêtes gens. »
Au même moment et dans un but semblable, le préfet faisait placarder, sur les murs de la capitale, une proclamation qui enjoignait aux débitants de liquides et autres de couvrir avec soin leurs marchandises pour déjouer les ennemis de l'ordre public. Cette proclamation ne produisit malheureusement d'autre effet que de convaincre ceux qui n'avaient encore que des doutes, et de ce nombre était un sieur Benoit, cordonnier au marché du Temple et quelque peu amateur du jus de la treille : Le 6 avril il alla, comme d'habitude, à la barrière Ménilmontant où il but peut-être quelques verres de vin de
trop, mais en définitive, soit par suit»' d'intempérance, soit que son heure fût arrivée, en rentrant chez lui, il s'affaissa tout à coup, pâlit, sa figure devint progressivement bleuâtre, <-t quelques hen:<après, il avait cessé de vivre : il était mort du choléra !
Le lendemain, après avoir conduit Benoit a sa dernière demeure, son frère vint au Temple, dans un état d'exaspération extrême. Je cherchai, mais vainement, à le calmer : c'était de la folie, c'était de la rage qui l'animait. Il jura, tempêta, hurla des plaintes, des récriminations contre le gouvernement qui laissait, disait-il, empoisonner ainsi le peuple, contre les détaillants qui ne prenaient pas assez soin de surveiller leurs marchandises, enfin, il vociféra des imprécations et des menaces de mort les plus furibondes contre les soi-disant empoisonnent. Après avoir exhalé sa bile, il quitta le marché, en se dirigeant vers la Seine pour se rendre dans le faubourg Saint-Marceau. Le choléra était dan- sa plugrande intensité, et, à défaut de cercueils et de corbillards, on se contentait d'envelopper les corps dans des Berpillières pour le- jeter dan- des tapissières, des fourgons de déménagements et des fiacres déposés à cet effet.
Lorsque notre homme arriva dans l'étroite rue du Mouton, située à l'entrée de la Grève, il se trouva arrêté par un groupe d'individus qui barraient la rue et qui, l'œil abattu, le front contracté, les yeus injectés de sang, s.- tenaien! dan- une attitude morni
et cependant menaçante, devant une maison dans laquelle, depuis la veille, dix-sept personnes avaient été victimes du fléau dévastateur. Parmi ces dix-sept personnes, un comptait dans une seule famille, le père, la mère et quatre enfants, décédés du jour au lendemain. — Lorsque la tapissière sépulcrale, corbillard de nouvelle espèce, était passée dans La rue pour conduire ces malheureux à leur dernière demeure, il n'était pas resté, dan- la maison, un seul vivant pour les descendre. La consternation <■ t.Lit à son comble, personne ne criait, personne ne proférait encore de menaces, d'imprécations, mais on entendait comme une sourde rumeur, indice certain el précurseur de la tempête.
Le frère du malheureux Benoit s'approcha, s'enquit de ce qui était arrivé; en apprenant ce «huit il s'agissait, sa douleur mal éteinte se ralluma tout à coup ; il raconta la mort de son frère et recommença ses jérémiade- contre les empoisonneurs. Lorsqu'il eut prononcé ce mot funeste, un long murmure circula dans la foule, l'idée incertaine du peuple s'était arrêtée à ce fatal soupçon. Malheureusement pour l'orateur , il avait eu la mauvaise pensée d'acheter rue du Temple une bouteille cachetée de Cognac, pour en faire cadeau à la personne chez laquelle il se rendait ; dans le feu de la péroraison, la bouteille s'échappa de sa poche, tomba sur le pavé et se brisa. Au son de ce verre cassé, à la vue de ce liquide jaunâtre, répandu par terre, un vaste cercle se forma instantanément autour de l'orateur
MEMOIRES DE l'ANI.ER
et l'un des spectateurs l»- saisit par le bras en lui dî- Banl : - Mais c'est vous qui êtes un empoisonneur ! n A ces mots, le malheoreui Benoit reste saisi d'étonnemenl «'i de peur, il ne Bail que répondre; ce bî lence paraît à la foule un Bigne certain de Ba culpabilité, "H se rapproche, le plus près ramasse un débris de la bouteille casser et lui en porte un violenl coup dan- la figure ; le sangcoulr et à cette vue, la colère augmente; bientôt l'infortuné ne présente plus Qgure humaine. Cependant il lui reste encore quelques forces, il vont fuir, mais il trébuche et en tombant il est de nouveau entouré, frappé, massacré par la populace : on marche sur lui, on trépigne, on lui brise la tète à coups de talons de bottes, quand on entend au dehors du cercle une voix sauvageeriant: «Plache ! Plache! » C'est un charbonnier que Buit un énorme bouledogue. Les rangs s'ouvrent, »'t L'Auvergnat lance son chien sur la malheureuse victime, dont la figure est bientôt dévorée, aux applaudissements <lr la foule. Puis, ce malheureux, ce reste de chairs palpitantes asl jeté à la Seine, au pontd'Arcole, quoique offrant encore quelques signes de vie !
Puisse le récit de cette Bcène épouvantable de barbarie être nn salutaire enseignement, et préserver les imaginations d'aussi déplorables erreurs !
Quelques jours après ce tragique épisode, un nommé Passot, cordonnier, demeurant grande rue de Vaugirard, à Vaugirard, se présentait au Bieur \> rduron, fripier au marché du Temple, pour lui
vendre deux couverts d'argent qui, disait-il, provenaient de l'héritage de son père ; Yerduron m'ayant fait prévenir, je fis amener le vendeur à mon bureau où je l'interrogeai ; ses réponses m'ayant paru suspectes, je résolus de le conduire à son domicile pour vérifier ses allégations, avec l'assistance de l'inspecteur Fraudin. Nous nous mîmes donc en route et en entrant dans Vaugirard, nous remarquâmes sur le bas côté de la chaussée deux individus qui causaient avec un invalide ; lorsque nous eûmes acquis, chez notre quidam, la certitude que nous tenions en lui un voleur, nous repartîmes ensemble pour le mettre en état d'arrestation, mais avant d'arriver à la barrière, nous aperçûmes un fort rassemblement qui entourait les deux interlocuteurs de l'invalide. De tous côtés partaient les cris : ce sont des empoisonneurs ! Une foule d'hommes et de femmes les injuriait, les tirait etlesmaltraitrait; ces malheureux étaient plus pâles que la mort. Nous nous approchâmes, l'un des spectateurs, plus calme que les autres, nous apprit qu'au moment où l'invalide avait quitté ces deux hommes, l'un d'eux lui avait dit : prenez garde aux empoisonneurs ! et que ce mot, alors très suspect, avait été entendu par quelques passants qui les désignèrent comme étant des empoisonneurs. La foule, ignorante et remplie de terreur, voulait les immoler sans autre examen ; au fur et à mesure que le rassemblement grossissait, les menaces de mort recommençaient avec plus de force et on allait indubitablement les mettre à exécution. Fraudin et moi
pensâmes qu'il n'y avail pas un moment à perdre;
au— i. abandonnant noire voleur que nous étions certains «le pouvoir retrouver, nous nous interposâmes entre la foule et ces deux infortunés. Notre intervention donna le temps au commissaire de police et à la garde d'arriver el de s'emparer de deux malheureux dont l'un, nommé Clarignon, fut conduit au poste de la barrière de Sèvres, el l'autre, nommé Gauthi r, au bureau du commissure de police. Nous nous retirâmes alors, pensant avoir assuré la sécurité de deux de nos semblables et nous nous mîmes à la recherche de notre voleur, mais pendant ce temps, la foule s'étant divisée, s'était portée devant le bureau du commissaire de police et le corps de garde, et demandait simultanément à grands cris qu'on lui livrât ses victimes ; de tous côtés on criait : à mort les empoisonneurs! Enfin les plus audacieux, se précipitèrent chez le commissaire de police et <lan- le poste, et, comme une borde de sauvages, ils entraînèrent Les deux prisonniers et les massacrèrent impitoyablement dan- la rue.
Le ch»jf du service des mœurs est, par la nature de ses fonctions, chaque jour en relation avec les maîtresses de maison de tolérance, sur lesquelles il exerce un pouvoir pour ainsi dire sans limites, et la prospérité ou la perte de leurs établissements dépend souvent de son plus ou moins de bon vouloir, ou de son plus ou moins de sévérité. La plus grande partie des matrones qui dirigent ces maisons, qu'elles ont achetées 60, 80 ou 100,000 francs, ont un immense intérêt à acquérir sa bienveillance, et, pour l'obtenir, il n'est point de sacrifices qu'elles ne fassent : aussi lorsqu' apparaît un nouveau chef, elles s'enquïèrent aussitôt des passions qui peuvent le dominer ; si c'est la concupiscence, elles lui offrent, avec tous les ménagements de langage possibles, de belles et fraîches adolescentes ; si c'est la cupidité, elles cherchent à le capter par de riches cadeaux faits avec la plus grande discrétion; s'il est inaccessible à tous ces moyens, elles cherchent alors à le faire circon-
venir par un tiers, qu'elles payent fort généreusement. On le voit, la place de chef du service des mœurs est très glissante : il faudrait avoir la chasteté de Joseph, la continence de Scipion et le désintéressement d'Aristide, pour résister complètement à ces tentations, et comme malheureusement notre pauvre espèce humaine est loin de posséder toutes ces vertus, plus d'un s'est laissé prendre à ces pièges et a payé l'oubli de son devoir par une déchéance prématurée l. Lorsque M. X'*' étail chef de ce service, Mlle S***, maîtresse de maison de tolérance, avait le privilège de recevoir ces malheureuses jeunes filles prédestinées au service de Vénus.
La maison de cette protégée était parfaitement connue des amateurs de juvénilité, aussi gagnait-elle beaucoup d'argent, mais sa dépravation ne lui permit jamais de faire des économies. J'étais inspecteur au marché du Temple lorsqu'elle entretenait un nommé R**\ dont la n-num- était revendeuse dans ce marché; un jour que cette dernière avait bien innocemment acheté un lot d'effets qui provenaient de mauvaise source, j'allai chercher son mari chez Mlle g*** ,)ni ni»- dit : It*** est absent et ne rentrera que dans un quart d'heure ; puis elle ajouta avec Si n laisser-aller habituel el son visage épanoui : Si vous
1. J'ai toujours pensé que l'administration éviterait, do moins en partie, ces tentatives de corruption, et préviendrait leurs f&cheui résultats, eo De plaçant à la tète de ce service que de vieux employés, d'une probité éprouvée, et dont les années seraient en quelque sorte une garantie contre les passions de l'âge viril.
voulez, en attendant son retour, je vais vous faire voir un spectacle que vous n'avez peut-être jamais vu? Sur ma réponse d'adhésion, elle me fit signe de la suivre ; elle ouvrit une petite porte et me dit à voix basse : entrez tout doucement, ne faites aucun bruit ! J'entrai dans un cabinet où régnait la plus profonde obscurité ; cette espèce de mystère et les ténèbres qui m'entouraient avaient excité ma curiosité ; S*** me prit par le bras et tira en même temps un rideau qui dissimulait une fissure qu'on avait pratiquée artistement dans une boiserie, et. quoiqu'elle fût imperceptible, elle n'en laissait pas moins voir tout ce qui se passait dan? le salon de réception. Lorsque ma conductrice m'eût laissé seul, j'appliquai un œil à cette ouverture en retenant, autant que je le pouvais, ma respiration : sur un piédestal rond, recouvert d'un tapis vert, était placée une statue de femme de grandeur naturelle, le poli du corps était blanc rosé ; un vieillard, un septuagénaire, affublé d'une écharpe verte, un maillet et un ciseau de sculpteur à la main, était en extase au pied de la statue. Après un moment d'examen, il toucha le piédestal qui tourna lentement sur lui-même; je pus alors et tout à mon aise admirer les formes gracieuses et bien proportionnées de cette statue, qui semblait figurer une des houris promises aux élus de Mahomet. Le vieux barbon arrêta le piédestal, baisa la statue des pieds à la tète, puis se jeta à ses genoux en marmottant quelques mots inintelligibles et d'une voix singulière. Il joignit ensuite les mains en les levant au-
dosais «le sa tète, et après cette espèce d'invocation, il posa sa main sur la hanche de la statue qui, un moment après, s'anima insensiblement en ouvrant les yeux. Ses bras et ses jambes s'agitèrent comme si un ressort les avait fait mouvoir; alors le vieillard Be débarrassa de son écharpe, du maillet et du ciseau, et, à ma grande surprise, il disparut comme une ombre. R*** qui était de retour vint me chercher, nous partîmes, et chemin faisant il me raconta que ce vieillard était le comte de B*** qui, chaque fois qu'il venait jouer le rôle de Pygmalion avec sa statue, donnait cent francs.
Le spectacle que je venais de voir avait d'autant plus d'imprévu pour moi, qu'à cette époque les tableaux vivants n'étaient pas encore connus à Paris, j'exprimai à R*** la surprise que m'avait fait éprouver la folie erotique du vieux comte de B***. Si vous le voulez, me répondit-il, je vous ferai assister à une autre séance? J'acceptai son offre, et il fut convenu qu'il me préviendrait la veille. Huit jour- après, je recevais un billet de H*** qui m'invitait à me rendre le lendemain à midi • li< / sa maîtresse, où j'arrivai avant l'heure Indiquée. J'attendais avec impatience le moment d'être introduit dans l'obscure cachette; la porte s'ouvrit et j'entrai, comme la première fois, avec toutes les précautions possibles pour ne pas trahir ma présence; j'appliquai mon «eil à l'ouverture en question et, à ma grande surprise, je via le salon tout resplendissant de lumière : les volets et les rideau i avaient été hermétiquement
fermés, sur un piédestal recouvert d'un riche tapis, étaient placées trois statues, debout en face l'une de l'autre de manière à former cercle ; deux étaient grandes, leur poli était d'un blanc mat comme le duvet du cygne ; la troisième... était celle que j'avais vue dans la scène de Pygmalion, et, quoiqu'elles différassent toutes trois de taille et de grosseur, elles n'en avaient pas moins les formes aussi gracieuses que bien proportionnées. J'étais à les considérer depuis quelques secondes, comme ferait un peintre réaliste, lorsque je vis entrer un vieillard tout décrépit, enveloppé dans une houppelande et coiffé d'un énorme chapeau rabattu sur les yeux ; il se débarrassa de sa houppelande et de son chapeau, je le pris alors pour un émigré de Cublentz. Il fit plusieurs fois le tour des statues en les touchant avec une sorte de frénésie, puis il fit tourner le piédestal par le moyen que j'ai déjà indiqué, et après vingt minutes de rotation, un bruit semblable à celui que produit le ressort d'une pendule qu'on remonte grinça jusqu'à moi. Alors les statues firent volte face en tournant sur elles-mêmes; cette nouvelle position électrisa le vieillard à un tel point que, les yeux enflammés, il se jeta à genoux, dans un état de surexcitation difficile à décrire. Après quelques minutes, il se releva; cette scène, qui n'avait pas duré moins de trois quarts d'heure, avait épuisé ses forces, il tomba anéanti dans un fauteuil. Il prit un moment de repos, se releva, endossa sa houppelande, se coiffa de son chapeau et plaça aux pieds
I in MÉMOIRES DE CANLER
des deux premières statues, trois pièces de 2i\ francs et cinq à la troisième, puis en déposa dix autres sur la cheminée pour la maîtresse «le la maison, après quoi il disparut. J'étais pesté à mon poste l'œil à La fissure, Lorsque je me sentis tirer par le bras, c'était Mlli> S*** qui venait me dire, que toul était fini. Je la suivis en la prianl uY me donner l'explication de cette pantomime : Les trois statues, me dit- elle représentent Junon, Minerve et Vénus. Mais repris-je, c'est donc comme -\ mbole de La pomme que le vieillard a donné cenl francs à Vénus? Alors quel i si donc ce nouveau Paris? Mon interlocutrice me répondit en mettant l'index de la main droite sur ses lèvres: Cecie.-l un mystère, ce personnage appartient à la cour, et pour tout au monde je ne dirais pas sou nom! Ce ne fut qu'après la révolution dé 1830 que l'amant de S*** me le révéla. Eu ce temps-là, La modr était à l'hypocrisie parmi les hommes du gouvernement, pour la plupart.
S'il m'était donné d«- flétrir utilement le vice dans toutes ses aberrations, de le pouvoir mettre à nu. sans blesser, scandaliser l'honnêteté publique, que ne pourrais-je révéler de \ < ■ i i i ; 1 1 » ! ♦ • n 1 « • 1 1 1 infâme? quelle diversil • dans la corruption n'offre pas une grande ville comme Paris! El pourtant, quand je me reporte à l'époque du Directoire donl L'histoire secrète m'a été révélée par les archives de la préfecture de police, lorsque je compare Le temps de la Restauration à celui-ci, je dois .1 La vérité < 1«- reconnaître , à ['encontre des hommes de mon âge qui
LES POSES MYTHOLOGIQUES l±i
manquent d'expérience et qui aiment à préconiser le passé, je dois reconnaître dis-je, que nos mœurs, si dépravées qu'elles paraissent, le sont bien moins qu'à la fin du dernier siècle et sous la Restauration, malgré l'affectation religieuse de J815 à 1830.
Les Sardanapales du Directoire n'étaient pas plus nombreux que ceux d'aujourd'hui peut-être, mais ils étaient plus ostensiblement éhontés que ceux de notre temps, et ce n'est pas à notre époque qu'il serait possible de tolérer ce qui se passait par exemple, rue de l'Ancienne-Gomédie et en certains autres cercles. Il faudrait un Pétrone ou un Suétone pour écrire l'histoire de cette période avec une impassibilité que n'émeut ni la vertu ni le crime.