ÉVASION DE SAINTE-PÉLAGIE
nous donner Tordre de lever la surveillance le soir à <lix heures, si nous n'avions rien de nouveau. Nous reçûmes cet ordre avec d'autant plus de plaisir qu'on était au mois de janvier, que le temps était très rigoureux, et que, campés dans une espèce de chantier de construction, livrés à toutes les intempéries de la saison, nous nous morfondions d'impatience et de froid.
Quant au chef d'escadron Duvergier, grâce à la ruse que ses amis avaient employée, il sortit tranquillement de France pendant qu'on attendait avec impatience qu'il vînt se livrer lui-même à la police.
Le roi Louis XVIII, doué d'un jugement suprrii'iir. avait bu, dans les soucis de l'exil, apprécier combien était grande La transformation qui s'était opérée dans l,i société française depuis 89; aussi, en montant sur Le trône, avait-il fermement L'intention de tenir compte des idées nouvelles, enfantées par toutes les phases qu'avait traversées La France; malheureusement, la haute raison qui l<i dirigeait n'étail pas comprise par tout son entourage. Beaucoup d'émigrés étaient rentrés avec la prétention de réconquérii leurs anciens privilèges au moyen de L'absolutisme d'une royauté de droit divin, et L'esprit qui les inspirait avait pris corps dan- la Bociété de Jésus. Cette célèbre compagnie exploita en eux Les haines du passé, et, pour battre en brèche Les sages intentions du roi, organisa La redoutable faction de la cong galion, qui ne tarda pas a former an gouvernement occulte en relation avec toutes les cours de L'Europe.
Lors du congrès d'Aix-la-Chapelle, la cong
LA CONGRÉGATION A LA PRÉFECTURE DE POLICE 11 i
lion envoya dans cette ville un de ses membres les plus dévoués, le marquis de M***; le préfet de police y expédia l'officier de paix Burger et deux agents pour surveiller l'ambassabeur français et circonvenir les domestiques des hauts personnages faisant partie du congrès. Un des agents était frère de l'officier de paix, et l'autre, nommé Louis, son beau-frère; ils faillirent mettre à nu l'intrigue dont ils étaient les instruments, car ils furent un jour surpris en flagrant délit de tentative d'espionnage; mais Burger eut assez d'adresse pour les tirer de ce mauvais pas, sans compromettre le secret de leur mission.
Quant au marquis, il fut bientôt en relations avec les ministres des puissances étrangères; homme très affable, mais aussi d'une ténacité inflexible dans ses projets, il possédait ce don de persuasion si pernicieux aux intérêts contraires dans les affaires diplomatiques, et il avait pour mission de faire contrepartie au duc de Richelieu, chargé par le roi d'obtenir l'évacuation immédiate de la France par les armées alliées.
Le marquis manœuvra de telle sorte que, gagnant les ministres à son opinion, il leur prouva que, dès que les troupes étrangères seraient retirées, la France retomberait sous le joug des bonapartistss, qui n'attendaient que cette circonstance pour se soulever; mais le duc de Richelieu, honoré de la bienveillance toute particulière de l'empereur de Russie, ne se tint pas pour battu, et s'adressa directement à Alexandre, alors tout-puissant sur les alliés. Il lui représenta
l'état réel de la France, et < > 1 > i î i » t de ce souverain l'évacuation du territoire français par les troupes «•Iran-ères.
Le gouvernement occulte fomentait conspiration sur conspiration pour effrayer le roi et l'amener à penser que le système représentatif était trop faible pour réprimer les passion- révolutionnaires : il espérait par ce moyen décider Louis XVIII à anéantir la Charte et à rétablir le régime absolu.
A cette époque, le cabinet noir, dont on a tant parle et dont l'existence a été tant niée par les intéressés, fonctionnait sans relâche. Un sieur Lenoir, d'une adresse et d'une dextérité peu communes, était chargé de décacheter la correspondance, les dépêches des ambassadeurs et des ministre-, ainsi que les lettres adressées aux personnages suspects de libéralisme. Apre- en avoir pria la copie, il rétablis- Bail la pièce dana son étal primitif, sans laisser la moindre trace de l'effraction commise et sans qu'on put supposer que le cachet eût été rompu. Pour les lettres des simples particuliers, on les enlevait à la poste; mais pour les correspondances des ministres français i : dea ambassadeurs prèa la cour dea Tuilerie-, il fallait plus de précautions et il était plua difficile de les intercepter. Cependant on en trouva le moyen.
In agent de police, ancien valet de pied du eonite
Daru, Bâchant, bous une enveloppe commune et une figure bonasse, cacher l'homme le plua admit, le plus fin, le plus rasé, le plua astucieux que j'aie
connu de ma vie, avait mission de corrompre à prix d'or la fidélité des domestiques chargés, par les hauts personnages, du transport des dépêches.
Une fois ce premier succès obtenu, l'agent assignait au serviteur infidèle un rendez-vous où celui-ci apportait la pièce qui lui avait été confiée. Notre rusé compère allait aussitôt remettre le pli au cabinet en question. Lenoir, avec une adresse extraordinaire, enlevait immédiatement les cachets. Un scribe habile prenait copie de la dépèche qui était prestement remise dans son enveloppe, sur laquelle les cachets étaient réappliqués avec une précision qui défiait les yeux les plus clairvoyants.
Deux choses étaient à remarquer en cela : 1° l'habileté avec laquelle le secret de la lettre était violé ; 2° la célérité qu'on apportait dans les diverses opérations que cette violation nécessitait.
Le travail terminé, l'agent reportait la pièce au rendez-vous où il l'avait reçue, et le domestique infidèle, après avoir ainsi vendu le secret de son maître, faisait parvenir le message à qui de droit.
Le parti libéral, qui était très nombreux, convaincu que l'article du Gode pénal sur la violation du secret des lettres n'était qu'un vain mot pour certaines autorités, se décida à s'abstenir de traiter de politique dans sa correspondance.
Le règne des jésuites fut un moment entravé sous le ministère Decazes; mais il reparut plus puissant que jamais à partir de l'avènement de MM. de Villèle, de Corbière et Pevronnet. Ces nouveaux mi-
f t I Ml.MOIRES DE CANLER
nistres confièrent La direction de La police générale à M. Franchet, chef de bureau à la poste aux Lettres; et M. Delavau, conseiller à la Cour royale, fut nommé préfet de police. Celui-ci avait présidé Lea assis - qui condamnèrent à La peine de mort Gravier et Bouton, dans l'affaire du pétard des Tuileries.
Le nouveau préfet, en prenant les rênes de la police, révoqua ou mil à La retraite presque tous les haut- fonctionnaires de son administration qui n'étaient pas affiliés à la congrégation d'une manière ou d'une autre, et ceux-ci furent remplacés par des hommes bien pensants, c'est-à-dire entièivun-ni dévoués à la congrégation.
Lu des marguilliers de l'église de Saint-Sulpice, grand et passionné joueur à la loterie, M. B***, fut installé comme chef du personnel; ce choix était caractéristique. Le comte de Pins, ancien maire d'une petite ville de Gascogne, devint chef du cabinet du préfet. Un Bimple employé delà poste aux lettres du nom de Bonneau, obtint la direction des prisons. Un sieur Gauthier, camarade d'enfance de M. Delavau, fut appeléde la Bretagne pour occuper la place de chef de la troisième division, et an jeune homme d'une vingtaine d'années, nommé Dupleasis, entra au cabinet du préfet en qualité de taire particulier. Touacea nouveaux élus, indépendamment de Leurs fonctions, dirigeaient chacun une police occulte, composée de nombreux agents. Malgré ce Luxe d'agents, le nouveau préfet organisa tement nne police en dehors de la préfecture.
Un député fanatique, M. S***, parent du préfet, en accepta gratuitement la direction, avec le concours actif d'un de ses amis intimes, le chevalier de X***, aussi désintéressé et aussi fanatique que lui-même. Les agents de cette police furent divisés en sept sections, dont chacune avait un chef et un local pour ses réunions ; mais tous étaient placés sous les ordres du chevalier de X***, dont le bureau central était situé rue du Dragon. Les six autres étaient rues Poupée, de l'Hirondelle, des Rosiers, de la Barillerie, Grenelle-Saint-Germain et place Baudoyer. On peut comprendre comment, avec de tels rouages, la préfecture ne tarda pas à devenir un foyer d'intrigues, de cabales, de haines, de passions, où s'élaboraient les provocations et les vengeances de la congrégation contre les prétendus ennemis de l'autel et du trône.
Toutes les pensées de l'administration étant concentrées sur la politique, il en résulta que la police proprement dite fut reléguée au dernier plan et totalement négligée. Les fonds alloués pour le service municipal et celui de sûreté furent, en grande partie, employés aux dépenses nécessitées par le nombreux personnel des agents de la politique.
M. Delavau avait amené à sa suite une foule d'individus tous recommandés par les royalistes ultra ou par des jésuites. Gomme il fallait des places pour tous ces hommes bien pensants, voici le système que l'on employa pour leur enprocurer :
On établit près des chefs de bureau, des commis-
1 16 Mi. MOIRES DE CANLER
i lirea de police et des officiera de paix, de nouveaux employés avec mission de surveiller attentivement leurs chefs, d'espionner toutes leurs actions el d'en rendre compte au préfet, enfin, de recueillir avec Boin les moindres faits, les plus Légères apparences ayant trait a la politique ou à la religion el d'en faire leur rapport. Je me bornerai a en citer un exemple.
A cette époque, M. Auvernay étail commissaire de police «lu quartier du Temple; il avait pour secrétaire M. Glouet, ancien adjudant Bons L'Empire, lequel, à raison de cette qualité même, fui immédiatement révoqué et remplacé par un sieur X** , mulâtre, sur qui le préfet de police croyait pouvoir compter. Mais huit jours ne s'étaient pas écoulés depuis l'installation du nouveau secrétaire, que celui-ci déposa entre les mains du commissaire de police, sa démission motivée sur ce qu'il lui était impossible de remplir les obligations qu'on voulait lui imposer : ce brave et digne homme prêterait perdre sa place plutôt que d'espionner son chef! On accepta sa démission et M. Auvernay, dont on venait d'éveiller la méfiance-, fut appelé à faire valoir ses droits a la retraite.
Voilà quel fui l'esprit qui dirigea la police de 1821 a 1828, et, a l'appui de ces observations, j'ajouterai quel qui-- »-\i -m pies qui les rend mut encore plus frappantes.
Bu 1824, j'étais inspecteur chargé de la police dn marché du Temple el «le- brocanteurs. J'avais, pendant le cours de l'année, mi> m»ih la main de la justice un nombre considérable de voleurs que j'avais
pris en flagrant délit, et M. Gronfier père, alors commissaire du quartier du Temple, qui, à chaque arrestation, avait été appelé à en dresser procès-verbal, fit, à la fin de Tannée, un rapport au préfet, et lui demanda pour moi une gratification en récompense des bons et nombreux services que j'avais rendus à l'administration et à la société. Le 26 décembre, l'exmarguillier B*** me fit appeler à son cabinet. Le chef du personnel était un petit homme maigre, pâle, au teint bilieux, aux joues caves et au regard sournois. Sa parole, un peu lente, affectait un air doux et paternel. Il était d'une politesse obséquieuse avec tout le monde; un habit noir, un gilet, une culotte courte et des bas de soie, le tout de même couleur que l'habit, et le tout un peu râpé, des souliers garnis de larges boucles en argent, tel était le costume de l'homme de confiance de M. Delavau. Le garçon de bureau m'annonça. M. B*** se leva, vint au-devant de moi avec empressement, me fit asseoir auprès de lui et me dit :
— Mon bon ami, M. Gronfier a fait une demande à M. le préfet afin qu'il vous accorde une gratification en récompense de vos bons services. D'après la nature de mes fonctions, je suis appelé, mon enfant, à faire cette proposition au préfet; mais, avant de la faire, j'ai voulu vous voir pour vous dire que j'ai pris sur vous les renseignements les plus exacts à la police centrale, et que j'ai appris avec peine, avec douleur, que vous ne remplissez aucunement vos devoirs religieux, que vous n'allez jamais à l'église, et enfin
I IN Ml. MOIRES DE CAJfLKR
que vous professez des opinions subversives. Vous comprenez bien qu'on ne peut pas récompenser ses ennemis! Cependant, mon cher ami, pour vous prouver le cas que je fais de la recommandation de M. Gronfier qui est un lion et Loyal royaliste, je demanderai pour vous une gratification de 150 francs, mais à la condition que vous m'apporterez avant la lin du mois un billet de confession et qu'à l'avenir vous remplirez convenablement vos devoirs de religion.
M. B***, ayant terminé cette petite exhortation, croisa dévotement ses mains sur sa poitrine •'[ leva les yeux au ciel d'un air béat, attendant vraisemblablement une adhésion de ma part.
Mais, rouge d'indignation, je venais de me lever, et gardant avec peine mon sang-froid, je lui répondis :
— Monsieur, je suis né enfant de troupe; j'ai été élevé dans le.- camps el les casernes, <•( non Mans un séminaire ; je crois en Dieu ; je suis honnête homme et je fais mon devoir consciencieusement, et, pour ce qui est de ma gratification, vous ferez ce que bon voua semblera, carjeni m'abaisserai jamais à jouer le rôle d'hypocrit»' !
Et j<- le quittai.
Malgré ma réponse un peu verte et ma brusque sortie, je ne sais quelles considérations vinrent plaider en ma faveur, car quelques jours après je fus appelé a la caisse, nu L'on me remit loi» francs a titre d'indemnité.
LA CONGRÉGATION A LA PRÉFECTURE DE POLICE i 19
Parmi les inspecteurs de police, il existait un nommé S***, qui, chargé d'une nombreuse famille, pouvait à peine subsister avec les modiques ressources que lui procurait son emploi. L'ordre, l'économie sont beaucoup dans un ménage; mais, comme dit l'adage, la roue du moulin ne tourne pas sans eau, et l'argent est, quoiqu'on en dise, le ressort le plus actif de la société.
A cette époque, l'hypocrisie était louée, vantée, fêtée et surtout récompensée; la richesse, les emplois, les honneurs étaient alors le partage du clergé ou de ses protégés, et c'est surtout à ce moment que 'on pouvait :
Couler des jours heureux à Lorubre des autels...
S*** savait tout cela ; aussi, ce fut de ce côté qu'il dirigea ses batteries : une fois son plan bien arrêté, il alla tous les matins à la messe, se plaçant de manière à ce que le prêtre ne pût pas faire autrement que de le voir en allant officier et en retournant à la sacristie.
Puis, comme cela ne suffisait pas, il s'informa des jours où cet ecclésiastique confessait, et on le vit se rendre une fois par semaine au tribunal de la pénitence et le dimanche matin s'asseoir à la sainte table.
Mais si S*** voulait jouer cette comédie, il voulait du moins qu'elle lui rapportât quelque chose; en conséquence, après avoir fait ce manège pendant un certain temps, il résolut de faire servir le pasteur
120 K0IRB8 DE CANLRR
à ses intérêts, Bans que, cependant, ce dernier en fût aucunement sollicité.
Un jour qu'il était commandé pour un service spécial, S*" alla directement à L'église, se confessa el B'arrangea de manière à être en retard d'une demiheure pour se rendre à son poste. L'officier de paix sous les ordres duquel il se trouvait placé, fi! son rapport, et une mise à pied (retenue enseigna à notre inspecteur à faire plus exactement son service. C'était tout justement ce que S*** demandait. Le lendemain, il courut à l'église expliquer à son confesseur et la position nécessiteuse dans laquelle il se trouvait et la punition qu'on lui avait infligée par suite du retard dans lequel sa confession l'avait jeté. Le prêtre offrit immédiatement son crédit à l'inspecteur de police, et proposa d'écrire à la préfecture en faveur de son pénitent, pour faire lever la punition dont il était frappé. S*** indiqua M. B***.
Quelques jours après, le chef du personnel faisait appeler le rusé compère dans Bon cabinet. Que se passa-t-il alors entre eux? je l'ignore ; mais bientôt il fut prouvé aux yeux de tous que S'" était l'heureux protégé de M. B***.
I M. ordonnance de police créa des inspecteurs pour les places de stationnement des fiacres ; les cochers reçurent un uniforme, furent Boumis àdes règles fixes et |ia\ èrent un droit Invariable par voiture, afin de subvenir aux appointements de- Inspecteurs nouvellement créés. On conçoit facilement que les
emplois furent plus ou moins lucratifs en raison de l'importance du service.
Il y en eut de 600 à 3,000 francs.
S*** alla trouver M. B***,et celui-ci, voulant récompenser une piété si sincère et si éclairée, fit donner' à son protégé une place de 3,000 francs.
Mais si l'esprit de la congrégation a dominé l'administration de M. Delavau au point de lui faire considérer comme licites, en politique, les manœuvres les plus machiavéliques, pourvu qu'elles fussent profitables au système dont ses patrons désiraient le triomphe, je dois, d*un autre cùté, dire à la louange du préfet congréganiste, que, pendant les six années qu'il a dirigé la police de Paris, aucun des employés ou fonctionnaires placés sous ses ordres n'a jamais pu commettre un acte de concussion, de prévarication, d'attentat aux bonnes mœurs ou de liaisons répréhensibles, sans qu'aussitôt sa révocation fut prononcée, et, à l'appui de mon assertion, je citerai les faits suivants :
Un chef de service se faisait donner une haute paye journalière d'une vingtaine de francs, par maison de prostitution dont il avait fait accorder l'ouverture.
Un officier de paix avait reçu, d'un propriétaire, une somme de 500 francs pour faire supprimer une maison de tolérance.
Un autre officier de paix avait reçu une somme d'argent d'un mari, pour l'aider à arriver à une rupture avec sa femme.
Un chef de bureau avait pour maltresse une Bile
pul>liipl«\
Vn commissaire de police avait été surpris la nuit avec une fille dite pierreuse, «Uns uu endroit écarté sur la voie publique.
Vu < »t licier de paix avait reçu de L'argent pour fermer lesyeui sur certains marchands qui se trouvaient «-H contravention.
Un autre officier de paix trafiquait sur les billets du théâtre où il faisait le service.
Tous ces individus et bien d'autres furent révoqués, quoique appartenant au parti dominant et protégés par de puissants personnag -.
Cette juste sévérité pour des actes coupables n'a malheureusement pas été mise en pratique par tous les successeurs de M. Delavau. L'indulgence impardonnable de quelques-uns a assuré l'impunité à bien des fonctionnaires ou employés qui, entrés dans l'administration, les uns sans un sou vaillant, les autres des dettes, sont arrivés, après six ou sept ans passés dans leur emploi, à posséder des fortunes le 100 et même 600,000 francs.
Le marché du Temple fut inauguré en 1811. Un seul préposé était chargé de maintenir le bon ordre sous les abris ; mais il ne s'occupait point de la police des voleurs, qui avaient trouvé dans ce bazar un asile assuré pour l'écoulement du produit de 'leurs méfaits. D'un autre côté, des marchands stationnaient dans les environs du Temple pour arrêter au passage les personnes qui allaient y porter des objets à vendre. Les traficants fermaient les yeux sur l'individu pour ne voir que la marchandise qu'il offrait à vil prix.
Si c'était un honnête ouvrier, qui, pressé par la misère, portait dans ce marché sa couverture de laine ou son dernier vêtement, l'affaire ne se concluait pas, car généralement ce n'était qu'un objet de peu de valeur, qu'il voulait vendre le plus cher possible; mais si c'était un voleur, le marché était bientôt passé à l'ombre d'une allée ou dans le cabinet d'un cabaret borgne.