DM VOL AU POIVRIER H
saire de police du quartier du Temple, de l'espèce d'impunité dans laquelle vivaient les voleurs au poivrier (à l'ivrogne), il me dit tout à coup :
— Il y a positivement incurie ou connivence de la part des agents de la brigade de sûreté ; ils auraient besoin d'une leçonetvous devriez laleurdonner en arrêtant vous-même un de ces voleurs en flagrant délit.
— Mon Dieu, je ne demande pas mieux; mais il faut tout d'abord que je m'assure une embuscade et que vous mettiez à ma disposition votre inspecteur Guérinot.
— Mon inspecteur sera à votre disposition toutes les nuits.
Je quittai le commissaire et me rendis chez un de mes amis occupant une boutique boulevard du Temple. Je lui fis part du projet que j'avais formée! non seulement il consentit à me prêter sa boutique, mai- il me promit de me tenir compagnie ainsi qu'un sieur Dubiez, acteur au théâtre de l'Ambigu-Comique, notre ami commun. Rendez-vous fut pris pour minuit.
A l'heure dite j'arrivai avec Guérinot. Mes deux amis, qui m'attendaient, s'étaient pourvus de^cigares et de rafraîchissements pour passer plus agréablement la nuit. Nous nous installâmes tranquillement dans la boutique, j'attachai au pied de mon camarade le bout d'une ficelle dont je conservai l'autre extrémité entre mes mains, puis j'envoyaimon collègue s'étendre sur le sol du boulevard avec ordre de feindre un profond sommeil et d'agiter le pied aussitôt
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qu'un amateurs' aviserait de lesfouiller;nnusétinnsen plein d'été, lamission n'était pas trop dure. Nous pas- Bàmea ainsi la nuit sans recevoir le moindre signal.
Aux premières lueurs du crépuscule, nous sorti* mes de notre cachette et nous nous dirigeâmes vers Guérinot qui, philosophiquement étendu de tout son lonp:. dormait comme sur le meilleur lit de plumes. En se sentant tiraillé et appelé par son nom, il s'éveilla en sursaut : j<- l'engageai alors à aller continuer dans Bon lit les ronflements sonores que je venais d'interrompre.
Il se leva sur son séant, en disant : Quelle heure est-il donc? et porta en même temps la main à son gousset. Mais, ô surprise! sa montre avait disparu! Un adroit filou la lui avait enlevée pendant son sommeil. Il resta d'abord stupéfait, puis, après avoir juré et tempêté, il demanda à reprendre promptement sa revanche; nous recommençâmes le soir même.
Inutile de dire que cette fois Guérinot ne dormit pas ; pendant cinq nuits nous en fûmes pour nos veilles: on aurait dit que les voleurs devinaient le piège que nous Leur tendions. Enfin, La sixième nuit, lit celle du dimanche au lundi, notre pipeur était à son poste depuis une heure, quand la ficelle m'invita à sortir.
Les rôles avaient été distribués à l'avance : Dubiez devait soutenir la gauche, mon ami Le boutiquier formait la droite, je resti îs au milieu pour m'emparer de L'individu, pendant que mes deux compagnons empêcheraient sa fuite.
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Nous ouvrîmes la porte sans bruit et nous nous précipitâmes sur le boulevard.
En nous voyant paraître, le voleur qui ignorait que ce fût à lui que nous avions affaire, fit semblant de trébucher sur ses jambes et se laissa glisser à côté de Guérinot, qui continuait à -imuler un ronflement des plus forts; mais lorsque nous nous emparâmes du malfaiteur, il voulut essayer le rôle d'homme ivre : il se laissa aller dans nos bras en exclamant d'une manière larmoyante :
— Est-y Dieu pos... sible! on pince un brave pochard... parce qu'il voulait réveiller un ami... qu'est dans sa situation !
Mais la farce était jouée, Guérinot se relevant lui dit.
— Ça te chiffonne, mon vieux! c'est dommage! Et ce qu'il y a de fichant pour toi c'est que ma bourse est dans ta poche...
Se voyant servi marron (pris en flagrant délit), le pochard nous suivit au poste sans difficulté. Guérinot qui fermait la marche lui montrait le poing de temps en temps en lui disant :
— C'est peut-être toi qui m'as volé ma montre !... Si j'en était sûr!!!...
Le voleur interrogé par le commissaire de police déclara qu'il était auxiliaire à la brigade de Vidocq, qu'il tenait des jeux de hasard sur le boulevard de Bondy, et qu'il était aussi l'auteur des vols précédents commis sur le boulevard du Temple ; il finit
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enfin par avouer que par ses relations avec (a brigade le sûreté, il était informé jour par jour, des nuits où les surveillances devaient être faites el qu'il avait cm. grâce à ces avertissi mont?, pouvoii commettre ces vols avec impunîtr.
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